Chapitre 7 :
Aiolos n'avait plus aucune envie de se battre en lui. Le grand Pope lui-même avait été mis au courant de l'affaire et avait menacé le chevalier. Ses sentiments ne devaient en aucun interférer au cas d'une attaque quel qu'elle soit. Il devrait être aux premiers rangs avec son armure. Aiolos n'avait donc même plus le choix. Il sentait à chaque instant les regards des autres chevaliers, des gardes, des apprentis sur lui, il entendait leurs murmures à chaque fois qu'il passait. Il ne supportait plus d'être avec d'autres personnes autour de lui. Mais il détestait encore plus être seul : il ne faisait que ressasser les évènements passés, cherchait ce qu'il devait faire. Son cœur et son devoir luttaient dans une même balance. Et ses larmes coulaient bien trop souvent. Il se sentait comme pris au piège. La déesse de l'amour devait l'avoir pris comme cible. Il souhaitait alors remonter le temps, revenir quelques temps avant, quand il se plaignait encore de n'avoir personne. S'il avait su sa chance à cet instant. Et pourtant. Il ne pouvait oublier qu'il avait connu un profond bonheur avec Sélèna. Il se sentait pris dans un tourbillon sans fin.
Un matin une alarme fut déclenchée dans tout le Sanctuaire. Ils étaient attaqués. Elle réveilla Aiolos après une trop courte mais rare nuit. Apparemment les armées d'Hadès étaient passées à l'offensive. Le Sanctuaire réagissait au plus vite. Aiolos regarda tout le monde s'activer d'un air absent. Il vit son frère monter les marches jusqu'à lui. Aiolia s'arrêta à quelques pas de son frère et leva sur lui un regard plein d'espoir. Mais il ne pouvait parler. Les mots n'avaient plus d'importance à présent. Il lui en voulait mais il le comprenait. Il le haïssait autant qu'il l'aimait. Et il avait besoin de son frère. Aiolos le suivit à contrecœur jusqu'au champ de bataille, son armure sur le dos. Il se devait de protéger son frère avant tout ! C'était sa dernière raison de vivre. Et il devait protéger ses amis, même si ceux-ci lui tournaient le dos pour le moment. Il avait juré fidélité à sa déesse. Après cette bataille, il demanderait à partir. S'il était encore en vie à ce moment-là !
Aiolos se battait comme un diable. Il haïssait les figures laides des spectres qu'il voyait défiler sous ses yeux. C'est parce qu'ils existaient, parce qu'Hadès existait et qu'il avait des soldats que Sélèna était devenue une ennemi, qu'ils ne pouvaient vivre ensemble. Aiolos se battait certes comme un diable mais toujours frappait des ennemis lointains. Il se devait à sa déesse mais ne pouvait supporter l'idée de toucher à la vie de son unique amour. Plutôt le doute que la certitude d'être son assassin. Mais en vérité la plupart des coups du chevalier n'étaient pas meurtrier. Inconsciemment il se retenait et ses attaques ne faisaient que stopper momentanément les soldats, les assommant tout au plus. Puis il sentit quelqu'un l'approcher derrière, une cosmo énergie noire comme les ténèbres, chargée de haine. Il se retourna vivement, en position d'attaque, une flèche bandée sur son arc d'or.
Pourtant son trait lumineux tomba aussitôt de ses mains. Le bruit qu'elle fit en tomba sembla résonner dans le nouveau silence. Ces cheveux noirs, ces grands yeux… C'était elle. Il ne pouvait en douter. Avec la même armure noire qu'il avait vu la dernière fois.
A cet instant la bataille cessa autour de lui. Il ne pouvait plus penser. Il vit Sélèna faire un pas vers lui, aussi surprise que lui. Mais il n'eut pas le temps de dire le moindre mot. Aiolia avait eu peur pour son frère, le voyant face à un spectre menaçant selon lui. Il n'avait pas reconnu la jeune femme et avait lancé une attaque lumineuse, frappant la malheureuse dans le dos. Le jeune lion ne s'attarda pas sur ce spectre et alla prêter main-forte à Milo, qui se débattait plus loin. Mais Sills avait remarqué le jeune lion. Profitant qu'il lui tournait le dos il lança sa plus terrible attaque, tuant aussi ses alliés sur son chemin. Il ne s'embarrassait pas de sentiment mais ce salaud venait quand même de tuer sa sœur, sa dernière et unique famille ! Aiolia chuta, un corps mort parmi d'autres.
Aiolos, lui, avait les yeux embués. Il voyait Sélèna tomber au ralenti pour atterrir dans ses bras. Il tomba à genoux, la soutenant autant qu'il pouvait. Ses larmes l'empêchaient d'articuler le moindre son. Sélèna le regarda, murmura péniblement quelques mots tout en crachant son sang et ferma les yeux une dernière fois. Ses paroles ne firent que renforcer les pleurs d'Aiolos alors qu'il serrait fortement le corps mort contre son armure.
- Bouge-toi un peu !
Kanon venait de tuer un adversaire qui tentait de s'en prendre à un Aiolos sans défense. Le sagittaire prit alors conscience que rien n'était terminé. Il souleva la jeune femme morte dans ses bras et courut mettre son corps à l'abri dans la première maison. Il expliquerait tout à Mu plus tard. Fou de rage et de douleur il se jeta dans la mêlée. Il ne se retenait plus du tout à présent. Tous ceux qui l'auraient vu ce jour là auraient pensé voir un démon lumineux en action. Il était un tourbillon d'or aveuglé par la haine. Les autres chevaliers encore en vie dirent plus tard qu'ils gagnèrent grâce à Aiolos. Une fête fut organisée pour les vivants le soir et pour Aiolos. Autant pour le féliciter que pour lui changer les idées. Il était bien assez tôt demain pour enterrer les morts. Mais Aiolos ne vint jamais.
En revenant du combat, Aiolos, inconscient de la mort de son petit frère, était passé récupérer le corps de Sélèna avant que Mu ne retourne dans sa maison. Discrètement, sans se faire voir de quiconque. Une fois chez lui il enleva sa propre armure et celle la femme qu'il aimait, admirant son corps blanc dénudé pour la première et dernière fois. Puis il lava le sang séché sur elle. Il passa sa soirée avec elle, à la regarder. Elle semblait dormir. Dans la tête d'Aiolos ne cessait de résonner les derniers mots qu'elle avait prononcés.
- Je t'aimais vraiment.
Le lendemain, quand les chevaliers inquiets, virent jusqu'à la maison du Sagittaire ils ne trouvèrent que les deux armures, or et noir, posées l'une contre l'autre, totalement remontées et vides. Mais il n'y avait aucune trace d'Aiolos nulle part.
FIN
