Salut à tous ! Après une absence assez prolongée, me revoici pour un nouveau chapitre. Bien entendu, je tiens de nouveau à m'excuser pour l'horrible chapitre six qui n'avait pas été convenablement travaillé et qui représentait une réelle "tache" dans cette histoire. J'ai tenté de me faire pardonner en postant un nouveau chapitre qui, je l'espère, sera au niveau des précédents (pas au niveau du six bien sûr^^). Ayant eu beaucoup plus de temps cette semaine que prévu, voici donc le chapitre sept.

Si vous êtes surpris par la longue explication sur l'archipel de River Citadel, il y a une réponse à cela. En effet, comme l'action se déroulera principalement sur les trois îles (enfin surtout Mildesane et Fort-Bravent), une bonne présentation du lieu était indispensable. Désolé si ça fait un peu "bloc" mais je ne peux pas sauter à chaque fois des lignes, ce serait incohérent.

Voilà, j'espère que ce chapitre vous plaira. Au passage, je vous souhaite à tous de très bonnes fêtes de fin d'année.

Bonne lecture !


Mildesane

L'archipel de River Citadel formait l'un des archipels les plus étendus de Grand Line. Il était fréquenté par de nombreux pirates mais aussi par un grand nombre de touristes qui constituait la clientèle principale du lieu. En effet, la réputation de cet archipel était essentiellement dû à sa boisson locale - et très mal connue - le Kumrat, mélange de citron, de rhum, de Goldsaff (1), de glace pilée, le tout surmonté d'une olive. Les commentaires étaient très variés à son sujet. Si le Kumrat était l'un des alcools préférés de certains pirates à forte corpulence, les touristes le haïssaient et le craignaient. Cette impopularité auprès des visiteurs s'expliquait par la journée mémorable du 22 juin, évènement appelé la sentence du 22 ou 22, v'là le poison. Lors de ce jour fatidique, un groupe de touristes, heureux et insouciants, commandèrent plusieurs barils de cette fameuse boisson et les distribuèrent dans les hôtels et autres lieux de villégiature (une forte solidarité nouait ces voyageurs toujours regroupés en communauté). Une heure plus tard, tous les hôpitaux des trois îles étaient saturés. La cause : l'organisme des malheureux buveurs de la boisson n'avait, semble-t-il, pas accepté l'intrus dans l'estomac. La colère et la consternation gagnèrent ces pauvres gens, venus exprès dans cet archipel pour se ressourcer, acheter des bibelots aussi laids qu'inutiles, crier sur les marchands pour le service déplorable, ignorer les propriétés privés lors de promenades digestives et surtout s'amuser à se faire remarquer à chaque coin de rue - à côté les pirates étaient des modèles de discrétion et de raffinement. Plusieurs corsaires s'étaient d'ailleurs sauvés à bord de leur navire, effrayés par l'aura négative qui se dégageait des patients au bord de la crise de foie. Hormis le Kumrat, l'archipel devait également sa notoriété à ses sources d'eau chaude, très prisées et toujours complètes en hiver.

Son île centrale se nommait Mildesane, surnommée parfois l'île de la sérénité. Elle était assez grande et densément peuplée. La végétation était assez colorée : par exemple, on trouvait de nombreux cerisiers près des habitations. Cette île semblait plutôt chaleureuse. Toutefois, la population était de nature très superstitieuse, ce qui pouvait les rendre particulièrement agaçants. Leur comportement étrange déroutait souvent les touristes. Ce fut le cas pour cette mère de famille qui, après avoir pris ses enfants sous son bras, brûla sa maison prétextant que des « créatures du démon » y avait élu domicile. Les « créatures » n'étaient en fait que de simples cafards installés depuis quelques jours dans la maisonnée. Il y eut aussi l'affaire du banquier qui déroba le contenu de plusieurs coffres après avoir, selon ses dires, respecté l'ordre d'un ange tombé du ciel. Les habitants aussi naïfs qu'à l'accoutumé, avait bien sûr cru au miracle et avait célébré un culte devant la demeure du banquier. Dommage que la fuite précipitée de ce dernier on ne sait où ait fait douté les habitants sur la sincérité du fuyard. Les exemples d'apparitions et de phénomènes insolites étaient tellement nombreux qu'ils faisaient désormais partis du quotidien (2).

Les deux autres îles, beaucoup moins larges, se situaient derrière Mildesane. Si quelqu'un désirait se rendre à Détaing ou à Fort-Bravent, il était obligé de passer par l'île centrale. La différence entre Détaing et Fort-Bravent tenait au paysage : la première île était composée d'un grand mont et de quelques plateaux l'entourant, la seconde était aussi plate et lisse que le revers d'une main. La légende de la main du diable, cachée sur l'île de Fort-Bravent, avait été oublié par les habitants craignant le châtiment divin. Beaucoup de pirates, arrivés à Fort-Bravent, et constatant qu'il n'y avait ni grotte ni endroit mystérieux où dissimuler un tel objet, abandonnèrent le projet d'une fouille et se désintéressèrent bien vite de la stupide légende. Seul le capitaine Sakaku, contre l'avis de tous, avait été séduit par cette histoire incroyable. C'est cet objet mentionné dans plusieurs textes historiques qui le poussa à prendre la mer. Il était temps pour lui de concrétiser son rêve et d'éblouir tous les crédules et idiots qui avaient douté de l'existence de la puissante arme.

Le navire de Sakaku accosta sur l'île de Mildesane en début d'après-midi. Le bateau ne se rendit pas dans le port mais préféra se diriger vers une côte de l'île moins sécurisée. Nami, enfermée à double tour dans sa chambre, n'avait reçu aucune visite mis à part celle d'un nouveau cuisinier qui lui apportait son repas et qui se retirait sans lui adresser la parole. La navigatrice se sentait mal d'avoir laissé Ougi à son triste sort. En effet, elle n'avait plus aucune nouvelle de lui et elle ne savait pas ce que le capitaine lui avait fait subir. Consciente que sa tentative de fuir le navire de cette manière était ridicule, elle ne tenta plus rien d'inconsidéré dans les jours qui suivirent l'incident. La vision d'un Sakaku se démultipliant et la stoppant dans sa course vers la barque l'avait sans doute calmé dans sa volonté de quitter le bateau à tout prix.

« Ah, si Luffy était là… »

Bien entendu, s'il était parvenu jusqu'ici, le résultat aurait été sans doute différent. Son capitaine… Ces derniers temps, ses pensées s'étaient focalisées sur lui sans même qu'elle ne s'en rende compte, de manière presque naturelle. Elle le voyait à différents moments, manger à n'en plus pouvoir, se mettre des baguettes dans le nez, hurler dès qu'une île pointait le bout de son nez. Cependant, elle l'imaginait aussi lorsqu'il se montrait plus sérieux. La volonté d'accomplir son rêve et ceux de ses amis, d'aider ceux en difficulté ou en danger, de combattre les capitaines abusant de leur pouvoir donnait à Luffy une grande maturité. Elle savait mieux que quiconque - comme ses compagnons d'ailleurs- le regard qu'il adoptait lorsque la colère le submergeait. C'était à la fois déroutant et captivant. Pourquoi était-ce captivant ? A vrai dire, elle n'en savait rien. Cela l'effrayait autant que ça la fascinait. De toute manière, elle ne pouvait pas le nier : les choses avaient changé sur le Thousand Sunny et cela bien avant sa capture. Ces derniers temps, son rapport avec Luffy avait pris une nouvelle tournure. Ils étaient devenus beaucoup plus proches qu'avant. Une nouvelle forme de complicité les unissait, au point que certaines personnes comme Zoro, Usopp et Robin s'en étaient rendues compte. Et étrangement, Luffy et Nami en éprouvaient une forte satisfaction personnelle sans qu'ils ne sachent véritablement pourquoi. Toutefois, après son enlèvement, Nami avait ouvert les yeux sur ses réels sentiments sur Luffy. Quelque chose la tiraillait au fond d'elle-même, quelque chose qui n'avait rien à voir avec un sentiment d'amitié.

« Ce n'est pas le moment de penser à ça, pour l'instant il faut que je réfléchisse à un nouveau moyen de sortir de… »

Soudain, la porte de sa cabine se déverrouilla et une personne entra dans la pièce. Nami esquissa une grimace de dégoût et d'effroi. C'était le Dr Yudoku.

- Bonjour mademoiselle, dit-il en arborant un petit sourire en coin. Il est temps pour vous de sortir de votre agréable petit cocon et de nous suivre. Vous êtes prête ?

La navigatrice ne se cachait pas de son air écoeuré. Le ton du médecin était vraiment le plus malsain qu'elle n'ait jamais entendu.

- Où allons nous ? Demanda-t-elle froidement.

- Je pensais que vous le saviez, ma chère, dit Yudoku en la relookant de haut en bas. Nous sommes arrivés à Mildesane. Nous allons nous rendre sur l'île de Fort-Bravent qui se situe derrière celle-ci.

- En quoi cette île peut-elle vous intéresser ? Questionna Nami, perplexe. Lorsque j'ai dû réaliser la carte de l'archipel, j'ai constaté que cette île n'avait aucun aspect particulier.

- C'est bientôt fini ces discussions ? Cria Melle Reijin qui venait d'apparaître derrière Yudoku. Eh toi, vieux satyre, tu ne peux pas la presser un peu ?

- Ton caractère de guenon enragée dénote une tendance à un égocentrisme aigu s'expliquant d'une part par une frustration psychologique sur l'apparence physique et d'autre part par un grand manque de contrôle sur tes cycles menstruels, diagnostiqua Yudoku en lisant les poils de sa barbe.

Les coups qui suivirent furent tellement puissants qu'ils ébranlèrent presque le navire. Le visage de Yudoku était méconnaissable : à côté, même une toile abstraite semblait outrageusement réaliste.

- Toi là ! Aboya Melle Reijin à l'adresse de Nami, sa tempe battant dangereusement. Suis moi, le capitaine Sakaku te demande.

Nami acquiésa, enjamba le corps défiguré du médecin et suivit Melle Reijin qui touchait de temps à autre son fouet, démangée par une forte envie de l'utiliser. Les deux jeunes filles arrivèrent rapidement sur le pont. Une colonne de soldats toujours coiffés de leur inséparable chapeau de carnaval et de leur cape blanche était alignée d'un côté du bateau. Un peu plus loin, Sakaku, entouré de Sir Amami, Tokbaz et de son oiseau Grapille et du gros Blier était prêt à descendre sur la terre ferme. Tout à coup, Nami aperçut Ougi le cuisinier. Des cernes violettes apparaissaient clairement sous ses yeux. La partie inférieure n'étant pas visible, on ne pouvait pas lire son expression. Elle allait l'interpeller mais Sakaku s'avança vers elle et prit la parole.

- Décidée à devenir plus coopérative, navigatrice-san ? Demanda le capitaine d'un ton faussement aimable.

- Non, au contraire, plus rétive, répliqua Nami en l'assassinant du regard.

Le sourire de Sakaku s'élargit.

- Admirable, ce courage ! S'écria-t-il. Je suis très impressionné. Cependant, tu n'es pas en position de rétorquer quoi que ce soit. A moins que tu préfères succomber sous les coups de fouet de Melle Reijin ?

Nami écarquilla les yeux et jeta un coup d'œil vers la concernée. Celle-ci la contemplait d'un air mauvais, prête à sortir son arme favorite.

- Comprends tu maintenant ? Sourit Sakaku en rajustant sa lavallière. Je ne te demande pas d'obéir, je te l'ordonne. Nous allons vérifier si ta carte est correcte. Si ce n'est pas le cas, attends toi à une mort douloureuse.

La navigatrice déglutit et tenta un sourire qui se transforma ostensiblement en grimace.

« Bon sang, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » pensa-t-elle, déprimée.


- Ouah, c'est quoi ça ?

Luffy regardait avec émerveillement la créature attachée au petit bateau de Jisha. Elle était très grande, des yeux semblables à ceux d'une mouche, d'énormes naseaux et deux antennes sur son front. Ses petites oreilles étaient recourbées sur la fin. La peau jaunâtre, les mains palmées, elle possédait une impressionnante nageoire caudale. Sa langue sortait de sa bouche où des dents acérées étaient très clairement visibles. Fixant l'horizon, elle ne prêta attention à personne.

- Il s'appelle Umiyume, répondit Jisha en caressant les écailles de sa créature. C'est un carporène. Je l'ai recueilli sur cette île lorsque j'ai débuté ma carrière dans l'hôtellerie.

- Il est énorme ! Lança Usopp, impressionné par la taille de cet animal.

- Je me demande… commença Sanji en contemplant l'étrange créature.

- Qui y a-t-il, Sanji ? Demanda Luffy, surpris.

- … peut-on faire ce genre de spécimen en court-bouillon ? Acheva le cuisinier perplexe en expirant la fumée de sa cigarette.

A peine ces mots furent-ils prononcés que le carporène se cambra violemment, paniqué. Une grande vague due à la secousse exercé par la créature s'abattit sur plusieurs membres de l'équipage de Mugiwara et sur Jisha lui-même. Zoro était particulièrement excédé de se faire tremper par la faute d'un « cuistot dont la tête était plus creuse qu'une cocotte à pression ».

- Tu crois que c'était mon intention finale, face d'épinard ? Lui répondit Sanji qui ne s'était pas attendu à une telle réaction de la part du carporène et qui ne voulait surtout pas avouer son erreur devant le « sabreur de pacotille ».

- Essayez de l'arrêter, c'est votre animal de compagnie après tout ! S'emporta Franky, complètement trempé, en interpellant Jisha tandis que Usopp s'était enfui à toutes jambes de la berge.

- Ce n'est pas aussi simple que vous le pensez ! S'énerva Jisha en émettant divers sons à l'aide de son nez en trompette. Lorsqu'il est dans cet état, il est très difficile de lui faire retrouver la raison. POON ! Umiyume, ça suffit !

Visiblement, l'ordre donné par le propriétaire de la maison de pension ne suffisait pas. Luffy proposa de le chevaucher mais la proposition fut rejetée. La solution de Zoro fut elle aussi écartée car elle prévoyait de découper le carporène en tranche. Chopper, apeuré, prit son courage à deux mains en criant :

- Yamete ! (3)

Cela eut l'effet escompté. Umiyume se calma aussitôt et tourna sa tête vers Chopper, étonné. Les secousses cessèrent et Usopp réapparut en soupirant de soulagement. Robin, qui s'était protégée des vagues, eut un petit sourire.

- Ce don de communiquer avec les animaux est vraiment très utile, dit-elle.

Chopper se trémoussa dans tous les sens et rétorqua, sans grande conviction toutefois, qu'il était insensible aux flatteries. Jisha donna une légère tape sur les écailles de Umiyume en guise de représailles mais il finit tout de même par lui lancer un morceau de sucre qu'il sortit de sa poche. La créature l'engloutit en un instant et remua ses antennes, signe que sa bonne humeur était revenue. Luffy s'approcha de Umiyume et lui donna une petite tape amicale dans le dos.

- Tout doux, mon beau, lança-t-il en signe d'apaisement. Nous avons besoin de tes services. Peux tu nous emmener quelque part ?

Umiyume le scruta de ses yeux striés. Il frétilla sur place, impatient de parcourir la mer et émit un son similaire à la corne de brume.

- Il est d'accord à condition qu'on ne le menace plus, traduisit Chopper.

- Yosh ! Cria Luffy avec enthousiasme. Nous allons pouvoir secourir Nami.

- Pas de temps à perdre, renchérit à son tour Sanji en tourbillonnant comme jamais. Ma sirène doit attendre que je la sauve de ces gougnafiers.

- Bon au lieu de dire des âneries, tu viens ? Déclara Franky déjà installé sur le petit bateau en compagnie de tous les autres, y compris Jisha.

Ce dernier attacha plus convenablement Umiyume au bateau à l'aide de quelques cordes puis se positionna près de la barre.

- Tiens voilà ojii-san (4), dit Robin en regardant le sage Mellière s'approcher de la berge.

- Merci pour ton aide papy ! Cria Luffy en lui faisant de grands signes.

Les autres membres de l'équipage le remercièrent également.

- Soyez prudents, dit Mellière, les mains derrière son dos. Si la main du diable existe, vous êtes exposés à un réel danger. Faîtes attention à Sakaku et à son équipage mais aussi aux marines. Il y en a pas mal dans les environs de River Citadel.

- Hé hé, ça promet d'être intéressant, commenta Zoro en posant une main sur l'un de ses sabres.

- Il faut à tout prix que nous évitions de les combattre, notre priorité c'est Nami, répliqua Usopp. Je n'ai pas envie de me faire tuer inutilement sous prétexte que les combats forgent le caractère.

- C'est quoi notre destination ? Demanda Franky.

- Fort-Bravent, mais nous serons obligés d'accoster à Mildesane, répondit Robin en consultant une carte que leur avait donné Mellière. Pour y parvenir, nous allons devoir traverser cette île.

- On y va, rappa-san (5) ! Beugla le capitaine au chapeau de paille en s'adressant à Jisha. Opération : sauver Nami et botter le cul de Sakaku ! (6)

- Très bien, accrochez vous, nous arriverons à l'archipel d'ici cinq heures, annonça Jisha. Tu es prêt, Umiyume ?

La créature se positionna dans l'eau, prête pour la nage.

- Parfait alors… POOOOOONNNN !

Aussitôt le signal envoyé, l'animal traça comme une flèche, emmenant le bateau à une vitesse ahurissante. Luffy et les autres, dont les yeux étaient sortis de leurs orbites - hormis Robin, parfaitement sereine - crièrent de surprise et de frayeur. Zoro réussit à rattraper à temps Chopper qui faillit tomber dans l'océan et Usopp hurla à s'en déchirer les poumons. L'île de Casprin n'était déjà plus qu'un petit point au loin.

- Ha, ça décoiffe pas vrai ? Cria Jisha pour couvrir le bruit du vent. Les carporènes font partie des créatures les plus rapides de Grand Line.

- Mouahahaha, génial ! Ria Luffy, impressionné. Go, Umiyume ! T'es le meilleur !

Le carporène brailla une nouvelle fois et poursuivit sa route en conservant la même vitesse.


- L'île de Mildesane est en vue, vice-amiral ! Avertit un marine à la vigie.

Sakeshi sourit avec bienveillance et rajusta sa longue veste blanche. Les cheveux bruns ondulant avec le vent, il demeurait toujours aussi calme. Il contempla de ses yeux fermés l'île au loin et se tourna vers le lieutenant Raishido.

- Ce voyage a été bien paisible, tu ne trouves pas ?

- Hormis l'attaque d'un bateau pirate, répondit Raishido en fronçant les sourcils. Je ne vous pensais pas capable de couler un navire en à peine une minute.

- Ne tiens pas de tels propos, Raishido, rétorqua Sakeshi d'un ton aimable. Parler d' « attaque » alors que le bateau est intact serait déplacé. Ce n'était rien d'autre qu'un simple contretemps.

- Ne sous-estimez pas les pirates, avertit Raishido. Il y en a de très dangereux, vous savez.

- Absurde, sourit calmement le jeune vice-amiral. Des individus éduqués dans le banditisme et l'ignorance ne pourront jamais être dangereux. Une brebis égarée peut échapper à la tonsure mais pas aux crocs du loup. Tôt ou tard, notre amour de la justice triomphera de l'obscurantisme. Ce n'est qu'une question de temps. En attendant, veillons à ce que les lois du gouvernement mondial soient appliquées.

- Pourtant certains appliquent leur propre justice, c'est le cas de Garp, rappela Raishido.

- Ce cher Garp, dit Sakeshi, amusé. Il n'a jamais été un modèle d'obéissance, tout le monde le sait. Chacun a sa propre vision des choses. Je respecte son choix même s'il ne correspond pas à mon idéal… Ah, je vois que nous allons bientôt accoster.

En effet, le navire passa le phare de Mildesane et se rapprocha des quais. Le lieutenant Raishido donna plusieurs instructions à ses hommes et ordonna de jeter l'ancre lorsque le navire fut suffisamment près de la jetée.

- Qu'ils sont bruyants… commenta Sakeshi pour lui-même.

Son petit sourire imprimé sur le visage, il descendit tranquillement du bateau une fois que celui-ci fut complètement stabilisé. Accompagné de Raishido et d'une troupe d'une vingtaine de marines, Sakeshi marcha sereinement vers une autre escouade de la Marine, positionnée devant un bâtiment portuaire, venue expressément l'accueillir. Soudain, alors qu'il poursuivait sa marche, un ballon atterrit à ses pieds. Un petit garçon, accompagné de deux autres enfants, s'avança vers Sakeshi dans l'espoir de récupérer sa balle.

- Fais attention ! Gronda Raishido en s'adressant au petit garçon. Tu as failli l'envoyer sur un haut représentant de la Marine.

Le petit garçon semblait terrorisé du ton employé par le lieutenant. Ses amis s'étaient écartés de la scène, attendant un peu plus loin, inquiets. Certains marines les accompagnant proposèrent de confisquer le ballon mais Sakeshi intervint :

- Voyons, vous en faîtes tout un vacarme pour rien, dit-il. Ce n'est qu'un ballon, pas une bombe à retardement. Tiens petit, c'est à toi ?

Le vice-amiral ramassa le ballon et le tendit au petit garçon qui le fixait, intimidé.

- Quel est ton nom ? Demanda gentiment Sakeshi.

- Tsukiko, répondit le concerné d'une petite voix, reprenant doucement son ballon des mains du vice-amiral.

- Très bien Tsukiko, alors tu vas me promettre de ne plus jouer près du port avec tes amis. Vous risquez de tomber à la mer et de vous blesser. Il y a beaucoup de bateaux qui accostent ici. Pourquoi ne jouez vous pas un peu plus loin ?

Le dénommé Tsukiko acquiesça. Sakeshi sourit.

- Tu es raisonnable. Tiens, ajouta-t-il en fouillant dans la poche de sa veste, voilà pour toi.

Il lui tendit une grande sucette ovale et rose vif.

- J'espère que tu aimes les sucettes à la framboise. Moi ce sont mes préférés.

Tsukiko regarda la sucette, ne croyant pas à sa chance. Il remercia Sakeshi avec un grand sourire.

- Merci beaucoup… au fait, tu t'appelles comment ? Tu as quel âge ?

- Je m'appelle Sakeshi et j'ai vingt-quatre ans, lui apprit l'homme aux yeux fermés d'un ton amical. Je travaille dans la Marine.

- Ouah, c'est vrai ? S'enthousiasma Tsukiko. Tu as dû parcourir toutes les mers alors ?

- Oh non, il m'en reste encore beaucoup à découvrir, répondit Sakeshi. Je suis encore jeune, j'ai le temps.

- Tu as rencontré des pirates ? L'interrogea Tsukiko, très intéressé.

- Bien sûr, sourit Sakeshi. J'en ai vu de toutes sortes. La plupart d'entre eux boit du rhum et est couvert de cicatrices mais ils sont tout de même très différents les uns des autres. C'est ce qui rend la traque plus intéressante.

- J'aimerai bien en rencontrer… avoua Tsukiko d'un ton rêveur.

- Allez, ça suffit, retourne jouer avec tes camarades, le vice-amiral est pressé ! S'emporta Raishido qui fit sursauter le petit garçon.

- Du calme, lieutenant, j'ai l'impression que tu vas le mordre si ça continue, rétorqua Sakeshi en riant. Eh bien, Tsukiko, je vais y aller. Prends soin de toi et ne joue plus ici, d'accord ?

- Oui, promis, acquiesça le petit garçon en courant retrouver ses amis, sa sucette à la main. Merci Sakeshi !

Il lui fit de grands signes auxquels le vice-amiral répondit d'un léger geste de la main.

- Vice-amiral Sakeshi, je ne vous comprendrais jamais, soupira Raishido.

- Le mystère fait partie du charme de notre vie de mortel, lui apprit Sakeshi en regardant Tsukiko parler au loin avec ses amis. Bien, reprenons notre route.

Ils arrivèrent devant la troupe de marine avec à leur tête, le capitaine du port. C'était un homme à la barbe fournie, dont les sourcils formaient un S curieux.

- Soyez le bienvenue à Mildesane, vice-amiral Sakeshi, dit ce dernier en lui tendant la main. C'est un honneur de vous accueillir sur notre île.

Sakeshi la serra chaleureusement.

- Le plaisir est partagé, répondit le jeune homme au sourire imperturbable. Je suis sûr que nous ferons du bon travail. Avant que nous ne commencions à surveiller les alentours, j'ai une faveur à vous demander.

- Je vous écoute, dit le capitaine du port.

- Il serait sage de couler tous les bateaux de pirates s'approchant de l'archipel, déclara Sakeshi d'un ton serein. Il en va de la sécurité de l'île et de ses habitants. Après tout, nous ne sommes pas là pour parlementer avec eux.

- J'envoie cet ordre immédiatement, répondit le capitaine en se mettant au garde à vous.

- Vous n'y allez pas de main morte, vice-amiral, remarqua Raishido en se grattant la tête.

- Une justice laxiste est le pire des désordres, récita Sakeshi. Et la pitié n'est qu'égarement. Eliminer tout élément perturbateur, c'est s'assurer d'un équilibre politique. La connaissance de tout marine commence par là. Allons boire quelque chose à présent.

Le vice-amiral, les cheveux au vent, les mains dans les poches, partit en direction du café en compagnie du lieutenant et de ses hommes qui conservèrent un silence respectueux suite à ces paroles.


Sakaku, accompagné des membres les plus importants de son équipage et de quelques pirates - une petite trentaine - avança tranquillement vers la petite ville de Marjevole, la plus réputée pour ses sources d'eau chaude. Nami était escortée de Sir Amami, du Dr Yudoku et de Melle Reijin. Ougi, légèrement en retrait, gardait la tête baissée et Tokbaz se disputait encore avec Grapille au sujet d'un nouveau produit de l'inventeur.

- Je te dis que ça marche, je l'ai testé d'abord sur moi ! S'indigna Tokbaz en agitant sa fiole contenant un liquide orangée. Il n'y a aucun effet secondaire.

- Vous êtes exaspérant…balle tes affaires, lui reprocha Grapille en croassant. Ce test ne veut rien dire du tout…pour rien…deux, trois…et son célèbre cheval…

- Ça suffit ! S'emporta Tokbaz en replaçant sa toque sur sa tête. Je te dis que c'est efficace. Et puis, arrête un peu avec tes jeux de mots, tu me donnes la migraine…

- Vous êtes injuste…in Bridou (7), bouda Grapille en croisant ses ailes. J'essaye de vous convaincre d'arrêtez avec vos expériences stupides et vous persistez…nographie. Quelqu'un va encore avoir le cerveau en bouilli après ça…lade niçoise. Je vous en conjure…on fidélité à notre seigneur : n'aspergez personne…les matines, sonne les matines !… ou vous aurez encore des problèmes…pas les champignons ni les aubergines.

- Faites taire ce crétin de piaf ! S'énerva Melle Reijin qui sortit subitement son fouet. J'en peux plus de l'entendre parler comme ça !

- Je t'ai demandé de te taire Grapille, il me semble, dit Tokbaz. Toutefois, tu pourrais être plus aimable avec lui, reprocha-t-il à l'adresse de Melle Reijin.

- Pourquoi ne pas vous battre pendant que je m'occupe de la fille ? Sourit Yudoku en tentant d'adopter un air innocent. Sir Amami, vous pourriez aller arbitrer.

Nami jeta un regard de dégoût à Yudoku mais à son grand soulagement, l'homme sucre refusa après avoir croqué dans trois bonbons à la fois :

- Sans façon. Nous ne sommes pas là pour favoriser les conflits internes.

- Et puis on sait à quoi tu penses, vieil obsédé ! Crièrent en chœur Tokbaz et Melle Reijin.

Une goutte coula derrière la tête des pirates les accompagnant.

- Ding dong, un peu de silence, lança le gros Blier. Nous arrivons en ville. Il s'agit de ne pas nous faire remarquer.

L'affirmation de l'homme de main de Sakaku était on ne peut plus ridicule. Vu leur accoutrement, le capitaine et son équipage seraient forcément observés par les habitants. Ce serait comme se dissimuler derrière une tige de roseau.

La ville de Marjevole était très calme. Les habitants ne prêtèrent pas vraiment attention aux nouveaux arrivants, trop occupés à allumer de l'encens et autres bougies pour demander pardon aux dieux de l'enfer. Toutes les maisons de la ville étaient décorées de divers objets tels des statues qui faisaient des révérences ou des colonnes de fourchettes plantées à même le sol. Le groupe de pirate croisa un homme, les mains jointes, la tête baissée, qui récitait des sermons à voix basse :

« Je ne suis qu'un lâche, un pauvre idiot inculte et pitoyable. Ma maison ne vaut rien, ma famille me dégoûte, je n'ai pas d'amis, ma femme me déteste et me trompe, je m'ennuie la plupart du temps… »

Une goutte descendit derrière la tête de Nami.

« Dans quelle ville de dingues nous avons atterri ? Pensa-t-elle. Que ce soit avec Luffy ou Sakaku, j'ai l'impression que découvrir des îles de fous fait partie de mon quotidien ».

- Sans paraître impoli, capitaine Sakaku, vous êtes certain que cet archipel renferme un objet dangereux ? Questionna Sir Amami de sa voix criarde.

- Evidemment, Amami-san, répondit Sakaku en souriant d'un air perfide. Ne faîtes pas attention à ce genre de détails. Tiens, allons boire un verre plutôt !

Sakaku allait entrer dans un bar plutôt louche quant il se retourna vers son équipage.

- Ce périple m'a donné soif, déclara le capitaine. Je m'accorde une petite pause d'une demi-heure. Amami-san, Blier, Ougi, vous venez avec moi. Les autres, faites ce que vous voulez en m'attendant mais surtout surveillez navigatrice-san. Je n'aimerai pas à me servir de mes pouvoirs contre celui ou ceux qui l'auront laissé s'échapper.

Tout le monde déglutit.

- Mais pourquoi une pause alors que nous sommes si prêt du but ? S'étonna Tokbaz.

- Tu as une réclamation à faire ? Demanda Sakaku en le fixant de ses yeux menaçants.

L'inventeur se tut aussitôt. Sakaku, après s'être assuré qu'il n'y ait plus de protestations, rentra à l'intérieur du bar, en compagnie de Sir Amami, du gros Blier et de Ougi. Le reste de l'équipage ne savait pas quoi faire en les attendant.

- J'ai une idée ! Lança Melle Reijin. Puisque cet archipel est réputé pour ses sources d'eaux chaudes, pourquoi ne pas aller faire un tour ?

Yudoku lissa les poils de sa barbe quelques secondes. Puis un filet de bave s'échappa de sa bouche.

- Quelle bonne suggestion, Melle Reijin…

Nami évita du mieux qu'elle le pouvait le regard de ce vieux pervers. Elle mourrait d'envie de le frapper mais elle n'avait pas envie de se faire fouetter pour ça.

- Pourquoi pas ? Dit Tokbaz, sans grande conviction toutefois.

Et c'est ainsi qu'ils se mirent en route en direction des fameuses sources d'eaux chaudes...


- FRENE ! FRENE !!! Hurlèrent Usopp, Sanji et Franky à l'unisson.

- YAMETE ! YAAAMMEEETEEE ! beugla Chopper dont les yeux étaient plus grands que des soucoupes et la bouche plus ouverte qu'une carpe.

- UMIYUME, ECOUTE TON AMI LE RENNE ! Cria Jisha qui ne parvint pas à le ralentir avec les cordes. UMIYUME !

Trop tard. Umiyume ne s'arrêta pas à temps et percuta de plein fouet l'un des pontons de l'île de Mildesane qui fut détruit sous le choc. Luffy et les autres furent littéralement éjectés. Zoro, Sanji et Chopper d'un côté, Franky, Robin et Usopp de l'autre. Jisha tomba à la mer et Luffy s'envola dans les airs, sans direction précise.

- OUAAAAAHHHH ! Où je vais, moi ?

Et c'est ainsi que Luffy et ses nakama furent malencontreusement séparés.


Notes :

(1) Goldsaff : alcool très fort, souvent accompagné de purée de cactus ou de citron vert et en vente exclusivement dans des magasins spécialisés.

(2) Une société de crédule en quelque sorte… Alors imaginez leur tête s'il connaissait l'existence de Skypiea^^

(3) Yamete = Arrête, stop !

(4) Ojii-san = Grand-père, papy

(5) Rappa = trompette, clairon

(6) Une sorte d' « Opération séduction » (puisque Luffy va secourir Nami) mais une telle référence est si intolérable que j'ai préféré vous épargner le massacre^^

(7) C'est de pire en pire, plus on avance dans le récit, plus les jeux de mots de Grapille sont nazes. Pardonnez au malheureux auteur qui doit bien avouer que plus nul, c'est très difficile voire impossible -_-'


Auteur : Voilà pour ce chapitre sept.

Nami : Je vois que tu as tenté de donner un chapitre plus consistant que le précédent. Tu penses que tout le monde a oublié si facilement cet horrible passage ?

Auteur, restant digne : J'ai fait de mon mieux, je n'ai donc aucun regret. Quant au chapitre six, il est du à un peu trop de rapidité et un grand manque de relecture. Mon but : retrouver le niveau de mes autres chapitres.

Zoro : Ne va pas nous faire un plaidoyer sur la manière d'élaborer un chapitre, on a compris.

Sanji, en mode love-love : Mildesane est réputée pour ses eaux thermales ? Formidable ! Voir ma Nami chérie en maillot de bain, le rêve…

Luffy : C'est vrai, ça doit être intéressant…

Gros silence.

Franky : Euh, mugiwara, t'as dit quoi là ?

Nami, les yeux écarquillés : Pardon ?

Zoro, Robin et Usopp ont un petit sourire en coin.

Chopper : ?

Luffy : Ben quoi, c'est vrai ! Voir des jolies choses, c'est toujours agréable.

Usopp, une goutte derrière la tête : Je ne sais s'il fait bien d'appeler Nami « chose ».

Zoro, rétorquant : Bah, c'est un bon début…

Sanji, mécontent : C'est une erreur, notre capitaine ne peut pas…ce n'est pas réel…

Robin, taquine : La phrase de Senchou-san vient du cœur, c'est indéniable.

Franky, pleurant à chaudes larmes : Le début d'une grande union ! Mais je pleure pas, y a pas de raison que je pleure…

Nami, rouge pivoine : Mais fermez là un peu !

Auteur, ravi : C'est pas trop tôt, Luffy. Va falloir avancer tout ça, c'est moi qui vous le dit. Bon et bien, Nami, à ton tour d'annoncer la fin. Lui tend la feuille.

Nami, sa tempe battant dangereusement devant les rires : Bien. « Laissez une petite review pour me donner vos impressions. Sur ce, bonnes vacances à tous et à la prochaine ».

La navigatrice les frappe tour à tour hormis Luffy et l'auteur.

Auteur ^_^' : Merci Nami, c'était très…euh, percutant.

Luffy : o_O'