J'aspirai une goulée d'air qui s'engouffra en sifflant dans ma gorge. Ce geste me sembla bizarre : je n'en éprouvais aucun soulagement, même pas l'infime soulagement que j'éprouvais n'étant pas encore immortelle. L'air goutait comme avant, par contre : le lilas, le soleil avec des touches miellées. Son odeur. Mais je sentais d'autres odeurs en même temps...
J'ouvris les yeux. La lumière aurait pu m'aveugler, étant humaine. Le soleil éclairait parfaitement ma petite clairière, mon chez-moi. L'herbe sur laquelle j'étais couché était remplie de fleur de toutes sortes de couleur. Je me relevais, bien plus vite. Il n'y avait pas d'intervalle entre la pensée de l'action et l'action. Me retournant sur moi-même, j'inspectais ma clairière.
Soudain, je me rendis compte d'une chose : mon cœur battait. Faiblement, mais il battait encore. Je fus rempli autant de joie que de désespoir. Jamais, je n'allai m'en sortir. Jamais je n'allai redevenir heureuse comme je l'étais étant petite fille. J'allai toujours avoir cette impression de vide. Et en plus, j'étais devenu un monstre, seule la douleur de ma gorge me le prouvait. Je n'y avais pas prêté attention jusqu'à maintenant, mais maintenant que j'y pensais, elle me faisait mal, j'avais envie de m'arracher la gorge.
Je regardais mon corps, toute trace de rondeur avait disparu.
C'est alors qu'une immense douleur me traversa les entrailles. Comme si mon cœur venait de s'être arraché, encore. Regardant mon corps, je pus constater que Kiwi s'était fait battre, à coup de fouet. Et j'en ressentais encore la douleur, même en étant vampire.
Alors, dans un élan de désespoir, je hurlais toute ma rage avant de m'effondrer par terre, secoué par de violents sanglots. J'étais encore ici, alors qu'Edward et Jenny sont ailleurs. Alors que Dakota est loin de moi.
Pdv Carlisle :
Un cri de désespoir provenant de la forêt me sortit de mes pensées. Je descendis les marches des escaliers à toute vitesse, reconnaissant cette voix. Ma femme l'avait aussi entendu et toute activité dans la maison cessa. Mes invités tournèrent tous leur tête en direction de l'endroit ou se situait Bella. Personne ne savait qu'elle existait, si ce n'est qu'Esmée. Mais tous pouvaient sentir son odeur à mille kilomètres à la ronde. D'autant plus qu'ils étaient des nouveau-nés et qu'elle possédait le sang le plus sucré qu'il existait. Bien que différents qu'avant. La connaissant par cœur, je savais parfaitement qu'elle était devenue comme nous et que son cœur battait toujours. L'un de mes enfants se leva et s'apprêta à sortir de la pièce.
- Ne fais pas un pas de plus. J'y vais, moi.
Il s'arrêta net.
- Mais, Carlisle…
Je le regardais dans les yeux. Il était empreint d'une souffrance sans faille.
- Écoute. Tu sens son odeur? (Il acquiesça) C'est la plus sucrée qu'il nous a été donné de voir. Et encore, à chaque pas que tu feras, ce sera pire. Tu ne voudras que boire son sang. C'est ma petite fille.
- Oui, mais…
- Je te demande de rester à l'écart.
Il renonça, je soufflais.
- Esmée, tu peux m'amener du sang, mon amour?
Elle disparut, me rapportant du sang ainsi que des vêtements et lorsque j'avais le tout en main, je partis à sa clairière.
Pdv Bella :
Je pleurais à chaudes larmes, priant pour que personne ne vienne à ma recherche. Je voulais mourir, sur le champ. Ma douleur était beaucoup, beaucoup trop forte. Je sentais ma tête rapetisser, comme si quelqu'un la comprimait. Le trou dans ma poitrine s'agrandit, encore, malgré l'importante grandeur qu'il avait déjà.
- Je suis désolé, si tu savais… Je me plains de ma douleur alors que tu n'as même pas eu la chance de vivre le bonheur depuis que maman nous a abandonnés… Si tu savais comment j'aimerais te retrouver… Tu dois bien être quelque part. Je peux te paraitre égoïste, mais j'ai besoin de toi, j'ai besoin de toi… Comme tu as besoin de moi… Délivrez là.
Je sentis quelqu'un entrer dans ma clairière. Immédiatement, je me mis en position d'attaque, avant de découvrir que ce n'était que Carlisle. Il s'approcha de moi, tranquillement, et me pris dans ses bras.
- Chut…
- Je suis un monstre. Je ne le mérite plus, Carlisle. J'ai mal à la gorge, je suis un monstre. Jenny est morte par ma faute.
Je sanglotais dans ses bras.
- Tu n'es pas un monstre, tu le sais bien. Je suis sure que peu importe qui il est, et où il est, il est fier de toi, de tout ce que tu as fait jusqu'à maintenant. Jenny est avec son père maintenant. Il s'occupe d'elle.
- Et Dakota? Pourquoi est-ce que je la sens toujours? Ou est-elle? Où?
- Shut… Votre lien est impossible à briser, peu importe quelle forme vous avez. Tu l'auras toujours au fond de toi. Même qu'elle doit ressentir ta douleur. Allez, tu dois avoir faim.
Il me tendit un sac de sang que je goutais avidement. Le sang coulait dans ma gorge me faisait tellement de bien. Il ne me remplit pas complètement, par contre. Lorsqu'il fut fini, je me rendis compte de ce que j'avais fait.
- Ce n'était pas un humain, au moins?
Il me sourit, tristement.
- Un puma.
- Je me dégoute. Je suis si avide de sang. J'ai encore soif. Pourquoi je ne peux pas être normal?
- Ce n'était qu'un petit sac de sang, Bella. Il te faut plus de cela pour arrêter la douleur.
Le soleil s'incrusta dans la clairière et je découvris que ma peau scintillait, c'était si voyant qu'un humain le verrait.
- Super! En plus, je ne peux plus me promener au soleil. C'est vraiment le comble.
Il me tendit des vêtements. Je les pris. Leur texture me fit penser à Alice. Je fus prise de nouveaux sanglots.
- Qui t'a transformé?
- Je n'en sais rien! Je vais le retrouver, maintenant.
- Tu es sure que sa va?
J'acquiesçais.
- Je reviendrais lorsque je serais prête.
Il me prit dans ses bras une dernière fois en me tendant un téléphone et partit.
J'enfilais les vêtements.
Bon alors, les Volturi. J'allai intégrer leur clan pour ensuite tuer le buveur de sang qui m'a transformé et enfin retrouvé celui qui tient Dakota. Même si je déteste le créateur des Volturi. Je réservais des billets d'avion en direction de Volterra et courrais jusqu'à un quelconque repas. Lorsque j'aperçu un cerf se sauvant du prédateur le plus redoutable que j'étais devenu, mon dégout envers moi-même ne fut que renforcir. Pourtant, je continuais d'avancer, rapidement même, pressé d'entrer mes dents dans sa chair, dans sa jugulaire, pressé d'étancher ma soif. Lorsqu'il n'eut plus aucune goutte de sang dans son corps, je rejetais le cadavre, me dirigeant vers Seattle, en priant pour que le sang humain ne me procure aucun effet.
Je pris mon téléphone, jugeant qu'il était temps d'appeler mon frère.
- Allo! Bella?
- C'est moi.
- Tu m'as fait une de ces peurs. Comment vas-tu? Comment va Jenny?
- Jenny est… avec son père maintenant. J'ai été transformé.
- Bella, je…
- Non, écoute-moi. Je vais rejoindre les Volturi, tuer l'assassin de mon bébé et essayer de retrouver Dakota, vivante ou défunte. Je protégerais notre secret et veillerais sur toi et Rose, du monde vampirique. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, mais je n'irai pas vous voir, je suis dangereuse maintenant.
- Bella, tu n'as pas à faire ça.
- Si, il faut que le le fasse. Je t'aime, Emmett.
- Moi aussi.
- Adieu.
Entrant dans l'avion, je m'assis à ma place, heureuse de pouvoir me contrôler face à cette masse d'humains me regardant, même si tous avaient une saveur plus sucrée que les autres. Je me dégoutais face à mes pensées avides de sang. Ils n'étaient pas une proie et je ne devais pas être un chasseur. Je m'assis quand même à côté de la fenêtre; si je pouvais me contrôler, je ne devais pas forcer ma chance. Un homme, humain bien sûr, se dirigea vers moi. Il se déplaçait comme si c'était le roi du monde, ne faisant que renforcer le dégout que j'avais envers les fils de riche qui ne pensait qu'à leur petite personne. Lola et Peter avaient beau être riches, leurs enfants étaient… normaux, unis. Pas comme lui qui n'hésitait pas à quitter sa famille pour essayer de draguer la fille la plus inaccessible qu'il n'a jamais connue. La plus dangereuse également. Je pouvais le tuer si facilement : la moindre goutte de son sang ferait surgir le monstre en moi et il n'y survivrait pas, à sa jamais. Zen Bella. Il ne sera pas ton repas.
- Je peux m'asseoir?
- Bien sûr.
Je lui servis mon sourire le plus éblouissant, destiné à le faire taire pendant une bonne dizaine de minutes. Cela ne marcha, du moins, pas comme je l'espérais : en s'approchant, il manqua tomber par terre, ce qui déclencha l'attention sur nous. Minable. Tu n'étais tellement pas comme ça Edward. Tu étais tellement différent que ces pauvres types. Tu me manques tellement.
Il se releva, embarrassé et s'assis à côté de moi, alors que je me tassais pour lui laisser de la place. Il s'installa, avec une lenteur exaspérante, puis se courba d'une façon à mettre en valeur ses muscles. Wow. Il ne battait pas Lucas. Il ne battait pas Emmett. Il ne battait pas Edward, mon Edward. Je sortis du papier et un crayon afin d'écrire, de lui écrire.
- Je m'appelle Calvin.
Pitié, allais-je enfin être tranquille?
- Bella.
- Alors… Que fait une si jolie fille seule dans un avion?
- Figure-toi que je viens de me faire transformer par un buveur de sang, donc j'en suis devenu un mois aussi. En passant, ton sang sent vraiment bon. Et… je vais rejoindre les Volturi, une famille de vampires très puissante, pour me venger.
- Je pars en vacance.
- Où?
Je pinçais mes lèvres, cherchant une réplique qui lui en boucherait un coin.
- En enfer!
Il en resta bouche bée. J'en mourrais de rire. Mais au moins, il allait arrêter d'essayer de me draguer. Je commençais à écrire.
30 décembre 1923
Cher Edward,
J'ai été transformé et tout ce que je veux faire, là maintenant, c'est retrouver ce buveur de sang et lui infliger mille souffrances. Je suis devenu un monstre. Je ne suis désormais plus à ta hauteur. Je vais aller rejoindre les Volturi, un clan avide de pouvoir. Je sais, je sais, ce n'est pas ce que tu voudrais, mais je suis tellement dévasé par la rage que les tuer ne me procurerait que du bien. Je suis désolé, pour tout.
Jenny va bien?
Ta Bella
