Le couloir était désert. Personne ne songerait à venir dans cette partie du château où certains élèves affirmaient qu'ils avaient entendu des hurlements inhumains. Harry lui n'avait pas peur de ce couloir. Puisqu'il savait ce qui c'était passé ici. On pouvait voir la marque des Maudits. Mais ce n'était pas la curiosité qui le poussait à errer dans ce lieu sordide. La véritable raison de sa solitude c'était l'abandon temporaire de ses amis. Il comprenait qu'ils aient besoin de se retrouver seuls. Il ressentait encore le sort en lui, il ne pouvait oublier ce qu'il avait ressentit depuis ce jour maudit. Il aimait ses amis mais il haïssait l'évolution de leur relation car il se sentait seul. Il savait qu'ils ne le laisseraient jamais tomber. Mais l'apogée de ce dégoût fut la vision de l'embrassade entre Sean et Ginny. Ce fut l'apothéose. Il était plus en colère contre lui que contre Ginny ou Sean. Lui le stupide Survivant, il était incapable de sortir avec une fille, incapable de s'occuper de lui-même, même pour les autres il en était incapable, pouvait-il seulement battre Voldemort ?
Enfonçant ses mains dans sa robe il sentit la pierre à travers la soie que le professeur lui avait rendu avant de partir. Il sortit le paquet de sa poche et déplia l'étoffe de soie.
- Suis-je condamné qu'à rater tout ce que j'entreprends ?
La pierre scintilla.
Harry leva les sourcils, étonné de ce scintillement.
- Est-ce que je vaincrai Voldemort ?
Le scintillement disparut et la pierre repris son éclat normal.
Le Gryffondor serra les dents de rage. Il n'était pas sûr de vaincre son ennemi. Il se sentait si impuissant si faible face à la puissance destructrice de Voldemort. Même la puissance de Dumbledore semblait insuffisante face au mage noir. Pourtant il avait réussi à le maintenir en échec depuis tout ce temps. Toutes les actions, que l'Ordre du Phénix faisaient, avaient un prix : celui d'une vie !
Harry soupira de déception, ses ennuis n'étaient pas prêts de s'arrêter. Il déambula dans le couloir, et arriva au niveau de la tâche noire qui marquait l'endroit où l'autre s'était fait déchiqueté. Harry se demanda s'il allait finir ainsi, un simple corps posé sur le sol. Il frémit et leva les yeux sur les marques qui zébraient le mur et s'arrêta sur la silhouette qui examinait les même marques.
Harry prit le temps d'observer et de détailler la silhouette qui faisait face à lui. Elle portait une paire de mocassin noire qui indiquaient que la propriétaire provenait d'un milieu aisé. La paire de chaussettes blanches remontait jusqu'à mi-mollet. La jupe grise était sans un pli comme si la propriétaire voulait se fondre dans la masse. Le pull-over gris bordé de vert et argent désignait l'appartenance de la silhouette. Ces deux couleurs étaient confirmées par l'écusson qui se trouvait sur la poitrine. C'était la dernière personne qu'Harry aurait voulu voir! Il ne put cacher son regard acide que la silhouette sentit. Que faisait-elle ici ? Elle violait son espace vitale. Il ne pouvait souffrir les élèves de cette maison honnie! Déjà il se mit à avancer vers la silhouette d'un pas lent, martelant chacune des pierres qui composaient le sol. Il continua son examen. Elle portait une cravate des Serpentards. Ses cheveux coupé assez court lui faisant une tête au carré. Le nez un peu retroussé, son visage n'était pas ingrat mais Harry ne pouvait le qualifier de charmant. Il n'aimait pas les représentants de cette maison et cinq années de voisinage lui avait appris que la meilleure méthode pour s'en sortir indemne s'était l'indifférence et l'ignorance la plus complète ! Harry passa à côté de la Serpentad dans l'indifférence la plus totale. Il remarqua au passage que le regard qu'elle lui portait était un savant mélange de moquerie, de colère et de tristesse. Autant il comprenait le pourquoi du premier mais état étonné du deuxième et il pensait que les Serpentards ignoraient l'existence du troisième.
L'indifférence est la pire des choses que l'on puisse faire. Harry se souvenait des paroles de Dumbledore après que Sirius soit tombé derrière le voile. Il venait justement de faire la faute que la Serpentard allait relever.
- Alors Potter on se fait mousser ?
- La ferme je n'ai pas sonné les cloches !
Deuxième règle quand on rencontre un ou une Serpentard : On l'ignore !
- Ah bon ? Pourtant on ne parle que de l'exploit du Gryffondor !
Harry se retourna vers la Serpentard et s'approcha d'elle et fixa ses yeux. Elle sembla ciller mais se retint de justesse.
- Je n'ai pas besoin d'une réputation qui empoisonne ma vie.
Elle soutint son regard et afficha un sourire cynique.
- On peut dire Potter que tu n'as pas besoin de te faire une réputation tu te la fais tout seul.
- Laisse moi deviner, dans le dortoir des Serpentards on ne parle que de moi... lança Harry acerbe
- Rectification, dans tous les dortoirs de Poudlard. Comme si l'école ne pouvait vivre qu'au rythme de ta respiration. A croire que tes amis ne te suivent que selon ton humeur.
Harry serra les poings de rage.
- Alors tu viens ici pour te repaître de magie noire, voir les oeuvres de ton maître! Poussa avec hargne le Gryffondor.
La Serpentard leva le menton d'un air de défi.
- J'imagine que toi et tes Gryffondor ne rêvaient qu'à casser du Serpentard ? Au fond vous êtes tous semblables ! Quand ce n'est pas l'un c'est l'autre vous ne pensez qu'à vous entre-tuer ! Si Voldemort change tout cela alors il vaut mieux choisir de le suivre plutôt que de devenir une victime de votre dispute d'adolescent prête à être sacrifié sur l'autel de votre égoïsme si démesuré cher Potter que votre vie ne vous appartient plus !
- Elle ne m'a jamais appartenu ma vie, vous vous en servez pour vous valoriser, vous m'abaissez quand bon vous semble, vous me haïssez, vous m'adorez, vous êtes prêts à me jeter au feu comme une vieille chaussure devenue trop petite pour contenir votre déception. Alors puisque vous voulez suivre Voldemort et bien vous n'avez qu'à le suivre !
Elle fulminait, Harry avait l'impression que de la fumée sortait de des oreilles de son interlocutrice. Il sentait aussi le sang affluer et cogner à ses tempes. Elle serrait ses poings sûrement qu'elle aurait voulu envoyer une gifle. Mais une Serpentard ne doit pas perdre contenance. Harry était même étonné qu'ils aient eu de tels mots, en principe c'était avec Malefoy pas avec sa nounou. Et jamais elle se serait laissée emporter en temps normal.
Elle tourna les talons et s'éloigna d'un pas rapide le dos droit dans une indignation la plus totale.
- La prochaine fois demande à Malefoy de venir en personne pour m'insulter au lieu de m'envoyer ses faire-valoirs ! Hurla Harry de manière à ce qu'elle l'entende du bout du couloir.
Elle se retourna et hurla à son tour.
- Potter tu es l'être le plus ignoble qu'il m'ait été de rencontrer. Sache que même si tu étais le dernier sur cette fichue terre, je mettrai la plus grande distance entre nous !
- Comme ça tu peux voir que je ne mérite pas toute cette popularité que l'on me donne !
Harry était satisfait, il avait passé sa colère sur le dos d'une élève de la maison rivale. Il sentait le bien que ça lui prodiguait. Mais au fond de lui il se demandait s'il n'était pas allé trop loin. Ce défoulement de sa haine et de sa solitude ne l'avait-il pas rendu trop amère et trop cynique ? Il ne se reconnaissait pas dans cet accès de colère. Non pas que la Serpentard ne lui ait fait quoique ce soit mais il ne pouvait souffrir la condescendance des Serpentards, surtout depuis qu'il se retrouvait seul.
Il se retourna et se retrouva face à face avec son interlocutrice.
- Montre moi alors comment devrait être ta popularité !
Harry l'observa un instant et haussa les épaules.
- Quoi que je fasse cette popularité me collera.
- Alors montre moi ta véritable personnalité ! Continua la Serpentard
Harry éclata de rire.
- Crois-tu que je ne vois pas clair dans ton jeu ? C'est Malefoy qui t'envoie ? Il ne me supporte plus? Déjà qu'il ne pouvait pas me sentir, il ne peut plus me voir ?
- Laisse Malefoy où il est ! Clama la vert et argent.
Harry fronça les sourcils. Étrange comportement que celui de la Serpentard. Habituellement elle ne quittait pas Malefoy dans l'espoir d'une relation plus que de camarade. Or elle se montrait sous un autre jour. Était-ce un piège ?
- Même si je te montrai réellement qui je suis, il y a eu trop de choses qui nous ont monté maison contre maison et tant qu'il y aura des différents je pense qu'il n'y aura aucun rapprochement possible.
La Serpentard fixa les yeux du Gryffondor.
- Alors pour toi il n'y a aucun changement possible aucune seconde chance ?
Harry se tourna vers la fenêtre.
- Si seulement on pouvait avoir une seconde chance, un moyen de réparer ses erreurs. Mais la réalité est bel et bien là ! Il n'y a pas de seconde chance.
- Tu me déçois Potter. Pourtant tu as bien laissé une seconde chance à ton parrain.
Harry se retourna brusquement comme piqué par une guêpe.
- De quoi parles-tu ?
La Serpentard sourit de satisfaction.
- Sirius Black était le plus grand de tous les criminels et pourtant toi tu lui as donné une chance tout en sauvant la vie au véritable traître !
Harry s'approcha dangereusement de la Serpentard. Cette dernière se mit à trembler doucement juste avant de ce ressaisir.
- Comment peux-tu être au courant de ces choses là ? Demanda calmement Harry tout en toisant la Serpentard
Elle soutint son regard et répondit calmement.
- Je le sais parce que ma famille est mangemorte, mais je ne veux pas le devenir, comme beaucoup de Serpentard, nous ne voulons pas devenir Mangemort, mais personne ne souhaite entendre ce que nous avons à dire et ils préfèrent nous enfermer dans le même panier que nos parents !
Ils étaient si proche l'un de l'autre qu'un simple geste les aurait fait tomber tout les deux. Harry pouvait sentir le souffle de la Serpentard sur son visage. Il commençait à comprendre l'appel à l'aide que cette dernière lançait, mais était elle vraiment aussi sincère qu'elle l'argumentait ? Il ne se sentait plus décideur comme pour le Département des Mystères. L'ombre de ses échecs le hantait. Mais il ne pouvait se cacher l'appel désespéré qu'il lisait dans le fond des pupilles de la Serpentard.
Combien de temps ils sont resté ainsi l'un contre l'autre comme deux statues. Harry ne saurait le dire. Qui avait enclenché le mouvement ? Elle ou lui, il ne le sait pas non plus mais il sait une chose c'est que la chaleur de leurs souffles lui a fait hérisser les cheveux de la nuque et que leurs lèvres se rencontrèrent pour un baiser possessif, dominateur. Lequel aurait le dessus la Serpentard moqueuse ou le Gryffondor hargneux ? Le baiser fut brutal et sans aucune tendresse. De l'amour ? Certainement pas juste une envie de provoquer l'autre et de satisfaire un plaisir immédiat et gratuit. Pourtant Harry ressentait comme une aura espiègle les entourer comme si la jonction entre les deux maisons avait créé une atmosphère particulièrement explosive.
Alors qu'ils se séparaient Harry regarda la Serpentard. Elle le fixait d'un regard possessif et elle passa lentement sa langue sur ses lèvres d'un air gourmand. Harry étira un coin de ses lèvres dans un sourire quelque peu moqueur, ses yeux regardaient de biais la Serpentard. Il venait de découvrir une facette de lui-même qu'il n'avait jamais vu. Il passa négligemment sa main dans ses cheveux les rendant encore plus indisciplinés, La Serpentard ne sembla pas impassible à ce geste. Et Harry comprit rapidement l'impacte que réalisait ce simple geste. Et par moquerie il recommença lentement ce qui augmenta l'amusement de la Serpentard.
- J'aime beaucoup cette personnalité Potter ! Mais il faudrait que tu la montres plus !
- Je ne sais pas si c'est vraiment la mienne...
- Alors nous devons creuser un peu plus pour découvrir ta véritable personnalité.
Harry hésita un instant, que voulait-il réellement ? Il avait du mal à se reconnaître, lui avait-on jeté un sortilège ? Lui avait-on fait boire un philtre ? Il regarda la Serpentard. Elle souriait.
- Je ne t'ai rien fait, tu n'as suivi que ton propre instinct. Je pense... Qu'il faut que l'on se revoit.
- Si je te dis que jamais Grognard ne divulguera ses secrets ?
- Je te répondrai qu'il n'y a pas que lui qui les connaît.
Harry se mit à sourire de concert avec la Serpentard. Elle se retourna pour quitter le couloir.
- Harry, je t'attendrai, tout Serpentard a la patience, sache simplement...
Elle se retourna et planta son regard espiègle dans le sien.
- ... J'aime ton côté pimenté.
Elle disparut dans un autre couloir. Harry resta sous le choc de la déclaration. Il était allé sur un sentier nouveau. Au contact de la Serpentard il était devenu quelqu'un d'autre. Mais est-ce que cela remettait en cause son autre personnalité ? Non il savait que, ce qu'il avait toujours été, restait en lui. Mais alors qui était-il réellement ?
