Le couloir était silencieux. Les élèves étaient rentrés dans leurs maisons respectives. Les braseros qui étaient soutenus par des gargouilles s'éteignaient lentement. Nul bruit ne venait troubler le silence du couloir Ouest de la fameuse école de Poudlard. Rien ne venait chasser le silence qui pouvait alors remplir l'espace libre. Le couloir était ouvert vers une petite cours intérieure. Un Chêne trônait au milieu de la cours. Des bancs l'encadraient comme pour permettre aux élève de profiter de son ombrage qui, disait-on, permettait d'accroître les connaissances. Un vent léger agitait doucement les feuilles de l'arbre ancestral.

Cependant une étrange lueur émergea d'un couloir annexe. La lumière tremblotante était précédée par une forme élancée, toute fine qui avançait avec grâce dans la pénombre. Le regard vif, les narines au vent, et les oreilles aussi ouvertes qu'elles le pouvaient. La forme espionnait le couloir. Un intrus ? Non simplement le silence qui se prenait pour du vacarme. La lumière avança encore un peu et une ombre apparut sur le mur. Elle était de taille moyenne, visiblement c'était l'ombre d'un homme. Il portait les cheveux longs. Qui était-il ? Que faisait-il ?

Un bruit sourd attira la forme gracieuse. Elle s'approcha de la cours avec précaution. Quelque chose bougeait dans les ramages de l'aïeul. Elle tourna sa tête vers la lumière et lança un petit miaulement.

Tu as trouvé quelque chose Miss Teigne ? Un des ces élèves incapables ? Demanda une voie sortant de la lumière.

La forme miaula de nouveau un peu plus fort. La lumière s'approcha de la forme féline qui se dévoilait maintenant. Les yeux miroitaient sous l'effet de la lumière de la lanterne. La chatte avait des yeux jaunes, le poil mi-long était marbré. Elle s'assit attendant l'arrivée de son maître qui portait la lumière. Les cheveux long et sales, il parcourait les couloirs la nuit dans l'intention de découvrir les élèves qui ne voulaient pas dormir dans leur lit tout en pestant contre ces élèves qui l'empêchait de dormir dans le sien. Le regard perçant il regarda la cours, mais il ne voyait rien. Il renifla de sont nez crochu et entra dans la petite cours d'un air renfrogné. Jamais sa chatte ne s'était trompée. Rajustant sa veste que l'on pourrait facilement prendre pour une serpillière, il s'avança vers l'arbre. Pataugeant dans le sol rendu boueux par la pluie diluvienne du matin. Il leva la lanterne, il n'y avait que des branches et des feuilles, comment un diable de garnement aurait-il pu se cacher dans l'arbre ? Sûrement que le flair de sa chatte avait dû lui jouer un mauvais tour. Il ne trouvait pas que Miss Teigne était en forme ce soir. Il se retourna pour reprendre sa ronde. Mais le miaulement de son animal l'interrompit. Il DEVAIT y avoir quelque chose. Le Concierge de Poudlard se retourna vers l'arbre et recommença son examen. Effectivement il y avait quelque chose qui n'allait pas avec l'arbre, une main ensanglantée qui pendait dans le vide. Rusard regarda fixement la main et avança la lanterne pour voir plus précisément à qui appartenait cette main couverte de sang. Levant son bras la lumière montra un avant-bras tout aussi rouge que la main.

Brusquement la main attrapa le bras du concierge fermement. Rusard surpris lâcha la lanterne qui se fracassa au pied de l'arbre répandant l'huile qui prit feu. Argus Rusard se débattit tant qu'il put provoquant la chute de deux corps au sol. Il fixa le corps nu et couvert de sang de celui qui lui serrait le bras . Argus hurla de frayeur. La main se décontracta libérant le concierge qui s'éloigna en reculant sur les fesses. Il ne pouvait se détacher de l'épaule arraché de l'homme qui était entièrement nu. Des sueurs froides parcouraient son dos. Quelqu'un attrapa le concierge à l'épaule. Ce dernier repoussa un hurlement de terreur réveillant l'homme nu ou du moins l'espèce de créature qui s'était métamorphosé d'un corps humain en un corps velu et poilu d'un loup-garou déterminé à sa battre.

- Du calme ! Tonna la voix du directeur.

L'ambiance se détendit, comme si la voix d'Albus Dumbledore réagissait comme une valve. Argus put examiner à loisir le Loup garou qui se tenait devant eux.

- Severus ? Demanda la voix du directeur.

Une forme bougea derrière le loup-garou, une baguette fut brandi avec la détermination d'un désespéré. Dumbledore attrapa la baguette.

- C'est fini Severus.

La main se détendit. Le loup-garou s'effondra sur le sol épuisé. Et les poil disparurent pour faire place nette pour une peau humaine. Mais tous étaient horrifiés pas l'état du corps, à croire que des dragons s'étaient amusés avec. Des morsures et des griffures parcouraient le corps la plus impressionnante des morsures étant l'épaule droite complètement déchiquetée.

- Allez chercher Pompom Argus ! Il n'est pas transportable... Murmura Dumbledore sous le choc.

Le concierge se releva jeta un dernier coup d'oeil au corps mutilé de celui qu'il reconnaissait comme étant le professeur Lycaon. Albus s'approcha de Severus et examina les blessures, elles étaient profondes mais il semblait hors de danger, contrairement à l'autre professeur. Il semblait dans un état second comme si il luttait entre la vie et la mort.

- Argus dépêchez vous !

Le concierge partit tel l'éclair pour se rendre à l'infirmerie.

Jamais Argus n'avait parcouru ces couloirs aussi rapidement que ce soir. Il arriva essoufflé devant la grande porte et tambourina à celle-ci jusqu'à ce que l'infirmière lui ouvra la porte.

- Et bien Monsieur Rusard ! Que vaut ce réveil intempestif ? Maugréa l'infirmière.

Elle avait un genre de bonnet sur la tête qui masquait sa chevelure. Elle portait une robe de chambre grise avec l'écusson de l'école. Le visage sec, elle regardait le visiteur incongru de ses yeux gris. Elle tenait fermé le haut de sa robe de chambre de sa main droite.

- Mrs Pomfresh, on a besoin de soins urgent dans la cours intérieure de l'Ancien Chêne.

L'infirmière haussa les sourcils.

- Entrez le temps que je me change, dites moi ce que vous avez vu comme blessures !

L'infirmière passa dans son bureau pour mettre ses habits de soins.

- Le professeur Rogue a du sang sur les jambes. Mais le plus inquiétant est le professeur Lycaon, je l'ai à peine reconnu...

Pompom émit un soupire de déception, elle ne savait finalement pas grand chose quand à la nature des blessures. Elle attrapa son sac de première nécessité et emmena quelques fioles pour régénérer le sang, stopper les hémorragies ou pour refermer les blessures légères nécessitant plus qu'un simple sort.

Argus pinça les lèvres en voyant l'infirmière s'affairer avec lenteur.

- Dépêchez-vous ! Fustigea-t-il.

Elle fusilla le concierge du regard et s'approcha de la porte. Quelles blessures immondes allait-elle encore voir ?

Ils se dirigèrent vers la Cours du Chêne rapidement. Pompom remarqua que le professeur Rogue s'était relevé, il semblait supporter sa douleur. Rapidement elle diagnostiqua deux entailles sérieuses qu'elle nettoya avant d'y verser une potion de soudure de blessure. Elle lui donna aussi une potion contre l'hémorragie. Puis ayant tout fait pour soigner le professeur de Potion, elle se tourna vers l'autre corps. Ses yeux s'agrandirent, elle eut un instant d'hésitation son coeur se soulevant quand à l'état du corps. Comment faisait-il pour ne pas hurler de douleur ? L'épaule droite était arrachée, il avait des marques de griffures et de morsures sur tout le corps. La hanche gauche se détachait du corps par lambeaux de chairs. Son corps devait faire l'objet de nombreuses hémorragies. Elle sortit une fiole et administra la potion qu'elle contenait. Le professeur Lycaon hoqueta toussa et recracha la potion. Pompom insista et lui donna encore de la potion qui fut régurgitée aussitôt. L'infirmière reboucha la fiole en fronçant les sourcils.

- Je ne peux strictement rien faire... abdiqua-t-elle.

Argus regarda le corps secoué de spasmes qui se vidait peu à peu de son sang.

- Il doit bien y avoir une solution, lâcha dans un murmure Dumbledore.

- Son corps rejette la potion anti-hémorragie cela signifie qu'il n'acceptera aucune potion pour se soigner.

Argus pensa que le professeur Lycaon était condamné. Il n'y avait rien à faire à part le laisser mourir. A quoi cela sert-il d'avoir des tas de pouvoirs si on ne les utilise pas ? Autant être un cracmol. Argus émit un grattement de gorges désapprobateur. Sa chatte se frotta à ses pieds. Il se pencha pour la prendre dans ses bras. Elle se mit à ronronner. Dans les bras de son maître elle se plaisait à le cajoler. Il sourit à sa chatte qui ronronna de plus belle. Mais son attention retourna vers les deux sorciers qui s'affairaient autour du blessé. Ils semblaient impuissants face à la mort inéluctable du professeur Lycaon. Argus se retourna pour retourner à sa ronde, il ne pouvait rien faire de toute manière. De plus il devra nettoyer la place avant que les élèves ne descendent de leur dortoir ce qui doit se produire dans quelques heures, la nuit commençait à toucher à sa fin.

- Pourquoi ne pas le stupéfixer ? Demanda Pompom.

- Ma foi c'est peut être la seule solution pour éviter toute complication, mais est-ce que ça ne va pas intensifier la douleur lors de l'enlèvement du sortilège ?

- C'est un risque à courir, mais nous ne pouvons le laisser ainsi !

Dumbledore sortit sa baguette. Argus la regarda avec haine et adoration, jamais il n'en aurait une. Son absence de magie l'avait rendu aigri, il détestait les professeurs, il détestait les élèves. Il ne pouvait supporter son anormalité. Il avait été le premier cracmol de sa famille. Ils l'avaient rejeté car il n'était pas sorcier. Il avait tout essayé pour seulement tenter de leur ressembler. Mais l'échec de chaque tentative était un clou planté dans son coeur. Il n'y avait que sa chatte qui arrivait à le soulager de son fardeau, avec elle il ne ressentait ni les regards méprisant et moqueurs des élèves ni celui condescendant des professeurs. Quand le directeur lança le sortilège de stupéfixion, ce dernier s'écrasa sur le corps du professeur sans aucun effet. Argus afficha un sourire mauvais de satisfaction, voir le directeur rater un sortilège aussi simple était réjouissant. Dumbledore recommença avec le même résultat. Argus jouit de l'impuissance du directeur à immobiliser le corps du professeur de Défense contre les forces du mal.

Au bout de trois fois le directeur sembla hésiter. Était-ce possible que Lycaon soit immunisé contre la magie ? Ce n'était pas impossible. Le directeur plissa un instant les yeux.

- Des énigmes dans le noir et pourtant la solution est devant moi ...

Il semblait perdu dans ses réflexions. Il pointa sa baguette vers le corps ensanglanté et lança une quatrième fois le sortilège. Le sort n'eut pas touché le corps que se dernier se leva et se transforma à la vitesse de l'éclair qui zébra le ciel à ce moment là. Argus lâcha sa chatte qui sursauta en gonflant son pelage en crachant. Le corps presque humain s'était transformé en un corps de loup-garou de quatre ou cinq mètres de haut, si féroce et si horrible que la vision fit trembler de peur Argus. Mais était-ce bien l'aspect du professeur ou le fait de voir ce dernier tenir la main droite du directeur qui sembla impuissant devant la situation. L'animal avait poussé un hurlement de colère si fort qu'Argus était persuadé que l'école l'avait entendu. De plus lors de la transformation, Argus était certain que la magie avait modulé l'aspect de l'animal.

L'atmosphère était devenu électrique, tous arrêtèrent de respirer dans l'attente de l'acte fatal. Fallait-il réagir ? Que fallait-il faire ? Comment le loup allai-il réagir ? Personne ne bougea attendant un calme qui ne venait pas. Argus regarda le directeur qui semblait impassible face à la figure défigurée du loup. Était-il confiant ? Étrange...

Pourtant un indice indiqua un relâchement, Miss teigne s'était remise à ronronner. Ce qui détendit le loup qui lentement posa le Directeur sur le sol.

- Veuillez me pardonner, Professeur Dumbledore...

Ce dernier sourit amicalement. Le loup se métamorphosa en Lycaon.

- Ces derniers jours, de vieux souvenirs sont revenus dans ma mémoire, et ils ont été accompagnés par mes réflexes.

- Rassurez-vous, je ne vous en veux pas, l'état... de... votre corps me laisse à penser que vous avez fait quelques rencontres peu amicales.

- Vous êtes en dessous de la vérité, j'ai l'impression d'être revenu très longtemps en arrière comme si le temps ne s'était pas écoulé.

- Comment faîtes-vous pour ne pas souffrir s'affola Pompom.

- Je me suis entraîné à séparer mon esprit de mon corps ce qui fait que je ne ressens aucune douleur.

- Je dois avouer que vous êtes source d'éternelles surprises, coupa Dumbledore amusé.

Lycaon sourit amusé par les propos du directeur. Il ferma les yeux et joignit ses mains. Argus trouvait cette situation grotesque ! Le professeur Lycaon sembla entrer dans une sorte de transe et lentement les blessures se refermèrent devant l'incrédulité de l'infirmière. Comment pouvait-il exercer une telle magie ? Personne n'avait la compétence de se soigner lui-même. Aucun mages, magiciens ou sorciers n'avaient pu se soigner de la sorte ! Le professeur Lycaon se tourna vers le professeur Rogue qui reprenait conscience. Et posant ses mains sur les blessures il provoqua leur guérison dans une douce lueur. L'infirmière regarda curieuse le phénomène.

- Mais il faudra que je vous examine avant que vous repreniez les cours, indiqua-t-elle.

Le professeur Lycaon se tourna vers l'infirmière et écartant les bras il annonça qu'elle pouvait l'examiner sous tous les angles. L'infirmière commença à rougir sous le regard amusé du directeur. Argus se demandait s'il ne l'avait pas fait exprès... Mais le visage du professeur de défense contre les forces du mal restait indescriptible. Le concierge émit un soupir de désapprobation.

Et maintenant qui allait nettoyer tout le sang qui s'était étalé sur le sol ? Alors que le groupe de professeurs rentrait dans le couloir, Argus maudissait le destin qui s'acharnait sur lui. Il allait devoir faire le travail lui-même, il ne pouvait le faire décemment à un élève.