Bonjour tout le monde ! Pour la première fois de ma vie je ne m'excuserais pas de mon retard puisque ma mère s'est faite opérer cette fin de semaine et est restée à l'hôpital durant trois jours. Je suis donc restée avec elle. Mais, je suis de retour maintenant et elle est de retour à la maison !

Chapitre 34

On se protège des autres au lieu de se protéger de soi-même.

La première chose qu'Harry fit en se réveillant le lendemain matin fut de se tirer vers sa salle de bain et de prendre deux pilules contre la nausée et le mal de tête. Il n'avait jamais aussi mal dormi de sa vie. Ou bien peut-être avait-il aussi mal dormi quand Tom était parti… il ne s'en rappelait plus… Il se souvenait juste du noir… du sentiment d'être perdu et en colère… Et maintenant, il se trouvait de nouveau dans le noir. Et il n'avait aucun moyen d'en sortir.

Oui… Il existait un moyen. Et ce moyen était d'agir comme si Drago n'avait pas la moindre importance pour lui. Il n'allait pas rester chez lui, roulé en boule dans son lit, à attendre désespérément que le blond revienne enfin. Si Drago aimait tant se mettre en danger… s'il se fichait éperdument de la douleur qu'on pouvait lui infliger… Alors, il se refusait à être proche de lui. Pas question. Il n'avait plus de force… N'avait-il pas assez de problème comme ça? Sa mère était à l'hôpital. Son père était un homophobe et son frère se trouvait en prison.

N'avait-il pas déjà assez de problème sans qu'il s'en rajoute inutilement? Parce que Drago avait fait son choix. Et ce choix il l'avait fait en connaissance cause. Pourquoi Narcissa avait-elle suggéré que Drago revienne chez lui? Pourquoi alors qu'elle avait tout abandonnée afin de protéger son enfant? Où était la logique dans tout ça? Il n'y avait pas de logique voilà tout. Il s'agissait d'une famille… Il ne comprenait pas les familles. Sa famille à lui… Était-ce même une famille? Sa mère le voyait à peine. Son père n'était jamais présent.

Ils étaient des étrangers ayant des liens de sang. Il posa alors sa tête sur le mur et ferma les yeux. Ils n'étaient pas une véritable famille. Ou bien peut-être l'étaient-ils… Qu'était-ce une famille? Quel sacrifice devait-on faire pour cette famille? Pour ces gens qui partageaient le même sang… Se sacrifier? Accepter? Se résigner? Était-ce que les gens devaient faire pour leur famille? Était-ce ce qui était demandé d'eux? Pourquoi?

La famille… La famille… Les premières personnes que l'on connaissait. Les premières personnes que l'on aimait. Les premières personnes qui étaient censées les aimés. Mais, ce n'était pas toujours le cas. Il y avait des familles qui se détestaient. Il y avait des familles qui se fichaient éperdument l'un de l'autre. Et pourtant… Et pourtant, ils restaient ensembles non? Pourquoi donc?

Qu'est-ce qui poussaient les gens à vouloir à tout prix rester avec leur famille? Même si tout le monde pouvait voir que cette famille était dégoûtante… pénible… pourquoi est-ce que les gens restaient quand même? La famille… La famille… La seule plaie dont l'on ne pouvait pas se défaire… la seule plaie qu'on aimait… Pourquoi les aimait-on? Il n'y comprenait rien. Pourquoi Drago ne voulait-il pas couper le lien? Il l'avait vu dans son visage non? Ce tiraillement entre l'envie de ne pas y aller… de rester protéger… Mais, le besoin de voir son père avait gagné… Le besoin de rendre heureuse sa mère avait gagné… Pourquoi, bon sang! Pourquoi?

Non, il n'allait pas penser à Drago. Il n'allait plus penser à lui parce qu'il coupait les liens. Il était hors de question qu'il se rajoute des problèmes supplémentaires. Que Drago ait de la peine à cause de son agression… qu'il soit fragile et triste… qu'il ait besoin de soutien et d'amour… il pouvait faire ça. Il pouvait lui donner ça.

Mais, il ne pouvait pas accepter de rester assis comme un imbécile en se rongeant les ongles alors que Drago retournait dans cette maison. Et tout ça pourquoi? Pour un homme qui était désolé? Était-ce suffisant d'être désolé? Est-ce que cela rachetait tout? Qu'est-ce qu'Harry en avait à faire de ses remords! Est-ce que les remords changeaient ce qui avait été fait? Est-ce que les remords enlevaient la douleur infligée? Non! Rien ne changeait! La douleur était toujours là! Et même lorsque cette foutue douleur disparaitrait… la cicatrice resterait là… Lui rappelant à jamais ce qui avait été fait… Alors pourquoi est-ce que Drago… Pourquoi… Ses dents s'enfoncèrent durement dans sa lèvre inférieure alors qu'il s'engouffrait dans la douche, ouvrant l'eau chaude. Oui. Il voulait brûler.

Il ne voulait plus penser au froid qui envahissait son âme. Parce que Drago était inconscient… Parce que, même si son père avait changé, cela ne changeait pas ce qu'il lui avait fait. Il avait été violé. C'était trop tard. Le mal était fait. Rien ne pouvait changer ça. Même si son père avait vu la lumière. Même s'il regrettait avec toutes les forces de son cœur ce qu'il avait fait… Est-ce que cela changeait véritablement quelque chose?

Est-ce que le pardonner aiderait Drago à aller mieux? Il en doutait. Parce que Drago n'était pas prêt à pardonner. Et le blond n'arrivait pas à comprendre cela. Comment pouvait-il pardonner une plaie qui était encore à vif? Si, au moins, il avait surmonté son agression… Si, au moins, le contact d'un homme inconnu ne lui donnait pas l'envie de s'enfuir en courant… Là peut-être il y aurait-il eu une chance de pardon. Mais là… Drago ne faisait que se jeter dans la gueule du loup. Dans la gueule de la douleur… Dans la gueule de son traumatisme.

Et il allait revenir briser… Il allait revenir… Mais, ce n'était plus son problème. Parce que si Drago était incapable de comprendre que la personne qui était la plus importante était lui-même… Lui savait pertinemment que c'était lui qui était le plus important. Son bien-être. Son calme. Sa santé mentale. Les gens voulaient le traiter d'égoïste? Qu'ils le traitent d'égoïstes. Il s'en fichait. S'il commençait à mettre le bonheur de tout le monde au-dessus du sien… qui allait s'occuper de son bonheur? Tout le monde se fichait de tout le monde. Alors, il allait s'emmerder à mettre le bonheur de quelqu'un d'autre au-dessus du sien… et cette personne? Allait-elle mettre son bonheur au-dessus du sien? Certainement pas. Alors lui avait compris…Parce que tout le monde se fichait de tout le monde. Son père se fichait de lui. Sa mère se fichait de lui. Alors, si ses propres parents ne remarquaient pas son existence… Pourquoi devrait-il s'attarder sur l'existence des autres? Chacun pour soi. Il allait sauver sa peau et si Drago ne comprenait pas ce concept tant pis pour lui! Son poing s'abattit durement contre le mur de sa salle de bain alors qu'il sentait une boule amère se former dans sa gorge. Il sortit finalement de la salle de bain et faillit grimacer en se trouvant nez à nez avec son père. Celui-ci lui envoya un sourire encourageant tout en se passant une main hésitante dans son épaisse chevelure noire.

-Ta mère revient demain. N'est-ce pas une bonne nouvelle? Déclara-t-il joyeusement.

Super. Vraiment super. Bien malgré lui, il lança un regard meurtrier à son père avant de se diriger vers sa chambre. Parce que maintenant sa mère revenait à la maison. Ne pouvait-elle pas rester dans ce foutu hôpital? Après tout, quelle différence cela pouvait bien lui faire? Une chambre ou une autre… De toute façon elle restait enfermer comme une idiote. Il s'obligea à reprendre une respiration normale. Non… Il n'allait pas commencer à parler de cette femme ainsi. Elle n'était pas une idiote. Elle était sa mère et elle méritait un minimum de respect. Un minimum… Et elle allait venir pleurer dans ses bras en appelant Tom… Elle allait appeler son frère… Elle allait le regarder sans le voir… Oh oui… s'il n'était pas la personne la plus importante pour lui-même… ce n'était certainement pas ses parents qui allaient le mettre en haut de leurs priorités. La main de son père se posant sur son épaule le fit sursauter et il dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas lui briser le bras. Il se contenta de tourner légèrement sa tête vers son père.

-Tu n'es pas heureux que ta mère revienne? Demanda-t-il.

-Pourquoi ne le serais-je pas?

Pourquoi le serait-il? Elle était sa mère. Elle était la femme qui le regardait comme s'il était une poupée gonflable. Elle était la femme qui l'avait mise en monde. Elle était la femme qui ne l'avait plus appelé par son prénom depuis 8 ans. Elle était… Elle était son pire cauchemar. Un frisson désagréable lui traversa le corps.

-Parle-moi Harry. Tu peux tout me dire non? Depuis quand avons-nous des secrets l'un pour l'autre?

Il devait s'agir d'une mauvaise blague. Pourtant, il ne riait pas du tout. Depuis quand avaient-ils des secrets l'un pour l'autre? Il s'agissait de la mauvaise question. La véritable question serait plutôt depuis quand n'avaient-ils pas de secrets l'un pour l'autre? Avait-il vraiment l'intention d'agir comme s'ils étaient une famille unie? Ils n'étaient pas une famille. Ils n'étaient que des étrangers liés par le sang.

-Harry… Parle-moi. Dis-moi quelque chose.

Pourquoi pas « Va te faire foutre »? Pourquoi pas « Laisse-moi respirer. Tu l'as si bien fait pendant des années. ». Pourquoi venait-il radoter dans ses oreilles maintenant?

-Harry. Insista son père.

-Pourquoi est-ce que tu me parles? Demanda froidement Harry.

-Parce que tu es mon fils.

-Je préférais lorsque tu pensais n'avoir qu'un seul enfant.

Il vit les yeux bruns de son père devenir rond comme des soucoupes et il en profita pour se dégager de sa poigne et s'enfermer dans sa chambre. Voilà. Bon débarras. Maintenant, il allait arrêter ce simulacre de famille unie qui lui donnait des boutons et il allait le laisser dans son malheur. Il avait toujours été excellent pour faire ça. Il poussa un long soupir en voyant son père ouvrir la porte de sa chambre.

-Je n'ai jamais pensé que je n'avais qu'un seul enfant. Murmura faiblement son père.

-Alors tu es un sacré acteur, Papa. Tu t'es trompé de métier.

Il ignora avec facilité la douleur qui traversa le visage de son père. Il savait que dans les émissions de télévision, il s'agirait du moment où il se mettrait à pleurer en pardonnant à son père tous ses péchés parce que, comme l'avait si bien dit Drago, il était désolé. Et bien, être désolé ne changeait rien dans sa vie.

-Je sais… Je sais que je n'étais pas aussi présent que j'aurais du l'être.

Joli euphémisme. Un fantôme aurait été plus présent que son père. Mais, ce n'était pas grave. Il avait appris à vivre avec l'absence de son père. Et il avait survécu.

-Mais, je veux être là maintenant. Je veux…

-Je n'en ai rien à faire de ce que tu veux. Répliqua glacialement. Tu ne voulais pas être présent dans ma vie et je n'ai rien pu y faire… Maintenant, tu veux être présent dans ma vie… Mais, je peux faire quelque chose.

Et il lui pointa calmement la porte. Il vit une expression infiniment douloureuse traversée le visage de son père puis, celui-ci parti sans demander son reste. Voilà comment Drago aurait du réagir avec son père. Le pardon était une connerie inventé par les gens qui avaient fait du mal à autrui. Il n'y avait aucun bénéfice à pardonner à quelqu'un. La personne pouvait le refaire la même action de nouveau… non, ce n'était même pas ça l'important…

Que la personne décide de le refaire était une possibilité. Mais, la douleur du passé était bel et bien là… Alors, pourquoi pardonner? Qu'est-ce que cela changeait? Il avait appris à ne pas compter sur ses parents. Et maintenant, il était censé apprendre à avoir besoin d'eux. Plutôt mourir. Il avait déjà bien assez de problème comme ça. Son père voulait être là pour lui maintenant? Bravo pour lui. Voulait-il une main d'applaudissement? La médaille du meilleur père? Juste parce qu'il avait daigné refaire son apparition dans sa vie alors qu'il ne lui avait absolument rien demandé? Qui avait décidé qu'il devait pardonner à ses parents? Qui avait décidé qu'il n'avait pas voix au chapitre? La haine était une émotion aussi puissante que l'amour. Et la haine faisait bien moins mal de toute façon. Alors, il allait rester exactement comme il était. Et Drago…

Et si Drago ne pouvait pas comprendre ça… Si Drago voulait définitivement jouer à la victime. Et bien, il pouvait faire ce qu'il voulait. Cela ne le regardait plus en rien. La personne la plus importante pour lui était lui-même. Les gens pouvaient le juger. Les gens pouvaient penser qu'ils avaient tords. Ils n'avaient, visiblement, rien vécu. Ces gens devaient avoir des familles aimantes qui célébraient Noel en chantant des stupides chansons. Lui, ne pouvait même pas se souvenir de son dernier Noel. Ils avaient peut-être un Oncle désagréable, mais tout de même attachant… il n'avait pas une mère qui oubliait de venir le chercher à l'école. Il n'avait pas un père qui ne venait pas voir sa pièce de théâtre. Alors oui… il était un égoïste. Un sale égoïste. Et il s'en fichait. Et si Drago ne pouvait pas comprendre qu'il s'agissait de la seule solution pour survivre… Alors, il ne pouvait pas l'aider.

À suivre…