Chapitre 3
Ils s'appelèrent régulièrement, une à deux fois par semaines environ, discutant de tout et de rien et les impressions de Kurt se confirmèrent petit à petit. Casey était un type bien. Il avait confessé qu'il n'était pas très fier de certaines choses qu'il avait fait même s'il restait discret sur son passé. En tout cas, il était ouvert à tous les sujets de discussion et était assez cultivé pour les tenir. Sont seul défaut, au grand désespoir de Kurt, était qu'il était un chanteur lamentable et ne connaissait absolument rien aux comédies musicales et à Lady Gaga. Navrant.
Ils se revirent une ou deux fois aussi, à l'occasion d'un café. A chaque fois qu'ils se parlaient, Casey posait brièvement la question de savoir ou en était Kurt à propos de ses interrogations mais n'insistait jamais s'il n'avait pas envie d'en parler ou s'il n'avait juste rien à dire.
Il avait de toute façon promis de l'appeler le jour ou il voudrait vraiment aborder le sujet. L'occasion se présenta plus vite qu'il ne le cru.
oOo
Blaine avait glissé son bras autour de sa taille et l'avait attiré contre lui. Kurt se laissait aller, posant la tête sur son épaule. Ils étaient dans les couloirs de la Dalton Academy et discutaient des photos affichées dans la vitrine, aux côtés de Wes et David qui les regardaient avec un petit sourire mais se contentèrent de continuer la conversation. Pourvu qu'ils restent décents et ne s'affichent pas en permanence, les Warblers et la Dalton Academy tout entière acceptaient leur relation. Il l'encourageait même dans une certaine mesure. C'était agréable et Kurt était terriblement fier de pouvoir se promener au bras de Blaine.
Lorsqu'ils durent s'écarter pour laisser un groupe d'étudiant déplacer une énorme table il se retrouva littéralement dos au mur, pressé contre le corps de son petit ami. Le pire c'est que Blaine n'en profitait même pas. S'il avait été pressant et affamé, cela aurait été bien plus facile de le repousser. Mais là, il se contentait de fermer paresseusement les yeux en sentant le souffle de Kurt dans son cou, aplatissant la main dans son dos, la cuisse collée à la sienne. D'une exaspérante retenue. Et Kurt, envahi par son parfum, le ventre ravagé par une sensation nouvelle, restait immobile et bouleversé.
Il appela Casey le jour même et lui raconta la scène. Celui-ci recueillait ses angoisses de puceau avec déférence et Kurt s'agaça de sa propre niaiserie.
- Je ne- Bon sang pourquoi est ce que ça me gène tellement ! Tous les garçons de mon âge ne rêvent que de s'envoyer en l'air et il faut que je sois si… si…
- Innocent ?
- OUI ! Raaaaaaah !
A l'autre bout du fils, Casey rigolait.
- Les autres ne le montrent pas de la même façon que toi mais ils ont tout autant la trouille. J'étais terrifié quand je suis passé à la casserole pour la première fois.
- Mais tu en avais envie !
- Toi aussi non ? Ce bouleversement, cette tension dans le ventre dont tu m'as parlé, c'était juste de l'envie. Du désir, ni plus ni moins. Tu le vois peut être pas comme ça ou bien tu ne l'envisages pas de cette manière, mais ton mec t'excites, c'est tout. T'es juste tellement pas habitué à gérer cette envie que tu paniques. En fait, t'as pas peur de faire l'amour, t'as peur d'avoir peur. Et t'as peur d'être déçu aussi et de décevoir ton copain.
C'était vrai. Infiniment vrai.
- Mais… de toute façon… Ca n'est pas le plus important, si ? Demanda t il d'une petite voix. Le sexe, ce n'est pas le plus important dans une relation, c'est l'amour. J'ai tors ? Je veux dire… c'est les sentiments et la confiance qui comptent quand on aime…
- C'est un point de vu. Même si ce n'est pas le mien.
- Oh. Et tu en penses quoi alors ?
Il resta silencieux un moment avant de répondre d'une voix décidée.
- Dis moi tu fais quelque chose ce soir ?
- Heu…
- Je préfère parler de ça face à face plutôt que par téléphone. Si on en discute chez moi ça te vas ? Je passe te chercher et je me présente à ton père si tu veux, ajouta t il devant son hésitation.
- D'accord. Je veux bien.
oOo
Kurt ne savait trop comment envisager la rencontre entre Burt et Casey mais il était certain que c'était important. Il avait déjà parlé de lui à sa famille, qui s'était inquiété d'apprendre qu'un type sortit d'on ne sait ou et plus vieux de presque dix ans acceptait de parler sexe et relations homosexuels avec lui. La discussion avait tourné au vinaigre et Kurt était entré dans une colère noire, crachant qu'ils ne connaissaient rien de lui et se permettait de le juger louche et dangereux seulement parce qu'il était gay. Que c'était du racisme ordinaire et qu'il déciderait lui-même si cela valait la peine de le connaitre ou pas, mais qu'il était hors de question qu'il coupe les ponts sur des préjugés.
Enfin, ça avait été dit avec beaucoup plus de rage, de mots blessants et de bafouilles, de larmes qui refusent de couler. Beaucoup d'angoisse refoulée aussi, de peur et aussi, quelque part, un soupçon d'espoir qu'il avait raison de croire que Casey était un type bien et qu'il pourrait vraiment l'aider.
Il avait blessé sa famille évidement et avait regretté ses paroles. Il s'était excusé, le expliquant qu'il avait peur d'être seul et que, même s'il savait qu'il était naïf, il pensait sincèrement que tout irait bien. Il en avait besoin. La conversation s'était calmé, Burt, Carole et Finn avaient tenté de ravaler leurs inquiétudes avec plus ou moins de succès.
C'est pour ça qu'il donna son adresse au motard et descendit prévenir Finn, Carole et Burt de son arrivé. Ils furent tous un peu surpris de l'annonce mais ils acceptèrent, curieux impatients et un peu méfiant à l'idée de découvrir enfin qui il était.
Quelques minutes plus tard, le vrombissement d'une moto se fit entendre et quelqu'un toqua à la porte. Burt ouvrit lui-même la porte d'entrée.
- Bonjour monsieur. Vous devez être le père de Kurt, dit le nouvel arrivant en retirant son gant et en lui tendant la main. Je m'appelle Casey Stevens.
Il avait une allure engageante et le regard franc. Ses manières étaient simples mais polies et malgré sa veste de motard et ses mains abîmées qui lui donnaient un petit air baroudeur, il avait l'attitude de quelqu'un responsable, droit et travailleur.
En somme, tout ce que Burt aimait. Il l'invita à entrer et lui présenta les autres membres de la famille. On servit un café à tout le monde et on s'installa autour de la table pour discuter un moment.
- Je me doute que la situation doit vous paraitre un peu étrange et c'est pour ça que je suis venu. Je tiens à vous rassurer sur mes intentions. Je sais précisément par quoi passe votre fils et je sais combien il peut être perturbant d'être gay à son âge. De plus il m'a dit qu'il n'avait pas vraiment d'homosexuel dans son entourage mis a part son petit ami. Je me propose seulement de l'aider dans son parcourt et… disons de lui éviter des expériences désagréables.
- Je vois… Pardonnez-moi mais quel âge avez-vous ?
- Je vous en prie. J'ai vingt six ans. Je comprends vos réticences, je vous assure que je n'ai pas de vues sur votre fils. Je sais seulement qu'il a besoin d'aide et que j'ai les moyens de lui apporter.
- Comment ? Demanda Burt, le visage dur. Vous allez lui donner des cours d'éducation sexuelle ? Le trainer dans les bars gays ?
Kurt grommela, gêné et mit sa tête dans ses mains et Casey bu, une gorgée de son café, ricanant doucement.
- Pas exactement. D'abord je vais l'écouter. Ensuite, je vais le rassurer sur ce qu'il est et sur ce qu'il ressent parce que tous les jeunes homos l'ont éprouvé un jour. Je vais effectivement l'emmener dans un ou deux bars gays et lui apprendre comment y évoluer sans risque. De même que je vais l'emmener dans des réunions, des associations, lui faire faire ses premiers tests médicaux pour qu'il sache comment ça fonctionne. Je vais lui faire rencontrer des gens comme lui, lui permettre de découvrir une communauté ou il ne sera jamais seul.
- Mais il n'est pas seul !
Finn semblait outré qu'on puisse le sous entendre, suivit de près par Carole et dans une moindre mesure, Burt.
- Si, il l'est répondit Casey, mortellement sérieux. Il a la chance d'être entouré d'une famille compréhensive mais quelques soit les efforts que vous ferez, peut importe combien vous l'aimer, vous ne pourrez pas comprendre sa détresse quand il sera tout seul dans la chambre de son amant pour la première fois. Quand il réalisera pleinement qu'il n'aura jamais la vie normale des autres. Qu'il n'aura pas d'enfants, qu'il ne pourra pas se marier. Quand il sera fatigué d'être regardé de travers parce qu'il tient la main d'un homme, quand il aura envie hurler parce que son salaire sera moins bon que celui d'un hétéro, parce qu'il préfèrera faire une demi heure de trajet en plus pour ne pas passer parce des ruelles craignos, parce qu'il-
Il s'interrompit et prit une longue inspiration pour se calmer, le regard lourd plongé dans celui de Burt.
- Je sais que vous l'aimez, ça se voit. Mais malgré toute l'affection que vous lui portez, vous ne pouvez pas lui suffire. Parce que s'il vit tout ce dont je viens de parler –et croyez moi, il le vivra a un moment ou a un autre- vous serez encore plus impuissant que lui. Vous ne pourrez rien faire sinon vous attrister pour lui, lui répéter encore et encore que vous vous l'aimez quoi qu'il arrive. Mais vous ne pourrez pas vous mettre à sa place. Et il aura besoin de gens qui ont déjà vécu ça, besoin de voir que malgré tout on peut faire avec, être heureux, qu'on est pas obligé de vivre notre sexualité comme une tare, peut importe comment et combien de fois on nous rabaisse. Croyez-moi. Etre le seul homosexuel, peut importe qui nous entoure, c'est une forme de solitude. La solitude mène à la honte, la honte à la douleur.
Le silence s'étira, pensif pour Burt, inquiet pour Carole, dépassé pour Finn et juste horrifié pour Kurt. Casey attendait
L'interrogatoire durant encore un moment et Casey s'y plia avec beaucoup de bonne volonté, affirmant qu'il serait aussi méfiant si ça avait été son propre fils.
- Vous avez des enfants ? s'étonna Carole.
- Plus maintenant, dit-il avec sincérité.
Il hésita un moment avant de reprendre.
- J'ai eu une aventure d'un soir quand j'avais l'âge de vos fils. La jeune fille est tombée enceinte et m'a prévenu à l'accouchement. Elle ne voulait pas le garder et m'a laissé le choix entre prendre l'enfant à ma charge ou bien l'abandonner dans un orphelinat. J'ai choisis de le garder. J'ai… eu un accident quelques mois plus tard en voiture. Il n'a pas survécu.
Un silence s'étira dans la pièce seulement troublé par les murmures désolés de la famille. Malgré tout Burt était réticent à l'idée de confier son garçon à cet inconnu.
- Ecoutez, je crois vraiment que Kurt à besoin de discuter avec quelqu'un qui n'est pas de sa famille mais qui pourra quand même le comprendre. Je resterais bien avec lui ici pour en parler sous votre surveillance mais je doute qu'il ait envie d'aborder certains sujets en votre présence.
Tous les visages se tournèrent vers l'intéressé qui hocha la tête en grimaçant.
- Voilà ce que je vous propose : Je vais emmener Kurt chez moi aujourd'hui : j'habite un appartement en ville à côté de la mairie. Je vous laisse mon adresse, tous mes numéros de téléphone et mon passeport.
Joignant le geste à la parole, il tira d'une poche intérieure de son blouson un grand portefeuille dans lequel était rangé son passeport à côté de sa carte d'identité. En tout cas il avait réellement l'air d'être de bonne foi.
- Je vous le ramènerai ce soir à l'heure que vous désirez. A moins que vous désiriez l'emmener ou le ramener vous-même pour voir ou j'habite.
Dodelinant de la tête et avisant le regard suppliant de son fils, Burt finit par accepter s'il se chargeait de le transporter. Au moins pour l'aller. Kurt poussa un petit cri de joie et embrassa son père sur les joues avant de courir chercher ses affaires. Finn quant à lui trouvait Casey sympathique mais ne pouvait s'empêcher de se méfier. Conscient du regard qu'il posait sur lui, le motard lui offrir son sourire le plus rassurant… qui eu l'effet de faire rougir le quarterback.
Comme promis, Casey guida les Hummel père et fils jusque chez lui. Il rangea sa moto dans un garage privé et grimpa au cinquième étage d'un bâtiment propre et bien entretenu. L'appartement était en réalité un studio, petit mais bien aménagé. Des cartons non ouverts trainaient encore ça et là mais globalement tout était relativement rangé et propre. Burt jeta un œil sur la bibliothèque fournie, remplie autant par des livres de recettes que des romans ou des livres instructifs, hocha la tête d'un air approbateur en avisant les placards et le frigo remplit autant de choses saines que de cochonneries (que lui-même avait avalé sans ciller au même âge) et avait apprécié le léger bordel ambiant typique d'un jeune homme célibataire à la vie bien remplie. Si Casey était un pervers, alors il le cachait vraiment très bien.
Rassuré, il refusa poliment lorsque le maître des lieux lui offrit de boire quelque chose et embrassa son fils avant de les laisser tranquilles.
Voilà Voilà, ça se précise un peu. C'était pas évident comme scène franchement. J'avais vraiment envie de coller au personnage de Burt parce que j'ai l'aime beaucoup. Je le trouve brillant dans toute sa complexité et j'espère ne pas l'avoir trahi.
Merci beaucoup de m'avoir envoyé des reviews, ça me touche beaucoup. D'ailleurs, dans l'une d'elle, une lectrice m'a dit qu'elle aimait bien Casey mais franchement, elle ne voulait pas le voir avec Kurt. Ca m'a fait rire, mais je n'expliquerais pas pourquoi.
Bisous!
