Et donc, la suite. Oui, ça fait un bail, je sais. M'enfin vous inquiétez pas, j'ai bien l'intention de la finir cette fic. Le scénario est écrit, le prochain chapitre aussi et je sais tout ce qui va se passer. On a passé la première partie ou tout se met en place, on attaque doucement la deuxième ...
Voilà. Sinon j'ai réalisé un truc ENORME, c'est que Karofsky, son vrai prénom, c'est David. Alors que j'étais persuadée que c'était Dave tout court. Bon ça me dérange pas après tout, je trouve ça joli. Bref, tout ça pour dire que j'ai essayé de réintégrer petit à petit le David. Youhou. J'espère que vous aimerez ! \o/
Chapitre 12
Dave passa devant la salle de répétition du Glee Club et leva les yeux au ciel. Bon sang, entre Jones et Berry, qu'est ce que ça pouvait brailler là dedans ! Il s'arrêta un peu plus loin dans le couloir pour prendre des livres dans son casier en essayant de faire vite pour échapper aux sons stridents. Il voulait bien reconnaitre qu'elles avaient toutes les deux une certaines maîtrise de leurs voix, mais il n'aimait décidément pas leur style. Il allait enfin refermer son sac quand le silence se fit. Il entendit les congratulations d'usage, devina sans le comprendre réellement le petit discourt d'introduction mièvre de Shuester puis une autre voix s'éleva. Masculine, basse, lente. Bon, après les deux hurleuses de tout à l'heure, ça valait le coup qu'on écoute deux minutes. Il finit par reconnaitre Hudson, qui chantait une chanson d'amour à sa copine du moment (mais qui c'était déjà ?).
Il n'avait pas grand-chose contre Hudson, à part le fait que c'était un abruti sentimental. Il était plutôt bon joueur, doué en travail d'équipe et avait l'esprit plutôt vif quand il s'agissait de trouver une stratégie pendant un match. Il l'avait nettement moins apprécié quand il s'était mit à jouer le chevalier au grand cœur sur son blanc destrier, protégeant le looser et le débile de son courroux. Mais dans l'ensemble, il ne s'intéressait pas beaucoup à lui.
Il s'approcha un peu ayant pour une fois envie d'écouter. Peut être était ce le genre de chanson qu'il aimait chanter ou peut être se souvenait-il de leur conversation, mais Hudson savait ménager le silence et les sons, lui. C'était reposant. Il appuya l'épaule contre le mur, juste à côté de la porte. En levant les yeux, il croisa le regard surprit de Mike Chang. Gêné, il eut envie de fuir, mais le garçon étendit le bras pour tapoter le genou de Santana derrière lui. En levant les yeux, elle lui fit un grand sourire charmeur et un petit coucou mutin s'attirant le regard noir du reste du groupe. David eu une ombre de sourire et fila à son prochain cours. Santana avait toujours été drôle. Méchamment drôle parfois mais drôle tout de même.
oOo
- Y'a un épisode que j'ai raté entre Karofsky, Santana et toi ? Demanda Finn à son frère en larguant son sac dans l'entrée.
- Hein ?
- Mike l'a vu roder autour le la salle de répétition aujourd'hui. Au début les autres ont paniqué, ils pensaient tous que les slushies allaient recommencer à pleuvoir et puis, je sais pas, Santana a fait une drôle de tête. Genre qui faisait un peu peur tu sais ? Comme quand Pattie Levinston à dit qu'elle avait trouvé le truc ultime pour devenir capitaine des Cheerios.
- C'est pas elle dont qu'on a vu dans une vidéo sur youtube, ivre-morte en train de draguer un des joueurs des Bullriders?
- Si.
- Ah. Et donc ?
- Ben Santana a dit qu'elle et toi vous gériez la situation.
- Ah. Si elle l'a dit.
Finn attendait évidement plus d'explications mais Kurt plongea le nez dans ses devoirs et son frère savait que quand il faisait ça, c'était même pas la peine d'insister.
oOo
- Est-ce que tu comptes menacer Karofsky avec… tu sais l'autre soir ?
Kurt était passé en voiture devant McKinley et avait embarqué Santana au vol. Officiellement ils sortaient faire les boutiques « entre copines » mais tout le monde savait que c'était pour mettre au clair cette histoire de « gérer la situation ».
- Pourquoi tu as des suggestions ? Sourit-elle en jouant des sourcils.
- Fiche lui la paix.
- Attends quoi ? S'exclama la jeune fille, oubliant tout ce qu'elle voulait dire. Tu veux le couvrir ?
- Oui. J'étais déjà au courant.
Elle en resta bouche bée pendant quelques secondes. Abandonnant tout humour, elle reprit contenance un peu énervée.
- Tu te moques de moi ? Et t'as rien dis ? Jamais ?
- Non. Et je ne veux pas que tu le fasses non plus. Ce n'est pas tes affaires et cette histoire est déjà bien assez compliquée comme ça, répliqua-t-il un peu sèchement.
La remarque la vexa. N'ayant jamais été du genre à se marcher sur les pieds elle ne comprenait pas cette attitude qui visait à protéger son bourreau. Bien qu'au font elle ne voulait pas spécialement faire de mal à Karofsky (ou juste un petit peu.) et elle reprit d'un ton accusateur :
- Non mais il t'a lobotomisé ou quoi ? Tu avais toutes les armes pour le faire stopper tout et tu n'as rien dis ? Mais tu es maso ou c'est pour le plaisir d'être une victime et de te faire plaindre ? T'as oublié que c'est lui qui t'as torturé pendant des mois parce que tu étais gay ?
- Au contraire je ne risque pas d'oublier ! Claqua-t-il. Comme je n'oublie pas que j'étais relativement protégé par le Glee Club, moi. Et heureusement d'ailleurs, parce que sans ça, je doute que qui que ce soit aurait levé le petit doigt dans une autre situation ! Je n'ose même pas imaginer ce que lui vivrait ! Moi j'avais mon père pour me soutenir et avant même que je fasse mon comming out je savais qu'il ne me détesterait pas pour mes tendances même si j'avais peur de le décevoir. Lui… Même si j'ai rencontré son père une fois, c'était en présence d'autres adultes. Je ne sais pas si en privé il encaisserait bien que son fils soit gay. Sans compter que lui, au lycée, n'aura personne. Ses amis l'abandonneront, ses coéquipiers lui feront la misère… Finn s'est fait coincer tout seul par tout son club de foot et fusiller à coup de peinture pour le punir d'avoir rejoindre le Glee Club. Qu'est ce qu'ils feraient à un ancien homophobe devenu gay hein ? Alors tiens ta langue Santana Lopez parce qu'il y a des choses que tu ne maîtrises pas !
La conduite de Kurt était nerveuse et ni Santana ni lui ne décrochèrent un mot avant un moment. Elle regardait par la fenêtre, le visage contracté.
- Tu nous en veux n'est ce pas ? Finit-elle par demander.
- A quel sujet ?
- De ne pas avoir réagit plus tôt au fait que tu étais constamment humilié.
- Ce n'était pas ce que je voulais dire.
- Mais tu le penses. Tu penses qu'on a rien fait pour t'aider alors qu'on savait tous.
Kurt regardait droit devant lui et réfléchit avant de répondre lentement.
- Je ne vous en veux pas, dit-il. Mais je ne peux pas oublier qu'il a fallut attendre qu'on soit amis avant que vous… avant que les membres du Glee Club se demandent si peut être je pouvais souffrir. Je suis heureux qu'on se soit rapproché et je vous adore tous, mais il n'y en a pas un parmi vous qui s'est demandé si c'était normal que quelqu'un soit bousculé et menacé parce qu'il était différent. Il y a un racisme ambiant à McKinley et tout le monde semble accepter ça comme si c'était logique, comme si non n'étions pas dans un pays libre, comme si c'était normal qu'un lycée remplit de futurs adultes fonctionne sur la loi du plus fort. Même sans parler de moi, je suis… je n'arrive pas à croire qu'on en soit encore à avoir des élèves qui puissent se permettre d'en humilier d'autres sans qu'aucun adulte ne s'y oppose. Ca… ça me révulse.
Elle le regardait, silencieuse et insondable.
- Ce n'est pas tant après vous que j'en ai. Après tout, je peux comprendre que les ados soient immatures, brutaux et stupides, acheva-t-il durement. Je suis en colère contre le Directeur, contre Schuster qui sous ses airs de professeurs vertueux ne s'est intéressé à nous qu'après avoir fondé son club contre la conseillère d'orientation qui aurait du être la première à s'y opposer et qui ne fait qu'aller dans ce sens. Contre Sylvester qui la joue propre sur elle en face de mon père mais qui prend un malin plaisir à humilier les autres… je suis en colère contre tout ceux qui pouvaient faire quelque chose et qui ont préféré fermer les yeux parce que c'est comme ça que eux avaient vécu leur adolescence. Parce que c'est comme ça. Parce que c'est normal. Racisme et Hypocrisie. Voilà ce qui me met en colère.
Ils continuèrent à rouler dans un silence inconfortable jusqu'à ce que Kurt se gare sur un parking et se frotte le visage. Santana reprit la parole d'une voix un peu boudeuse, sans le regarder.
- Je n'avais pas vraiment l'intention de tout dire. Je n'avais même pas envie de le menacer. C'était juste drôle de l'embêter un peu. Et puis… avant tout ça… avant… le Glee Club et toi et lui… on se connaissait un peu. Juste assez pour se lancer quelques blagues et je l'aimais bien je crois. C'était un type drôle avant.
- Ah bon ? demanda Kurt, plus calme. Je ne sais pas. Je ne me souviens pas.
- Si, il était très drôle même. Oh pas toujours très fin, mais c'était le genre de gars qui savait se faire apprécier de tout le monde parce qu'il avait toujours un bon mot à dire. Et puis, ses potes l'aimaient bien parce qu'il était le genre qui quand il disait qu'il allait faire un truc, le faisait. Il faisait de chouettes fêtes chez lui aussi. Tu sais que la première fois que j'ai pris une cuite c'était chez lui ? Evidement ses parents n'étaient pas là. C'était pour son anniversaire je crois. Il avait installé des matelas dans une pièce à part pour ceux qui pouvaient pas rentrer. Il était prévoyant comme type.
- Et… c'est plus le cas ?
- Bah… il a arrêté de faire des fêtes. Et il discute moins avec les autres, sauf pour les techniques de jeux, les devoirs et… voilà. Il est redevenu un peu plus bavard quand il s'est mit à bousculer les loosers mais bon… C'était quand même pas pareil.
- Ah… Alors tu l'aimais bien ?
- Ouais. Mais c'était avant. J'ai juste eu un peu l'impression qu'il redevenait un peu ce type là au bar. Quand il répondait du tac-o-tac et qu'il vannait.
Ils se regardèrent alors que la paix étaient revenus entre eux.
- Kurt ? Je suis désolée pour tout à l'heure. Je ne pensais pas ce que j'ai dis. Je ne voulais pas te faire de peine.
Il cligna paresseusement des yeux. Il savait. Il la connaissait maintenant. Ce n'était pas une vraie méchante, elle ne savait pas juste comment faire autrement.
- Bon. On le fait ce shopping entre copines ?
oOo
Kurt rentra dans sa chambre et largua ses sacs au pied de son lit. Il s'assit, un peu vidé. Faire les magasins avec Satana avait été très sympa mais il était fatigué et la dispute qu'ils avaient eut lui avait un peu plombé le moral. Il avait envie d'un câlin. Il avait envie d'être avec Blaine et d'oublier tout ça.
L'idée le travailla un moment jusqu'à ce qu'il y cède. Il sortit son portable :
« J'ai passé une journée compliquée.
J'ai envie de te voir. Tu es libre ? Kurt ».
Quelques minutes plus tard, il obtint sa réponse :
« Pour toi, toujours. Tu veux manger chez moi ?
Mes parents sont à un repas d'affaire, ils rentreront plus tard. »
Kurt sauta sur l'occasion. Les parents de Blaine n'étaient pas souvent absents et bien qu'ils aient toujours été poli envers lui (pour les rares fois ou il les avaient vu) il se sentait toujours mal à l'aise avec eux. Pour une fois qu'ils pourraient être seuls… Tous seuls.
« Laisse-moi le temps de prendre une douche et de venir.
Tu veux que j'apporte quelque chose ? »
N'attendant pas la réponse, il commença à se déshabiller en filant sous la douche. Soudain, il éprouvait le besoin pressant de se retrouver dans les bras de Blaine. Contre Blaine. Il voulait le sentir contre lui, sa peau chaude, son odeur.
Il ne s'était certainement jamais préparé aussi vite. Il lu le dernier message de Blaine qui lui affirmait que seule sa présence était requise. Sauf s'il se sentait de ramener le dessert. Amusé, il informa Carol et Burt du changement de programme (sans préciser qu'il n'y aurait qu'eux deux ce soir) et sortit prendre la voiture.
Il se gara quelques minutes plus tard devant la dernière pâtisserie ouverte. Avant d'ouvrir la portière son regard s'arrêta sur l'enseigne lumineuse de la pharmacie quelques mètres plus loin. Ou plutôt ses yeux s'arrêtèrent sur le distributeur, accroché à côté de la porte.
oOo
Comme le garçon bien élevé et de bonne famille qu'il était, Blaine lui ouvrit la porte quand il arriva et le débarrassa de son paquet. D'après l'odeur de savon, il venait de se doucher lui aussi, il avait juste enfilé un t-shirt et un pantalon et était pieds nus. Kurt suivit son petit ami jusqu'à la cuisine et le laissa babiller pendant qu'il rangeait le gâteau dans le frigo.
Dans sa poche, un carré de plastique semblait pulser de chaleur.
Blaine s'agitait, proposait à manger, à boire, mettait la table, discutait de tout et de rien en espérant que Kurt voudrait bien cesser de le regarder comme ça parce qu'il ne savait plus ou se mettre. A un moment, il se retourna pour attraper une bouteille d'eau mais se figea avant de terminer son geste.
Kurt était derrière lui. Son souffle sur sa nuque faisait écho aux caresses fantômes que ses mains faisaient naitre sur ses flancs.
- Tu m'as manqué, chuchota Kurt.
Il respirait l'odeur de Blaine dans le creux de son cou. Inclinant la tête, il effleurait l'épiderme du nez, des cils et des lèvres.
- On s'est vu ce matin… répondit la voix un peu rauque de Blaine.
- On était en public…
- Et- et alors ?
- Je ne peux pas te toucher en public…
Kurt n'était jamais comme ça. Kurt était un romantique extrême. Il dormirait sur un lit de roses tous les soirs s'il le pouvait.
- Et- et tu veux m- me toucher ?
Les bras de Kurt s'enroulèrent autour de son ventre et Blaine le sentit poser la joue sur épaule.
- Oui.
Blaine était immobile, les mains crispées sur le bord du plan de travail. Il fermait les yeux comme s'il priait, attendant on ne savait quoi. Kurt s'en rendit compte et se détacha un peu de lui.
- Heu… Blaine ? Je… j'ai fais quelque chose de mal ?
- Heu… mrh, dit il en se raclant la gorge. Tout… tout dépend du résultat que tu recherchais.
Ce n'était pas comme s'ils étaient encore totalement puceaux. Comme s'ils n'avaient jamais eu d'intimité, comme s'ils ne s'étaient pas déjà touchés mutuellement. Ils n'étaient pas innocents, pas totalement et Kurt, celui qu'on croyait naïf et asexué, avait déjà bandé et jouit dans sa main. Il lui avait rendu la pareil alors il savait, il devait savoir quels effets pouvait avoir le corps d'un autre sur quelqu'un. Fort de ces réflexions et ne voulait pas laisser durer plus longtemps le silence, Blaine se retourna laissant frotter son bas ventre dur contre celui de Kurt… qui était dans le même état. Dans un halètement, ils se regardèrent et découvraient une nouvelle facette de l'autre… Le visage de quelqu'un qui désirait et qui voulait être désiré.
Une seconde, pas plus et ils étaient déjà en train de s'embrasser à en perdre halène. Blaine les guidait à l'aveuglette jusqu'au salon ou ils s'effondrèrent sur le tapis. Kurt ne lui laissait aucun répit, ondulant de tout son corps contre lui. Précipitamment, ils s'arrachèrent presque de leurs vêtements, le ventre ravagé de désir.
Et puis ils furent nus.
On croit être nu quand on a enlevé tout ses vêtements. A ce moment là Blaine découvrit que la nudité relevait de quelque chose de moins matériel. Kurt était nu parce qu'il était décoiffé, rouge, parce qu'un voile de sueur humidifiait ses reins, parce que la peau de ses cuisses frottait sans aucune barrière les siennes propres. Kurt était nu sur lui, parce qu'il était entre les jambes écartées de Blaine et qu'une de ses mains caressaient son genou avec douceur et sensualité.
Blaine tremblait. Il savait ce qui se passait dans ces cas là. Il l'avait lu, étudié, rêvé. Il tremblait d'excitation et d'anticipation, d'envie et de peur. Alors doucement, Blaine referma les jambes autour de ses hanches et l'attira contre lui. Leurs sexes se touchèrent pour la première fois et il gémir tous les deux, parcouru de décharge de plaisir. Enhardis ils laissèrent leurs mains errer sans but. Ils roulèrent sur le sol et à un moment, alors qu'ils s'embrassaient à pleine bouche, Blaine fut à califourchon sur le bassin de son amant. Il sentit le sexe gonflé pulser contre ses fesses, entendit Kurt gémir. Il le voulait, seigneur il le voulait tellement.
Leurs pupilles dilatées se rencontrèrent et ne posèrent même pas la question. Ils voulaient la même chose. Kurt tendit paresseusement la main vers son pantalon qui gisait non loin et finit par en extraire un petit carré de plastique. Les mains fébriles il tenta d'ouvrir l'enveloppe du préservatif mais Blaine du venir à son aide. Les doigts entremêlés et poisseux de lubrifiants ils le déroulèrent, comme en transe, sur le sexe de Kurt. Celui-ci haletait, tremblait. Lorsque Blaine se souleva un peu, il agrippa ses hanches avec de grands yeux.
Magique. Douloureux mais magique.
Décidément, se dit Blaine, leurs premières fois étaient étranges.
oOo
Traverser la rue en compagnie de gens qui faisaient partie de sa vie de tous les jours pour entrer dans un bar homosexuel avait été bien plus difficile que le faire seul, un soir de semaine. La soirée venait à peine de débuter, le videur ne lui avait même pas demandé sa carte d'identité et il était entré avec l'impression curieusement agréable d'être quelqu'un d'autre.
Il déposa son manteau de laine au vestiaire et avança tranquillement jusqu'au bar vide pour commander un verre. Prudemment, il opta pour une bière mais parcourut la carte des boissons d'un œil, cherchant le nom de ce cocktail étrange qu'on lui avait offert l'autre soir.
Pendant plus d'une heure, quelques hommes plus ou moins élégants, plus ou moins séduisants et plus ou moins directs l'abordèrent. Il s'aperçut avec un peu de surprise qu'un petit jeune de son gabarit avait du succès dans cette communauté, là ou il était peu populaire dans un lycée remplit d'adolescente. La plupart des hommes comprirent vite qu'il n'était pas venu ici pour repartir accompagner, et le laissèrent tranquille. Un seul fut plus insistant et se trouva sèchement rembarré. Au fur et à mesure que les clients affluaient dans la boite, les serveurs s'agitèrent, devinrent plus bavards et plus charmeurs. David discutait peu et préférait observer la faune locale pour en démêler les codes et les conventions. A un moment, le deuxième service de barmen arriva, remplaçant ceux qui avaient fait l'ouverture, et l'un des nouveaux arrivants marqua un temps d'arrêt en apercevant le jeune homme au comptoir.
L'ayant reconnu aussi, Dave le salua avec un petit sourire.
- Le type de l'autre soir, répondit le serveur, en le pointant du doigt.
- Le serveur au cocktail ?
Ils se sourirent et l'autre continua en attachant son tablier autour de ses hanches.
- Je ne pensais pas te revoir dans le coin.
David haussa les épaules.
- Il fallait que je vérifie quelque chose. Merci au fait. Pour le verre, la dernière fois.
- De rien. T'avais l'air dans avoir besoin.
Il hocha la tête.
- Qu'est ce que c'était d'ailleurs ? Je n'arrive pas à retrouver le nom dans la carte.
Par-dessus son épaule, le serveur pointa du pouce un petit écriteau en ardoise, accroché sur les étagères derrière lui, qui présentait la spécialité de la maison.
- Celui qui l'a inventé a voulu l'appeler le Contrebasse parce que ça faisait craquer son mec de l'époque, un musicien. Mais je trouve ça un peu naze en fait.
- Mmh … Et qui l'a inventé ?
- C'est moi, l'année dernière.
Dave éclata de rire et le type lui fit un large sourire un peu stupide, fier de lui.
- Je confirme, c'est naze comme nom. Mais c'est vachement bon alors j'en prendrais bien un en fait.
Le barman se lança dans la confection de la boisson avec bonne humeur et babilla sur les ingrédients. Avec un grand geste emphatique il posa le grand verre devant Dave et lança :
- Contrebasse en verre majeur ! Bonne dégustation monsieur… monsieur ?
- David. Pas très subtil comme méthode, répondit le lycéen avec un franc sourire. Au fait, comment tu l'appellerais maintenant ?
- Un Nice-to-meet-you. Ah, et je m'appelle Jeff, aussi.
Dave rit encore et manqua de s'étouffer dans son verre.
- Définitivement pas subtil.
- Mais pas désagréable, si ?
- Pas du tout.
Et c'était vrai. Le type était drôle, enjoué et malgré ses phrases toutes faites de gros dragueur, absolument pas sérieux. Pas très grand mais trapu, à mi-chemin entre blond et brun, l'œil vert rieur et le sourire contagieux, ce Jeff là, donnait envie de rester au bar et de continuer à boire, rien que pour le plaisir de l'écouter raconter des bêtises plus grosses que lui. Et selon toute vraisemblance, Jeff devait le trouver à son goût parce que bien qu'il soit poli et aimable avec tout le monde, il bichonnait David, lui offrant quelques verres et papotant sans cesse avec lui. On était en semaine, il y avait peut de monde ce soir là, aussi eut il tout le loisir de tenter sa chance.
- J'ai pas pu m'empêcher d'entendre ta conversation, l'autre soir. Tu en pince pour Casey ?
- Tu le connais ?
- C'est un habitué. Je l'aime bien, il est sympa.
- Alors tu connais la réponse. C'est difficile de résister à son charme.
- Je confirme. Tu l'as rencontré comment ? Si c'est pas indiscret ?
Dave fit la grimace mais n'hésita pas longtemps avant de lui raconter la vérité. Après tout, il avait un petit coup dans le nez et Jeff était vraiment sympa. Peut fier, il expliqua son passé de grosse brute, les menaces, les angoisses ses réactions stupides et violentes et la façon dont Kurt et Casey avaient gérer ça. Tripotant sa paille, il n'osait plus regarder son interlocuteur. Jeff ne lui laissa pas le temps de se monter le bourrichon et posa la main sur son bras.
- Eh. Je juge pas. Je comprends.
- Quoi, toi aussi t'as été un refoulé ? Demanda-t-il avec un pauvre sourire.
- Nope. Moi j'ai pas d'histoire à la Oliver Twist. Sans vouloir te vexer hein. J'ai grandis en tripotant des filles, un soir, bourré, j'ai tripoté un mec et j'ai adoré ça. J'l'ai dis à mes parents qui l'ont bien prit et à mes potes qui ne se privent pas pour me lancer des blagues vaseuses quand ils le peuvent mais qui l'ont bien prit aussi. Fin de l'histoire.
- Alors qu'est ce que tu veux dire par « Je comprends » ?
- J'ai pas besoin d'avoir été une victime ou un bourreau pour me mettre à la place des autres. Je sais que ça doit pas être facile et qu'on gère chacun à notre façon le stress et la peur. Les uns mieux que d'autres. Mais je prétends pas que j'aurais mieux réagis si j'avais été dans une autre situation.
Ouais, Jeff était un mec sympa. Tranquille. David se laissa aller à discuter avec lui jusqu'à la fermeture du bar, enchainant les verres sans trop y faire attention. Lorsqu'il se retrouva dehors, il mesura combien il avait ingurgité d'alcool quand il réalisa que ses yeux étaient un peu trop fixe pour un mec qui cherchait sa voiture. Il était en train d'hésiter entre dormir sur la banquette arrière et appeler un taxi quand Jeff lui tapota l'épaule.
- J'espérais bien te voir avant que tu partes. Ca va ?
- J'ai trop bu, sourit David. Alors tu voulais me voir ?
- Ouip. J't'aime bien. Je me demandais si tu voudrais qu'on aille boire un verre, tous les deux. Heu… ou un café. Peut être, ajouta-t-il en avisant le nez froncé du jeune homme.
Pendant quelques secondes, Dave fut impressionné par le naturel et le détachement avec lequel Jeff lui avait demandé de sortir avec lui. Il se demanda s'il arriverait à faire ça un jour.
- T'es conscients que tu es en train de proposer un rencard à un mineur ? demanda-t-il avec un sourire un peu flou.
- Et d'une t'as ta majorité sexuelle et de deux, j'ai rien dis de scabreux. Mais je suppose que c'est un non alors ?
Il avait l'air déçu.
- Tu supposes mal. Ca me ferait plaisir d'aller… boire quelque chose avec toi. Mais si tu veux bien, on va attendre que je redevienne sobre.
- Pas de problème, répondit l'autre avec un sourire rayonnant. Tu veux que je te ramène chez toi ?
- Mmmh… Non, je vais éviter de rentrer dans cet état en risquant de croiser mes parents. Je vais dessaouler un peu avant et je repartirai plus tard.
- D'accord… Mais je vais pas te laisser pioncer dans ta bagnole comme ça. Je te ramène chez moi. En tout bien tout honneur ! ajouta-t-il rapidement.
Trop ivre et trop tenté pour refuser, Dave lui confia les clefs de sa voiture et monta docilement sur le siège passager. Jeff conduisit silencieusement pendant quelques minutes et lui secoua l'épaule après s'être garé.
- Viens. On est arrivé.
David s'obligea à bouger et sortit laborieusement du véhicule. Dans les escaliers qui menaient au petit appartement de Jeff au deuxième étage, il chancelait en rigolant.
- Ta Contrebasse cogne fort, tu sais.
- En même temps, c'est pas prévu pour en boire plus d'un ou deux tu sais, répondit Jeff en l'attrapant par les épaules et en le guida jusqu'à sa porte.
- Dis donc c'est toi qui les as servit !
- Dis donc, c'est toi qui les as bus !
Ils entrèrent en riant et Dave se laissa tomber sur le premier canapé (et le seul) à sa disposition. D'un œil il essaya d'examiner un peu ou il était mais abandonna vite l'idée. Il du somnoler parce que Jeff le secoua encore une fois.
- Tiens, dit-il. J't'ai amené de quoi te changer. Tu vas pas dormir dans tes fringues.
Il détourna poliment le regard quand Dave enfila le t-shirt qu'il lui avait prêté et abandonna son pantalon. Il s'assit à nouveau sur le canapé en frottant son visage puis regarda pensivement son hôte.
- Merci de m'accueillir.
- De rien. J'allais pas te laisser tout seul comme ça.
- J'espère pour toi que tu ne ramasses pas tous tes clients ivre-morts parce que ça fait quand même pas mal de t-shirt à prêter…
- Seulement ceux qui sont mignons répondit l'autre, amusé.
Le silence retomba entre eux et ils ne purent s'empêcher de se regarder dans le blanc des yeux pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Jeff soupire.
- Je connais ce regard. Je l'ai fais maintes et maintes fois.
- Quel regard ? Demanda David en rougissant un peu parce qu'il imaginait très bien quel genre de regard il avait pu faire.
- Viens, répondit le serveur en tendant la main.
Il hésita un peu, déglutit puis attrapa sa main. Jeff le guida tranquillement à travers un couloir avant d'entrer dans une petite chambre, meublée d'un grand lit. Jeff ouvrit les draps et y allongea son invité avant de faire le tour du matelas et de s'allonger à ses côtés. Il prit le temps de s'installer sur le flanc et de se coller contre le dos de David.
- Le regard du type qui aimerait bien ne pas être tout seul pour la nuit, chuchota-t-il à son oreille en passant un bras autour de lui, mais qui est trop ivre pour vouloir ou pouvoir s'envoyer en l'air.
Rouge, l'adolescent ne répondit pas mais se détendit en écoutant le petit rire de Jeff résonner contre sa nuque. Il s'endormit rapidement, bien dans sa peau pour la première fois depuis longtemps.
Et voilu... N'hésitez pas à laisser un p'tit mot!
