Merci à Anima Celesta pour sa review ! Bon, pas beaucoup d'action pour ce chapitre, mais on commence peu à peu à rentrer dans l'histoire... Tenez le coup !

« Allez, debout, marmotte ! C'est un grand jour pour toi, aujourd'hui ! »

La voix de ma mère m'est parvenue étouffée, recroquevillée comme je l'étais dans une pénombre illuminée et chaude, apaisante. Percluse de courbatures, je me suis frottée les yeux, me demandant pourquoi ils étaient aussi gonflés et pourquoi j'avais les doigts aussi raides…

Puis je me suis souvenue.

Je me suis redressée en sursaut, oubliant que l'édredon me recouvrait toute entière. Le mouvement un peu trop brusque a déchaîné dans mon dos des fourmillements de protestation. Il faut dire que j'avais passé le reste de mon horrible nuit roulée en boule contre la lampe de poche encore allumée, toujours en robe de chambre et en chaussons, à lutter contre le sommeil et les horribles images qui l'accompagnait. Certaines d'entre elles revenaient d'ailleurs parfois devant mes yeux, me faisant vaciller et frissonner.

Des chevaux gigantesques, comme faits d'un sable si noir et d'une fumée si opaque qu'ils en absorbaient toute lumière alentours, leurs yeux jaunes étincelant dans l'obscurité avec une sauvagerie rare…

Du chagrin, recouvrant le monde, englobé par la Peur…

Une énorme pleine lune largement fendue en son milieu, tandis qu'un cri de douleur résonnait à mes oreilles jusqu'à faire vibrer mes os…

Du noir.

De l'obscurité.

Des ténèbres.

Partout.

Un tunnel obscur sans fin.

Et un rire.

Horrible, mais familier…

Pourtant, j'avais beau creuser dans ma mémoire, je ne voyais pas où j'avais déjà pu entendre un tel son, d'autant plus qu'il instillait une telle malveillance, une telle cruauté, que j'aurais souhaité ne plus jamais l'entendre.

Ne souhaitant pas inquiéter ma mère plus qu'autre chose, j'ai frotté mes yeux avec plus de vigueur pour me réveiller, puisque j'avais peu et mal dormi, puis je me suis maladroitement extirpée de sous la couette, sous le regard amusé de ma mère.

J'avais hérité d'elle les cheveux caramel perclus de mèches noir aile de corbeau, sauf qu'elle les portait juste assez courts et lisses pour les retenir seulement avec des barrettes, tandis que mes miens me chatouillaient les omoplates et étaient régulièrement beaucoup trop bouclés pour espérer les domestiquer correctement… Et je ne vous parle pas de les démêler !

Par contre, ses yeux étaient d'un beau brun chocolat, comme ceux de mon frère. J'étais la seule de la famille à les avoir gris. Mais quand je dis gris, c'est vraiment gris ! Gris comme le matin après l'aurore, lors des journées d'hiver, un mélange de gris argent et de gris lunaire, ce qui me donnait souvent un air rêveur… Allez savoir pourquoi !

« Eh bien ! C'est ce que je disais, Elenor ! », a-t-elle plaisanté en me tendant la main.

Je n'ai pas souri à sa jovialité, mais je n'ai rien dit. Lui confier ce qui s'était véritablement passé cette nuit reviendrait soit, dans le meilleur des cas à une explication sur le fait que je devenais trop grande pour m'imaginer des trucs pareils, soit, dans le pire des cas, à une dispute entre mère et fille. Or, je n'avais envie ni de l'une, ni de l'autre… Et je n'avais pas le cœur à lui ôter toute la joie que ce jour lui offrait.

« On s'habille et on se dépêche ! Il y a une surprise qui t'attend dans la cuisine… »

« Maman… »

Ma mère a secoué la tête face à mon geignement. Le sourire lui faisait trois fois le tour du visage.

« Dépêche toi, Elenor », a-t-elle répété avant de disparaître.

J'ai soupiré face à ma porte désormais fermée, puis je me suis précipitée à la fenêtre que j'ai ouverte en grand, faisant entrer une bourrasque d'air frais dans ma chambre empestant encore la peur. J'allais devoir prendre une douche, parce que j'avais eu beaucoup de sueurs froides, mais pour l'heure, je m'offrais littéralement aux rayons du soleil d'automne qui éclaboussaient le sol de ma chambre, en fermant les yeux pour en apprécier la caresse. De la bonne chaleur ! De la lumière ! Je recommençais à vivre après l'enfer que j'avais subi cette nuit…

J'évitais d'habitude de ressasser les mauvais souvenirs, surtout ceux issus du noir, mais je devais avouer que là, le mystère était bien trop grand pour que je n'essaie pas de comprendre.

J'avais déjà eu affaire à un coup bas comme celui concernant des lumières qui ne s'allumaient pas lorsqu'on les activaient… Mais je n'avais encore jamais eu à faire face à un tel phénomène. Elles s'étaient éteintes sans passer par l'interrupteur, alors comment avait-ce été possible ? Et la porte qui s'était fermée toute seule. Devais-je me rendre compte que la maison de mon enfance, une parmi tant d'autres dans cette petite ville sans importance au pied des montagnes, était hantée par un fantôme ou un esprit ? Croyez moi, j'étais suffisamment tordue pour prendre cette explication au sérieux !

Quelqu'un a frappé à la porte de ma chambre avec enthousiasme, me faisant sursauter.

« Ma fifille est prête ? », a braillé la voix de mon père à travers le bois de la porte.

« Euh… Je vais me laver ! »

J'ai abandonné la fenêtre que j'ai laissée ouverte pour sortir de ma chambre en me faufilant à toute vitesse entre les bras tendus de mon père qui était prêt pour une séance câlins interminable comme il savait si bien les faire. Ce n'est qu'une fois enfermée dans la salle de bains et après lui avoir promis qu'il pourrait m'étouffer sous ses accolades autant qu'il le voudrait une fois que je serais propre que j'ai finalement pu être à nouveau seule. La douche m'a fait un bien presque aussi fou que le soleil, mais j'y ai mis fin rapidement, regrettant le temps où mes parents me laissaient barboter dans le bain chaud et la mousse lors des froides soirées d'hiver. J'ai froncé les sourcils en me séchant les cheveux. J'avais du mal à me rappeler de souvenirs remontant avant mes huit ans… Je n'avais jamais vraiment eu de problèmes de mémoire, mais en ce qui concernait les souvenirs d'enfance, je n'étais clairement pas la championne. Le premier souvenir clair que je retenais de cette période, c'était le lendemain de la nuit d'Halloween, où je m'étais réveillée étalée sur le sol de ma chambre, encore dans mon costume de fée, fiévreuse et tremblante… Sans aucun souvenir de la nuit que j'avais passée.

J'avais huit ans, donc.

Et c'est à partir de ce moment précis que le noir et l'obscurité ont commencé à me terrifier.

J'ai préféré laisser ce sujet de coté. J'avais déjà passé une mauvaise nuit, je n'allais pas, en plus, en rajouter une couche en ressassant avec difficulté des souvenirs d'un autre temps, où tout était si simple et plus… lumineux.

Après avoir vérifié que je ne subirais pas d'embuscade de la part de mon père, je suis retournée dans ma chambre sur la pointe des pieds, et j'ai frissonné lorsqu'un courant d'air plus froid que d'habitude m'a accueilli à l'intérieur.

Bizarre…

En fronçant les sourcils, abasourdie, j'ai effleuré les fougères de glace et les corolles de givre qui s'étaient formées sur la vitre de ma fenêtre. Comment était-ce possible ? Et ma chambre, qui portait encore auparavant cette odeur de peur dont je n'arrivais pas à me débarrasser, était à présent emplie d'un parfum froid et vif, qui me rappelait volontiers celui de la neige fraîche et de la glace… Perdue, j'ai fait le tour de la pièce du regard, mais il n'y avait personne.

La saison du froid ne commençait jamais aussi tôt dans l'année. Oui, certains matins d'automne pouvaient être frisquets, mais pas au point de créer de telles œuvres d'art naturelles en si peu de temps… Je n'étais après tout partie qu'une quinzaine de minutes !

Trop de phénomènes étranges en un seul coup… Que se passait-il ?

« Joyeux anniversaire ! »

Le cri de mes parents dans la cuisine soudainement très étroite m'a fait sursauter lorsque je suis finalement sortie de ma chambre, occupée à batailler avec mon pull. Toute à mes préoccupations, j'avais oublié leur « surprise »… Chose qui, apparemment, me rattrapait maintenant au tournant, si je puis dire. Un peu abasourdie, je me suis faite engloutir par l'étreinte de mon père, puis par celle de ma mère, manquant de me faire étrangler, ce qui aurait été plutôt dommage en ce jour.

Et mon petit frère, lui, fidèle à son habitude, s'est contenté de me marmonner un bonjour, ajouté d'un « bon anniversaire » à moitié mâché, puisqu'il était occupé à engloutir l'intégralité de la boite de céréales, avec le sachet plastique et le carton si on le laissait faire ! Du haut de ses treize ans, on ne pouvait pas dire qu'il était un adolescent, ou préadolescent, différent des autres. Passionné par les jeux vidéos, le skateboard et les VTT, il avait commencé la période « Je fais mon rebelle » et passait énormément de temps avec ses copains à faire des bêtises. Je m'étais d'ailleurs jurée de le garder à l'œil, ces temps ci… Les pots cassés n'étaient pas gravissimes pour l'instant, mais s'il dépassait trop les limites, il allait m'entendre !

Lorsque je me suis assise à table, je me suis empressée de lui prendre le paquet de céréales avant qu'il n'y en ait plus, déclenchant chez monsieur des protestations étouffées par l'énorme bouchée qu'il venait d'engouffrer dans sa bouche.

« Finis déjà ton bol, minus », l'ai-je tancé en me servant avec un sourire mi-figue mi-raisin, « Et on verra après… »

« Mais ! »

« Les enfants, ça suffit », est intervenu mon père qui faisait le tour de la table avec une excitation que je trouvais touchante, « C'est l'anniversaire de ta sœur, Willy, fais un effort… »

« Pff ! »

Willy s'est levé de table en abandonnant son bol, mais a été arrêté par ma mère, qui lui a montré la vaisselle sur la table du doigt. On l'a entendu rouspéter jusqu'à ce qu'il s'enferme dans sa chambre après ça, ce qui m'a refait sourire.

J'adorais ma famille… Bien qu'il me soit presque impossible de leur parler de mon « problème », ils étaient toujours capables, volontairement ou non, de me remonter le moral, même si ce matin, c'était plus dur que d'habitude…

« Ma fifille a quinze ans aujourd'huuuuiiiiii ! », s'est soudain écrié mon père en me resserrant dans ses bras.

« P…Papa ? Tu m'étouffes… »

C'était tout mon père, ça : Il pouvait agir comme un vrai gamin quand il s'y mettait, un truc qu'il m'avait passé. Je crois bien que c'est ça qui a attiré ma mère, chez lui.

Oui, en réalité, ma mère gère une famille de gosses, comme elle aime le répéter !

Avec un air penaud, mon père m'a lâché, permettant à ma mère de déposer devant moi une enveloppe fermée par un autocollant représentant des ballons d'anniversaire. Je les ai regardé en haussant les sourcils, sincèrement curieuse. Ils paraissaient attendre ma réaction, comme si je devais gouter une nouvelle recette qu'ils venaient d'inventer. Mon regard s'est reporté sur l'enveloppe, innocemment blanche sur le bois de la table où j'avais posé Pigs pour me servir de l'eau, la nuit dernière.

La nuit dernière…

Soudainement, des flashs de ce qui s'était passé me sont revenus en mémoire, et je me suis raidie. Ma joie quant à cette journée spéciale a commencé à s'étioler, et j'ai du me secouer pour retrouver un semblant de contrôle. « C'est du passé », me suis répétée, « C'est fini, tu ne te feras plus avoir comme ça, c'est bon… ». Pourtant, la main qui a attrapé l'enveloppe tremblait sans doute légèrement, car ma mère m'a regardé en fronçant les sourcils d'un air inquiet.

« Ca ne va pas, ma chérie ? »

« Euh… Si, si ! Tout va très bien ! », me suis empressée de répondre en forçant un sourire, « Tout est parfait. »

J'ai pris l'enveloppe en raffermissant ma prise dessus et je l'ai décachetée avant de plonger une main dedans…

Et j'en ai sorti deux billets.

Mes yeux se sont écarquillés face à une telle vision, et le sourire le plus franc de toute la matinée a illuminé mon visage. D'un bond, j'ai oublié mes membres endoloris pour sauter au cou de mes parents en leur plaquant des baisers sur les joues tellement j'étais heureuse.

Deux billets pour une semaine en Angleterre ! Chez Mamie Perry ! Merci, merci, merci !

Le deuxième billet est pour la personne de ton choix, a expliqué mon père, Tu es assez grande pour partir en vacances sans tes vieux parents barbants, à présent. Tu n'es plus une petite fille.

Je savais déjà qui j'allais inviter. Jamais je ne partirais sans elle !

Visiblement, ma mère me connaissait par cœur.

Demande peut être aux parents de Laura avant de lui mettre des images du Big Ben dans la tête…

Oui, oui !

Bien sur que j'allais en parler à Laura AVANT ! Elle était ma meilleure amie !

Toute à ma reconnaissance, je n'ai pas vu le temps passer. Quand mon regard s'est reposé sur ma montre, j'ai tressailli. Les vacances avaient beau être dans quelques jours, je n'étais pas pour autant exemptée d'école, même le jour de mon anniversaire (à mon grand regret, je vous avouerais…). Après avoir encore remercié mille fois mes parents pour ce cadeau génialissime (J'ai toujours voulu aller faire un tour en Angleterre… Pas vous ?), j'ai filé dans ma chambre, m'arrêtant seulement pour ouvrir la porte de la chambre de mon frère, avachi sur son lit défait à écouter une musique désagréable, pour lui dire que le bus n'allait pas tarder à passer.

La fenêtre que j'avais refermée en sortant de ma chambre il y a peu était à présent vierge de toute trace de givre, si ce n'était les gouttes d'eau qui recouvraient encore le verre. Quoi qu'il se soit passé ici, ca avait en tout cas disparu… Et ca m'inquiétait beaucoup moins que ce qui s'était passé cette nuit ! Cependant, le cadeau de mes parents m'avait rendue de très bonne humeur, et j'ai taché de refouler les évènements pénibles de la nuit dernière dans un recoin de mon esprit en attrapant mon sac avant de sortir à toute vitesse, brûlant de retrouver Laura et priant pour que ses parents l'autorisent à venir dîner à la maison ce soir… Pas question qu'elle rate ça !

Il ne se passe pas énormément de choses dans ce chapitre, je le concède ! ^^' Mais j'espère vivement plus d'action dès le prochain chapitre, vous êtes (normalement) prévenus !

Merci à ceux qui lisent ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez (pas trop méchamment, hein ?)