Chap 9 : Crème glacée et chocolat…quel réconfort…

« Ah ! Sheppard ! Vous tombez bien ! »

« Dites donc Rodney, vous avez l'air sacrément content de vous !» lança John en pénétrant dans l'antre du physicien.

« Et comment ! J'ai réussi à briser les codes de cryptage des données récupérés dans le laboratoire et tout ça en trente minutes ! Je suis tout bonnement génial !»

« C'est ça McKay…Vous êtes le plus fort… » soupira le militaire devant tant d'humilité. Remarque, il avait l'habitude, à force… « Alors, ça donne quoi ? ».

« C'est bien Mickael qui a débuté ces expériences sur le clonage. Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'il tenait un journal ! »

« Intéressant, il parle de moi ? »

« Non, pas de vous, mais de Teyla, Torren… »

« Ça ne m'étonne pas, il a toujours fait une fixation sur la famille Emmagan… »

« Il parle aussi des hybrides, du clonage…Ce journal est une mine d'or ! »

« Je n'en doute pas Rodney…Et au sujet des Satédiens ? »

« Là, par contre, il n'y a pas grand-chose. Mais ce que j'ai découvert, c'est qu'il est fait mention de plusieurs vaisseaux-ruches qui se sont intéressés de près à la planète. Mais grâce à une sorte de bouclier de son invention, un peu identique au bouclier occultant d'Atlantis, il aurait dans un premier temps pu dissimuler ses installations. »

« Dans un premier temps ? »

« Oui, apparemment, d'après ce qui est écrit là, les Wraiths auraient débarqués quand même et il aurait été forcé de quitter les lieux dans l'urgence en laissant tout en plan. »

« Ce qui expliquerait le laboratoire abandonné et les clones sans mémoire ? »

« C'est fort possible. »

« Et quand tout cela aurait-il eu lieu ? »

« Il y a environ un an. »

Sheppard serra instinctivement les poings.

« Vous voulez dire un peu avant qu'il ne prenne d'assaut la cité… »

Rodney acquiesça de la tête.

« Bon, mais ça ne nous apprend donc rien sur nos chers clones et sur la raison pour laquelle il les a créés… Je pensais qu'il préférait faire des hybrides. »

« C'est ce que je pensais aussi. » rétorqua le scientifique.

« Et si les Wraiths ont trouvé le labo, pourquoi ne s'en sont-ils pas pris aux occupants des caissons ? Ils sont humains non ? »

« Peut-être que nos amis suceurs d'énergie vitale n'aiment pas les clones… » suggéra Rodney.

Sheppard le regarda d'un air circonspect. Alors, le scientifique crut bon expliquer le fond de sa pensée.

« Vous savez comme moi, par exemple. Je suis raide dingue des glaces Haagen-Dazs. Et vous avouerez que c'est le top du top. Un jour, j'ai dû aller rendre visite à des cousins au fin fond du Dakota du Nord…Et oui, j'ai effectivement de la famille là-bas… Les McKay sont éparpillés un peu partout en fait… »

Le militaire s'était mit à le fixer avec des yeux ébahis mais le physicien, lancé comme une locomotive, poursuivit son laïus sans y prendre garde.

« …Des cousins très éloignés…Mais bon, alors pas de midnight cookies and cream de Haagen-Dazs dans leur bled…Juste cette pâle imitation premier prix… Et bien on a beau dire…Au niveau du goût, ça n'a vraiment rien à voir. Même si sur la photo de l'emballage on aurait dit la même, avec les cookies, le chocolat et tout et tout et ben croyez-moi, c'était totalement… »

« McKay ! » s'exclama soudain Sheppard en dévisageant le scientifique d'un air dépité.

« Quoi ? »

« Je rêve où vous êtes en train de comparer des êtres humains à de la crème glacée ! »

Rodney porta sa main à sa bouche.

« Oh bon sang… » lança-t-il. « J'ai fait ça ? »

« Oui, vous l'avez fait.» maugréa John sur un ton de reproche.

« Pour ma défense, je suis un peu fatigué en ce moment. Mes nuits sont assez…agitées. ».

Sheppard était de plus en plus perdu. Rodney le vit bien.

« Jennifer se lève au moins dix fois par nuit en ce moment et c'est pas facile pour moi de retrouver le sommeil après ! » expliqua-t-il.

« McKay ! Elle est enceinte de presque 8 mois ! Il faut la comprendre quand même ! Je suppose que ça ne doit pas être facile pour elle… J'aimerais bien vous y voir vous, avoir envie d'aller aux toilettes toutes les cinq minutes ! »

« S'il y avait que ça ! Mais avant de se recoucher elle en profite pour fouiller dans mon congélateur personnel et vider mon stock ! »

« Votre stock de quoi ? »

« Mais de midnight cookies and cream enfin ! » s'écria Rodney.

Soudain, un bruit de course résonna dans le couloir et les deux hommes virent débouler dans la pièce un Radek Zelenka échevelé. Il était à bout de souffle mais le visage radieux.

« Rodney….J'ai….j'ai…réussi… » parvint-il à articuler péniblement entre deux reprises de souffle.

« Ben dites donc Zelenka, vous vous entrainez pour le marathon ou quoi ? » se moqua Sheppard.

« Non…Je travaille…dans l'aile ouest….sur la console….du Mont Black Tusk… »

« Réussi quoi ? » demanda distraitement Rodney qui s'était replongé dans l'étude du journal de Mickael.

« J'ai trouvé… » commença le scientifique.

« Bon Radek, je suis occupé là… » s'énerva Rodney.

« J'ai trouvé…un autre site Dylonien… » termina Zelenka dans un râle.

McKay et Sheppard le dévisagèrent.

« Quoi ? » s'exclama Rodney en stoppant net ce qu'il était en train de faire. Le sourire moqueur de Sheppard avait disparu.

« Expliquez-vous Radek ! » s'empressa-t-il de demander.

Ayant tout à coup réussi à capter toute l'attention des deux hommes, le tchèque se lança.

« Bon voilà, Rodney m'a demandé de poursuivre le travail sur la console trouvée au Canada. J'ai récupéré pas mal de données et en fait, j'ai découvert que la grotte du Mont Black Tusk était en relation étroite avec un autre lieu, ici sur Terre. Il y a même eu des communications passées entre les deux endroits et gardées en mémoire. Au cours de l'une de ces conversations, des coordonnées ont été échangées. Elles correspondent à une latitude et une longitude. »

« Vous êtes sûr ? » s'exclama Rodney, visiblement surpris et un peu déçu de ne pas être, pour une fois, à l'origine d'une découverte qui pouvait s'avérer capitale pour Atlantis.

« J'ai informé Mr Woolsey qui a aussitôt prévenu le SGC. En fait, j'avais besoin des lumières du professeur Jackson pour continuer… »

« Et vous n'avez même pas pris la peine de m'informer le premier ! » s'offusqua McKay.

« Je vous informe maintenant » rétorqua Radek sèchement.

Rodney ouvrit la bouche pour signaler à nouveau son mécontentement quand Sheppard le coupa net.

« Bon travail Zelenka. » félicita le militaire.

La voix de Richard Woolsey retentit dans l'interphone du laboratoire.

/ « Docteur McKay, docteur Zelenka , colonel Sheppard, je vous attends en salle de débriefing. Nous sommes en liaison avec le SGC. »/

« On arrive. » répondit John en se dirigeant vers la sortie, aussitôt suivi par Radek et McKay.

« Ah ! Docteur Keller ! Que me vaut le plaisir ? »

Ça commençait bien. Trois secondes après être arrivée dans le laboratoire et déjà Walter lui tapait sur les nerfs. Les deux techniciens présents, Edward et Tim, lui jetèrent des regards implorants qu'elle ne put ignorer. Apparemment, son personnel aussi était au bord de la rupture.

Le généticien continuait à vaquer à ses occupations en faisant comme si la jeune femme était transparente. Jennifer prit une profonde inspiration pour tenter de se calmer.

« Je suis plutôt débordée en ce moment avec l'arrivée des Satédiens sur Atlantis. On m'a demandé de me concentrer sur eux pour le moment. Donc, je viens aux nouvelles… Vous avez avancé depuis la dernière fois ? »

Le scientifique lui jeta un regard hautain d'un air de dire « Ma petite…de quoi je me mêle ? ». Il agrémenta le tout d'un sourire suffisant. Jennifer ne cilla pas.

« Au vu de votre attitude, il semblerait que oui… » ajouta-t-elle d'un ton sec. Je vous rappelle que nous sommes censés collaborer. Tout ce que vous faites ici doit m'être rapporté. »

« Encore faut-il que vous passiez nous voir plus souvent… » répliqua Walter en passant devant elle en coup de vent pour aller se planter devant la centrifugeuse.

« Je vous l'ai dit. » fit la doctoresse en le suivant. « Je suis occupée avec les clones.»

« Ah oui, les clones… Parfait, vous feriez mieux de vous concentrer uniquement sur eux… Je peux gérer la génothérapie seul. »

« Oh mais je n'en doute pas ! Le seul inconvénient est que vous êtes dans mon labo ! » s'emporta la jeune femme.

Le scientifique se retourna pour lui faire face. Les deux laborantins, sentant l'atmosphère devenir électrique, s'éclipsèrent au fin fond de la pièce.

« Non, vous êtes dans le laboratoire ou je viens de mettre au point le premier échantillon prêt à tester du traitement. »

L'annonce fit sur Jennifer l'effet d'une bombe.

« Comment ça ? » bafouilla-t-elle devant la mine satisfaite du quinquagénaire.

« Je vous l'ai dit. » lança-t-il en rapprochant exagérément son visage du sien. « Je travaille vite quand on ne me fait pas perdre mon temps avec des bavardages inutiles… »

Sans bouger d'un millimètre et surtout sans se démonter, la jeune femme rétorqua avec morgue.

« Alors si vous êtes si sûr de vous, vous permettrez que je vérifie moi-même… »

« Comme si c'était nécessaire… » eut-il encore le culot d'ajouter.

Le sang pulsait dangereusement dans les tempes de la doctoresse. Comme pour prévenir une imminente perte de sang froid, le bébé se mit à donner plusieurs coups de pieds. La jeune femme ne broncha pas. Elle devait se calmer et ne pas rentrer dans son jeu. Dans une semaine, elle devrait partir en congé maternité, quitter Atlantis. Bien sûr, elle pouvait compter sur Carson pour reprendre le flambeau. Mais elle était certaine que Walter profiterait de cette « passation de pouvoir » pour n'en faire qu'à sa tête et convaincre Wilson d'une expérimentation sur cobaye. Le généticien remarqua la soudaine pâleur de son teint.

« Vous devriez allez vous reposer docteur Keller et me laisser finir ce que j'ai commencé… » décréta-t-il en s'éloignant pour rejoindre la paillasse opposée. La jeune femme le colla de plus près.

« Vous ne pouvez pas avoir obtenu des résultats probants aussi vite. » décréta-t-elle soudain avec assurance.

« Tiens donc… » répliqua Walter.

« Quelle est donc votre si grande découverte que j'ai pu à ce point passer à côté d'une chose aussi importante ? »

« L'enzyme 621… » déclara-t-il sans se retourner comme s'il s'agissait d'une évidence.

Jennifer tiqua.

« Et donc ? » fit-elle

« C'est la clé. J'ai revu les modalités de synthèse par les cellules et… »

« J'ai déjà faits plusieurs essais non concluants avec le gène de cette enzyme Walter ! Vous n'avez pas vu mes rapports ? »

« Je les ai survolées, effectivement… »

« Donc vous avez dû lire qu'une fois produite cette enzyme peut provoquer des tumeurs. Nous avons déjà constaté cela sur des Wraiths et même sur un vaisseau-ruche ! Alors je ne vois pas comment l'utilisation de ce gène a pu vous conduire à un traitement efficace. Je suis… »

« Avec une légère modification de la structure tridimensionnelle du site actif de l'enzyme et en triplant sa capacité de production par les cellules transfectées. »

Jennifer hallucinait.

« Vous êtes sérieux ? » s'exclama-t-elle.

« Parfaitement . »

« Tripler la dose ne fera que tripler les effets négatifs du traitement ! Vous vous fourvoyez complètement Walter ! Allons ! Vous voulez rire ! »

« Pas avec la protéine modifiée ! » s'emporta-t-il à son tour.

« Modifiée ou pas, le résultat sera le même ! Soyez réaliste ! »

« Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir et vous le savez bien. »

« Ce n'est pas à vous de décider du sort de ce Wraith, je vous l'ai déjà dit. »

« A vous non plus d'ailleurs. »

« Je crois que Mr Woolsey devrait être informé sur le champ que vous faites fausse route et que vos intentions ne sont pas dans l'intérêt de cette base » menaça la jeune femme en serrant les poings.

« Mr Woolsey hein ? » ricana le quinquagénaire.

Jennifer crut comprendre le sous-entendu.

« Oui, Richard Woolsey. Aux dernières nouvelles, c'est encore lui qui dirige Atlantis. »

« Et bien allez faire votre petit compte-rendu docteur Keller. Je n'ai pas de temps à perdre, moi. »

Puis, sans demander son reste, le scientifique alla rejoindre les deux techniciens qui tentaient de se faire tous petits au fond du laboratoire. Jennifer fulminait. Elle tourna les talons et s'élança dans le couloir, les dents serrées.

Une fois dehors, au bout de quelques mètres, une sensation de vertige la saisit et elle dû s'appuyer contre le mur. Ses jambes se dérobaient sous elle et son front se couvrit de sueur.

« Eh ! Vous vous sentez bien ? » lança une voix aussitôt suivie d'un bruit de pas qui se rapprochaient précipitamment. Finalement, elle sentit deux bras l'agripper fermement et la soutenir avant que ses jambes ne la trahissent définitivement.

« Jennifer c'est bien ça ? Vous n'avez pas l'air en forme. Appuyez-vous sur moi. Je vous conduis à l'infirmerie. »

La jeune femme leva les yeux pour tomber sur le visage inquiet de Larrin.

« Je, j'ai besoin d'un moment pour souffler… » haleta la doctoresse.

« Ok, alors on va rester ici un instant. » fit la Traveler en aidant Jennifer à s'asseoir par terre. « Je vais allez chercher quelqu'un avec de quoi vous transporter jusque là-bas ».

« Non ! » s'empressa de dire Jennifer. « Ça va passer. Je viens juste d'avoir une petite dispute avec un de mes collègues et je crois que je me suis un peu emballée. Je dois juste me calmer, respirer et ça ira mieux.»

Larrin vit que la doctoresse se maintenait le ventre avec ses mains.

« Des contractions ? » demanda-t-elle.

Jennifer acquiesça sans un mot.

« Vous ne voulez vraiment pas que je… »

« C'est bon… Je vous assure. » trancha Jennifer sur un ton qui ne souffrait plus aucun commentaire.

Larrin capitula et s'assit à côté d'elle. Elles restèrent ainsi une bonne minute, toutes deux silencieuses, adossées à la cloison. La doctoresse reprit des couleurs et parvint à retrouver une respiration normale.

« Vous en êtes à combien ? » demanda Larrin au bout d'un moment.

« Sept mois et demi.»

« Et vous êtes encore ici ? »

Jennifer se mit enfin à sourire.

« Disons que j'ai beaucoup de mal à lâcher mon travail en cours… »

« Qui vous a mis dans un état pareil ? »

« James Walter… cette…pourriture…de vomissure….de larve… de….Je hais ce type ! »

Larrin la regardait, les yeux écarquillés, tandis que ceux de la jeune femme lançaient des éclairs et que ses deux mains se tendirent devant elle, prêtes à étrangler un homme invisible…

« Ben dites-donc… Je vois que c'est le grand amour entre vous ! Et c'est donc lui le père de votre enfant ? »

Les paroles de Larrin ramenèrent Jennifer à la réalité. La doctoresse s'amusa alors du quiproquo.

« James Walter est le scientifique envoyé par le C.I.S avec qui je viens d'avoir une discussion assez déplaisante. Non, le père du bébé c'est Rodney. »

La Traveler manqua de s'étrangler quand à elle pour de bon.

« Quoi ? McKay ? » s'écria-t-elle. « Vous avez….enfin…. avec McKay ? »

Le sourire de Jennifer s'effaça. Elle ne savait pas comment prendre cette dernière phrase. Rodney lui avait bien sûr parlé de cette femme. « Arrogante », « sans scrupules », « vénale », « impulsive » et « imprévisible ». Il avait aussi rajouté « folle » lui semblait-il à présent.

« Ça vous pose un problème ? » répondit alors la doctoresse, un peu vexée.

« Non ! Non ! Tant que ça ne vous en pose pas un à vous ! » répliqua la jeune femme qui voulut alors désamorcer le conflit.

Bon c'est vrai que le courant était loin de passer entre McKay et elle mais comme disait le proverbe terrien : « chacun ses goûts ! ». La Traveler préféra alors changer de sujet de conversation.

« Euh…Si vous voulez… Je vais aller le chercher. Il doit être dans son labo…»

« Non ! S'il vous plait ! Pas un mot de tout ça à Rodney ! »

Jennifer avait brusquement saisit le bras de la Traveler. Si le scientifique venait à apprendre ce qui s'était passé, elle pouvait être sûre qu'il irait sur le champ voir Woolsey afin que le dirigeant la force à avancer son congé maternité. Quitte à la mettre à pied. Et ça, il en était hors de question. Il fallait qu'elle tienne jusqu'au retour de Carson, afin de le mettre au courant de la situation et qu'il soit en mesure de contrer Walter quand elle serait absente. Elle craignait de plus en plus pour la vie de Todd, surtout depuis que James lui avait parlé de son entêtement à utiliser l'enzyme 621. Le problème, c'est qu'elle se souciait aussi du bien-être de son enfant. Elle savait que le stress qu'elle subissait en ce moment n'était pas des plus bénéfiques pour lui. Mais c'était plus fort qu'elle… Il fallait qu'elle tienne…

« Je vous en prie… » répéta-t-elle devant le visage circonspect de Larrin. « Ne dites rien… Rodney va s'inquiéter… il va sûrement partir en vrille et devenir insupportable… »

Touché. L'argument ne pouvait être mieux choisi pour convaincre la jeune femme.

« Ok. Je tiens ma langue. Ma capacité à tolérance envers votre cher et tendre et déjà au maximum… » décréta Larrin. « Mais pour l'instant… » fit la jeune femme en se relevant et en aidant Jennifer à faire de même, « … je vous conduis quand même à l'infirmerie. ».

Tout en se dirigeant vers le transporteur, appuyée au bras de la Traveler, Jennifer se mit à penser que, dès qu'elle verrait Rodney, elle essaierai de le convaincre que cette femme n'était pas si horrible.

Ronon arriva devant la porte gardée par un soldat armé. D'un signe de tête, il indiqua son intention d'entrer et le militaire acquiesça avant de s'écarter pour lui laisser le passage. La pièce était silencieuse. Seul le bip régulier de l'électrocardiogramme résonnait faiblement dans la chambre. La jeune femme paraissait assoupie.

La Satédien s'approcha sans faire de bruit. Elle avait l'air si apaisé, si calme. Un flot de souvenir lui revint en mémoire. Il fit un pas de plus et sans s'en rendre compte, comme pour bien être sûr qu'il ne rêvait pas, sa main frôla le bras nu de Melena.

A ce contact soudain, la jeune femme ouvrit brusquement les yeux. Ronon fut prit au dépourvu et se figea sur place. Un peu hagarde, la Satédienne pivota doucement vers le nouveau venu.

« Bonjour… » murmura-t-elle.

Ronon, qui ne savait subitement plus quoi faire, hocha simplement la tête. La brume se dissipa rapidement dans les yeux de la jeune femme et elle se redressa sur son oreiller.

« Je… Vous êtes le responsable qui doit venir m'interroger ? » demanda-t-elle.

« Non… Moi c'est Ronon. Je suis juste… »

« Ronon… » répéta Melena. « Le docteur Keller m'a parlé de vous… Je me souviens de certaines choses à votre sujet…. Vous êtes de ma famille ou… »

« Je suis de Sateda. » la coupa-t-il un peu vivement.

La jeune femme parut soudain très intéressée.

« Et vous, est-ce que vous me connaissez ? Vous pouvez peut-être me dire ce qui m'est arrivé ? J'ai tellement de questions… »

Venir ici n'était finalement pas une bonne idée pensa Ronon.

« Vous devriez attendre Mr Woolsey. Il vous expliquera… »

La déception se peignit sur le visage de la jeune femme. Tant d'interrogations, d'attentes… Elle nageait dans le flou… Personne ne souhaitait l'éclairer pour l'instant, comme s'ils avaient peur… Et pourtant ils savaient…Elle en était persuadée. Sans prévenir, elle agrippa la main de Ronon.

« S'il vous plait, dites-moi ! Je… J'ai … Pourquoi vous semblez tous me cacher ce qui m'est arrivé ! »

Un nœud la prit à la gorge. Les larmes commençaient à monter. Elle était fatiguée. Ce vide en elle devenait insupportable. Ronon ne savait plus quoi faire. Il commençait à faiblir devant la détresse de la jeune femme. Sans s'en rendre compte, il se mit à serrer la main de Melena dans la sienne. Puis il se pencha vers elle pour dégager une des mèches qui masquait son visage et la glisser derrière son oreille. Ce geste, il l'avait fait tant de fois par le passé… Au contact des doigts tièdes du Satédien, la jeune femme frissonna. Elle leva les yeux vers lui et leurs regards s'accrochèrent.

« Je me rappelle… » balbutia-t-elle.

Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit. Ronon lâcha la main de Melena et recula tandis que l'infirmière entrait avec dans les bras, un plateau repas. La nouvelle arrivante, un peu surprise de trouver l'ex-runner ici, le salua et s'approcha de sa patiente.

« Voilà, un petit quelque chose pour vous : poulet, légumes, compote et je vous ai même rajouté une petite barre chocolatée…Rien de tel que le chocolat pour reprendre des forces ».

Elle déposa la nourriture sur le lit et jeta rapidement un œil sur les enregistrements des machines.

« Je reviens dans une heure, vous avez besoin d'autre chose ? » demanda-t-elle en jetant un regard amusé vers Ronon, toujours figé prêt du lit et qui n'avait jamais eut l'air aussi empoté.

« Non merci, c'est gentil Karen» répondit Melena en souriant.

« Bon j'y vais. Appuyez sur le bouton si vous avez besoin de quoi que ce soit » fit l'infirmière en se dirigeant déjà vers la sortie.

Ronon profita de l'occasion.

« J'y vais aussi. » s'empressa-t-il d'ajouter en imitant la dénommée Karen.

« Non ! Attendez ! » s'écria Melena.

Le satédien se retourna.

« S'il vous plait…Restez encore un peu… » fit-elle, en fixant Ronon avec des yeux implorants. « S'il vous plait… » répéta-t-elle.

Ronon hésita un instant. Puis il fit volte face et attrapa la chaise posée dans un coin de la chambre pour venir s'asseoir près du lit. La jeune femme lui adressa un sourire rayonnant tandis qu'elle lui tendait avec malice sa barre chocolatée.