Merci pour les reviews, c'est encore une fois très plaisant de les lire. Je m'efforce d'ailleurs d'y répondre de mon mieux ! Bon, sinon, voilà le sixième chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. Juste une chose : La manière dont j'ai décrit Bunny ne me plais pas énormément. C'est un personnage que j'adore et j'ai l'impression de le faire passer pour ce qu'il n'est pas. Vous pourriez me dire ce que vous en pensez ? Je vais m'efforcer de faire mieux, après, bien sur, mais j'ai fini par céder au chant des sirènes et puis je n'avais plus vraiment le temps de modifier le texte... Alors voilà ! Bonne Lecture !
PS : Il n'y a pas d'histoire d'amour entre Jack et Elenor, je préviens tout de suite. Amitié oui (même s'il peut avoir tendance à l'enquiquiner comme il sait si bien le faire !) mais rien d'amoureux ! Vous êtes avertis ! X)
Les Cinq légendes
Fée et ses versions d'elle-même en miniature m'ont entraîné à travers les couloirs de pierre qui se ressemblaient tous les uns les autres. J'ai rapidement abandonné l'idée de me rappeler du chemin, parce que c'était tout bonnement impossible. Bon sang, elle était grande comment, la maison du Père Noël ?
Lorsqu'on s'est arrêté devant ce qui ressemblait à un œuf en bois et en métal creux avec une portière, dans lequel se trouvaient deux Yétis (quoique plus petits que le dénommé Phil), j'ai froncé les sourcils, oubliant momentanément mon angoisse à l'idée de rencontrer ces « Gardiens ».
- « Qu'est ce que c'est ? », ai-je demandé à Fée.
Mais celle-ci m'a fait un sourire de plus et m'a poussé dedans avant de refermer la porte derrière elle. Les petites puces volantes n'ont, elles, rien trouvé de mieux que de me prendre pour un perchoir, et cinq petites fées se sont installées sur mes épaules et dans mes poches en pépiant d'allégresse. Beblue s'est même carrément laissée tomber sur ma tête en empoignant des mèches de mes cheveux à pleines mains. Bien qu'elle soit lilliputienne, je l'ai sentie.
- « Fée ? », ai-je répété, du moins ai-je essayé.
Fée s'est laissée tomber au sol à coté de moi en chantonnant et en laissant les Yétis manipuler des leviers divers et variés. Puis avec un soubresaut, la coque de bois s'est brusquement élevée dans une colonne de pierre.
OK. Pas de simple coque. C'était un ascenseur !
Pas vraiment rassurée, je me suis tenue à la rambarde en essayant de garder mes cheveux un peu disciplinés, mais c'était peine perdue avec la vitesse. Les plumes ébouriffées, la Fée des Dents riait aux éclats en discutant avec les Yétis. Ils se comprenaient apparemment très bien. Mais elle a du s'inquiéter de ma réaction, car elle a ensuite tourné la tête vers moi.
- « Tout va bien, Elenor ? »
- "Euh… Oui, oui ! C'est un ascenseur en bois, mais tout va bien ! ».
J'ai eu un sourire forcé. Fée, elle, n'a pas paru noter l'ironie de ma phrase, car elle a répondu avec légèreté :
- « Oh, ne t'inquiète pas ! Il a déjà une bonne centaine d'années et il est toujours fringuant ! »
… C'était bien ce qui m'inquiétait !
- « Combien y a-t-il d'ascenseurs comme celui là ? »
- « Tu devrais demander aux Yétis. Je suis sure qu'ils se feraient une joie de te répondre ! »
Demander aux Yétis ?! Je me suis mordue la lèvre, mais Fée avait l'air sincère. Les deux géants poilus me regardaient d'un air que je n'arrivais pas à comprendre pleinement. C'était un regard gentil ou méchant ? Ma première rencontre avec un spécimen de leur espèce s'était plutôt mal passée, après tout… Peut être que pendant que je me lavais, le mot avait circulé parmi eux que je n'étais pas à ma place, ici…
Finalement, la curiosité a été plus forte, et j'ai laissé échapper d'une toute petite voix à leur intention :
- « Com…Combien y a-t-il d'ascenseurs… ici ? »
Les deux Yétis se sont regardés, puis le plus petit a grogné quelque chose en faisant des gestes avec ses bras poilus. J'ai haussé les sourcils, ne comprenant pas vraiment ce qu'il pouvait bien dire.
C'est Fée qui m'a répondu :
- « Il dit qu'il en existe une bonne vingtaine à travers toute la demeure, car ils s'enfonçent dans les profondeurs du glacier… Il accepte aussi de te les montrer tous, si tu veux. »
- « Oh ! Euh… C'est gentil, mais peut être plus tard… »
Au bout du compte, l'ascension ayant pris plus de temps que je ne le croyais au départ (À moins que la maison soit vraiment aussi grande que ça), on a entamé une discussion indirecte avec les Yétis et Fée. Cette dernière me traduisait leur réponse, les Yétis n'ayant pas de problème apparent pour me comprendre.
Bon, eh bien je n'avais plus qu'à apprendre la langue alors !
Ils m'ont ainsi fait une description de la demeure. C'est là que j'ai appris que l'on se trouvait au Pôle Nord, derrière une barrière constituée d'abord par les Yétis eux-mêmes, puis par une muraille de pierre et enfin par de la magie. Selon eux, j'étais en sécurité. Celui qui en avait après moi ne viendrait pas me chercher des noises ici…
J'aurais juste voulu savoir ce qui pouvait bien se passer pour que la situation ait dégringolé à ce point… Et où se trouvait Laura.
Mais il ne fallait pas que je pense trop à tout ça. Sinon je sentais que je risquais de me remettre à pleurer. Beblue a gazouillé du haut de mon crâne qui semblait être son nouveau fief, puis a glissé le long de mon nez. Je l'ai rattrapée de justesse et elle s'est mise à glousser, fière de sa cascade malgré le regard désapprobateur de Fée. Je les ai laissées s'expliquer sous les regards amusés des autres petites fées.
Les remontrances envers Beblue se sont arrêtées dès que l'ascenseur a fait de même. La secousse qui a suivi a failli me faire perdre l'équilibre et seule l'attention d'un des Yétis m'a empêché de reposer le pied sur le sol ferme… Tête la première.
- « Merci… », ai-je rougi.
Il s'est contenté de grogner, tandis que Fée, de nouveau à muscler ses ailes, me poussait en avant avec énergie, jusqu'à une grande porte. Euh, quand je dis grande, je pèse mes mots.
Elle était immense.
Bon, OK, peut être pas, au second coup d'œil. Disons qu'elle était entre « grande » et « immense »… Je n'avais pas mieux pour la décrire !
Fée s'attendait-elle à ce que je passe au travers ? Non parce que vu l'enthousiasme avec lequel j'étais entraînée vers ladite porte, j'ai pensé au début que c'était bel et bien son plan… Mais la porte s'est ouverte d'elle-même dès que Fée l'a effleuré. Morte d'angoisse à l'idée de ce qui pouvait m'y attendre, je l'ai laissée continuer à m'inciter à avancer. Je ne pense pas que j'aurais réussi toute seule…
Et dès qu'on est entré, le passage s'est refermé en grondant dans notre dos. Fée m'a tapoté l'épaule avec gentillesse, puis s'est envolée vers les hauteurs, suivies de ses petites. Beblue a quand même pris le temps de s'arrêter à coté de ma joue pour y déposer un tout petit bisou de fée avant de les rejoindre.
- « Allez, Elenor… Suis nous ! »
Bon, Fée m'avait laissé à moi-même… Ce qui voulait dire que je devais faire mes preuves ? Ou qu'il n'y avait rien à craindre ?
Parce que malgré la gentillesse dont on m'avait fait preuve jusqu'alors, j'étais toujours profondément hésitante, au fond de moi. C'était dans ces moments là que ma famille me manquait le plus… D'autant plus que je ne comprenais pas pourquoi c'était l'image de Willy, mon petit frère, qui me revenait le plus souvent en tête…
Je me suis secouée, j'ai carré les épaules en prenant une grande inspiration, puis je me suis avancée. C'était une salle très étrange. Absolument grandiose, certes, mais on aurait en réalité plutôt dit un mélange ou une fusions de plusieurs salles. J'apercevais un peu plus loin quelque chose qui ressemblait un grand espace, ce qui m'a incité à avancer. Lorsque j'ai passé la dernière arche de pierre et de bois, j'ai levé les yeux vers le plafond en me plaquant lentement une main sur la bouche, estomaquée.
Il y avait effectivement un grand espace, gigantesque, même, mais il était occupé par un globe.
Le plus énorme des globes terrestres qu'il m'ait été donné de voir. Et j'en avais vu beaucoup (Laura était une collectionneuse invétérée de globes, tandis que moi c'était les plumes d'oiseaux…). Tout autour de lui flottaient et volaient avions miniatures, méduses robotiques étranges, oiseaux de papier en origami et poupées fées.
Quant au globe, s'il ne faisait pas deux, trois fois la taille de ma maison, on n'en était certainement pas loin. Décoré de couleurs si éclatantes qu'elles en paraissaient vivantes, on pouvait apercevoir le nom des pays et continents inscrits dessus en lettres d'or calligraphiées, de même que pour les mers et océans, tandis que les frontières entre chaque terre semblaient être un trait d'encre de chine fait au pinceau le plus délicat. Toutes les terres, sans aucune exception, y étaient représentées.
Et toutes, ou presque, étaient piquetées de millions de petites lumières qui pétillaient fièrement sur leur surface.
En face de moi, je pouvais apercevoir le tracé du continent asiatique, ainsi qu'un bout de l'Australie. Voir ces lumières briller ainsi comme autant d'étoiles dans un ciel d'été m'a fait bizarre. Cela avait beau être étrange, c'était quelque chose qui réveillait en moi un sentiment fort.
Pour moi, c'était magnifique. Tout simplement.
Je me suis approchée de la rambarde en bois me séparant du vide, baissant fugacement les yeux pour apercevoir, gravé en doré et en argenté sur une dalle ouvragée, la lettre « G » calligraphiée avec soin, entourée de cinq symboles que je n'ai pas regardé de plus près de prime abord, trop intéressée par ce que j'avais en face de moi. C'était un tableau de bord, avec des leviers, des boutons, des cadrans de contrôle, ainsi qu'une étrange poignée rouge surmontant un cercle de métal doré. Oh, bien sur, tout en ce tableau de bord criait « Pas touche ! T'approche pas !», et j'ai du me mordre la lèvre pour obéir à cet ordre silencieux que ma conscience m'imposait… Sans pour autant résister très longtemps. Il n'y avait personne. Fée avait disparu je ne savais où avec ses fées et les autres « Gardiens » n'étaient même pas là. Je pouvais au moins m'approcher pour regarder de plus près…
Je me suis penchée, sans pour autant comprendre les données que fournissaient les cadrans. Je n'avais jamais été douée en maths, mécanique ou quoi que ce soit. Mon truc, c'était plutôt la littérature, les arts… Le genre de trucs que mon frère appelait volontiers « Les passe temps de nanas ». J'ai souri en me rappelant ce que je lui avais fait lorsqu'il m'avait sorti cette ânerie…
Mais mon gros défaut, c'était quand même celui là : Il fallait que je touche. C'était plus fort que moi !
En prenant garde à ne pas actionner malencontreusement quelque chose (ne cherchons pas des noises au maître des lieux lorsque ce dernier habite au Pole Nord !), j'ai commencé à toucher des leviers qui me semblaient inoffensifs. Parce qu'il faut rajouter à mon éternelle curiosité le fait que je pouvais faire preuve d'une maladresse extrême… Et dans les moments où j'en avais absolument pas besoin !
Et ce qui devait arriver arriva.
J'ai entendu un nouveau bruit de grelot, puis j'ai à peine eut le temps de voir un autre elfe au bonnet pointu avant qu'il ne me fonce littéralement dedans, ne voyant visiblement rien parce que son bonnet lui tombait sur les yeux. Du coup, j'ai trébuché en arrière, et j'ai vu comme au ralenti pour coude fondre sur un levier qui ne semblait attendre que ça.
Sauf que je ne l'ai jamais touché.
Stupéfaite, j'ai vu mon coude se faire arrêter par un filet de glace qui était monté sur le levier menacé d'un seul coup pour geler mon bras. Malgré ma manche longue, j'ai grimacé lorsque le froid glacial m'a brûlé la peau à travers le tissu, et j'ai retiré mon coude en retrouvant mon équilibre en vitesse. Cet épisode m'en rappelait un autre, bien trop récent dans mon esprit à mon goût…
Un truc à propos de tentacules noirs pris dans une gangue de glace étincelante…
J'ai suivi la glace des yeux, ces derniers remontant le long d'un mur jusqu'à une poutre.
Là se tenait une tête familière.
Le garçon se tenait assis sur l'épaisse planche de bois brut, l'une de ses jambes aux pieds nus pendant négligemment dans le vide en dessous de lui. Si l'une de ses mains était apparemment plongée dans la poche de son pull bleu, l'autre était encore et toujours accrochée à ce long bâton couvert de givre que je me rappelait lui avoir déjà vu, le dernière fois, et qui avait la vague forme d'une faucille. Ses cheveux blancs étaient on ne peut plus visibles dans la pénombre, et ses yeux bleus pétillaient d'une allégresse franche et maligne.
- « Il s'en est fallu de peu, dis moi ! », a-t-il ri en retirant le bout de son bâton du mur, là d'où était partie la glace.
- « …Je suis supposée vous remercier ? », ai-je répondu en remettant rapidement l'elfe aveuglé sur pied et en m'assurant qu'il puisse voir à nouveau correctement.
- « Bah, je sais que je suis parfait, mais de là à me remercier avec adoration… », a-t-il plaisanté en se levant d'un coup.
Je l'ai regardé avec des yeux ronds. Mais il était fou ! Il était à au moins quinze mètres du sol et il se mettait à tournoyer sur la poutre comme si de rien n'était !
- « Euh… Non, enfin… Je veux dire, oui, merci pour ça… Mais je parlais de la nuit dernière… », Ai-je fini par lâcher, crispée à l'idée qu'il puisse tomber.
Il a éclaté de rire, son bâton carré entre ses épaules et sa nuque, levant la tête vers le plafond.
- « Deux nuits, tu veux dire ! Tu as roupillé presque 48 heures ! Je pense que Sab a du mettre une dose un peu trop puissante… »
Deux jours ! J'avais dormi deux jours ! Je me suis prise le front dans une main, ne sachant pas vraiment comment prendre la nouvelle.
Et lui ? Devais-je le remercier de m'avoir sauvé, ou le maudire de m'avoir amené ici, loin de ma famille ? Il ne paraissait pas s'en vouloir d'avoir surgi ainsi dans ma vie, alors que cette dernière n'était déjà pas forcément évidente ! En fait, on aurait dit que tout, jusqu'à la bêtise que j'avais failli commettre, l'amusait profondément.
Ce qui, du coup, m'a un peu énervé.
- « Et bien sur, vous ne pouviez pas me demander mon avis avant de m'emmener dans nul autre endroit que chez le Père Noël ! Je n'avais pas déjà assez de problèmes comme ça ! »
Le garçon a arrêté ses déambulations pour me fixer de ses yeux particuliers. Moi-même, au fond, j'avais un peu de mal à me reconnaître. D'habitude, j'étais plutôt du genre timide, qui ne l'ouvre pas en public. Je n'aimais pas ça, et encore moins enguirlander les gens.
Mais certaines fois, il ne faut pas dépasser les bornes, quand même !
C'est l'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas sursauté comme la trouillarde que j'étais habituellement lorsque l'étrange garçon a brusquement sauté de la poutre pour atterrir en douceur devant moi, appuyé sur son bâton. Il ne souriait plus, et ses sourcils s'étaient froncés.
- « Tu m'en veux de t'avoir emmené ? »
Je lui ai fait les gros yeux. Non seulement il me posait la question, mais en plus il avait l'air d'être étonné par ma réaction !
- « Non, pas du tout ! Je ne comprends juste pas du tout ce qui se passe, mais ce n'est pas grave ! Rajoutons un kidnapping par-dessus ! On dira rien ! », ai-je ironisé en croisant les bras.
Il a penché la tête sur le coté.
- « Tu veux que je t'explique ? »
Je l'ai fixé quelques instants en silence, avant de hocher la tête avec une certaine retenue qui l'a fait sourire et qui m'a crispé encore davantage. Il s'est assis sur une table couverte de cartes et de vieux livres aux couvertures de cuir.
- « Ca faisait un bout de temps que je surveillais ta maison, Elenor. Plusieurs mois, je pense… Je ne me rappelle plus. Il y avait des indices, des traces, discrètes peut être, mais bien présentes, indiquant que quelque chose clochait autour de chez toi… Et la seule fois où j'ai enfin pu rentrer à l'intérieur, c'est quand tu as laissée la fenêtre ouverte le matin de l'attaque. C'est là que j'ai eu une confirmation de mes suppositions. Je suis revenu ici afin de prévenir les autres, mais ils ne me croyaient qu'à moitié. Seul Sab a accepté de venir pour voir les preuves de ce que j'avançais. Et lorsqu'on est arrivé… Disons que c'est là qu'on vous a trouvé aux prises avec un joli cauchemar, voire même plusieurs, quand je me rappelle la taille du coco… »
J'ai cligné des yeux, butant sur un mot de son discours.
- « Un… Cauchemar ? »
- « Ouép ! »
J'ai attendu qu'il définisse un peu plus la chose, mais apparemment, ce n'était pas vraiment son intention. Il a commencé à créer un délicat flocon de neige au creux de sa main qu'il a fait ensuite voleter entre ses doigts.
- « …Mais pourquoi un « Cauchemar » ? », ai-je fini par craquer, ma curiosité mise au supplice.
Le flocon a disparu dans une pluie d'étincelles bleutées. Le garçon a fixé sa main désormais vide avec un air étrange, comme s'il avait du mal à le croire, puis s'est de nouveau tourné vers moi et m'a fait un sourire mutin.
- « …Disons qu'un certain Croquemitaine a décidé de se cacher sous ton lit, apparemment. »
OOOO
Je l'ai regardé sans rien dire pendant quelques instants. Puis mes épaules se sont affaissées.
- « Un Croquemitaine ? »
Le garçon a poussé un soupir.
- « Plutôt LE Croquemitaine. Il n'y en a qu'un seul après tout, et c'est tant mieux, je te dirais ! Mais les autres peuvent te l'expliquer mieux que moi, je pense… Tiens, quand on parle du loup… »
Il y avait un vacarme tonitruant à l'entrée par laquelle j'étais passée, qui m'a fait tourner la tête d'un coup vers la direction du bruit. De là où on se trouvait, on apercevait plusieurs silhouettes qui essayaient d'en retenir une seule, mais qui avaient visiblement du mal. J'ai entraperçu l'éclat irisé des ailes de Fée, la robuste silhouette de Nord et un éclat doré venant sûrement de Sab, mais le reste de la troupe était composé principalement de Yétis, au vu des grognements et des voix graves qui résonnaient dans les hauteurs de la pièce.
Ignorant le garçon aux cheveux blancs qui avait l'air mort de rire, je me suis approchée de quelques pas à peine, les yeux écarquillés fixés sur la personne ou la chose visiblement enragée qui leur donnait autant de fil à retordre.
- « On se calme, Bunny ! », s'est écrié Nord de sa voix grave et russe, « L'abandonner dans un terrier en plein marécage ne t'aidera pas à te sentir mieux ! ».
- « Nord a raison ! », est intervenue Fée d'une voix qui se voulait apaisante, « Tes oreilles ont dégelé de toutes façons et il a promis de s'excuser… »
J'ai entendu mon ravisseur pouffer en captant ce que venait de dire la Fée des Dents et je me suis tournée vers lui, les sourcils haussés.
- « Il peut toujours courir pour que je m'excuse, le Kangourou… », a-t-il lâché en dévorant la scène du regard.
- « Le Kangourou ? », ai-je demandé, quelque peu perdue.
- « Je te laisse admirer la Bête… », s'est contenté de répondre le garçon avec un clin d'œil.
Il a été interrompu brusquement par un hurlement de rage.
- « JACK FROST ! TU AS INTERÊT A COURIR TRES TRES VITE SI TU NE VEUX PAS MOURIR D'UNE INDIGESTION D'ŒUFS AVARIES ! »
Mais qui parlait donc comme ça ! Je n'osais certainement pas m'approcher un peu plus pour pouvoir mieux voir, parce que vu le caractère du concerné, ca avait l'air foutrement sérieux !
Et puis ce nom…
Jack Frost…
Stupéfaite, je me suis tournée de nouveau vers le jeune homme qui m'a fait une révérence comique en gardant son sourire.
C'était lui… Depuis le début c'était lui ! Le givre sur la fenêtre, les boules de neige… Je me rappelais même une fois avoir trouvé dans la neige, peu après Noël de l'année précédente, des traces de pieds nus accompagnés d'un trou ça et là, peut être fait par un objet au bout rond…
Comme un bâton.
Non, comme SON bâton.
J'allais ouvrir la bouche pour dire quelque chose (je ne me rappelle même plus quoi !) lorsque j'ai littéralement fait un vol plané par un… truc super rapide qui a bondi sur Jack avec un cri de rage. En éclatant de rire, ce dernier est remonté fissa sur sa poutre avant fixer le petit monde qui le regardait d'en bas en levant la tête.
Et moi, tétanisée, tandis que mon cerveau bloquait, je me contentais de fixer …
Un lapin.
Mais genre un lapin immense !
Avoisinant dans le mètre quatre vingt cinq, il était tout en muscles noueux et en fourrure grise, cette dernière contrastée par des motifs noirs qui ressemblaient à des tatouages tribaux. Son poitrail était barré de ceintures de cuir qui retenaient des boomerangs, des liens en cuir tressés autour de ses puissantes pattes arrière et des bracelets de force incrustés de gemmes et ouvragés aux pattes avant, qu'il serrait à la manière de poings. Des yeux verts étincelaient de rage.
- « T'excites pas, Bunny ! », a plaisanté Jack, « Tu vas ébouriffer tes poils ! »
- « Ouais, tu voudrais bien, hein, l'Engelure ? Descends si tu l'oses ! »
- « Pour que je te refasses un bandeau de glace avec tes oreilles ? »
Les yeux du lapin géant ont lui d'une étincelle inquiétante. Quant à moi, j'essayais de ne pas paniquer à l'idée de voir Jack Frost se faire trucider par nul autre que le Lapin de Pâques.
Ils existaient vraiment tous. Ce n'était pas possible.
Allait-il le gaver de carottes jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Non, il avait parlé d'œufs avariés… A ce souvenir, je me suis empressée de m'éloigner de cette peluche psychopathe qui trépignait littéralement sur place en grinçant des dents après l'esprit de l'hiver. Dans un vrombissement, Fée s'est approchée avec un air inquiet, suivie par Nord et Sab, ce dernier m'aidant à me relever avec un point d'interrogation et une flèche pointée vers moi qui flottait au dessus de sa tête.
J'ai secoué la mienne en douceur.
- « Je vais bien… Mais il va vraiment lui… ? »
Sab a fait un non ferme en projetant du sable doré un peu partout et j'ai poussé un soupir de soulagement. On a été dépassé par Nord qui s'est avancé d'un pas ferme. Sa main a jailli pour attraper le lapin par la peau du cou, avant de lever les yeux et de tendre un doigt accusateur vers le garçon aux cheveux blancs.
- « Jack Frost ! Descends immédiatement, Saperlipopoff ! »
Jack a levé les yeux au plafond en soupirant de manière exagérée, mais a fini par obéir et est redescendu au milieu des mortels.
Enfin, "mortels"...façon de parler !
- « Jack, Bunny, franchement vous croyez que c'est le moment de vous chamailler ? », a râlé le Père Noël.
- « C'est lui qui a commencé ! », a protesté Bunny.
Sa réponse lui a valu une secousse de la part de Nord, et Jack s'est pris une baffe derrière la tête.
- « Je ne veux pas le savoir ! En fait, je ne veux même plus en entendre parler ! Mais avant ça : Jack, tu vas t'excuser d'avoir gelé les oreilles de Bunny ! »
- « Si lui s'excuse de m'avoir traité d' « illuminé au cerveau givré », pourquoi pas ? », a fait Jack avec un sourire mutin.
- « D'accord ! Excusez vous tous les deux et on n'en parle plus, nom d'un lutin sous alimenté ! »
Un grand silence est tombé sur l'assemblée lorsqu'il a relâché Bunny. Même les Yétis et les elfes, d'habitude si prompts à faire du boucan ne faisaient pas un son. Jack a finalement tendu la main vers le lapin que Nord avait lâché. Bunny l'a fusillé du regard, mais a fini par lui serrer la main en retour avant de s'adosser à un pilier en faisant frémir ses moustaches et en grommelant des choses inaudibles.
- « Bien ! », a déclaré Nord, « Et si nous passions à présent à notre problème principal ? »
Il a tourné la tête vers moi, et tous ont suivi le mouvement, si bien que je me suis retrouvée sous les feux de la rampe. J'ai rougi violemment en me raidissant, malgré le tapotement de Sab sur mon épaule qui y a laissé un peu de sable.
- « Je pense que l'on peut faire les présentations un peu plus dans les règles », a poursuivi le Père Noël en s'approchant de moi, « Voici Elenor Morgan. Très gentille, elle a toujours été sur la liste des enfants sages… »
- « Et elle s'est toujours bien lavée les dents ! », est intervenue Fée avec un regard attendri, ses fées lâchant des soupirs aigus derrière elle.
Sab, avec un grand sourire, a fait apparaître des images à toute vitesse au dessus de sa tête que je n'ai pas du tout réussi à comprendre, mais ce qui me gênait le plus, c'était cette avalanche soudaine de qualités. Tout ça, ce n'était pas moi. Moi, c'était la peur du noir, la timidité (sauf quand j'étais en colère…), la curiosité mal placée et la maladresse occasionnelle dont j'avais déjà parlé. Tous les enfants du monde étaient parfaits à leurs yeux, ou quoi ? En plus, je n'étais même plus considérée comme une enfant, à quinze ans !
Je n'ai pourtant pas osé les couper dans leurs élans, me contentant de rechercher une cachette derrière mes cheveux bouclés qui devaient jurer affreusement avec ma figure brûlante d'embarras.
- « Mmmh… Oui, donc ! », A déclaré Nord lorsqu'en voyant ma réaction, Sab a tiré sur son pantalon pour l'inciter à abréger sa tirade, « Je disais que cette petite ici présente a subi il y a deux jours une attaque de cauchemars, et sans Jack et Sab, impossible de savoir ce qu'elle serait devenue ! Mais me semble-t-il qu'une autre enfant ait été enlevée ? »
Sab a hoché la tête avec gravité, puis m'a regardé, l'air de dire : « C'est toi qui est la mieux placée pour nous expliquer ». En fait, ils me regardaient tous avec de grands yeux interrogateurs, même les Yétis. J'ai senti ma gorge se serrer. Dans ma tête, le même film repassait constamment en boucle. Laura qui se faisait engloutir par les ombres, Laura qui disparaissait dans l'armoire, les tentacules qui s'attaquaient ensuite à moi, puis l'arrivée des deux Gardiens que je pouvait volontiers qualifier de miraculeuse…
Mais s'ils étaient arrivés plus tôt, ne serait-ce que trois secondes avant, auraient-ils pu faire quelque chose pour Laura ?
J'ai fermé un instant les yeux pour retrouver un semblant de calme, puis j'ai entrepris d'expliquer au Marchand de Sable, à la Fée des Dents, au Lapin de Pâques, au Père Noël et à l'Esprit de l'Hiver ce qui s'était passé avant qu'ils n'interviennent de justesse. A la fin, l'atmosphère avait l'épaisseur d'une crème caramel. J'avais un peu honte, bizarrement, de mon récit, comme si les mots qui s'étaient bousculés dans ma tête ne sonnaient pas de la même manière une fois prononcés.
Mais visiblement, les Gardiens n'en pensaient rien. Sab fronçait les sourcils avec un air interdit, Bunny plissait les yeux avec dureté, Fée avait les mains plaquées sur la bouche d'un air stupéfait, Jack serrait son bâton en le couvrant un peu plus de givre (bien qu'il ne paraisse pas aussi surpris que les autres) et Nord avait les bras croisés devant tout en se caressant la barbe avec un air soucieux.
- « Tout cela concorde avec tes dires, Jack », a-t-il finalement lâché, « Je suis désolé que l'on ne t'ait pas cru, tout d'abord… »
Jack a eu un air digne mais n'a rien dit. Fée a instinctivement attiré ses petites contre elle, sans paraître s'en rendre compte, à coté d'un Sab visiblement nerveux, puisqu'on apercevait une petite tornade dorée tournoyer au dessus de ses cheveux en épis. Quant à Bunny, il venait de sortir l'un de ses boomerangs et le faisait tourner dans sa main comme s'il s'apprêtait à le jeter sur quelqu'un à tout instant. Je ne comprenais pas en quoi mon récit pouvait les mettre dans un tel état, mais encore une fois, ma timidité l'a emporté sur ma curiosité et je n'ai pas posé de questions.
C'est Bunny qui a brisé le nouveau silence le premier. Il s'est redressé d'un seul bond en agitant son arme devant lui, ses longues oreilles tendues vers le plafond.
- « Mais comment pourrait-Il être de retour ? Il lui aurait fallu plus de cinq ans pour récupérer suite à Sa défaite ! Et s'Il était vraiment de retour, pourquoi l'Homme de la Lune ne nous a-t-il rien dit ? »
- « Peut être parce qu'il n'était pas au courant ? », a répondu Jack en pointant un point dans les hauteurs avec son bâton.
En suivant le mouvement, j'ai constaté qu'au dessus du globe, il y avait une ouverture dans le toit qui laissait entrapercevoir le ciel crépusculaire du Pôle Nord. Et là, suspendue comme un mobile pour enfant, se tenait la lune.
Jamais je ne l'avais vue aussi énorme. C'était comme si, en s'approchant des Pôles terrestres, on s'approchait un peu de la lune elle-même. Mais la voir ainsi a fait jaillir dans ma poitrine un sentiment bizarre. Je ne saurais dire si c'était de la crainte, du réconfort, de l'amour, de l'aversion, ou un peu de tout ça… Bref, c'était vraiment très bizarre, encore une fois. Je me suis dis, au passage, qu'il allait peut être falloir que je m'habitue aux trucs étranges, dans les évènements à venir…
- « C'est possible, Jack, mais cela ne nous aide absolument pas », a soufflé Fée, « S'Il est vraiment de retour, qu'est ce que l'on va bien pouvoir faire ? La dernière fois, nous avons gagné d'extrême justesse ! ».
- « Peuh ! S'Il est vraiment de retour, je vais Lui montrer de quoi est capable un lapin, et pas la peluche que je suis devenue la dernière fois ! », a grogné Bunny.
- « Euh… S'il vous plait ? », ai-je commencé avec hésitation.
Mais les Gardiens avaient l'air pris dans leur discussion. Sab a fait apparaître des images, mais Nord a secoué la tête.
- « Non. Aucun autre esprit ne maîtrise un tel pouvoir. Ce ne peut être que Lui, Sab. Tu es le plus ancien d'entre nous, tu devrais être bien placé pour savoir ça, quand même ! »
- « Excusez moi… »
- « Bien sur que c'est Lui ! », s'est écrié Jack, « Je me tue à vous le dire depuis des lustres ! Et voilà où on en est, maintenant ! »
- « Commence pas, l'Engelure… »
- « Tu me cherches, Queue de coton ? »
Bon, OK. Visiblement, je n'allais pas pouvoir en placer une. Cette fois, mon énervement a surmonté la timidité, comme tout à l'heure.
- « Il faudrait s'assurer qu'Il n'est effectivement plus emprisonné dans Son repaire… »
- « Et comment on ferait ça ? Son repaire en question s'est refermé tout seul, quand on l'a vaincu ! Je suis sur qu'Il y est encore avec Ses maudits mauvais rêves ! », a répliqué Bunny.
- « JE DANSE LA FRENCH CANCAN AVEC UN BROCOLI DANS LA BOUCHE ! ».
Bam ! Le silence est subitement retombé. L'un des Yétis a lâché un grognement surpris, mais c'était tout.
Essoufflée, j'ai fixé les cinq Gardiens choqués, qui me regardaient comme si je venais d'un autre monde. Il faut dire que ma tirade n'était pas forcément audible tous les jours, mais c'était une méthode qui avait toujours bien fonctionné, alors… Euh, la phrase bizarre, hein ? Pas la French Cancan !
- « …Je… Je voulais juste savoir de qui vous parlez depuis tout à l'heure… », Ai-je enfin lâché.
C'est Jack qui s'est réveillé le premier, en retenant tant bien que mal un rire face aux têtes qui tiraient les autres légendes. Puis il s'est appuyé sur son bâton en souriant.
- « Elle a raison, les gars. Il serait peut être temps de lui expliquer qui est Pitch Black, quand même… ».
En espérant que ça vous ai plu... Bon, c'est pas encore l'homme en personne, mais c'est mieux que rien, non ? ... Bon, OK, j'ai compris, je m'en vais ! La sutie arrive bientôt ! N'oubliez pas les Reviews ! Don't forget the Reviews !
