Chap 11 : Bonne nuit…
« Tu sais, j'ai refait le plein de crème glacée. » fit McKay alors que Jennifer et lui se dirigeaient vers leur chambre.
« Merci Rodney, tu es adorable. » répondit-elle en lui prenant la main.
Le soleil était en train de se coucher sur la cité D'Atlantis. La journée avait été particulièrement éprouvante pour la jeune femme qui, une fois entrée dans leurs quartiers, se laissa choir lourdement sur le lit. Rodney vit bien que sa compagne était épuisée.
« Jennifer, ça va ? » demanda-t-il, soudainement inquiet.
La doctoresse se passa les mains sur le visage et afficha un sourire fatigué.
« Oui Rodney. J'ai juste eu quelques petites divergences d'opinion avec James Walter. »
« Il te cause des ennuis ? »
« On peut le dire en effet. Premièrement, il veut travailler seul et me cache tout ce qu'il fait. En plus, je n'ai pas trop le temps de me consacrer à la génothérapie en ce moment à cause des clones… Et ensuite, il m'apprend cet après-midi qu'il a un échantillon prêt à tester… »
« A tester sur qui ? »
« A ton avis ! »
Rodney s'assit près de la jeune femme.
« Sur Todd ? »
Jennifer acquiesça.
« Mais si on le sort de stase, il risque… »
« Il s'en fiche Rodney. »
« Bon, c'est pas pour prendre sa défense, mais même si c'est un Wraith et qu'il nous a fait les pires crasses, la dernière fois qu'il était encore « avec nous » il a quand même sauvé Amy… »
« Ce n'est pas le problème de Walter… J'ai bien peur que notre cher collaborateur veuille faire un coup d'éclat pour bien se faire voir auprès du C.I.S. Si son test fonctionne, ce qu'honnêtement je suis loin de croire, cela lui ferait marquer des points auprès des hautes instances… »
« Mais qu'est-ce qu'il veut enfin ? »
« Rodney…Tu n'as pas encore compris qu'il veut prendre ma place ? »
« Mais bon sang ! Les requins ont débarqués ma parole ! Wilson qui joue au petit chef pour évincer Woolsey, ce type qui te met des bâtons dans les roues, le clone de Melena qui apparait comme par enchantement ! Et la dernière : Zelenka qui me souffle une mission ! »
« Tu dois avouer que Radek l'a bien mérité cette fois. »
« Ben…Peut-être…Mais si là-bas ils tombent sur des données cryptées très importantes, je connais Zelenka ! Il va paniquer, tergiverser… »
« Rodney… »
« …Et finalement m'appeler ! Alors autant que j'y aille à sa place ! »
La jeune femme posa délicatement sa main sur la joue du scientifique et se pencha pour l'embrasser. A la vue de ses doigts diaphanes, Rodney fronça les sourcils.
« Jen, vraiment, tu as l'air éreintée… Tu ne crois pas que tu devrais ralentir un peu et prendre ton congé maintenant ? Je pense… »
« Rodney, il n'en est pas question ! Je dois attendre le retour de Carson. Je n'ai confiance qu'en lui. Je vais bien et je vais tenir jusque là, d'accord ? »
Devant le regard déterminé de sa compagne, le physicien capitula. Il se leva et alla chercher son ordinateur pour revenir s'asseoir sur le lit près de Jennifer.
« J'ai téléchargé une nouvelle séance de préparation à l'accouchement, si tu veux… »
« Non Rodney pas maintenant… » fit-elle en passant sa main sur sa nuque douloureuse.
Le scientifique se plaça alors derrière elle.
« Alors, changement de plan, ce soir, c'est massage spécial McKay ! » s'exclama-t-il en commençant à malaxer doucement les épaules de la jeune femme.
« Oh mon Dieu ! C'est génial Rodney … » gémit-elle en fermant les yeux.
« Je sais. » décréta McKay avec fierté. « Je suis très doué pour ça…Pas que pour ça d'ailleurs, mais bon, pour ça aussi… »
Jennifer partit d'un petit rire.
« Si tu ne pars pas en mission demain, tu vas travailler sur quoi ? »
« J'ai récupéré des tas de données dans le journal de Mickael que tu pourras utiliser pour clouer le bec à ton Walter de malheur… Et puis, je suis en train de mettre au point un système énergétique combinant E2PZ et moteur à vortex. Si on retourne un jour dans Pégase, l'E2PZ pourra fournir une partie de l'énergie pour le voyage mais il en restera suffisamment pour assurer la défense de la cité ainsi que son fonctionnement partiel pendant pas mal de temps une fois là-bas. Jusqu'à ce qu'on trouve de nouveaux E2PZ. J'aimerais tellement que ce soit le cas demain… »
« Si c'est un sanctuaire dylonien, il y a de fortes chances, non ? »
« J'espère… »
Une ombre demeurait toutefois sur le visage de Rodney.
« Quelque chose te tracasse pourtant. » devina Jennifer.
« Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Mickael s'est lancé dans son projet d'attaque de la cité en laissant en plan le labo que nous avons trouvé avec ces clones à moitié « finis » et surtout un E2PZ !»
« Peut-être pensait-il vraiment réussir son coup sans difficultés et retrouver ses installations une fois son plan achevé. Quand il l'a kidnappée, il a révélé à Teyla qu'il comptait se servir de Torren pour « améliorer » ses hybrides. »
« Tu penses qu'il comptait transformer les clones des Satédiens en hybrides? »
« Les Satédiens ont des particularités génétiques qui font d'eux des personnes très résistantes aux infections. J'ai pu le constater en étudiant le génome de Ronon. Leur résistance physique est aussi supérieure à la nôtre. Il a peut-être pensé qu'utiliser plutôt des Satédiens pour créer des hybrides serait une bonne idée et quant à ce qu'il comptait faire de Torren pour ses « améliorations », je n'ose même pas l'imaginer ».
« Grâce à nous, il n'a donc pas pu continuer à jouer les docteur Frankenstein ! »
« Exact. »
Jennifer sentait le sommeil la gagner. Elle décida de prendre une bonne douche et une fois en pyjama revint s'asseoir sur le lit où Rodney l'attendait. Il se plaqua contre son dos et passa son bras autour d'elle pour venir poser sa main sur son ventre.
« Il bouge… » murmura-t-il, le sourire aux lèvres.
« ELLE bouge. » rectifia Jennifer.
« Comment peux-tu être aussi sûre que c'est une fille ? »
« Intuition féminine…Et puis, il faudra une petite amie pour Torren plus tard. »
Rodney respira le doux parfum des cheveux encore humides de sa compagne. Plus que quelques semaines et ils seraient parents. Il était à la fois impatient et terrorisé. Carson s'était chargé de réaliser les échographies et ils avaient décidé de garder la surprise concernant le sexe du bébé. Devant eux, s'offrait une nouvelle vie. Ils avaient bien sûr déjà beaucoup discuté de ce qu'ils allaient faire : si Atlantis restait sur Terre, ils continueraient à y travailler. Par contre, si la cité retournait dans Pégase, il y avait de fortes chances pour que le C.I.S les force à quitter l'expédition. Et ce qui les attristait le plus était le fait qu'ils devraient quitter leurs amis. Bien sûr, leur vie serait bien plus calme, loin des Wraiths, des Asurans, des créatures hostiles diverses et variées qui peuplaient les nombreuses planètes restant à explorer… Un travail sympa, pourquoi pas au SGC, de nouveaux collègues, une petite maison… Il pourrait peut-être reprendre un poste dans une université…Publier à nouveau… Une vie normale quoi… Définitivement normale…Tellement normale…
Un nouveau soubresaut du bébé tira Rodney de ses pensées. A côté de lui, Jennifer s'était endormie. Il tira la couverture à eux et se pelotonna contre le corps chaud de sa compagne. Fille ou garçon, il allait être bientôt père et plongea à son tour dans le sommeil avec le sourire aux lèvres.
OoooO
C'était la troisième fois qu'il relisait son rapport. Finalement, d'un geste d'énervement, il rangea les feuillets dans une chemise rouge et se laissa glisser dans son fauteuil. Il n'arrivait pas à se concentrer.
Une douleur lancinante martelait ses tempes. Il s'appliqua à les masser doucement tout en fermant les yeux.
La journée était finie. Il devait souffler un peu et oublier cet arriviste de Wilson et ses manigances. Il aurait donné cher pour savoir ce qu'il mijotait en ce moment.
Richard Woolsey quitta son bureau pour se diriger d'un pas las vers ses quartiers. Sur le chemin, il croisa deux ou trois personnes qu'il salua courtoisement.
Depuis qu'Atlantis était revenue sur Terre, tout le personnel l'avait définitivement adopté comme dirigeant incontesté de la cité. Sa tâche était certes un peu moins difficile que lorsqu'ils étaient dans Pégase, mais gérer les intrusions répétées du C.I.S n'était pas de tout repos.
Une fois dans sa chambre, il se dirigea vers le petit meuble du fond. Il poussa la porte coulissante et en sortit un verre et une bouteille remplie de liquide vermeil.
Il s'affala dans un fauteuil et se versa une rasade de cognac. Lentement, il fit tournoyer l'alcool d'un geste du poignet avant d'en inspirer longuement le parfum. Puis, les yeux fermés, il en but une gorgée. Il ne buvait que très rarement et avec parcimonie mais ce soir, il en avait vraiment besoin.
De la main gauche, il se saisit de la petite télécommande posée sur le guéridon près du siège et appuya sur « ON ».
Tosca. Acte II. La voix sublime de Maria Callas emplit la pièce. Sa supplique au baron Scarpia afin que son amant soit épargné… Les violons qui s'emballent, son chant de désespoir… Et bientôt… la trahison de l'aristocrate…
Richard Woolsey serra les poings. Il ne se laisserait pas marcher dessus. Pas encore. Wilson avait convaincu le C.I.S et le haut commandement de ramener les clones sur Atlantis. Lui, était inquiet. Il avait un mauvais pressentiment. Pourtant, il avait laissé faire…Sheppard avait raison. Il devrait être plus ferme à l'avenir.
La mission du lendemain devait être un succès. Il ferait tout son possible pour qu'Atlantis retourne dans Pégase. Leur implication auprès des peuples alliés était trop importante. Et son implication à lui était désormais totale. Il n'aurait jamais pensé retirer autant de satisfaction de ce poste si convoité. Il était fier d'être à la tête de ces hommes et de ces femmes qui, à présent, lui faisaient confiance. Et il ne voulait pas les décevoir. Il ferma alors les yeux et se laissa bercer par la musique.
OooooO
Le ciel zébré de trainées de feu inondait le balcon d'une lumière crépusculaire orangée. Ronon, appuyé contre la rambarde, contemplait seul l'étendue désertique courant jusqu'aux montagnes couleur pourpre qui se détachaient sur l'horizon. Il se redressa un peu quand il entendit des pas derrière lui et que John Sheppard vint admirer la vue près de lui.
« Ça change de l'océan. » fit le militaire.
« C'est sûr. »
En fait, si John était là, à l'instant, ce n'était pas vraiment pour parler du paysage.
« Vous êtes allé voir Melena ? »
« Oui. »
« Et alors ? »
« Elle ne se souvient pas vraiment de moi. Juste des flashes, de Sateda… D'ailleurs, elle m'a posé beaucoup de questions sur notre planète, la vie là-bas. Elle a beaucoup parlé…j'ai écouté.»
« Et vous lui avez dit pour vous deux ? »
« Non. Et je ne pense pas que ce soit une bonne idée. »
Sheppard approuva.
« Et avec Amelia ? »
Ronon garda le silence. John comprit qu'il avançait en terrain miné. Pourtant, il sentait que son ami était loin d'avoir l'esprit tranquille ces derniers temps.
« Ecoutez Ronon, je ne peux absolument pas me mettre à votre place. J'imagine que revoir votre femme, enfin son clone, comme ça, du jour au lendemain doit être assez difficile à vivre. Surtout après tout ce que vous avez traversé, et après avoir commencé à construire autre chose avec Amy… »
Le Satédien tourna la tête vers lui, toujours sans dire un mot.
« Maintenant, il faut que vous analysiez un peu quels sont vos…impressions… »
« Mes impressions ? »
« Oui… Qu'est-ce que vous éprouvez pour Amy… et… »
« Et quoi… ? »
« Et pour Melena. »
Ça y est. C'était dit. Sheppard en était sûr. Ronon ne pouvait pas être insensible au fait de revoir la femme qu'il avait aimé passionnément et qui était morte sous ses yeux. Même si il tenait énormément à Amélia, des sentiments, quels qu'ils soient, devaient être remontés à la surface, peut-être aussitôt refoulés mais pourtant bien présents.
Le Satédien ne pouvait plus le nier. Son silence faisait office de réponse et Sheppard soupira.
« Je comprends… » murmura le militaire en fixant le soleil couchant.
Alors, c'est avec étonnement qu'il entendit l'ex-runner se confier à lui pour la première fois.
« Je ne sais pas trop où j'en suis… »
Le militaire attendit sans bouger que Ronon veuille bien continuer, se gardant bien de couper le Satédien dans son élan.
« Je tiens énormément à Amy. Et j'espère qu'elle le sait. »
« Vous lui avez dit que…vous l'aimiez ? »
« C'est pas mon truc les déclarations d'amour… »
« Le mien non plus, mais les filles adorent ça ! »
« Vous avez dit à Teyla que vous l'aimiez, vous ? »
« Ben…Euh… Bien sûr ! »
« Ouais, je vois… »
« Vous voyez quoi ? Je vous assure ! Et puis, la question n'est pas là ! L'important c'est vous et Melena ! »
Ronon se rembrunit. Un doux souffle chaud vint caresser le visage des deux hommes tandis que dans la cité, les premières lumières commençaient à s'allumer une à une.
« J'ai cette étrange sensation quand je suis avec elle… Tout me revient en mémoire. Les bons moments. La douleur aussi. Et je ne veux plus revivre ça. Pourtant, quand je l'ai quitté tout à l'heure… Je n'ai pas pu chasser son visage de mon esprit jusqu'à ce que vous arriviez il y a quelques minutes. »
« Oh…Ce qui veut dire que vous pensez éprouver encore quelque chose pour elle ? Enfin pour son « nouveau elle » ? »
« Je vous le dis, Sheppard, je ne sais plus où j'en suis… Je ne veux faire souffrir personne. Amy est géniale. Elle est parfaite. J'ai l'impression d'être déchiré en deux… »
Le balcon où se trouvaient les deux hommes était à présent plongé dans la pénombre, éclairé simplement par la faible lueur des lumières artificielles qui bordaient la petite terrasse. En pleine conversation, Ronon et John ne virent pas la fine silhouette qui sortit sans faire de bruit d'un recoin obscur près du porche et qui s'éloigna d'eux à pas de loup.
OooooO
« Walter ! Je vous conseille de calmer vos sautes d'humeur ! Ce n'est pas de cette façon que vous allez pouvoir arriver à vos fins ! »
« Bon Wilson, ça suffit à présent ! Cartes sur table ! Vous êtes là parce que vous êtes un salaud ambitieux qui ne veut qu'une chose : grimper les échelons du C.I.S en éliminant, s'il le faut, tout ce qui se trouve sur votre chemin. Et à ce jeu, nous sommes deux. »
« James, tout le monde sait que vous convoitiez la place du docteur Keller et que sa nomination vous est restée en travers de la gorge. Mais ce n'est pas en la traitant comme vous le faites, que vous allez briller aux yeux du conseil… Je vous croyais beaucoup plus intelligent que cela ! »
« Et moi, je pensais que vous ne feriez qu'une bouchée de ce Woolsey ! » rétorqua le scientifique, piqué au vif.
Justin Wilson se dirigea vers le sofa et s'y installa confortablement tandis que James Walter demeurait debout, les mains sur les hanches, face à lui.
« Mais vous croyez quoi Walter ? Que je veux sa place ? Vous voulez rire ! Venir m'enterrer ici, dans cette cité lugubre, en plein désert ! »
« Et si le C.I.S donne son accord pour qu'Atlantis reparte dans Pégase ? »
« Raison de plus ! Partir dans une autre galaxie avec la menace Wraith ou je ne sais quels autres extraterrestres ! Ma parole ! Vous n'avez pas encore compris ? »
« Mais alors, qu'est-ce que vous cherchez, bon sang ! »
Justin s'affala encore plus dans les coussins et afficha un large sourire.
« Un beau bureau à Washington mon cher Walter… » ricana-t-il.
Le scientifique crut enfin comprendre.
« Vous voulez dire…que vous visez carrément la direction du C.I.S ? » lança-t-il un peu abasourdi.
Wilson jubilait.
« Avec les informations que nous allons récupérer du laboratoire de Mickael, des clones, du nouveau site dylonien, j'ai toutes mes chances… Dickinson est malade. Cancer. Un nouveau directeur doit être nommé prochainement. Résultat des courses : je suis intervenu pour que les clones soient amenés ici, c'est moi qui aie permis de récupérer le médaillon capable d'ouvrir le sanctuaire dylonien… »
« Récupéré ? Attendez, vous m'aviez dit que nos scientifiques avaient pu en fabriquer un nouveau… »
« Ce que vous pouvez être naïf Walter ! Fabriquer un artefact comme celui-là ! Nous ne sommes même pas parvenus à savoir quels en étaient les véritables composants ! Par contre, j'ai découvert qu'il y avait bien deux médaillons détenus par notre chère équipe SGA1 au Canada, que l'un des deux avait été détruit dans l'explosion de la grotte mais que notre bon colonel Sheppard avait restitué le deuxième à un vieil indien… Facile dans ces conditions de le récupérer et de faire croire à un exploit technologique de notre part. Bref, depuis quelques temps, je suis incontournable pour l'organisation. Je tire les ficelles et les bonnes. Je suis de toutes les initiatives et je compte bien sur le succès des dernières missions pour m'imposer définitivement. A partir de là, ce sera moi qui prendrais les décisions et certaines personnes ici auront plutôt du souci à se faire…»
« Alors vous allez m'autoriser à travailler sur ce Wraith ! »
« J'ai dis que je tirais les ficelles pas que j'avais totalement les rênes en main ! Pas encore… Pour votre expérience, vous allez donc devoir attendre la décision du conseil… »
« Mais moi aussi j'ai besoin des résultats de ce test pour prouver que je vaux bien mieux que cette fillette mielleuse ! »
Justin afficha dès lors un visage sérieux.
« Vous êtes sûr de votre coup Walter ? »
« Certain. Ce sérum sera une réussite. »
Wilson prit un moment de réflexion puis afficha une moue annonciatrice de mauvaise nouvelle pour le généticien.
« Je crains toutefois de ne pas pouvoir faire grand-chose pour vous. »
Le scientifique fulminait à présent. Les mâchoires serrées, le visage livide, il tourna les talons et quitta les lieux sans demander son reste.
Il était presque 23H. Justin Wilson demeura seul dans la pièce, bien content de s'être enfin débarrassé de cet empêcheur de tourner en rond. Il se leva et se dirigea vers son bureau. Il ouvrit un des tiroirs et en tira un dossier rouge duquel il sortit quelques feuillets agrafés. En haut de la première page, un nom était inscrit en majuscule : Amélia Banks.
Wilson parcourut en diagonale le contenu du document avant de le ranger à nouveau dans le dossier, l'air satisfait.
OooooO
Larrin marchait tranquillement dans le couloir menant à sa chambre. Du moins c'est ce qu'elle espérait. Cela faisait deux fois qu'elle se trompait d'étage et avait toujours autant de mal à se repérer dans cette multitude de niveaux et de tours qu'était la cité d'Atlantis. Elle avait beau essayer de se changer les idées depuis deux jours en allant narguer McKay, flirter avec Sheppard, fureter un peu partout ou s'entrainer au combat avec la vingtaine de soldats qui faisaient bizarrement la queue pour avoir le privilège de se frotter à elle, son vaisseau lui manquait. Les siens lui manquaient. Elle n'était décidément pas faite pour la vie sédentaire.
De plus, dans sa précipitation de ne pas perdre une miette de ce que les Atlantes avaient récupérés du laboratoire, elle avait complètement oublié de prendre des affaires pour son séjour parmi eux. Du coup, elle était à cours de petites culottes…
C'est alors qu'au détour d'un couloir qu'elle identifia comme n'étant absolument pas celui menant à ses quartiers, elle tomba sur une sorte de petite salle de repos où une silhouette féminine était assise dans un des fauteuils arrangés en vis-à-vis. La jeune femme avait le front posé sur ses genoux, eux-mêmes relevés sur sa poitrine.
« Euh…Excusez-moi… » fit Larrin en se dirigeant vers elle. « Désolée de vous déranger en pleine méditation mais je suis, semble-t-il totalement perdue… »
Une fois face à elle, la Traveler reconnut alors la technicienne de la porte des étoiles.
« Eh ! Vous êtes Amelia c'est ça ? C'est vous qui êtes avec Ronon Dex. »
La jeune femme, un peu surprise, tenta de se composer un visage engageant mais Larrin vit bien qu'elle tombait mal.
« Oui… En effet. Et vous êtes Larrin. J'ai beaucoup entendu parler de vous. » fit la technicienne en quittant sa position fœtale et en se levant. « Si vous êtes perdue, je vais vous aider à retrouver votre chambre. »
« Ce serait gentil de votre part. Il pourrait y avoir des panneaux dans cette base pour les visiteurs quand même ! »
Sa remarque eut le mérite de faire sourire Amélia.
« Je crois que vous êtes dans le secteur 10, c'est ça ? » demanda-t-elle en se dirigeant vers le transporteur.
« Si vous le dites. » répondit Larrin. « Oh, et je cherche aussi de quoi me changer. Un truc sympa, un peu décolleté quand même, près du corps, vous voyez ? Pas comme ces tenues boutonnées jusqu'à vous étrangler comme celles que vous portez toute la journée, sans vouloir vous offenser ! »
Amélia sourit à nouveau. Décidément, elle commençait à trouver cette fille plutôt marrante.
« Dites, vous aviez un souci tout à l'heure ? J'ai l'impression que ça n'allait pas fort quand je suis arrivée. »
La technicienne baissa les yeux. Elles entrèrent toutes les deux dans la cabine du transporteur tandis qu'Amélia activa les commandes de téléportation. La porte s'ouvrit deux secondes plus tard et Larrin reconnut enfin son étage.
« OK… Si vous ne voulez pas en parler… C'était juste pour aider…Mais j'ai cru comprendre que vous étiez dans une situation plutôt délicate en ce moment… Enfin, vous et Dex… Et sa femme clonée revenue d'entre les morts…»
Amélia soupira.
« Ça ira merci… » répondit-elle poliment.
Larrin préféra ne pas insister.
« Enfin, si vous voulez une oreille attentive, complètement objective doublée de quelqu'un capable de botter les fesses de cette pâle reproduction sans le moindre scrupule…Vous savez où me trouver ! »
« Merci pour votre offre, mais je peux sans problème assurer le « bottage de fesses ». » répondit Amélia, un peu plus détendue. « Par contre, si vous voulez des vêtements, venez avec moi. Ma chambre est aussi à ce niveau, je vais vous prêter quelques affaires en attendant de vous trouver quelque chose à mettre à la lingerie. »
Le visage de Larrin s'illumina.
« Vous me sauvez la vie ! ».
Après avoir choisi ensemble trois ou quatre tenues, la Traveller remercia chaleureusement Amélia avant de prendre congé. La technicienne ouvrit sa fenêtre et inspira une grande bouffée d'air. Heureusement que Larrin n'avait pas posé trop de questions sur la cause de son abattement dans la salle de repos.
Cela faisait deux jours maintenant que Ronon lui avait appris la nouvelle. Deux jours qu'elle l'évitait. La nuit dernière, elle avait prétexté un travail urgent dans le hangar à jumper mais ce soir, elle avait décidé de crever l'abcès, de lui parler. Elle voulait qu'il sache qu'elle serait toujours là pour lui, qu'elle comprenait qu'il puisse être troublé par l'arrivée de Melena et qu'ils allaient traverser cette épreuve ensemble.
Ensemble…
Elle savait qu'il aimait se retrouver seul sur le balcon du niveau 7. Chuck lui avait confirmé l'avoir croisé quelques minutes plus tôt dans le secteur. Il y avait une vue imprenable sur les montagnes et le soleil couchant. Elle s'était donc dirigée d'un pas déterminé vers sa destination et avait aperçu de loin la silhouette du géant, reconnaissable entre toutes. Seulement, à quelques pas de lui, elle avait réalisé qu'il n'était pas seul et apparemment en grande conversation avec John Sheppard. Elle s'apprêtât alors à rebrousser chemin quand elle entendit prononcer son prénom ainsi que celui de Melena. Elle comprit alors quel était le sujet de leur discussion entre hommes.
Alors, ce fut plus fort qu'elle. Dissimulée dans l'ombre d'une alcôve, elle avait entendu chaque mot, chaque phrase qui l'avaient atteinte à la manière d'une kyrielle de poignards en plein cœur.
Il doutait. Il était tiraillé entre elle et Melena. Il n'était pas sûr de ses sentiments. Elle avait accusé le coup. Elle avait préféré s'éclipser sans faire de bruit.
La douche brûlante n'arriva pas à calmer la douleur lancinante qui couvait à présent dans sa poitrine. Elle ne savait plus ce qu'elle devait faire à présent. Tel un automate, elle se sécha et se mit au lit. Sans pouvoir trouver le sommeil, elle se força tout de même à fermer les yeux quand elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir.
Ronon.
Bien sûr.
Ils avaient décidé depuis quelques mois de partager pour la nuit sa chambre à elle. Décision prise suite à la fois où la jeune femme manqua de s'ouvrir le pied avec un des couteaux de chasse du Satédien qui trainait par terre, alors qu'elle s'était levée dans l'obscurité pour aller à la salle de bain.
Elle entendit Ronon se dévêtir dans le noir et se glisser délicatement dans les draps, pensant sûrement qu'elle dormait profondément. Puis, elle sentit le corps chaud et puissant de l'ex-runner se rapprocher du sien et venir se blottir contre son dos. Du bout des doigts, il caressa son épaule. Elle frissonna. Puis il embrassa ses cheveux avant de passer un bras autour de sa taille.
Dans le silence de la chambre, bercée par le son apaisant de la respiration calme de Ronon, Amélia essuya une larme sur sa joue.
OooooO
Il était minuit passé. John Sheppard entra dans la chambre qu'il partageait à présent avec Teyla et Torren. Ils avaient tous les trois déménagés au niveau 8 où ils occupaient de nouveaux quartiers avec deux pièces séparées dont l'une faisait office de chambre d'enfant pour le petit garçon.
A peine avait-il franchi le seuil, qu'il découvrit avec surprise une multitude de bougies allumées et un doux parfum de fleurs séchées qui embaumait la pièce. Dans la lumière tamisée, Teyla, vêtue d'une simple nuisette fluide et transparente s'approcha de lui, le sourire aux lèvres.
A travers le tissu léger, le militaire put apprécier les moindres courbes du corps gracile qui ondulait vers lui.
« Je suis au paradis ? » demanda-t-il en accueillant avec bonheur le baiser brûlant que l'Athosienne vint lui donner en se collant à lui.
Quand leurs lèvres se quittèrent enfin, Teyla, dans un souffle, lui murmura
« Je pars demain. Et je veux emporter avec moi un autre souvenir d'une de ces nuits magiques avec toi… »
Mais déjà John était perdu dans le regard de feu de sa compagne. Il l'attira à lui, goutant encore une fois sa bouche avec avidité. Son T-shirt fut bientôt par terre. Les mains tièdes de la jeune femme sur son torse l'électrisèrent davantage. Il fit ensuite glisser les fines bretelles sur les épaules dorées de l'Athosienne qui se retrouva alors nue devant lui. Spectacle magnifique.
Pourtant, bizarrement, une pensée insidieuse vint le troubler en ce moment de pur délice… Il s'immobilisa soudain.
« Tu sais Teyla, pour l'autre jour avec Torren…Je… »
L'Athosienne posa un doigt sur la bouche du militaire, le réduisant ainsi au silence. Elle plongea son regard dans celui du militaire.
« Torren a beaucoup d'affection pour toi. Tu agis avec lui comme s'il était ton propre fils. »
« Je ne veux pas qu'il y ait de problèmes avec… »
« Et j'en suis très heureuse John. » l'interrompit-elle encore une fois. « Tu n'as rien à te reprocher. Tout est de ma faute. C'est moi qui l'éloigne de Kanaan, c'est moi qui te demande sans doute de jouer un rôle que tu ne veux peut-être pas assurer. »
Non. Il ne pouvait pas la laisser penser qu'elle lui en demandait trop.
« Torren et toi, je vous aime plus que tout ! »
Teyla se figea. Les paroles du militaire la touchèrent en plein cœur, comme une onde bienveillante qui la submergea. Pendant quelques secondes, ils se regardèrent intensément, sans un mot. Leurs doigts se mêlèrent.
« Je t'aime aussi » murmura-t-elle enfin en se fondant dans ses bras.
OooooO
Qu'est-ce qu'elle en savait cette femme, ce qu'elle pouvait ressentir ? Elle était soi-disant médecin. Psychiatre, avait-elle précisé.
Baker. Elle lui avait demandé de l'appeler Sarah.
Elle était là pour discuter. Mais discuter de quoi ! Des quelques bribes de souvenirs qu'elle possédait de Sateda ? Du fait qu'elle ne soit qu'une copie fabriquée en laboratoire ? Qu'elle avait le sentiment d'être prisonnière ici ?
Ou peut-être que la seule personne envers qui elle éprouvait un sentiment de confiance était apparemment son époux et qu'elle n'avait que de vagues impressions de l'avoir effectivement connu dans une autre vie ?
Pourtant, cet après-midi, quand Ronon et elle avaient discuté ensemble, elle s'était sentie bien… C'était la première fois depuis son réveil. Elle avait eu l'impression d'être en sécurité avec lui. D'ailleurs, elle avait eut la sensation qu'il se passait quelque chose entre eux… Un lien… Une connexion… Des sentiments… Elle n'avait pas voulu aborder leur mariage la première. Lui non plus n'avait rien dit. Apparemment, il ne soupçonnait pas qu'elle était à présent au courant. Elle avait décidé que c'était mieux ainsi, pour l'instant.
Sa tête se faisait de plus en plus lourde. Elle ferma les yeux. Le visage de Ronon se dessina sous ses paupières closes et elle emporta cette image dans ses rêves.
