IL EST VIVAAAAAAAANT !

Ouais, après plusieurs séances d'arrachage de cheveux que la législation française m'interdirait de décrire à des moins de 18 ans, ce chapitre vous est enfin livré. Tout beau tout propre, toiletté par les bons soins de Booster.

Parlant de lui, s'il y a des remerciements à adresser, c'est pour lui. Il m'a tellement aidé, en pointant les incohérences, en débloquant l'impasse dans laquelle je m'étais fourrée toute seule que je ne sais pas quand ce chapitre aurait été terminé s'il n'avait pas été là. Noël, peut-être. Bref.

Voyons voyons, que dire... Ah, peut-être, niveau référence : Lady Bunny, est une drag-queen américaine célèbre à qui on doit plusieurs chansons disco dont "Shame, shame, shame".

Oh et pour les fans de Supernatural, non, le surnom "Cas" n'a rien d'innocent ! XD

Voilà voilà, j'espère que ça vous plait toujours ! Bisous !


Chapitre 18

« Douglas ? » demanda Casey en entrant précautionneusement dans l'appartement.

« Je suis là. »

Assit sur le canapé, un carnet épais posé sur la table devant lui, Douglas l'attendait les coudes sur les genoux.

« Ça va ? »

« Oui. Fatigué, mais ça c'est vraiment bien passé. »

« C'est l'impression que j'ai eu aussi. Je suis content pour toi. Tu étais en cuisine tout le temps ? »

« Oui, je supervisais l'équipe. »

« D'accord... C'est pas courant pour un jeune homme comme toi d'ouvrir son propre restaurant, non ? »

« Oh je ne sais pas trop. Si je crois. C'est pas le plus difficile en fait. L'épreuve, c'est de tenir plus d'un mois. »

Douglas baissa les yeux en se frottant pensivement les paumes.

« C'est ton carnet de cours ? » Demanda-t-il en pointant du doigt l'objet jauni, tordu, tâché de tout et n'importe quoi et même un peu brûlé dans un coin.

« Ouais, on avait toujours un truc pour noter nos recettes sur nous, ou les techniques que nous donnaient nos chefs. J'en ai une dizaine comme ça. Celui là, ça doit être le moins abîmé. »

Casey se laissa tomber sur un pouf, de l'autre côté de la table.

« Tu veux boire quelque chose ? »

« Je... Ouais. Comme toi. N'importe. »

Il se releva aussi tôt pour aller fouiller dans le frigo. Il lui tendit une bouteille de bière mais ne revint pas s'asseoir.

« Qu'est ce que... qu'est ce que tu fais ici ? » finit-il par demander.

Douglas lui adressa un long regard, l'observant de tout son saoul.

« Tu me manquais. »

Casey haussa les sourcils. « Ouais. Au bout de six ans... »

« Je sais. J'étais juste... » Il haussa les épaules, embarrassée. « J'arrivais pas a savoir à partir de quand je pouvais décemment prétendre te revoir. Je voulais pas... Comment dire ? »

« Tu pensais que j'avais besoin de passer du temps loin de vous. »

Douglas hocha la tête, le visage empreint d'une infini tristesse.

« Comment tu vas maintenant ? » Demanda-t-il d'une voix faible.

« Tu veux que je te fasse un état des lieux ? » Répondit Casey avec une ombre de sourire incrédule.

« Disons ça comme ça. »

Casey chercha ses mots en regardant par la fenêtre. Le soleil était mourant, noyant l'atmosphère d'une lumière rougeâtre aux ombres violacées.

« Avec l'argent du procès, je suis parti en France. J'avais assez pour me trouver une colocation et me payer des études pas trop longues. J'ai choisis la cuisine. Ça avait l'avantage de m'occuper les mains et la tête suffisamment pour que je ne pense à rien d'autre. Et puis, personne ne savait là bas, c'était plus facile de faire comme si de rien n'était. Je sais plus trop comment mais j'ai fini par me faire des amis. J'ai repris le sport, j'ai mangé sainement. Rien que des trucs basiques. J'ai même fini par gagner un peu d'argent. J'en ai profité pour bouger, voyager, faire des stages de quelques semaines ici et là. Je me suis refais une vie. Et quand... quand on arrivait aux fêtes de famille, aux anniversaires eh ben... je m'occupais. J'étais bénévole dans des centres sociaux, ça m'a fait du bien d'aider les autres. Voilà. Et puis un jour je me suis dis qu'il était temps de revenir. L' Amérique me manquait. »

« Qu'est ce qui pouvait te manquer ? »

Casey pencha la tête sur le côté et le dévisagea.

« Aucune idée. L'air, l'atmosphère peut-être. La langue. Les gens. Le paysage. L'impression de... d'en faire partie. D'y être né, d'en connaître les codes. Un peu de toute ça sans doute. »

Doug hocha la tête et ne répondit rien.

« Alors ? » Reprit Casey en essayant de garder une voix neutre, « qu'est ce qu'on fait ? »

« Comment ça ? »

« C'est toi qui est venu non ? Tu dois bien avoir une bonne raison, alors dis moi ce que tu veux. Tu avais un truc spécial à dire ou à faire ? Un message à transmettre ? A moins que... tu voulais, je sais pas, faire comme si tout était normal ? On sort boire un verre, on regarde un nanar de Van Damme ou un truc comme ça ? Comme avant ? »

« Non je ... »

Doug déglutit. Son visage exprimait une telle culpabilité, il avait l'air tellement perdu, c'était à vous briser le cœur.

Casey pinça les lèvres et posa un peu sèchement sa bouteille dans l'évier.

« Six ans pour te ramener, ça laisse suffisamment de temps pour réfléchir à ce que tu veux, non ? C'est un peu tard, je te l'accorde mais on va dire que mieux vaut tard que jamais. Alors ? Qu'est-ce que tu attends de moi au juste ? »

Doug encaissa la récrimination sans broncher. Il ferma juste les yeux quelques secondes et se passa les mains dans les cheveux. Le voir faisait souffrir Casey. Douglas était malheureux et c'était sa faute. Il se maudit de vouloir le prendre dans ses bras, il se maudit d'être heureux de le voir.

« J'en sais rien, » avoua-t-il, « j'ai pas de réponse toute prête. Tu me manquais, j'ai appris via des amis sur facebook que tu étais ici alors j'ai tenté ma chance et je suis venu. »

« Je te manquais. Super. Et donc ? Je fais quoi ? Je t'accueille à bras ouverts, on règle nos comptes autour d'une bière et puis quoi ? On rentre chez Papa et Maman manger des crêpes pour rattraper le temps perdu ? Désolé de te décevoir, Frangin, mais dans la famille on est pas super fort pour les happy end. »

« Je sais. On- »

Douglas tressaillit, les yeux fixés sur le petit journal bousillé et se tu, coupé par le regard brûlant de son frère. Comme il n'osait plus rien dire, Casey changea de sujet, sans aucune subtilité.

« Comment vont papa et maman ? »

« Bien, je suppose, pour des gens qui ont faillit tuer leur fils. »

Les mains de Casey se crispèrent sur le rebord de l'évier. Il refusait de le regarder.

« Ça fait longtemps, » ne réussit-il qu'à dire.

« Ça ne change rien. »

« Si. J'ai fais beaucoup d'efforts pour oublier tout ça. Si tu pouvais avoir l'obligeance de ne pas me rappeler ce que je devrais éprouver en pensant à vous tous, je t'en serais reconnaissant, » dit-il d'une voix acide.

« Pourquoi est-ce que tu voudrais tellement ne pas nous en vouloir ? » demanda Douglas, confus.

« Parce que c'est fatiguant. Parce que je ne veux pas vous détester. Parce que c'est douloureux. Ce qui m'est arrivé ne change rien au fait que Papa ne peut pas supporter les pédés, pas plus que Maman. Parce que Richard n'y est toujours pour rien dans ce qui est arrivé et que personne n'a démenti le fait que ne n'était pas sa faute. Personne n'a admit qu'il était juste arrivé au mauvais endroit, au mauvais moment. J'espère que tu as une sacré bonne raison pour oser te présenter devant moi, la bouche en cœur et me jeter ces putains de souvenirs à la gueule.»

Les mots dépassaient sa pensée et ils le savaient l'un comme l'autre. Mais ils étaient diablement efficaces pour blesser.

Le fait est que Douglas n'avait jamais rien eu contre son homosexualité. Rien. Bien au contraire quand Casey l'avait annoncé à sa famille, il avait haussé les épaules et demandé qu'on lui passe les haricots. Pourtant,plus que contre ses parents, c'était contre lui que Casey était en colère.

Parce qu'il était resté spectateur de sa très longue descente aux enfers. Il n'avait rien dit quand son père avait évoqué l'idée de le soigner, rien dit quand Casey était revenu horrifié de ses premières séances de thérapie , ne s'était offusqué de rien de ce qu'on lui avait infligé. Il s'était contenté de lui tapoter l'épaule et de lui dire d'être courageux.

Ils restèrent immobiles dans un silence glacé, sans être capable de se regarder.

« Je suis revenu parce que je voulais savoir s'il était trop tard pour … récupérer mon petit frère. Vraisemblablement, oui. »

« Alors qu'est ce que tu attends pour foutre le camp ? »

Douglas se leva, frotta ses paumes moites sur son jean. Puis il se tourna franchement vers lui et enfonça les mains dans les poches de sa veste avec un regard si franc et si déterminé qu'il faisait presque peur.

« Je ne peux peut être pas récupérer mon petit frère mais je peux peut être... te rencontrer.»

Casey serra les poings.

Quoiqu'il se soit passé entre eux, Douglas restait son grand frère. si fort, si malin, si cool, si drôle. Il avait été son idole, son modèle, son meilleur ami, la moitié de son tandem de choc, il avait été tout pour lui. Si Douglas décidait de revenir dans sa vie, Casey n'avait aucun doute qu'il finirait par y arriver. Et que lui même finirait par en être terriblement heureux. La question n'était pas de savoir s'il voulait résister, ni même combien de temps il le pourrait. La question était de savoir si, en tant qu'adulte, en tant qu'homme, Casey pouvait pardonner celui qui l'avait trahi de la pire des façons.

« Je sais, » répondit-il d'une voix rauque.

« J'ai merdé, en tant que frère. J'ai... j'ai fais des choses terribles. Impardonnables. J'ai envie de te supplier de me pardonner, mais je sais que tu serais capable de le faire, que t'as déjà essayé de le faire dans ton coin et je suis absolument certain que je ne le mérite pas. Ni moi, ni Maman, ni Papa. Ce qu'on a fait... ce qu'on a fait était en dessous de tout et je nous maudis tous les jours de l'avoir fait. »

« Alors quoi ? »

« Je veux me racheter. Au moins un peu. En partie. Je veux purger ma peine. »

« Super. Vas donc nettoyer les plages et ramasser les ordures. Adresse toi à la mairie, ils seront ravis de t'aiguiller. Maintenant dégage, » murmura-t-il en serrant très fort les paupières.

Tout ce qu'il voulait c'était qu'il s'en aille. Vite et loin, pour qu'il puisse oublier à nouveau.

« Non. Je... je sais pas encore comment mais on va se racheter. Papa et Maman aussi. »

« Oh génial, » grimaça-t-il « donc tu viens bien en émissaire ? C'était trop compliqué de se déplacer soit même, trop humiliant, alors les parents t'ont envoyé minauder à leur place ? »

« Non. »

Ça n'était pas juste, la façon dont Doug recevait ses accusations. Il devrait résister, réagir, pas rester aussi calme et encaisser, comme si Casey était un petit garçon qui faisait une colère. Casey avait le DROIT de hurler. Il le méritait, merde, et si son frère voulait se racheter, alors la moindre des choses était de se comporter comme un connard pour que Casey puisse le détester proprement en faisant péter le niveau sonore si ça lui faisait plaisir. Il devrait même pouvoir lui mettre un ou deux pains dans la gueule tiens, et s'en recevoir un ou deux autres en cadeau. Ça lui ferait tellement bien de juste hurler, de le haïr à haute voix en lui balançait ses quatre vérités les plus dégueulasses, les plus crades du monde.

Mais non. Douglas était tellement parfait. Tellement un chic type. Un putain de chic type qui reconnaissait ses fautes, qui venait se rouler à ses pieds dignement, qui avait attendu six longues années que Casey soit capable de le revoir sans pleurer. Douglas qui anticipait ses réflexions, ses décisions, qui le comprenait mieux que lui même et qui se prêtait à sa haine de surface et qui avait l'air d'un martyr grandiose.

Salaud.

Casey adorait Douglas. Il l'aimait de toute ses forces, malgré la douleur, malgré les cauchemars. Il n'avait qu'une envie c'était de le prendre dans ses bras, de se lover dans sa présence et d'arrêter d'être en colère. Arrêter de se souvenir et d'avoir mal, arrêter d'avoir des principes et un honneur bafoué. Il voulait oublier tout ce qui s'était passé et il était outré, rationnellement outré d'être déjà prêt à lui pardonner. La trahison ne méritait pas de pardon. Pas celle là.

Alors Casey se haïssait de penser tout au fond de lui que Douglas par contre, méritait tous les pardons.

oOo

« Woah. T'as une tête de déterré, » commenta platement David, le lendemain en fin de matinée.

« Y'a de ça, » répondit tristement Casey, appuyé contre le chambranle de la porte d'entrée.

« Entre. »

Dave s'écarta et le laissa pénétrer dans la demeure familiale.

« Ça s'est mal passé ? » demanda-t-il.

« Je sais pas. »

« Il est toujours chez toi ? »

« Non, il est repartit hier soir. »

Dave le guida jusqu'à sa chambre et lui fit signe de se mettre à l'aise. Casey s'assit lourdement sur le lit et posa sa veste à côté de lui.

« Est-ce que... » hésita David, « est-ce que tu... j'ai fais une erreur ? Je... C'est moi qui l'ai guidé à l'intérieur, est-ce que j'aurais du lui dire de s'en aller ? »

« Non. Non tu as bien fait. Je t'en remercie d'ailleurs. »

« Okay. »

Casey appuya les coudes sur ses genoux et posa le visage sur ses mains.

« Je suis largué, » fit-il doucement.

« Je vois bien. J'aimerais pouvoir t'aider mais... je suis pas super fort à ça. »

« Je suis pas sûr, » répondit-il avec un petit sourire en relevant la tête, « je crois que t'es plutôt doué, au contraire. »

David haussa les sourcils, surpris.

« J'ai presque envie de te demander ce qui te fait dire ça, juste pour me faire mousser mais c'est pas trop le moment. T'as envie d'un truc particulier ? »

« Non, pas vraiment. J'avais juste envie de... changer d'air, je crois. Je savais pas trop où aller. »

« Tu es conscient de l'ironie de cette situation, n'est-ce pas ? » dit-il en se souvenant d'une scène semblable qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt, ou c'était lui-même qui venait chercher un refuge chez Casey.

« Ouais. Désolé, j'aurai du amener des pizzas. »

Ils se regardèrent avec un sourire.

« Je peux arranger ça, » répondit tranquillement Dave en se levant. « Je vais aller prévenir mes parents que tu restes pour la journée et que tu mangeras avec nous, OK ? Tu devrais prendre une douche. »

« Je pue ? »

« Nah. Enfin. Tu sens encore un peu le poisson. »

« Menteur. »

« J'avoue. Mais ça te ferait du bien. »

« Mh. Tu as sans doute raison. »

« Yep. Les serviettes sont dans le placard sous l'évier, tu peux me piquer des fringues si tu veux. Ce sera un peu large mais on fait globalement la même taille, ça devrait aller. »

« Tu peux juste dire que tu veux pouvoir m'imaginer à poil dans ta salle de bain, tu sais. »

« Ça aussi. Ceci dit je t'imagine à poil partout, ma salle de bain n'y ajoute pas grand chose, » répondit très sérieusement le jeune homme.

En sortant de la pièce, David décida de s'accorder tout le mérite du rire qui résonnait dans la pièce.

oOo

« Merci encore de m'accueillir. »

« Je vous en prie. Je crois que c'est la moindre des choses, vu tous le bien que vous avez fait à notre fils. Vous serez toujours le bienvenu ici, » fit la voix charmante d'Ellen Karovsky.

« Merci, vraiment. Ce serait bien de se tutoyer, non ? »

David trouvait que cette scène avait quelque chose de surnaturel et était en même temps très agréable. Intime.

« Dave nous a dit que la journée de lancement s'était bien passée ? » reprit Ellen.

« Oui, la salle était pleine à craquer. J'espérais qu'il y aurait du monde, mais je n'en imaginais pas tant. »

« Tu n'ouvres pas aujourd'hui ? »

« Si. Je suis allé chercher les produits ce matin et j'ai mis en route l'équipe. Je devrais être là bas normalement mais je... je n'étais pas dans mon assiette. Ce n'est pas très pro, hein ? » grimaça-t-il.

« Tu as travaillé dur jusque là. David nous a raconté que tu avais gardé deux jobs en même temps pendant plusieurs mois avant l'ouverture et que tu as bossé comme un fou. Tu peux bien t'accorder un après midi tout de même. Les clients ne s'enfuiront pas pour autant, » raisonna Paul Karovsky.

« Voyez-vous ça, David parle souvent de moi ? » demanda Casey en haussant un sourcil amusé.

« Tu sais bien que je suis ton fan numéro un, » lâcha l'intéressé, pince-sans-rire.

L'effet aurait fonctionné si Paul ne s'était pas raclé la gorge avec un sourcil haussé, clairement amusé.

« J'ai l'impression que la remarque de ton fils te donne envie de réagir, » minauda Casey.

Dave lança un sévère regard d'avertissement à son géniteur lequel leva les mains en signe de reddition et retourna à son assiette.

La façon dont tout le monde savait pour les sentiments de David à l'égard de Casey, sans jamais en faire grand cas avait quelque chose de vaguement embarrassant et en même temps d'assez confortable. Tout le monde, les deux intéressés y comprit, prenaient ça comme une passade peu surprenante qui s'estomperait dès qu'il aurait rencontré un peu plus de monde.

« Est-ce que ça va ? » demanda gentiment Ellen en observant Casey triturer son riz.

« Quoi ? Oh oui. Pardon, c'est vraiment très bon mais je n'ai pas très faim. »

« Mhmh, ne t'inquiète pas pour ça. J'ai cru comprendre que tu avais d'autres soucis en tête. »

« Ouais heu... »

Casey baissa la tête sur son assiette et David réalisa d'un coup qu'il était vraiment jeune. Vingt-six ans, ça n'était pas très vieux, pour tout ce qu'il avait encaissé. En une seconde, Casey perdit à ses yeux son costume de super-héros et lui apparu pour ce qu'il était : un très jeune homme qui avait vieillit trop vite. Et qui devait probablement se sentir affreusement seul sans sa famille.

« David s'est permis de nous raconter dans les grandes lignes ce qui t'étais arrivé, » commença prudemment son père. « j'espère que ça ne te dérange pas. »

Casey se contenta de secouer la tête.

« J'ai du mal à imaginer comme ça doit être dur tout ça... Mais j'en suis vraiment désolé pour toi. Alors, autant que tu le saches si tu as besoin de... eh bien de parler, ou même plus trivialement, si tu as besoin d'un endroit ou aller pour penser à autre chose, n'hésite pas à venir ici d'accord ? »

« D'accord. » répondit Casey d'un ton solennel et David ne sut déchiffrer son expression.

oOo

Après le repas, Casey aida à débarrasser la table en jeune homme bien élevé et David allait l'inviter à remonter dans sa chambre quand il se fit entraîner par sa mère dans le salon. A en juger par sa mine conspiratrice et son sourire affectueux, elle avait su lire le visage de Casey et jugeait nécessaire de lui laisser un moment avec Paul.

Lequel s'aperçut évidemment de la supercherie.

« La subtilité de mon épouse ayant encore frappé, je te proposerai bien de boire un café. Ou un digestif pendant lequel on pourra s'installer dans le jardin par exemple et discuter de ce qui te travaille, qu'en dis-tu ? »

« Ça me paraît bien, » soupira Casey avec un sourire fatigué. « Je crois que j'aime bien la subtilité de ton épouse. »

En quelques minutes, Casey se retrouva assis dans un rocking-chair, un scotch à la main et le père de David assis sur une chaise de jardin, un coude sur la table et la joue posée sur le poing.

« Alors ? De quoi as-tu envie de parler ? »

Casey regarda longtemps le liquide ambré. Puis il prit lentement une inspiration et demanda :

« Qu'est-ce que... qu'est-ce que tu penses du pardon ? Et de heu... des secondes chances ? »

« Que c'est un sujet vaste et complexe. Et qu'il n'y a sans doute pas de réponse universelle. »

« Ça ne m'arrange pas. »

« Non sans doute pas. Le pardon est toujours très difficile à obtenir et encore plus difficile à donner. »

« Mh. Est-ce que tout le monde le mérite ? »

« Je ne sais pas. Je ne pourrais te répondre que du point de vue d'un père, et encore d'un père très particulier. Burt Hummel et moi ne voyons pas le pardon de la même façon par exemple. »

« Comment le sais-tu ? »

« Mon fils à mentalement torturé le siens pendant plusieurs mois. Tu dois bien te douter que je ne me suis pas contenté d'une réunion parent-prof pour essayer d'apaiser sa colère. Comment crois-tu que Kurt à pu entrer aussi rapidement et aussi facilement dans une école aussi chère et sélective que la Dalton Academy ? »

« Sérieusement ? Vous payez ses études ? »

« Une partie seulement. En discutant avec Burt, nous en sommes venu à la conclusion qu'il valait mieux éloigné nos fils, au moins pendant un temps. Les éloigner l'un de l'autre et les éloigner de McKinley. Le problème c'est que la seule école qui n'était pas trop éloignée d'ici restait là Dalton. Même si le coût est assez élevé, Ellen et moi aurions pu y faire assurer l'éducation de mon fils. Et puis Burt m'a annoncé qu'il avait songé à y inscrire Kurt, pour qu'il puisse y suivre l'enseignement et être avec Blaine, son nouvel et unique ami qui n'étudiait pas à Lima. Malgré la présence de ses amis à McKinley, il n'était clairement pas entouré comme il en avait besoin. Cela faisait un moment qu'il y songeait, ce n'était juste qu'une raison de plus. J'ai fini par lui proposer de l'aider plutôt à financer l'éducation de son fils. C'était à cause du miens qu'il n'avait pas pu étudier paisiblement, ça me paraissait être une bonne solution. »

« Et vous avez laissé David à McKinley. »

« Pas de gaieté de cœur, crois moi. Ellen et moi songions à déménager pour... eh bien pour recommencer ailleurs. Mais David à refusé en bloc. Rien à faire, il voulait rester ici. »

« Pourquoi ça ? »

« Pour se punir lui même, je crois. »

Casey haussa les sourcils.

« Sa mère et moi ne sommes pas aveugles, tu sais. Il n'est pas heureux ici. A vrai dire, il ne l'est plus depuis qu'il est entré au lycée. Mais il insiste pour s'infliger la fréquentation de cette école, et il est particulièrement têtu. »

« Pourquoi est-ce qu'il ferait ça ? »

« Connaissant mon fils, je crois qu'il ne se pardonne pas. »

Casey laissa son regard s'égarer sur le paysage qui s'étendait devant lui et les deux hommes laissèrent s'installer un silence pensif entre eux.

« Ce n'est pas évident à accepter pour un père, de se dire que son fils ne sera peut-être jamais en paix avec lui même, » reprit Paul. « Nous discutions de pardon, alors voilà ce que j'en pense : il y a le pardon qu'on doit offrir et en pardonnant l'autre il y a celui qu'on s'accorde. David devra toujours vivre avec le fait qu'il a été un bourreau pour quelqu'un et qu'il a été à deux doigts de briser une autre vie que la sienne. Je devrais vivre avec l'idée que j'aurais pu empêcher mon fils et celui de Burt de souffrir. Burt devra vivre en se disant que lui même aurait du se rendre compte de ce qui se passe.

« Je crois qu'il a révisé son jugement, depuis la réunion au lycée. »

« J'espère. Mais il aurait toujours peur pour son fils. Il aura toujours un brin de reproche à faire à David. Peut être qu'il pourra lui pardonner un jour, je l'espère en tout cas. C'est une responsabilité que David devra prendre en tant qu'homme, en tant qu'adulte. »

Le jeune homme hocha la tête, à la fois fatigué et détendu. Il resta encore un peu avec Paul pour finir son verre et s'autoriser enfin à ne plus penser à sa propre histoire.

oOo

Quand Casey le rejoignit dans la pièce, Dave ne leva pas les yeux de la télé. Il était à deux doigts de gagner le jeu.

« Ça va mieux ? » demanda-t-il, faussement nonchalant.

« Oui. Ton père est un homme... bien. »

« Je sais. Y'a une manette dans le tiroir à côté de toi. »

Casey se laissa tomber à côté de lui et David finit sa partie. Vainqueur. Sans plus poser de questions, il lança une partie en duo et ils jouèrent comme deux ados sans soucis pendant plus d'une heure, jusqu'à ce que quelqu'un sonne à la porte d'entrée.

« Vous attendiez quelqu'un ? » s'enquérit distraitement Casey en démontant méthodiquement le personnage de David.

« Yep. Santana, Kurt et Blaine. Papa et Maman nous laissent la maison pour ce soir et ils rentreront sans doute tard, les connaissant. »

Effaré, Casey cessa de jouer et le dévisagea avec des yeux ronds.

« Tu plaisantes, n'est-ce pas ? »

« Pas du tout. Tu peux aller leur poser la question si tu veux. » répondit David en en profitant pour rétablir le score.

« Ils ne sont pas obligés de faire ça. »

« Bien sûr que non. Mais je leur ai demandé et ils ont acceptés, parce qu'ils sont cools. »

« Mais... pourquoi ? »

« Parce que tu avais besoin qu'on te remonte le moral, andouille. » Fit-il en reposant finalement sa manette, très sérieux.

Casey en resta bouche bée pendant de longue minutes.

« Eh, c'est toi qui as dit que j'étais plutôt doué pour t'aider, » sourit enfin Dave en se levant.

oOo

« Mazette, Cas' ce que tu es sexy ! » Lança Santana tout sourire en entrant dans la pièce.

« On a l'habitude, » pondéra Blaine en arrivant juste derrière elle.

En sortant de la douche, Casey avait emprunté un jean à David et l'avait machinalement roulé sur ses mollets. Le t-shirt à manches longues qu'il lui avait pris était un peu trop grand aux épaules et les manches très larges, surtout au niveau de la couture, lui donnaient l'air de flotter dedans. Par commodité, il avait glissé le devant du t-shirt dans son pantalon et les plis tendaient le tissus sur son ventre. David grogna mentalement en devinant le dessin de ses abdominaux à travers.

« Ceci dit, j'aime beaucoup ce style, » reprit Kurt qui les suivait.

« Évidemment, tu as une obsession limite maladive pour les chevilles poilues, » grimaça la jeune fille.

« Vrai, » concéda-t-il.

« Hé, je croyais que tu n'aimais que les miennes ! » s'exclama Blaine, faussement outré.

« Elles sont tout en haut de mon top 5. »

A ce stade là, Casey riait déjà à gorge déployée et se leva pour saluer tout le monde.

« C'est gentil d'être venu. »

« Oh bah, tu nous connais, on raterait pas une occasion de s'en payer une tranche. Et puis Lady Bunny était convaincante, » fit Santana en pointant David du pouce.

Lequel ne s'offusqua même pas et leva juste les yeux au ciel.

« J'aimerais bien savoir ce qu'il a pu vous dire. »

« J'ai passé du Lady Gaga dans les haut-parleurs et dessiné une licorne sur un projecteur avant d'illuminer le ciel, » répondit-il d'un air blasé.

« Un point pour lui » concéda-t-elle avec un sourire approbateur sous les rires.

David se détendit soudain et voulu bien admettre en son fort intérieur qu'il ne les avait peut-être pas appelé pour ne remonter que le moral de Casey. Lequel lui administrait en ce moment même un regard bienveillant et un peu trop chaleureux pour son bien.

oOo

« Ok, un blond. »

« Brad Pitt. ! »

« Leonardo Di Caprio. »

« Pff. Franchement, les gars, c'est genre les deux qui sont si évident qu'on les mentionne même plus. »

« Ben t'as mieux alors ? »

« Alexander Skasgard. »

Tout le monde s'entre regarda une seconde avant de hocher la tête.

« Héhé. Mon tour. Un « vieux ». Genre film en noir et blanc. »

Oui oui, ils faisaient bien un tour de table des acteurs et actrices les plus sexy qu'ils connaissent par catégorie. Et Casey avait gagné. Encore.

« Gene Kelly » déclara immédiatement Kurt.

« Rudolph Valentino, » renchérit Santana.

« Marlon Brando, » fit Blaine.

« Errol Flynn » dit doucement Dave.

Casey le pointa du doigt avec un « mmmhh » gourmand.

« A toi. »

« Okay... Un récent, avec un rôle qui l'a fait remarquer. »

« Michael Fassbender, pour Shame, » fit Casey.

« Robert Downey Junior, pour Iron Man, ou Sherlock Holmes, je ne me souviens plus lequel vient le premier. C'est pareil, » dit Santana.

« Ben Jude Law pour Bienvenu à Gattaca, alors, » ajouta Kurt

« Et je dirais... Ryan Gosling dans Drive. »

Dave hésita un moment en balançant la tête « mh, ils sont tous excellents... Mon cœur balance entre Downey ou Fassbender... Allez, Downey pour le côté tête à claque arrogante qui à du style. »

David se fit la réflexion que la dernière fois qu'il s'était sentit aussi à l'aise, aussi détendu avec des gens de son âge, avec des amis remontait à très, très longtemps. Il se sentait terriblement bien. Il faisait bon, chaud grâce au soleil qui filtrait à travers la fenêtre. Ils s'étaient mis à discuter, comme tous les ados le font quand ils se retrouvent à l'improviste chez l'un ou chez l'autre. Tout le monde était vautré par terre, sur les tapis épais et les coussins de son ancienne salle de jeu avec des bouteilles de jus de fruit et de sodas éparpillés entre eux.

Il contempla la salle, pensif. Cette pièce, genre de petit salon à l'étage qui desservait sa chambre, avait été au départ aménagée comme une salle de jeu pour petit garçon. Il y avait découvert tous ses jouets, ses dessins animés préférés sur la petite télé, fait ses devoirs d'école, pulvériser des boites entières de pâtes à modeler et de peinture... En grandissant il y avait fait ses premières fêtes. Sa première « boom », les soirées entre copains à regarder des films d'horreur qui leurs étaient interdits, son premier baiser avec une fille...

Cette pièce vieillissait avec lui et la présence de son premier amour, de Casey à plat ventre au sol ne lui était pas aussi incongrue qu'il l'aurait pensé. Celle de Kurt et Blaine par contre...

Mais il se sentait bien. Il se sentait très bien avec les changements dans sa vie, et il avait l'impression un peu bizarre que de les voir concrétisés dans cette pièce les faisaient définitivement passer dans le réel.

Quand il se reconcentra sur le présent, tout le monde le regardait. Son silence avait été plus long qu'il ne le pensait.

« Bon, je peux poser la question qui fâche ? » demanda Santana, couchée sur le flanc, en balayant du revers de la main une poussière invisible sur sa cuisse .

« Non, » répondit Kurt en se remplissant un verre.

« Tant pis je vais la poser quand même : pourquoi tu nous as appelé au juste ? Pas que de la jouer façon Réunion des Avengers me dérange, je ferais une superbe Black Widow. Mais je suis curieuse. »

« Pourquoi ça serait toi Black Widow ? » s'indigna Kurt, « je briguais le rôle avant toi ! »

« Parce qu'il faut être une tueuse sexy et provocante, ce que malgré tout ton talent tu n'es pas. »

« Et tu es trop bavarde pour pouvoir jouer son rôle. En outre tu n'as aucune subtilité. »

« Moi je veux bien être Iron Man, » lança tranquillement Blaine.

« Ah non, tu es trop gentil ! » répondit-elle en roulant sur le ventre, outrée, « J'accepte de laisser Black Widow à Kurt si je suis Iron Woman. Je porte très bien le rouge. »

« Et tu es méchante à souhait. »

« Merci. »

« Ben et moi alors ? » répondit Blaine, penaud.

« Soit mon Hawkeye, » réclama Kurt d'une voix suave.

Blaine considéra la question quelques secondes et répondit avec un grand sourire « Vendu. »

« Bien, maintenant que la Queen Lady à tranché, je veux la réponse à ma question, » reprit Santana avec un moue décidée.

David allait la rabrouer sèchement quand Casey lui coupa la parole.

« Vous êtes venus pour moi. J'avais pas le moral. »

« Pourquoi ? Ça s'est pourtant bien passé hier. »

« Oh oui, très bien. Mais le soir ensuite, j'ai vu mon frère. »

Devant les trois adolescents stupéfaits, Casey expliqua brièvement qu'ils s'étaient brouillés des années auparavant et que c'était la première fois qu'ils se revoyaient depuis, sans entrer dans les détails. C'est à ce moment que David réalisa devait probablement être la seule personne de la ville à qui il se soit autant confier au sujet de son passé et de sa famille.

« Donc... Ton frère est venu essayer de se rabibocher après une vieille engueulade et tu l'as envoyé paître, » résuma la jeune fille.

« Quelque chose comme ça, oui. »

« Pourquoi ? » insista-t-elle un peu brutalement.

« Santana, bon sang ! » râla Kurt.

« C'est bon, ça me gène pas, » fit Casey en haussant les épaules. « Je l'ai envoyé paître parce que la raison pour laquelle nous nous sommes pas parlé pendant six ans était suffisamment grave pour que ce soit... disons trop dur de lui pardonné maintenant. »

« Et c'était quoi le sujet de la dispute ? » questionna-t-elle encore, en s'asseyant en tailleur.

Cette fois Kurt ne protesta pas. Parce que sur son visage sérieux, il y avait une vraie inquiétude, rare, qu'elle ne laissait pas souvent paraître. Santana Lopez connaissait les histoires de famille douloureuses, même si elle faisait toujours mine de rire des siennes.

Casey hocha la tête et réfléchit un peu peu à comment présenter les choses.

« J'ai eu un fils, il y a longtemps. Il est mort dans un accident de voiture à quelques mois. Ma famille à imputé mon homosexualité à cette histoire et m'a rejeté pour ça. Mon frère n'y croyait pas, n'avait aucun problème avec ma sexualité, mais il a laissé faire. »

Les adolescents s'entre-regardèrent, silencieux. Kurt et David étaient déjà au courant. Blaine et Santana n'avaient eux, pas idée. Lui s'accrocha à la main de son petit ami, discrètement et Santana alla s'asseoir tout contre Casey, en passant les bras autour de ses genoux.

« Tu racontes ? »

« Qu'est-ce que tu veux que je te racontes ? »

« Ben je sais pas. Ce que tu veux. Ton frère, ta famille. Ton fils. Il s'appelait comment ? »

« Je l'avais appelé Richard. Comme mon père. »

« Et sa mère ? »

« Elle ne voulait rien savoir de lui. »

« T'avais quel âge ? »

« Dix-sept ans. »

« C'est jeune, » grimaça-t-elle.

« J'ai pas choisis. »

« Il te manque ? »

« Qui ? »

« Richard. »

Casey se laissa aller en arrière, sur les coudes et croisa les chevilles.

« Je sais pas, » dit-il doucement en regardant le plafond. « J'ai pas eu le temps de l'aimer. »

Les quatre adolescents le regardait et il finit par reprendre en croisant les mains sous sa tête.

« C'était vraiment... Stupide comme histoire, » commença-t-il d'une voix hésitante. « Vraiment stupide. Ça n'avait aucun sens, aucun but, et ça a fait souffrir beaucoup de monde pour rien. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« J'ai récupéré Richard quelques jours après sa naissance, à la maternité. Je savais pas du tout ce que je faisais. Tout ce que je savais c'était que sa mère avait refusé d'avorter parce que c'était contre ses principes. Elle n'avait prévenu personne, avait fugué de chez ses parents et disparu pendant les derniers mois de sa grossesse. Et elle s'était faite aider par un centre pour SDF. Je ne sais pas comment elle a fait. Je sais juste qu'elle voulait rentrer chez elle et sans lui. Elle m'avait donné le choix : soit je le récupérais, soit elle le laissait dans un orphelinat. Et quoiqu'il arrive, on ne devait plus jamais s'adresser la parole. »

Santana s'allongea à côté de lui, vite rejointe par Blaine et Kurt.

« Qu'est-ce que je pouvais faire ? C'était contre mes principes d'abandonner un gosse. Je... C'est trop horrible de laisser quelqu'un sans famille. Je peux juste... je peux pas. Alors j'ai piqué la bagnole de mon père, ai roulé pendant douze heures et je l'ai récupéré. Je suis passé le déclarer dans la foulée et ensuite, je suis reparti. Et pendant tout ce temps, je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais faire. Je savais à peine comment m'occuper d'un bébé. »

« Et ta famille ? » l'encouragea doucement David, en connaissant déjà la réponse.

« Je me suis garé dans le jardin. Mon père est sorti pour m'engueuler parce que je lui avais foutu une trouille de tous les diables et j'ai vu sa mâchoire se décrocher quand j'ai sorti le porte-bébé de la voiture. »

Religieusement, ils l'écoutèrent raconter comment ses parents avaient vaillamment prit les choses en mains. Sa mère avait toujours quelques affaires de bébés dans le grenier, son père était aller faire le tour des supermarchés en urgence pour trouver ce qui manquait. Ils l'avaient emmené chez le docteur pour faire un check-up complet. Son frère s'était rencardé sur la façon de prendre soin d'un bébé. Ils s'étaient débrouillés, solidaires. Casey n'avait alors pas beaucoup de projets d'études, il réfléchit longtemps avec sa famille sur ce qu'il allait faire. Il pensait engager une nounou à plein temps, le temps qu'il finisse le lycée. Ensuite il prendrait un an ou deux pour s'occuper de son fils et vivrait chez ses parents et puis, quand il aurait l'âge d'aller dans une garderie, il ferait une formation pour trouver du boulot. Ça n'était pas peut-être pas la vie dont il avait rêver mais au moins c'était la meilleure qu'il pouvait envisager.

« J'avais du mal avec lui. Il pleurait tout le temps, personne ne pouvait le calmer. Il refusait de manger et je suis toujours convaincu qu'il ne m'aimait pas. Je crois qu'il voulait juste sa mère et que quelque part, il m'en voulait de ne pas être elle. Moi je lui en voulais de ne pas l'avoir gardé. Je n'avais pas d'affection pour Richard, parce que là plupart du temps c'était une corvée d'être avec lui. On a fini par se faire l'un a l'autre, mais je ne l'aimais pas vraiment. On aurait... On aurait été de bons cousins. Ou quelque chose comme ça. Juste à se voir aux fêtes de famille et... Enfin c'est stupide, c'était un bébé. Mais même. J'avais pas envie d'être père et je ne pouvais même pas être en colère parce que ce pauvre gosse avait rien demandé à personne non plus. »

Il continuait à regarder le plafond, comme s'il y avait des réponses à toutes ses questions.

« Quand il a eut huit mois, je l'ai emmené avec moi. Je sais même plus ou je devais aller. Je l'ai mis sur le porte bébé, j'ai attaché la ceinture, j'ai démarré et dix minutes plus tard, un mec dans un gros SUV bricolé m'est rentré dedans à un feu rouge. Il l'avait vu trop tard, ses freins n'avaient pas tenu... Le premier truc que j'ai fais c'était de voir comment Richard allait. Il disait rien. »

Casey se rappelait qu'il l'avait regardé avec de grands yeux mais n'avait pas émit un seul son. Alors Casey avait cru qu'il allait bien. Il était sortit de la voiture, avait engueulé le type, ils avaient fait un constat, la démarche habituelle quoi. Ensuite, Casey avait emmené son fils à l'hôpital, juste pour être sûr.

Le bébé s'endormit dans ses bras, pendant qu'il attendait son tour et ne se réveilla jamais. Le choc, avait dit les médecins, avaient comprimé son cerveau et déclenché une hémorragie interne. C'était rapide, mortel et invisible chez des tous petits.

Casey n'avait rien comprit. Tout ce qu'il savait c'était que le petit était éveillé quand il l'avait sortit de la voiture et qu'ensuite, il était mort et qu'il ne s' en était même pas rendu compte.

C'était le genre de récit auquel on ne savait jamais quoi répondre. Et une bande d'ados ne risquaient pas d'avoir de réponse. Casey se passa une main dans les cheveux en s'asseyant et sourit.

« Hé, me regardez pas comme ça. C'est une vieille histoire maintenant, je m'y suis fait. »

« Ouais ben c'est quand même hard core comme histoire. Si je voulais faire une blague de mauvais goût, je t'appellerai Cosette. Ou Oliver Twist, » Fit Santana avec une moue.

« Je préfère Cosette. Ses robes sont plus sympa et elle épouse le beau garçon à la fin, » répondit-il en appuyant sa joue sur sa paume.

Il avait l'air très calme et fatigué. Mais il souriait comme si ça lui avait fait du bien de tout raconter. Il s'était posé sur la pièce une atmosphère cotonneuse, comme une couverture chaude et confortable. Personne ne parlait et ils profitaient de la chaleur de l'après midi avec une sorte de tranquillité langoureuse, comme le calme après la tempête.

Kurt ferma les yeux et se mit à chantonner, très doucement. Ils mirent quelques secondes à reconnaître Amazing Grace. Blaine hocha la tête et ouvrit la bouche pour l'accompagner.

« Amaz- »

Dave se retint de rouler des yeux. Et voilà. Ils chantent.

Casey éclata de rire et David piqua un fard en réalisant qu'il avait marmonné ça tout haut. Il adressa une moue désolée à Kurt qui soupira comme une tragédienne, pas plus ennuyé que ça. Casey riait à s'en fêler une côte et même si c'était sans doute plus un rire nerveux qu'autre chose, il était communicatif. Blaine avait des yeux rieurs et Kurt souriait à pleines dents aussi. Santana affichait un air très sérieux et un brin outré.

« Et après, c'est moi qu'on accuse de manquer de tact ! »

Dave se mit à rire en se prenant un coussin dans la figure.

« Arrête immédiatement ! » ordonna-t-elle en retenant mal son amusement, « Tu viens de ruiner une ambiance extrêmement émouvante tu devrais avoir honte ! » Elle lui arracha le coussin des mains et lui asséna un coup en jurant comme une lavandière, pendant que les autres riaient de bon cœur.

« Residuo de fondo de fregadero ! Cabrón ! »

Casey redoubla de rire, les mains sur le ventre, et de grosses larmes roulaient sur ses joues. David se laissait taper dessus avec bonne humeur en couinant un peu parce qu'elle tapait fort, tout de même, jusqu'à ce qu'il finisse par demander grâce.

« Pardon, pardon, j'ai pas fais exprès ! Pitié ! »

Elle s'arrêta, mains sur les hanches.

« Mais c'est vrai que vous chantez tout le temps, tous là. »

Elle lui remit un coup de coussin pour la forme et retourna s'asseoir à côté de Casey.

« Non mais dis lui toi ! » râla-t-elle.

« Avoue quand même que c'est vrai, » répondit le cuisinier en essuyant ses joues.

« Oui mais nous avons des voix merveilleuses, il n'a pas le droit de se plaindre. »

« Oui mais c'était drôle. »

Elle se mit à bouder, et il passa un bras sur ses épaules. « De toute façon c'est moi qui vient de vous raconter ma terrible histoire, j'ai le droit de vouloir rigoler si je veux. Ça vaut mieux que de pleurer, va. »

« Mouais. »

« T'inquiètes, ma belle. J'ai suffisamment pleuré pour toute une vie, » conclut-il en l'embrassant sur la joue.

« Ça veut dire... » hésita Blaine, « qu'on pourra pas faire de karaoké ? »

David poussa un gémissement exaspéré en se laissant tomber sur le dos et Kurt dressa l'oreille.

« Karaoké ? » fit-il avec une lueur dangereuse dans l'oeil.

oOo

Et Karaoké il y eut. Santana se déchaîna sur du Ricky Martin, Kurt et Blaine firent deux reprises d'Abba et une bonne partie du répertoire de Cher et de Wham, Casey épouvanta tout le monde avec des reprises de ACDC et des Red Hot Chili Peppers (et pourtant ACDC ne réclamait normalement pas un grand talent vocal) et Dave, au bout de quelques bières, stupéfia tout le monde avec des chansons Disney.

Bon en réalité, il connaissait beaucoup de génériques de films en général, mais après avoir du reprendre deux fois Comme Un Homme, puis Je Suis Ton Meilleur Ami, Un Jour Mon Prince viendra et C'est Ça l'Amour, il commença vaguement à soupçonner Santana et Kurt d'avoir formé une alliance maléfique.

Mais Blaine s'était révélé un surprenant allié en se mettant à chanter avec lui. Plus fort et plus juste, ce qui l'arrangeait bien.

Son véritable moment de gloire, cependant, éclata quand le livreur sonna à la porte. Et c'est vainqueur, les bras chargés d'une montagne de plats indiens, qu'il remonta à l'étage sous les hourras affamés de ses amis.

A un moment, quelqu'un grogna « mon héros » entre deux bouchées, mais il était trop occupé à faire un sort à son propre agneau tikka pour voir qui.

Ils veillèrent jusque tard. Ils avaient allumé la télé et avaient commencé à regarder un vieux nanar à propos d'un attaque de tomates tueuses, mais ils décrochèrent rapidement et se mirent à discuter de tout et de rien. A un moment, Santana tenta un concours de rots avec David mais, expérience oblige, Casey les mit tous K.O.

Et vers deux heures du matin, Casey rappela qu'il reprenait tôt le lendemain et tout le monde admit avec plus ou moins de bonne volonté qu'ils étaient fatigués. Santana évoqua cette fameuse fête que David avait organisé quelques années plus tôt, où il avait rassemblé des matelas pour ceux qui voulaient dormir et elle insista pour le refaire.

« J'ai pu peloter la moitié des garçons pendant la nuit, je vais pas rater une occasion de tripoter Blaine. »

Kurt lui lança un regard mauvais et passa possessivement les bras autour de son petit-ami. Qui ne se plaignit pas beaucoup.

On distribua couvertures et oreillers en un temps record. Évidemment, tout le monde manœuvra avec très peu de discrétion pour que David se retrouve à côté de Casey sur le lit improvisé. Cela mit temporairement l'adolescent mal à l'aise, mais Casey lui adressa un sourire amusé.

Kurt et Blaine se roulèrent en boule dans un coin, serrés l'un contre l'autre comme s'ils étaient scotchés et Santana émit un grognement contrit. Elle qui avait plus ou moins espéré réussir à se glisser entre eux pendant leur sommeil, juste pour savourer leur tête au réveil.

Tant pis, elle se rabattit entièrement sur Casey en se glissant dans ses bras avec beaucoup de détermination. Elle avait ses standards et ce n'était pas parce qu'elle ne pouvait pas coucher avec qu'elle n'allait pas en profiter pour palper un peu. Il eut vaguement un soupir mais il somnolait déjà suffisamment pour oublier de protester. Il passa un bras sous sa tête en mettant une pichenette dans son épaule au passage et s'endormit.

La tête posée sur sa poitrine, elle regardait Dave dans le blanc des yeux avec un sourire et se mit à articuler silencieusement. David ne comprenait rien et secoua la tête. Elle insista par geste pour qu'il se rapproche et quand enfin il approcha son oreille elle chuchota avec tout ce qu'elle pouvait mettre de suggestif dans sa voix :

« Fais lui un câlin. »

« Quoi ? T'es dingue ?! » répondit-il sur le même ton.

« Nah. Profites que tu es là et qu'il est là aussi. C'est à ça que sert cette soirée alors magne toi. »

« Non mais je- non ! » murmura-t-il furieusement.

« Si ! Viens ! Tout le monde s'y attends, arrête de faire l'autruche et profite de l'occasion, bordel. Personne ne t'en voudras, surtout pas lui. Il aime les câlins. C'est le genre à aimer. »

« Tu racontes n'importe quoi. »

« En fait, » marmonna Casey d'une voix sourde, les yeux toujours fermés, « elle a pas tort. Viens là. »

Il ouvrit le bras et David considéra un instant l'option avant de soupirer.

« Vaut mieux pas. Mais merci. »

« Dommage, » répondit Casey en reposant le bras. Il devait probablement s'être déjà rendormi.

« Crétin, » fit Santana. Par vengeance, elle passa un bras sur le ventre du cuisinier, la main sous son t-shirt et colla sa jambe contre la sienne.

David eut un sourire vaguement mélancolique et s'installa paisiblement à côté d'eux. Il aurait pu l'imiter, vraiment. S'il n'avait pas été aussi amoureux et si ça n'était pas aussi dangereux pour son cœur, il l'aurait fait. Mais il avait trop peur d'y prendre goût, trop peur de regretter sa présence ensuite alors qu'il savait pertinemment qu'il n'avait aucune chance de faire partie de la vie sentimentale de Casey. Mieux valait pour lui qu'il se contente de ce qu'il avait.

C'était déjà suffisamment difficile d'être heureux.

Alors qu'il roulait sur le flanc, il sentit une main large et puissante accrocher la sienne et la serrer, gentiment. Peut être qu'il n'était pas aussi endormit que ça, finalement. Et peut être qu'il comprenait David mieux qu'il ne l'aurait cru.


Tadaaaaaam !

Pour les fondus de Klaine, pas de panique, ils reviennent d'ici le prochain chapitre. Et parce que Booster m'en a fait la demande, que l'idée me plait grave et que de toute façon, comment résister à un appel pareil ? Le prochain chapitre verra une leçon du Glee Club, sur un thème qui avait pourtant déjà été abordé mais qui m'avait un peu déçu...

... Sexy !