Chap 13 : Coma.

Rodney se tenait assis devant l'E2PZ, la tête entre les mains et les yeux fixés sur l'assemblage de cristaux qui constituaient cette colossale source d'énergie. Il était tellement concentré qu'il n'entendit pas Jennifer entrer dans le laboratoire et se pencher délicatement sur lui.

« Un petit creux ? » demanda-t-elle doucement en l'embrassant sur la joue.

Le scientifique sursauta et esquissa un rapide sourire avant de retrouver sa mine soucieuse.

« Un problème Rodney ? » fit Jennifer qui ne manqua pas de constater que quelque chose ne tournait pas rond chez lui.

« Oui euh… C'est… L'E2PZ… J'ai remarqué une infime variation dans sa signature énergétique le lendemain du jour où nous l'avons ramené sur Atlantis. Je n'y ai pas prêté attention sur le coup car ensuite, le signal est redevenu normal. Et voilà une heure, ça a recommencé. »

« Tu as une idée de ce que cela pourrait être ? C'est dangereux ? »

« Je l'ai passé au scanner trois fois. Je ne vois pas où est le problème. Tout semble normal… Tous les cristaux sont en place et il a l'air de fonctionner parfaitement. Bien sûr, je ne pourrais en être certain que si je le remets en place dans la tour centrale. Mais pour cela il me faudrait l'autorisation du CIS et pour l'instant, il semble que leur objectif ne soit pas de renvoyer Atlantis dans Pégase. »

« Je croyais qu'il fallait trois E2PZ pour que la cité soit opérationnelle à cent pour cent. »

« Effectivement trois E2PZ serait l'idéal ! Mais nous avons fonctionné avec un seul pendant un bon moment, il a assuré la bonne marche de la propulsion, des boucliers, des drones, des systèmes vitaux… Non, un seul est suffisant puisque l'on n'occupe pas la totalité de la cité et qui plus est un E2PZ chargé au maximum comme celui-là ! »

La jeune femme passa sa main dans les cheveux du physicien.

« Ne t'en fais pas, tu vas trouver… ».

« Je ne sais même pas si il y a quoi que ce soit à trouver… » répondit-il. « Mais au fait… »

Rodney détacha enfin les yeux de l'appareil Ancien pour enlacer du mieux qu'il pu la taille imposante de sa compagne. Il déposa un petit baiser sur le ventre de la doctoresse.

« Que me vaut le plaisir de ta visite ? Je croyais que tu voulais aller surveiller Walter ce matin ?»

« En fait, je dois passer voir Melena pour lui rendre ça. »

Jennifer tira de sa poche un pendentif. Un petit cercle de pierre noire polie où étaient gravées d'étranges inscriptions. Un petit trou y était percé par lequel passait une lanière de cuir.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda le scientifique en examinant l'objet de plus près.

« Lorsque vous avez conduit Melena à l'infirmerie, elle portait cela autour du cou, sous sa tunique. On le lui a retiré pour faire les tests. Bien sûr, on a passé l'objet au scanner également. Je l'ai rangé dans le tiroir de mon bureau et j'ai complètement oublié de le lui rendre. Avec tout ce qui c'est passé entretemps avec Walter…Peut-être que ce bijou peut l'aider à se rappeler. Je ne sais absolument pas pourquoi ceux qui l'ont créé ont placé ça autour de son cou… ».

« Bizarre en effet si c'est juste un bijou quelconque. » soupira Rodney à nouveau l'esprit ailleurs.

Jennifer se mit à sourire.

« Qu'est-ce qu'il y a encore ? »

« Quoi ? Rien… »

« Rodney, je te connais… »

« Non, c'est juste que… Je me demande comment ça se passe là-bas, dans l'Himalaya… Je… Je n'ai pas l'habitude d'être… »

Alors, comme le physicien cherchait ses mots, Jennifer finit sa phrase à sa place.

« Mis à l'écart ? ».

McKay soupira.

« En plus, Zelenka devait terminer la vérification du bouclier de la cité au lieu de s'évertuer à se faire mousser auprès du CIS en recherchant des coordonnées de sanctuaires perdus ! Du coup, c'est moi qui m'y colle ! Comme si j'avais que ça à faire ! »

« Comme si tu étais le seul scientifique dans la cité.» répliqua la jeune femme sur un ton plus qu'ironique.

Voyant qu'il risquait d'être perdant sur ce coup-là, Rodney changea de tactique.

« Oui, effectivement, j'ai une petite faim en fait… » lança-t-il en se levant et en prenant la main de sa compagne pour l'entrainer hors du laboratoire.

Amélia s'aspergea le visage à plusieurs reprises. Quand elle leva les yeux et qu'elle vit ses pommettes en feu et ses mèches folles dans le miroir, elle agrippa les rebords du lavabo et prit une grande inspiration pour se calmer. Une boule de rage nouait sa gorge et le flot des larmes n'était pas loin… Non, elle n'allait tout de même pas pleurer à cause de ce minable porc.

Elle réajusta son chignon et sortit des toilettes pour regagner la salle de contrôle d'un pas déterminé. C'est alors qu'elle croisa Chuck qui semblait l'attendre sur la passerelle.

« Amy tu vas bien ? » demanda-t-il en posant la main sur son épaule.

La jeune femme se força à lui sourire.

« Oui. Ça va Chuck. Ne t'inquiète pas. »

Alors qu'elle s'engageait à nouveau vers les consoles, le technicien la retint.

« Qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ? Ecoute, je sais que c'est ton ex-mari, mais s'il t'a fait quoi que ce soit… Je veux dire, tu dois en parler à Woolsey… »

Amélia stoppa net et se retourna brusquement pour faire face à son collègue.

« Chuck, je t'en prie. Il ne s'est rien passé d'accord ? C'est très gentil de ta part de t'en faire pour moi, mais il ne faut pas. » fit-elle en posant sa main sur la joue de son ami. Geste que, Chuck en était certain, elle n'aurait jamais fait en temps ordinaire et signe donc qu'il se passait quelque chose de pas clair. Comme si elle voulait qu'il oublie ce qu'il avait vu. Comme si elle redoutait ce que Wilson pouvait faire à présent. Il occupait un poste important au CIS. Il pouvait décider de beaucoup de choses…

« C'est réglé, Chuck. » ajouta-t-elle. « N'en parle pas à Woolsey, s'il te plait. Et surtout… pas un mot à Ronon. Jure-le ! »

Devant le regard implorant de la jeune femme, le technicien acquiesça en baissant la tête. Il regarda Amélia s'éloigner puis s'asseoir à son poste de travail. Alors, il tourna la tête vers la salle d'embarquement où Wilson était en train de discuter avec plusieurs soldats.

« Toi, tu ne perds rien pour attendre… » murmura-t-il en serrant les poings.

« Tu es sûr que tu n'en veux pas ? » s'exclama Jennifer, la bouche pleine de tarte aux fraises. « Elle est délicieuse ! »

« Non merci chérie. La part de gâteau au chocolat m'a calée… »

« Les deux parts, tu veux dire. »

« Euh…Oui, les deux… » fit Rodney en jouant distraitement avec la salière.

« Encore en train de ruminer au sujet de Zelenka ? Je vais finir par croire que tu es vraiment jaloux ! » le taquina la jeune femme en se léchant les doigts.

« Moi ? Jaloux de Radek ? Ah ! Ah ! » lança Rodney de moins en moins crédible. « Bon, je vais aller m'occuper du bouclier » ajouta-t-il en soupirant.

« Excusez-moi… » fit une voix derrière lui.

Le physicien se retourna et tomba sur le visage rougissant d'un homme un peu frêle aux cheveux noirs bouclés et flanqué d'un militaire armé.

« Sans le vouloir j'ai entendu votre conversation et… enfin… j'ai cru comprendre que vous aviez un bouclier à tester ? ».

« Euh…Oui…. Vous êtes, un des Satédiens c'est ça ? » demanda Rodney.

« Oui… Je suis, enfin j'étais ingénieur sur Sateda et je me disais que…Comme je n'ai pas grand-chose à faire à part déambuler du mess jusqu'aux divers balcons de la cité en passant par la salle d'embarquement avec ce monsieur… » fit-il en désignant son escorte qui avait l'air « enchanté » de devoir le suivre partout. « Eh oui, j'évite le gymnase en fait… » ajouta-t-il avec un rire gêné.

« Oh, ne vous en faites pas ! Moi aussi ! » répliqua Rodney en souriant. « Ecoutez, je vais en parler à Mr Woolsey mais je pense qu'effectivement, vous pourriez me donner un coup de main. »

Jennifer regardait Rodney avec satisfaction. Elle savait très bien que le scientifique n'avait absolument pas besoin de l'aide de cet homme mais qu'il était touché par sa détresse.

« Merci ! Merci infiniment ! » lança le Satédien en trépignant de joie.

« Au fait, votre nom c'est ? »

« Ben. Ben Mc Donald. »

Un peu surpris, le physicien le dévisagea avant de tourner la tête vers Jennifer qui étouffa un petit rire.

/ « Docteur Keller. Docteur Keller. On vous attend de toute urgence au niveau de la baie des jumpers. SG1 et le colonel Sheppard sont revenus de mission. Apparemment, il y a un problème avec le colonel. »/

La voix un peu affolée de Richard Woolsey mit fin à la bonne humeur de Jennifer Keller. Rodney et elle se levèrent précipitamment.

« Désolé. Plus tard peut-être. » balbutia McKay en se ruant vers la sortie à la suite de la doctoresse devant la mine circonspecte de Ben.

« Que s'est-il passé ? » demanda Jennifer en arrivant devant le brancard où était allongé Sheppard.

Le militaire était apparemment inconscient et la doctoresse procéda aux premières vérifications de base.

« Les pupilles sont réactives » décréta-t-elle.

« Où sont les autres ? » demanda Woolsey.

« Teal'c, Vala et Daniel sont restés sur place. » répondit Mitchell.

Rodney et Ronon se pressaient autour de Jennifer, se qui finit par l'agacer.

« Messieurs, vous pensez vraiment que j'ai besoin d'être comprimée de la sorte ? » gronda-t-elle alors que les deux hommes, penauds, reculaient d'un pas.

« Comment va-t-il ? » demanda Ronon.

« Nous en saurons plus dans quelques minutes » fit Jennifer en intimant l'ordre aux infirmiers de se diriger vers l'infirmerie d'un signe de tête. « Alors, quelqu'un va enfin me dire ce qui est arrivé ? »

« Pour couper l'autodestruction, il a dû s'asseoir sur un fauteuil de contrôle… » expliqua Mitchell.

« Bon sang, j'en étais sûr ! Radek ! Vous n'avez pas effectué de dérivation sur l'E2PZ et contourné le système annexe ! » fit McKay en levant les bras au ciel tout en continuant à marcher.

« Pour votre gouverne Rodney, une coque de naquadah s'est déployée autour de l'appareil ! » s'insurgea le tchèque.

Tout le petit groupe trottinait rageusement aux côté de John Sheppard toujours allongé sans réaction sur le brancard. Enfin, ils arrivèrent à l'infirmerie et Jennifer fit barrage à l'entrée de la salle d'examen.

« Stop ! Je veux le colonel Mitchell, le docteur Zelenka et les autres, vous attendez dehors ! »

« Mais… » grommela Rodney.

« Vous restez ici ! » ordonna-t-elle.

La porte se referma sur Rodney, Ronon, Larrin et Woolsey qui se regardèrent avec anxiété.

A l'intérieur, Mitchell fit à la doctoresse le récit détaillé des évènements. Comment John avait par miracle réussi à stopper le processus d'autodestruction mais qu'il avait jusque là été impossible de le faire revenir à lui.

Jennifer remarqua qu'il serait quelque chose dans sa main, si fort que les jointures de ses doigts étaient blanchies par la crispation. Elle tenta d'extraire l'objet sans succès.

« C'est le médaillon » expliqua Zelenka. « Nous non plus on n'a pas réussi à l'enlever. »

« Radek, qu'est-ce que vous savez au sujet de ce fauteuil ? »

Le tchèque raconta la dernière expérience désastreuse qui s'était produit sur le Destiny et comment le docteur Franklin avait fini dans un état catatonique après s'y être assis.

« Est-ce le même genre de siège ? » demanda-t-elle.

« Je ne sais pas trop. Peut-être… » balbutia Zelenka.

Le bip régulier de l'ECG résonnait à présent dans la chambre. Jennifer passa sa main sur le front du militaire.

« Ses constantes sont normales. On dirait juste qu'il est en train de dormir… » murmura-t-elle.

Le repas au mess se passa dans le silence et la morosité. Ronon avait à peine touché à son plateau, de même que Rodney. Au fond de la salle, les Satédiens étaient assis ensemble et Melena tentait désespérément de capter le regard de l'ex-runner.

Alors que le silence se faisait de plus en plus pesant, Jennifer et Amélia firent leur entrée et vinrent les rejoindre. Ronon se leva pour accueillir la technicienne dans ses bras et l'étreindre tendrement.

« Je suis désolée pour Sheppard » murmura-t-elle dans son cou avant de déposer un baiser sur ses lèvres.

Ronon tenta un sourire puis l'invita à s'asseoir près de lui. Un peu plus loin, le visage de Melena se figea.

« Du nouveau ? » demanda Rodney alors que Jennifer prenait place également à ses côtés.

« Hélas non. » fit-elle en soupirant.

Soudain, Larrin, un peu hésitante, apparut à son tour sur le seuil du mess. Malgré le regard noir que lui jeta McKay, elle s'approcha de la table.

« Qu'est-ce que vous voulez ? Vous ne pensez pas que vous en avez assez fait pour aujourd'hui ? » lança le scientifique avant qu'elle n'ait eut le temps d'ouvrir la bouche.

« Rodney ! » gronda Jennifer. « Elle n'y est pour rien, tu es injuste. »

« C'est vrai McKay, Vala et elle n'allaient tout de même pas se laisser dévorer par cette bestiole. Et puis cette chose a débarqué d'on ne sait où… » ajouta Mitchell.

« Laissez… » soupira la Traveller en restant debout. « Ce n'est pas grave. Je vois que je ne suis pas la bienvenue pour le moment mais si vous continuez à avoir un problème avec moi McKay, on peut aller régler ça en salle d'entrainement ! J'y allais justement… » fit-elle en tournant les talons.

« Je ne la supporte plus. » décréta le physicien en mordant rageusement dans son muffin.

« Moi aussi je vais me défouler un peu » fit Ronon en se levant. « Amy ? Tu veux venir ? »

« Avec plaisir ! Je vais me changer et je te retrouve là-bas. »

« Moi, je vais aller faire mon rapport au SGC. » déclara Mitchell en quittant aussi la table.

Jennifer et Rodney restèrent seuls. La doctoresse prit la main du scientifique qui ne pouvait cacher davantage son état d'inquiétude.

« Il va s'en remettre Rodney. Ne t'en fais pas. »

Tout était plus ou moins flou. Il semblait flotter autour de lui une sorte de brume blanche translucide traversée par des ombres aux contours indistincts, comme des spectres… Des silhouettes, des murmures… Une lumière apaisante et chaude. Etait-il mort ? Etait-il au paradis ? Soudain, des doigts invisibles frôlèrent son bras.

John…

Une voix lointaine qui l'appelait. Il avait la sensation de la reconnaître.

John Sheppard…

Le son se rapprochait. Son corps ne pesait pas plus lourd qu'une plume. Son esprit était léger lui aussi. Alors, dans le brouillard, un visage se dessina. Des cheveux longs, cuivrés, des yeux en amande, des lèvres ourlées… Un visage si familier…

« Teyla ! »

Etait-ce le son de sa propre voix qu'il entendit ?

Le visage devint plus clair. Ce n'était pas Teyla. Mais la femme lui sourit avant de disparaitre dans les nimbes alors que sa vision se troubla à nouveau pour sombrer dans l'obscurité.