Youpiiiii ! J'ai réussi à le poster ! Enfin ! Désolée pour le retard ! Je n'étais jamais satisfaite de ci ou de ça... M'enfin bon, ma vie n'intéresse personne ! X) Raah ! Ca me fait mal au crâne, toutes ces histoires ! N'hésitez pas à me dire si un truc vous gêne ! Et vous plaignez pas du manque de lecture ^^ ce chapitre est le plus long pour l'instant !
Bonne lecture, donc !
Mauvaise posture
J'ai attrapé la mèche de cheveux entre mes doigts en tremblant. Impossible de se tromper. Je revoyais encore la chevelure fougueuse de ma meilleure amie lorsqu'elle s'énervait. Elle détestait les attacher et ils étaient constamment emmêlés…
Un mélange de peur et de colère a déferlé en moi brutalement. Peur parce que je ne savais pas dans qu'elle état elle était, si elle était même vivante !
Et colère pour ce que cet homme… Le Croquemitaine, avait fait ! J'avais beau avoir peur de lui, il ne pouvait pas faire une chose pareille !
Il a souri lorsque je lui ai adressé un regard assassin qui, à ma grande fierté, n'a pas flanché. Joignant les mains devant lui, il a fait mine d'être inquiet. Ses yeux ne me quittaient jamais, quoi qu'il fasse.
- « Oups ! On dirait que mon passe temps ne plait pas, par ici ! »
- « Pourquoi vous faites ça !? »
On dit que la peur donne des ailes…
On dit aussi que la colère donne de la force.
Pourtant, malgré mon cri bravache, quelque chose dans son regard de fauve a mouché la flamme qui commençait à grandir en moi. J'en ai eu honte, mais j'ai baissé les yeux une fraction de secondes, incapable de me retenir. Ma question agressive ne lui avait pas plu, et il me le faisait ressentir…
Avait-il un tel contrôle sur ma peur, pour la faire ressurgir ainsi à volonté ? Après tout, c'était le Roi des Cauchemars, le Croquemitaine ! La peur était son domaine de prédilection, avec tout ce qui l'accompagnait dans son errance à travers le temps. Et moi, qui étais passée du frisson de la terreur au tremblement de colère avant de revenir, par la seule force de son regard, au stade de ma lâcheté, je me sentais…
Insignifiante.
- « demandes tu au Père Noël pourquoi il livre ses cadeaux ? A cette peluche qui se dit Lapin pourquoi il cache ses œufs pathétiques ? Et à ce cher Sab la raison pour laquelle il remplit les têtes de ces chers enfants de rêves si précieux ? », m'a-t-il soufflé en se penchant vers moi.
Je me suis faite toute petite. Oui, il avait le don de nourrir la peur au point que celle-ci puisse surpasser la colère. Je ne me sentais plus brûlante de rage pour ce qu'il avait fait à Laura, mais je tremblais à présent à la pensée de l'état dans lequel elle devait se trouver… Laura, telle que je la connaissais du moins, n'avait jamais eu de peur panique ou de phobie, et si c'était le cas, elle ne me l'avait jamais dit, tout comme je ne lui avait jamais avoué ma peur du noir… Pitch avait-il été jusqu'à chercher ses angoisses les plus obscures pour qu'il soit si satisfait en déclarant l'avoir torturé ?
- « C'est lassant, je trouve, lorsque la peur noue les langues … », A-t-il lâché ensuite avec un air faussement navré, « Mais je dois avouer que ton silence est bien plus reposant que les cris de ton amie. Ca à beau être délicieux, à force… »
- « Arrêtez ! »
Je ne pouvais pas écouter un seul mot de plus. Mes mains se sont collées à mes oreilles tandis que mes yeux se sont clos. Entendre Pitch parler, c'était donner une voix à tout ce que vous craignez le plus au monde, la peur que vous n'oseriez jamais avouer, une peur qui vous dégoûte et qui vous fascine à la fois, parce qu'elle fait naître en vous de tels instincts qu'il vous est absolument impossible d'y résister.
Et pour moi, Pitch Black avait la voix, les mots, le murmure de l'Obscurité.
- « S'il vous plait… Arrêtez… », Ai-je gémi d'une voix qui me paraissait bien faible.
Mais on aurait dit qu'il me parlait tant face à moi que dans ma tête. Je l'ai entendu rire face à ma réaction que moi-même je trouvais pitoyable. Puis j'ai senti ses mains s'enrouler autour de mes poignets. Elles étaient glacées, et un frisson est remonté jusqu'à ma nuque.
- « Faire sortir tes peurs au grand jour a toujours été une source de divertissement particulier pour moi, fillette. Tes réactions étaient si délectables que c'était comme si tu m'invitais à continuer à t'offrir les cauchemars que tu cherchais vainement à faire partir par tes cris, la nuit… »
Il a de nouveau ri. Et moi, je restais là, les yeux fermés, sans autre choix que l'écouter me dire ces horreurs. Il avait raison, la peur nouait les langues. Je me mordais la mienne si fort qu'un goût métallique a envahi ma bouche en chassant celui de la cendre.
- « Et si nous passions à l'étape suivante, Elenor ? Je connais si bien tes terreurs, après tout… Un autre avant goût, peut être ? »
Mes yeux se sont ouverts d'un coup. J'aurais du m'attendre à une attention semblable de sa part, mais engluée par la peur comme je l'étais, ca ne m'était pas venu immédiatement à l'esprit. D'un seul coup, la scène cauchemardesque dans ma chambre m'est revenue à la mémoire, alors qu'elle flottait déjà aux limites de ma conscience depuis que la marée de sable noir s'était abattue sur le Palais de la Dent.
Je n'ai pas réfléchi.
D'un coup, je me suis redressée, mon coude heurtant avec violence le ventre du Croquemitaine qui s'était accroupi en face de moi. Il m'a lâché en soufflant de surprise et j'ai titubé plus loin de lui, encore hagarde du geste que je venais de faire, le souffle court et les yeux écarquillés.
Telle une flèche bleue, Beblue est soudainement apparue et a foncé sur Pitch en pépiant comme une petite furie avant de lui donner des coups de pieds et de le piquer avec le bec qui lui servait de nez. Je doute que Pitch ait vraiment souffert de ses attaques, mais ce ne devait pas forcément être agréable, vu l'agressivité de cette boule de plumes. En pestant, il s'est détourné de moi pour tenter de chasser cette fée lilliputienne bien trop intempestive à son goût.
- « BEBLUE, NON ! »
Mais elle m'a ignoré, toute à sa besogne, gazouillant sa colère et poussant courageusement Pitch à bout en zonzonnant autour de lui.
Seulement, il en faut bien plus pour vaincre le Croquemitaine.
D'un revers vicieux du poignet, Pitch a fini par heurter Beblue qui est allée cogner contre le mur opposé en criant d'une voix aigue.
- « NON ! »
Aussitôt, je me suis précipitée vers elle, oubliant d'un coup le Roi des Cauchemars. Elle ne bougeait pas, mais a cligné des yeux d'un air hagard lorsque je l'ai prise avec douceur avant de secouer la tête comme pour se remettre les idées en place. J'ai soufflé de soulagement.
Je n'aurais pas du. Pas si vite.
Les ombres se sont soudainement agrandies autour de nous, jusqu'à nous engloutir. J'ai eu du mal à respirer, comme si une main invisible me serrait brusquement la gorge. Et mon bras s'est levé tout seul avec violence, manquant de déloger Beblue que j'ai ramené contre ma poitrine pour la protéger d'un mouvement quasi-instinctif, tandis qu'elle se roulait en boule en tremblant.
La poigne de Pitch s'est refermée tel un couperet sur mon poignet. Mes yeux ont croisé les siens, étincelant d'une colère qui faisait luire dangereusement ses iris empoisonnés.
- « Je n'ai plus le temps de jouer ! », a-t-il sifflé en me tirant jusqu'à lui d'un geste sec, « Et il nous reste une dernière chose à faire ! »
J'ai voulu crier lorsque je me suis sentie entraînée vers le bas, avalés comme nous l'étions par les ombres. Le monde n'est devenu qu'un amalgame de noirceur et de ténèbres murmurantes tandis que Pitch me tirait par le poignet à travers ce qui me paraissait être un dédale sans fin de chemin tortueux et obscurs, ondulant comme des serpents. En fait, le Croquemitaine lui-même, ici, avait l'air constitué entièrement d'ombre, comme s'il retournait à son état d'origine.
Mais cette vision n'a duré qu'une seconde à peine. Cherchant de l'air, j'ai été éblouie lorsque les ombres nous ont brusquement recrachés, dans un lieu qui m'a stupéfaite et m'aurait émerveillé si ce n'était pas Pitch qui m'y avait emmené.
On était toujours au Palais de la Dent, mais je n'avais pas vu cette partie du lieu. D'immenses colonnades blanches incrustées d'or et décorées comme la tour qu'on venait de quitter étaient plantées de part et d'autre d'une entrée sans battants. Juste devant, deux statues de femmes munies d'ailes écartées, en plein envol, jetaient aux visiteurs des regards calmes et bienveillants. C'était des représentations de Fée, et la ressemblance, était remarquable, forçant l'admiration au travail de l'artiste.
Le passage était barré par un champ d'énergie irisé d'une teinte turquoise, mais on pouvait apercevoir derrière d'interminables étagères en hauteur et en longueur…
Remplies à ras bord de cartouches dorées.
La Salle des Archives.
OOOO
J'ai lâché un petit cri de surprise lorsque d'une secousse, Pitch m'a tiré en avant d'un coup sec, comme pour me rappeler qu'il était là, bien que je n'ai absolument pas besoin d'un geste pour me souvenir de sa présence. L'aura qu'il dégageait le faisait très bien toute seule ! Un mouvement derrière nous m'a fait tourner la tête, et j'ai constaté que les deux cauchemars qui m'avaient piégés nous avaient suivis, attendant en retrait les ordres de leur maître.
Ce dernier a fait un geste, et un filet de sable noir s'est jeté d'un coup sur mon autre main, s'insinuant entre mes doigts jusqu'à atteindre Beblue. Horrifiée, j'ai été forcée d'ouvrir ma main, et la minuscule fée a été brusquement expulsée. Elle a pu s'envoler de nouveau de justesse avant de heurter un mur une nouvelle fois, mais son vol était chaotique. Pitch n'était vraiment pas tendre avec elle.
- « Beblue… », ai-je commencé.
Slash ! A ma grande horreur et sur un geste du Croquemitaine, une goulée de sable noir est venue se coller à ma bouche, scellant mes lèvres. J'ai essayé de l'enlever, mais mes doigts ne griffaient qu'une surface plus lisse que du verre et bloquait tout son susceptible de sortir de ma bouche.
- « On ne parle pas pour l'instant, Elenor… », m'a rabroué Pitch avant de se tourner vers la petite fée en m'attrapant par la nuque.
Ses doigts se sont serrés en appuyant fort, dénonçant une puissance que je soupçonnais déjà lorsqu'il m'avait tiré par le poignet, et j'ai grimacé sans pouvoir émettre un seul son.
- « Tu te doutes bien, boule de plumes, que si je ne t'ai pas donné en guise d'amuse gueule à mes cauchemars, c'est parce que j'avais besoin de tes services, malgré le fait que tu sois encore plus minuscule que les autres. Alors voilà ce qui va se passer : Tu vas aller me chercher sa cartouche de dents (Il m'a forcé à relever la tête en disant cela) dans les magnifiques Archives dont l'accès nous est barré, et que je n'ai pas le temps de forcer. Et tu vas y aller sans faire d'histoires, comme celles de ton espèce sont capables de les faire avec autant de talent. Et pour faire plus simple encore, on va mettre les choses au clair : C'est la cartouche d'Elenor, ou sa vie. Compris ? »
Je l'aurais fixé avec des yeux ronds si j'avais pu, mais dans la position où j'étais, je pouvais à peine voir Beblue voleter d'un air indécis devant eux. La poigne de Pitch s'est accentuée, et j'ai lâché un gémissement involontaire qui s'est fait entendre malgré le bâillon de sable. C'était un avertissement, et j'ai vu Beblue se crisper en m'entendant. Son air paniqué m'a vite fait comprendre qu'elle avait parfaitement enregistré ce que lui avait dit de faire le Croquemitaine. Et à mon grand désespoir, elle a fait volte face avant de filer au travers de la barrière d'énergie comme si ce n'était que de la fumée pour disparaître à notre vue.
Quelque chose me brûlait les yeux, mais je n'osais pas faire un geste, pas même pour tenter d'arrêter les larmes qui menaçaient de me submerger tandis qu'on attendait, avec Pitch, le retour de Beblue et de mes dents. Pourquoi les voulait-il, d'ailleurs ? Quel souvenir pouvait bien l'intéresser au point d'attaquer le Palais de la Dent pour une seule cartouche ? Et pourquoi moi !?
En plus, il avait bien dit que soit Beblue lui amenait ma cartouche, soit je mourais… N'avait-il pourtant pas essayé de m'enlever, quelques jours plus tôt ? Et pourquoi prendre tant de précautions si c'était ma mort qu'il voulait, au bout du compte ? Je ne comprenais plus rien, à part pour le fait que j'étais en très, très mauvaise posture. Fée était quelque part et blessée, ses filles avaient disparu dans les profondeurs de la montagne, talonnées par des cauchemars qui, si je me rappelais bien, devaient ramener à leur mémoire de très mauvais souvenirs.
Pourquoi s'était-il attaqué aux fées, aujourd'hui, d'ailleurs ? Je savais, pour avoir écouté l'histoire de leur dernière confrontation avec le Croquemitaine, qu'il avait enlevé toutes les aides de Fée et volé toutes les dents des enfants pour empêcher la croyance en la femme ailée de continuer, mais il devait être au courant, à présent, que ces petites puces étincelantes étaient bien mieux protégées que la dernière fois. Alors pour quelle raison… ?
Je me suis soudain raidie en posant mon regard larmoyant sur la barrière d'énergie. En y mêlant les informations que Pitch venait de donner en ordonnant à Beblue d'entrer dans les Archives à notre place, ce ne fut pas compliqué de trouver une explication.
Il fallait une fée pour entrer dans les Archives hautement protégées.
Et c'était exactement ce que je lui avais fourni.
Toute cette attaque n'avait été qu'une immense diversion. Le véritable objectif de Pitch avait toujours été moi. Et accessoirement Beblue, puisque cette dernière ne me quittait plus. En essayant de me mettre à l'abri, Fée n'avait fait que m'exposer davantage au danger en nous laissant seules en haut.
On était tombé dans le panneau.
Pitch a tourné la tête vers le vide à coté de nous, puis m'a forcé à me pencher pour observer les ombres mouvantes en bas avec un mauvais sourire.
- « Sais tu que bon nombre de ces cauchemars sont les tiens, Elenor ? Tu es une telle source d'inspiration, après tout ! Et tes peurs sont si faciles à exploiter… Une véritable mine d'or pour mes chers mauvais rêves. Ce qui est drôle, c'est de constater que quand on grandit, certaines peurs grandissent également. Et ta peur du noir fait partie de cette catégorie. Oh ! Je dois avouer que jamais encore je n'avais rencontré quelqu'un qui ait si peur de l'obscurité ! C'en est presque flatteur ! »
D'autres cauchemars se sont soudainement formés autour de nous, hennissant, grognant et sifflant tandis qu'ils semblaient me dévorer de leur regard jaune et sauvage. Mon cœur a commencé à accélérer en les voyant apparaître.
Pitch a passé un doigt sur ma joue.
- « Allons, ne sois pas nerveuse », a-t-il lâché comme une plaisanterie, « Cela ne fera que les énerver encore plus. C'est ta peur qu'ils sentent, tu sais ? »
Mon souffle s'est bloqué dans ma gorge. J'ai cru que mes poumons étaient devenus des blocs de glace lorsqu'un cheval de sable noir s'est approché d'un air menaçant. Je ne voyais que ses yeux jaunes, qui m'hypnotisaient comme un cobra qui se dresse en lâchant un sifflement, crochet à venin dégainés et prêt à les plonger dans la chair. Mes yeux se sont fermés avec force et je me suis mise à répéter dans mon esprit comme une litanie susceptible de les chasser : « Que ca s'arrête, que ca s'arrête, que ca s'arrête, que ca s'arrête… !»
Mais ça ne s'arrêtait pas. Ca ne s'arrêterait jamais…
Le bourdonnement des ailes de Beblue m'a fait tourner la tête vers l'entrée. Pitch a eu un sourire satisfait lorsque la fée est ressortie de la salle des Archives en tenant vaille que vaille à bout de bras une cartouche dorée en forme de demi cylindre qui faisait deux fois sa taille. J'ai un instant espéré que la barrière ferait son travail, mais Beblue est passée sans effort. Elle peinait à porter l'objet de tant de désir, grimaçant sous l'effort. J'ai bien essayé de me débattre, mais Pitch m'a rappelé à l'ordre en serrant ma nuque un poil plus fort qu'avant et en claquant de la langue comme pour me rabrouer.
Puis il a tendu son autre main vers Beblue.
- « La cartouche. », a-t-il ordonné.
Le dilemme auquel Beblue faisait face était apparemment une véritable torture. Sa nature de fée lui hurlait sûrement de ne pas confier ces dents à un tel individu, mais la petite avait aussi beaucoup de cœur et semblait refuser l'idée même de risquer ma vie. Pourtant, mon propre corps, lui, paraissait se tendre vers cette étrange boite en or, comme si une part importante de mon être y était emprisonnée. Elle ne pouvait pas la donner à Pitch !
A mon grand désespoir, Beblue, tête basse, s'est néanmoins avancée vers le Croquemitaine lorsque ce dernier a encore serré davantage ma gorge, me faisant grimacer.
Mais à peine ses doigts se sont-ils refermés sur l'objet que le monde a paru exploser.
Et comme on se tenait au bord du vide, il a évidemment fallu que je tombe.
Enfin, par tomber, on pourrait plutôt dire que le choc m'a arraché à la poigne de Pitch. Dès que le contact s'est rompu, le sable sur mon visage s'est dissout dans les airs et je me suis mise à crier tandis que je faisais une nouvelle chute ! Cette fois ci, heureusement, elle n'a pas duré longtemps… Car c'est Sab qui m'a rattrapé.
Ca faisait quand même deux fois qu'il me sauvait la mise. J'espérais vivement que ça ne deviendrait pas une habitude ! Mais s'il était là, alors ça voulait dire que…
Un tintement de grelot a résonné contre les parois de roche et une ombre imposante a brièvement éclipsé le soleil. A contre-jour, j'apercevais à peine ce que ça pouvait être, mais le cri de guerre de Nord a été capable de m'en dire un peu plus très, très vite.
Le Père Noël s'est d'un coup réceptionné sur la plateforme d'où je venais de tomber, sans doute pour faire face à Pitch. Mais ce qui me rongeait, à l'instant présent, c'était la cartouche de dents. Elle était restée là haut lorsque j'avais basculé, Pitch ne l'ayant pas lâchée.
- « Sab ! Mes dents ! Pitch essaye de les voler ! », ai-je crié au petit bonhomme de sable.
Ce dernier a hoché la tête, puis m'a déposé en haut d'une tour ronde en faisant apparaître des images au dessus de sa tête, si rapidement que je n'ai malheureusement rien compris.
- « Sab ! Non, attends ! »
Trop tard. Le marchand de Sable a foncé vers les hauteurs, estimant que j'étais à présent à l'abri de Pitch, faisant claquer un fouet doré. Sauf qu'encore une fois, il fallait que je trouve cette maudite cartouche ! Et s'il fallait que je grimpe pour ça, j'allais le faire ! Bizarrement, cette petite cartouche suffisait à me donner du courage, comme si tout mon être refusait que quelqu'un d'autre ne touche à mes souvenirs contenus à l'intérieur…
Je n'étais pas si loin du lieu de l'affrontement, et l'ascension paraissait être assez simple, aussi je me suis-je lancée dans l'entreprise sans réfléchir. L'adrénaline rugissait dans mes veines, et j'ai avalé les quelques mètres qui me séparaient de mon but en un temps record. Mais lorsque j'ai posé la main sur le rebord de la plateforme qui vibrait sous les chocs d'un combat invisible à mes yeux, l'édifice entier s'est mis à trembler d'un coup, comme si quelqu'un s'amusait à donner des coups de pied dans les fondations du palais, baignées de ténèbres. J'ai baissé les yeux vers cette marée noire… Et j'ai cru défaillir lorsque celle-ci a de nouveau explosé, comme en écho au cri de rage que j'ai identifié comme celui de Pitch, au dessus de ma tête.
Les secousses qui en ont résulté ont été épouvantables, et ma deuxième main est venue soutenir la première de justesse, ma paume moite glissant contre le matériau lisse de la plateforme. Une explosion de douleur s'est répercutée jusqu'à mes épaules lorsque je me suis hissée vers le haut en forçant sur mes bras, mais j'ai finalement réussi à faire passer mon buste, ce qui m'a facilité la tâche et m'a permis de rouler sur le sol pour m'éloigner du bord.
Sauf que j'ai atterri en plein combat.
Pitch faisait face à Sab, tandis que Nord essayait de retenir trois cauchemars énormes à lui seul, armé de sabres d'abordage qui captaient des larmes de lune agressives en essayant de déchirer ses assaillants. Mais il avait du mal. Retors et vicieux à l'image de leur maître, les animaux cauchemardesques esquivaient ses parades en lâchant des grondements sourds.
Quant à Pitch et au Marchand de sable, c'était, pourrait-on dire, un combat de Titans. Chaque cauchemar touché par le fouet de Sab redevenait un rêve, mais seulement le temps que Pitch, armé d'une faux immense et rutilant faiblement sous le soleil tant elle était noire, ne les retransforment en cauchemar. C'était sans fin.
Mes yeux ont cherché deux choses : Beblue, que j'ai finalement repérée réfugiée dans ce qui restait d'une des niches des oiseaux métalliques, et ma cartouche de dents, complètement invisible.
J'ai d'un coup plongée pour éviter un coup de faux trop vif et je me suis mise à ramper vers la petite fée qui était recroquevillée en boule frémissante pour se protéger du mieux qu'elle pouvait des débris occasionnés par le combat. Cette tactique d'approche a fonctionné dans un premier temps, mais au bout d'un moment, j'ai fini par me faire remarquer, pour mon plus grand malheur.
Pitch, d'un coup vicieux, a envoyé une giclée de sable noir plus épaisse que les précédentes vers son adversaire pour l'aveugler, puis a fait un geste et je me suis sentie tirée vers le haut avec violence.
Je me suis figée comme une statue lorsque le Croquemitaine m'a bloqué les mains dans le dos et a plaqué un truc glacé sur ma gorge.
Tout s'est arrêté. Nord et les cauchemars n'ont plus fait un geste, et Sab nous a fixé d'un air dur en serrant ses petits poings autour des poignées de ses fouets. Pitch a lâché un rire, et la lame de son poignard de sable (impossible de l'appeler autrement…) s'est enfoncée en entaillant très légèrement la peau, me forçant à me mordre la langue pour ne pas lui faire le plaisir de lâcher un son.
- « Tant de précautions pour une simple enfant ! », a-t-il lâché sur un ton de velours, « Vous n'avez décidément pas changé ! Dites moi seulement : Vous ai-je manqué ? »
- « Relâche la, Pitch ! », a grogné Nord en gardant les trois cauchemars en vue, « Elle n'a rien à voir dans nos histoires ! »
J'ai senti la main de Pitch se resserrer autour de mes poignets.
- « Vous aimeriez bien qu'elle n'ai rien à voir, n'est ce pas ? Quel dommage que cela ne soit pas la vérité… »
Son rire, bien que bas et doux, résonnait de manière incroyable dans le lieu soudainement silencieux après le chaos de la lutte. Sab a fait un seul pas en avant en plissant davantage les yeux et des images se sont formées encore une fois au dessus de sa tête, faisant apparaître un sourire chez Pitch.
- « Aah ! Vous aimeriez bien savoir comment j'ai réussi ce petit tour, n'est ce pas ? Oui, Sab, tu as raison, il m'aurait fallu tellement plus de cinq ans pour sortir de cette prison souterraine, mais qu'est ce qui te fais croire que je te dirais comment j'ai fait ? Aurais tu peur de t'y retrouver une fois que j'en aurais fini avec vous ? »
Sa provocation déclencha une chute de sable plus drue autour du petit bonhomme qui fit claquer son fouet à coté de lui. Nord eut un mouvement en avant, mais Pitch l'en a empêché en appuyant encore sur ma gorge, et cette fois ci, le gémissement a franchi mes lèvres.
- « On t'a déjà battu une fois, Pitch ! On le refera ! Tant qu'un enfant croira encore en nous, nous t'avons déjà prévenu la dernière fois ! », a rugi le Père Noël en le pointant d'une de ses lames.
- « J'aurais toujours une marge d'avance sur vous, Vieil Homme. Et cette fois ci… Je ferais en sorte que l'Homme de la Lune ne s'en mêle pas. »
De quoi parlait-il donc, enfin ! Et qu'est ce qu'il avait fait de mes dents ? Mon cœur battait la chamade, et j'avais l'impression que toutes les sensations de mon corps s'étaient éteintes, à l'exception de celle de ma gorge menacée par cette lame de sable. Qu'est ce qu'il comptait faire ensuite ?
Sab a fait surgir de nouvelles images, mais Pitch a ri.
- « Je ne pense pas que cela soit dans mes habitudes de vous dévoiler mes petits secrets, Marchand de Sable. Vous allez devoir attendre le clou du spectacle. Maintenant, si vous voulez bien m'excusez, j'ai pris tout ce qu'il me fallait ici, et je n'ai plus envie de discuter avec vous… »
Mais avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit d'autre, un éclat de glace a fendu les airs, étincelle de givre mordante dans l'air ensoleillé qui est allée dissoudre un cauchemar s'étant approché de son maître, et dans un cri de guerre, Jack Frost a tout simplement sauté sur le dos du Croquemitaine. Surpris, celui m'a poussé, et je me suis cassée la figure avant que Nord ne m'attrape pour me serrer contre lui comme de manière à me protéger.
Malgré cette tentative audacieuse, Jack n'est pas resté sur le dos de son adversaire très longtemps, ayant du esquiver et geler un giclée de sable noir dirigée vers son visage. Sab s'est élancé, fouets prêts à claquer, mais Pitch a levé les bras avec un air terrible et s'est d'un coup retrouvé entouré d'une muraille ténébreuse surgie de nulle part, muraille à laquelle la marée noire stagnant autour des fondations et les cauchemars que Nord combattait ont adhéré en redevenant la substance granuleuse qu'ils étaient à l'origine. Comme une tornade, le mur s'est mis a tourné en créant des vents puissants, empêchant quiconque d'approcher, puis a tout simplement explosé vers l'extérieur en nous aspergeant copieusement. Lorsque le sable noir a fini par se poser, Pitch avait disparu.
Avec ma cartouche.
Nyahaha ! Ze zoui sadique ! Hum, bref... Bon, allez, zou je file me chercher de l'aspirine ! N'oubliez pas les Reviews, en espérant que ce chapitre aura plu notamment à certaines personnes (elles se reconnaitront, surtout quand je précise qu'elles sont responsables de l'avalanche de messages dans ma boite privée ! ^^ Meuh non, j'vous en veux pas ! C'est trop cool, continuez !). La suite bientôt (euh, faudrait peut être que je m'y mette du coup...^^')
