Chap 14 : Le Conseil des Sages.
Nouvelle Athos-Galaxie de Pégase
Le jumper se posa au milieu de la clairière ensoleillée. La porte arrière s'abaissa et l'Athosienne en sortit, Torren confortablement calé sur son dos. John lui avait acheté un porte-bébé dorsal de randonnée et elle avait pu constater à quel point cet objet était pratique. Le petit garçon, comme à son habitude, baragouinait gaiement en gesticulant.
« Du calme Torren ! Nous avons un peu de chemin à faire mon ange. » fit Teyla en empoignant dans chaque main, deux petits sacs de voyage.
Un pour elle et un autre pour Torren. Il fallait voyager léger. Et elle savait qu'elle pourrait trouver des affaires de rechange au village, une fois arrivée.
Elle fit un signe amical au soldat qui se tenait près de la porte et se mit en route tandis que le jumper redécollait déjà.
Elle marchait d'un pas rapide au milieu de la forêt clairsemée. Pourtant, sur son visage, on pouvait lire une ombre d'inquiétude.
Comment allait-elle être accueillie ?
La dernière attaque subie par son peuple avait été menée par Mickael pour la forcer à se jeter dans la gueule du loup. C'était en partie sa faute s'il ne restait à présent qu'une poignée des siens. Deux cents âmes. Un petit village. Elle comptait sur le fait que certains Athosiens avaient fui sur d'autres planètes. Mais le sentiment de culpabilité qu'elle éprouvait la minait un peu plus chaque jour. Ce sentiment incluait aussi le fait qu'elle avait décidé de mettre un terme à son histoire avec Kanaan.
Lors de sa dernière visite, alors qu'elle était encore avec le père de son fils, déjà, des murmures de mécontentement circulaient sur le camp. Les aïeux grondaient, les jeunes s'interrogeaient sur le bien-fondé de son statut de leader du clan. Elle ne pouvait leur en tenir rigueur.
Elle était venue pour éclaircir les choses. Mettre tout à plat devant le conseil des Sages et faire des choix. Elle devait bien ça à son peuple.
Au détour d'une colline, elle aperçut les toits de chaume du village. Depuis leur rencontre avec les Atlantes, son peuple avait beaucoup évolué dans plusieurs domaines. La construction des habitations et les techniques de culture en faisaient partie. Tous vaquaient à leurs occupations habituelles quand un groupe d'enfants qui jouaient sur la place l'aperçurent et se mirent à crier pour prévenir les autres de son arrivée. Bientôt, elle fut entourée par les rires endiablés d'une meute de marmots qui l'escortèrent jusqu'à la demeure qu'elle identifiât comme étant celle de Kanaan.
Attirés par ce tumulte soudain, l'Athosien sortit et afficha un visage ravi en se précipitant vers eux.
« Enfin ! Vous êtes là ! » lança-t-il en enlaçant chaleureusement Teyla.
Puis, il prit dans ses bras le petit garçon.
« Comme il a changé depuis la dernière fois ! Bonjour mon fils ! »
Torren le fixa avec ses grands yeux noirs. Quelques Athosiens vinrent les rejoindre.
« Halling ! » s'exclama Teyla en serrant dans ses bras son compagnon.
« Ravi de vous retrouver. »
« Merci » répondit la jeune femme en jetant rapidement un regard circulaire sur les habitants restés en retrait. Elle reconnut la sœur de Kanaan tout près du puits et qui la fixait avec des yeux hostiles. Teyla s'aperçut d'ailleurs qu'elle n'était pas la seule.
« Laisse-moi t'aider… » fit Halling en récupérant les sacs de l'Athosienne.
« Entrons boire quelque chose pour fêter votre retour parmi nous ! » s'exclama Kanaan qui arborait toujours un sourire radieux en regardant son fils.
Ils pénétrèrent alors dans la maison.
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Cité d'Atlantis- Terre-
« On devrait prévenir Teyla. Cela fait deux jours qu'il est dans le coma et qu'il n'y a aucun changement. » fit Ronon.
« Je sais. Mais le Dédale n'est pas encore revenu en orbite du site alpha. Il n'y a aucun moyen de lui faire passer le message pour l'instant. Et de toute façon, pour lui dire quoi ? Que John est inconscient et qu'on ne peut rien faire qu'attendre ? Autant la laisser profiter de son séjour sur la nouvelle Athos pour l'instant. Si John ne se réveille pas avant son retour, elle se fera bien assez de souci comme ça quand elle reviendra. » répondit Jennifer.
« Je vous accompagne à l'infirmerie ? » demanda le Satédien.
« Non merci Ronon, je pense que je vais y arriver seule ! ». La jeune femme posa amicalement sa main sur le bras de l'ex-runner pour lui signifier à quel point elle appréciait sa bienveillance. De ce fait, elle en profita pour arrêter leur marche commune vers le transporteur. Elle leva les yeux vers lui et demanda :
« Au fait, avec Melena… »
Ronon baissa les yeux et Jennifer aussi.
« Excusez-moi. Je voulais juste savoir si ça allait. »
« Ne vous en faites pas doc… » répondit-il. « Bon, si vous n'avez pas besoin de moi, je vais faire un tour sur la digue Est, manière de m'oxygéner un peu. A plus tard. »
« A plus tard Ronon. »
Jennifer le regarda s'éloigner. Elle inspira profondément en fermant les yeux pour tenter de chasser les sombres pensées qui la préoccupaient depuis deux jours. John, Melena, Walter, Rodney, le bébé…
Elle entra dans le transporteur et plongea les mains dans les poches de sa blouse blanche.
« Zut ! J'ai encore oublié ! » fit-elle en ressortant le petit médaillon noir.
« Vous n'êtes pas autorisé à entrer ici ! » aboya le soldat qui faisait bien deux têtes de plus que Ben.
« Mais j'ai parlé au docteur McKay et il a dit qu'il était d'accord ! » insistait le petit homme brun.
« Je n'ai pas été informé de ça ! »
« Alors appelez vos supérieurs et on verra ! »
« Je vous ai dit… »
« Holà ! » fit alors une voix qui venait du fond du couloir.
Rodney McKay, les bras chargés d'appareils et de câbles en tous genres, arriva vers eux en chancelant.
« C'est quoi ce souk ici ! On vous entend de l'autre bout de la cité ! Et puis est-ce que l'un de vous pourrait m'aider si ce n'est pas trop demander ? »
Ben McDonald se précipita pour récupérer deux ou trois portables qui menaçaient de s'écraser au sol.
« Merci ! » souffla le scientifique. « On peut savoir ce qui se passe ici ? »
« Il veut entrer dans votre labo ! » s'exclama le soldat. « Il dit que vous l'avez autorisé à le faire, mais moi, je ne reçois mes ordres que de Mr Woolsey et il ne m'a rien dit de tel… »
« Euh…Oui… Le bouclier… » fit McKay en levant les yeux au ciel. « OK, je vais appeler Woolsey et lui dire que c'est bon… Vous, venez avec moi… »
Les trois hommes pénétrèrent dans le laboratoire. Après avoir informé le dirigeant d'Atlantis par radio que Ben McDonald serait pour la matinée, le « stagiaire » de Zelenka, il fut présenté à Radek et imposé comme assistant du tchèque. Rodney demanda ensuite à Woolsey s'il pouvait venir en personne l'entretenir de certaines choses concernant la mission dans l'Himalaya. Il laissa donc les deux hommes seuls avec toutefois comme garde du corps, le soldat mécontent posté devant le labo.
« Donc, c'est ça un E2PZ… » fit Ben en s'extasiant devant le cylindre posé sur la paillasse de Rodney.
« Euh, oui… vous n'en aviez jamais vu avant ? » demanda Radek qui continuait à pianoter sur son portable.
« Non. C'est magnifique et si surprenant qu'un si petit objet renferme tant de puissance ! »
« Effectivement… » répondit le tchèque distraitement.
« Pourquoi vous ne vous en servez pas tout de suite ? »
« Je crois que McKay veut encore attendre. Il y a un truc qui le chiffonne, je n'ai pas compris quoi, mais bon, c'est lui le patron ici. Et puis, insérer cet E2PZ dans la tour centrale maintenant ne présente aucune utilité. Nous ne sommes pas attaqué, nous n'avons pas besoin de drones, de boucliers, et nous ne sommes pas prêt de repartir pour Pégase d'ici un bon moment !»
« Sur Sateda, nous fonctionnions uniquement avec du naquadah. Ce qui explique que nos boucliers n'ont pas tenu. »
« En parlant de bouclier… On se met au travail ? »
« Oui, oui, bien sûr ! » répondit Ben en jetant un dernier coup d'œil à cette source d'énergie exceptionnelle pour suivre Radek dans la pièce voisine.
Ronon se dirigeait d'un pas rapide vers la chambre d'Amélia. Il avait fait un détour par l'infirmerie pour s'enquérir d'une éventuelle amélioration de l'état de santé de Sheppard. Hélas, rien de nouveau. Son ami était toujours inconscient.
Il avait dit à Jennifer qu'il voulait aller sur la digue Est mais avant, il avait décidé de passer prendre ses bâtons pour faire quelques mouvements. Le ciel était chargé de nuages aujourd'hui et le soleil ne tapait pas trop. De plus, il avait besoin d'air… D'évacuer la tension.
Il savait qu'il avait laissé ses armes dans la chambre de la jeune femme. Il entra et parcourut rapidement des yeux l'intérieur de la pièce. Dans le coin près du lit, il vit les deux bâtons posés contre le mur. Il s'en empara et revint vers la porte. C'est à ce moment-là qu'il l'aperçut, posé sur la commode. Un dossier rouge.
Il n'avait pas le souvenir de l'avoir vu en partant ce matin. Après une seconde d'hésitation, il se décida à jeter un œil à la première feuille. Arrivé au bas de la page, son visage de figea. Il referma le dossier et sortit de la chambre.
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« Bien joué Amy.» fit Larrin en se relevant péniblement.
La Traveller venait de recevoir un coup de genou bien placé dans les côtes et ne put s'empêcher de grimacer de douleur.
« Désolée Larrin, ça va aller ? » s'excusa Amélia en venant vers elle. « Je suis… Vraiment… »
« C'est rien ! » s'exclama la jeune femme qui reprenait lentement son souffle. « Ce n'est pas la première fois que je sers de défouloir à quelqu'un, vous savez ! »
« Je crois qu'on va s'arrêter là. » décréta la technicienne en tendant à son adversaire une bouteille d'eau.
« Non ! Voyons ! J'aime tellement prendre une raclée ! Continuons ! » répliqua Larrin en riant.
Cela eut le mérite de faire sourire Amélia à son tour.
Les deux jeunes femmes sortirent de la salle d'entrainement pour se diriger vers le transporteur.
« Je dois aller faire quelques tests avec le docteur McKay dans la salle de l'E2PZ dès qu'il aura fini avec Woolsey. » fit la technicienne.
« Donc, je vais vous laisser… McKay et moi, on est plutôt en froid en ce moment, bien que le thermomètre n'ait jamais vraiment dépassé les 0°C entre nous… Mais là, depuis l'histoire du fauteuil, c'est pour ainsi dire devenu glacial… »
« J'espère vraiment que le colonel Sheppard va se réveiller bientôt. »
« Moi aussi. » répondit Larrin en soupirant. « D'ailleurs, je vais faire un tour à l'infirmerie. »
« J'ai encore un peu de temps devant moi. Je viens avec vous. »
« OK allons-y. »
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Woolsey était en train de ranger des documents dans son attaché –case tandis que Rodney continuait de se plaindre.
« Ils vont garder l'E2PZ de Shambhala ! Mais c'est pas vrai ! Nous en avons besoin ici si nous repartons pour Pégase ! »
« Ecoutez docteur McKay, je vais justement devoir m'absenter quelques temps pour un petit séjour à Washington. Je vais aller parler au président moi-même. J'ai demandé une audience et elle a été acceptée. Je quitte la cité ce soir. La découverte du fauteuil a changé la donne. Surtout la découverte des drones. Cela renouvelle de façon conséquente notre stock ! Et si Sheppard se réveille sans séquelles, ce que je souhaite vivement, et qu'il est en mesure de nous expliquer ce qui s'est passé alors j'aurais un argument de poids pour convaincre le CIS et le président de nous laisser repartir dans Pégase. Ce siège et les drones permettraient d'assurer la défense de la Terre si nous partons. Vous avez dit vous-même que l'E2PZ trouvé dans le laboratoire de Mickael serait suffisant pour le bon fonctionnement d'Atlantis une fois là-bas. »
« Oui, il sera suffisant. Au fait, à propos de cet E2PZ… » commença Rodney la mine contrariée.
« Il ne fonctionne pas ? » s'affola Woolsey.
« Si. Mais un léger détail me turlupine. Enfin bref ! » soupira Rodney. « On verra ça quand vous reviendrez. »
« Bien. Vous savez docteur McKay, je ne suis pas ravie de devoir quitter Atlantis alors que Wilson est dans les parages. J'essaierai de faire vite. Mais si je peux les convaincre …Vous comprenez… »
Les deux hommes se regardèrent. Ils étaient d'accord. Repartir pour Pégase serait une bonne chose pour tous les peuples qui comptaient sur eux là-bas.
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Nouvelle Athos-Galaxie de Pégase
Teyla ferma doucement la porte de la chambre. La nuit tombait sur la nouvelle Athos. Kanaan l'attendait devant la maison pour se rendre au Conseil.
L'instant de vérité était arrivé. Elle avait elle-même demandé aux Sages de siéger en réunion extraordinaire pour évoquer les derniers évènements ainsi que son absence forcée loin de Pégase.
Astryl, la nourrice, restait veiller sur Torren. Alors qu'ils se dirigeaient vers la tente érigée pour l'occasion, Kanaan s'arrêta un instant et lui fit face.
« Ecoute, je sais que c'est toi qui a voulu tout ça, mais il faut que tu saches… Kirdeen sera là. »
L'Athosienne baissa les yeux.
« Ma sœur t'en veut Teyla. Enormément. Elle dit que tu es responsable de la mort de Bradys. »
« Et elle a raison… » répliqua la jeune femme en soupirant.
« Ce n'est pas vrai, enfin ! »
« Si Mickael vous a attaqué et capturé pour se servir de vous comme cobaye, c'est à cause de moi, Kanaan ! Il savait que s'il s'en prenait à vous il m'aurait à sa merci ! Et Bradys a été l'une de ses victimes, hélas. J'aurais dû être plus forte. J'aurais dû me débarrasser de lui bien avant… Avant qu'il ne tue le fiancé de ta sœur… Avant qu'il ne vous fasse du mal, à tous. »
La jeune femme continua sur le chemin de la tente et quand elle arriva devant l'entrée, elle put constater que tout le village ou presque était rassemblé à l'intérieur. Jeunes, vieux, enfants étaient installés en arc de cercle autour de la tribune des Sages. Ils étaient au nombre de cinq alors qu'au temps jadis, le Conseil était composé d'une dizaine de membres.
Dès qu'elle s'avança au centre de la tente et qu'elle s'assît sur le sol devant les Sages comme tous les intervenants prévus ce soir-là, un murmure parcourut l'assistance jusque-là étrangement silencieuse.
Teyla croisa le regard de Kirdeen, toujours aussi glacial. Son cœur se serra. Tout comme Kanaan, Kirdeen et elle avaient été élevées ensemble dès leur plus jeune âge. Mais à présent, l'Athosienne ne voyait que de la haine sur le visage de celle qui avait été comme sa sœur…
« Nous allons commencer la séance » déclara l'un des membres du Conseil. « Le premier point abordé ce soir sera l'organisation de la prochaine récolte. Les bras valides commencent à manquer hélas. Nous allons envoyer des émissaires dans deux jours sur Selenos pour demander au peuple de la Plaine si quelques-uns de leurs hommes peuvent venir nous prêter main forte. Kanaan ? Temeth ? Dalkon ?»
Les trois hommes acquiescèrent.
Les sélections, les attaques…Son peuple réduits à une poignée d'individus… La gorge de Teyla se noua et tandis que le conseil avançait, elle se mit à penser à John. Comme elle aurait aimé l'avoir à ses côtés en cet instant précis…
Soudain, l'évocation de son prénom la fit sursauter et la ramena à la dure réalité.
« Teyla Emmagan, fille de Tagan, tu as fait part de ton désir de faire une déclaration ce soir devant tout le village. Parle à présent. » fit un vieil homme au visage buriné.
La jeune femme se leva et se tint droite face aux cinq hommes qui la dévisageaient. Mais c'est vers son peuple qu'elle se tourna lorsqu'elle commença à parler.
« Vous savez tous qui je suis et quelle est mon histoire, et il fut un temps où vous avez placé votre confiance en moi. »
« Oui ! Et tu nous as trahis ! » hurla soudain une femme derrière elle.
Teyla pivota pour voir Kirdeen venir se planter devant elle, avec un air de défi. Un brouhaha s'installa alors parmi les auditeurs.
« C'est à cause de toi si les nôtres ont été décimés ! A cause de toi si nous avons été capturés, torturés, transformés en êtres abjects ! » ajouta-t-elle avec fureur.
« Kirdeen ! Ça suffit ! » s'interposa Kanaan.
Alors la jeune femme harangua la foule.
« Elle était notre leader ! Notre chef ! Et où est-elle depuis plusieurs mois ? Bien tranquille sur Atlantis ! Dans une autre galaxie ! Loin des Wraiths ! Tandis que nous sommes terrés ici à trembler tous les jours qu'une nouvelle sélection ne finisse de nous achever ! Tu devais nous protéger ! » continua-t-elle en défiant à nouveau Teyla du regard. « Tu nous as abandonnés ! Tu as abandonné le père de ton enfant pour le remplacer par ce soldat ! Tu as éloigné Torren de son père ! Tu viens nous voir de temps en temps pour te donner bonne conscience ! Et c'est à cause de toi si j'ai perdu Selmis ! »
Des larmes de colère coulaient à présent le long de ses joues. Plusieurs hommes s'étaient levés et postés derrière elle pour lui apporter son soutien et affirmer leur adhésion à son discours.
« Oui Teyla ! Tu n'es plus digne d'être notre chef ! D'ailleurs, nous nous en sortons mieux sans toi !» s'écria l'un d'eux en pointant l'Athosienne d'un doigt menaçant.
Teyla ne bougeait pas. Son sang s'était changé en glace.
« C'est la colère qui parle pour toi Kirdeen. » décréta l'un des membres du conseil. « Va t'asseoir. »
Le ton de sa voix ne souffrait aucun refus.
La jeune femme, les dents tout comme les poings serrés, s'exécuta à contrecœur.
« Elle a raison » déclara alors Teyla.
Le murmure dans l'assistance s'intensifia.
« Je suis venue implorer votre pardon. A tous. Si vous avez été attaqués c'est en partie ma faute. Je vous ai délaissés ces derniers temps. Pourtant, sur Terre, j'ai tenté maintes fois de convaincre les dirigeants de la cité de la laisser revenir dans Pégase. Sans succès. J'ai échoué et j'ai trahi la confiance que vous me portiez. Vous devez à présent choisir un nouveau chef. Pour tout cela je suis coupable. Mais ce dont je ne m'excuserai jamais devant vous, c'est d'aimer à présent un homme d'honneur… » ajouta-t-elle en fixant la foule avec opiniâtreté. « Un homme qui n'a pas hésité à risquer sa vie pour me sauver et vous sauver vous aussi ! Un homme qui ferait tout pour revenir ici et vous protéger à nouveau ! Ce qui s'est passé entre Kanaan et moi ne regarde que nous ! »
L'Athosien lui lança un regard complice.
« Il est le père de mon fils et il a tout mon respect ! Mais puisque j'ai perdu le votre, ce que j'accepte et je comprends, je ferai tout pour le regagner et je vous reste fidèle. Aussi longtemps que je vivrais… »
La jeune femme se tut. Plusieurs Athosiens quittèrent le conseil, exaspérés. Parmi eux se trouvait Kirdeen. Halling soupira. Comment en étaient-ils arrivés là ? Les membres de la tribune échangèrent quelques mots. Tous avaient l'air d'accord.
« Après avoir entendu les paroles de Teyla Emmagan, je propose, comme elle l'a elle-même suggéré, que soit désigné un nouveau chef. » décréta l'un d'eux.
L'assemblée s'enflamma alors.
Au dehors, dans le calme de la nuit, la silhouette menue d'une femme se faufila le long des allées désertes et pénétra dans une maison dont l'intérieur était éclairé par la pâle lueur d'une bougie.
Elle s'assit près de la fenêtre et caressa du bout des doigts les lanières tressées d'un bracelet de cuir. Puis, on frappa à la porte tandis que, au loin, des clameurs de satisfaction s'élevaient en provenance de la tente du conseil… Kanaan était le nouveau leader des Athosiens.
OoooooO
Cité d'Atlantis-Terre
Sur la digue Est, Ronon enchaînait les mouvements avec précision. Le vent venait caresser son visage et les bâtons du Satédien fendaient l'air lourd chargé d'humidité. De gros nuages noirs pointaient à l'horizon. Un orage se préparait. D'ailleurs, il vit apparaître quelques éclairs qui commençaient à zébrer le rideau sombre du ciel avant de disparaitre presque aussitôt. Il ferma alors les yeux et continua ses passes. Il ne pouvait chasser de son esprit la vision de cette feuille de papier…
Demande de mutation pour Amélia Banks.
Washington.
C.I.S.
Pourtant, bientôt, il se sentit observé. Il se retourna et vit Melena et son escorte près de la porte.
« Je suis désolée, je ne voulais pas vous déranger… » s'excusa-t-elle.
Elle avait revêtu un uniforme atlante. Un débardeur et un pantalon aux couleurs de la cité. Ses cheveux étaient détachés et Ronon crut même discerner une touche de bleu sur ses paupières. Le Satédien fit un signe de tête vers le militaire chargé de surveiller la jeune femme pour lui signaler qu'il pouvait disposer et attendre à l'intérieur.
« Vous… vous entrainez souvent ici ? » enchaina-t-elle après le départ du soldat.
Ronon se retrouva soudain plutôt mal à l'aise. Comme à chaque fois qu'il se trouvait en sa présence et qu'il ressentait ce trouble indéfinissable qu'il aurait voulu faire disparaitre.
« Euh… Quelquefois. Pas souvent à vrai dire. Mais là, j'avais besoin de sortir de la cité. De m'aérer un peu. »
« Je comprends. » répondit-elle en fixant l'horizon.
Elle se baissa lentement pour s'asseoir à même le sol et regarda en direction des nuages menaçant qui se dirigeaient vers eux. La luminosité diminuait peu à peu. On aurait dit que la nuit voulait tomber en avance. Ronon ne savait pas trop quoi faire. Il n'allait tout de même pas la laisser en plan, toute seule sur cette digue mais tout en lui criait qu'il ferait mieux de quitter les lieux… Alors que la jeune femme restait silencieuse, il décida finalement de s'asseoir à côté d'elle.
Quelques minutes s'écoulèrent avant que Melena ne tourne enfin la tête vers lui.
« Ça doit être plutôt dur pour vous. » fit-elle en le regardant dans les yeux.
Ronon fut un peu pris au dépourvu.
« Dur ? Pourquoi ? » répéta-t-il un peu gauchement.
Melena lui sourit.
« De revoir le clone de votre femme tuée par les Wraiths. »
OoooooO
« Dites, vous avez vu le ciel ? » s'extasia Larrin.
De retour de l'infirmerie, les deux femmes passèrent devant le balcon de la tour Est. La Traveller se précipita sur la terrasse pour admirer le festival d'éclairs qui illuminaient à présent le ciel sombre non loin de la cité. Amélia vint la rejoindre et s'amusa de la voir excitée comme une gamine de cinq ans devant un paquet de sucettes.
« Vous n'avez jamais vu d'orage ? »
« Si, il y a très longtemps…Une éternité ! Ce n'est pas tous les jours que l'on voit ce genre de phénomène quand on vit dans un vaisseau spatial ! Et celui-là s'annonce grandiose n'est-ce pas ? »
La technicienne estima en effet que la foudre serait sur eux dans quelques minutes.
« Il y a des chances ! Avec une bonne grosse averse ! D'ailleurs, sil vous voulez être aux premières loges, vous feriez mieux d'aller sur la digue ! » ajouta-t-elle en riant.
Mais tandis qu'Amelia parlait, quelque chose en contrebas avait attiré l'attention de Larrin.
« En parlant de digue… Ce n'est pas Ronon là-bas ? Et on dirait qu'il y a quelqu'un avec lui… »
La technicienne baissa les yeux à son tour.
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Quelques gouttes commencèrent à tomber. Un grondement sourd se fit bientôt entendre. L'orage arrivait sur eux.
« Qui vous l'a dit ? » demanda Ronon.
« Wilson.»
Le Satédien ne savait pas quoi répondre. Parler, en temps ordinaire, n'était pas sa tasse de thé. Alors en cet instant, que pouvait-il bien ajouter ? Son expression voulait tout dire. Il était perdu, en colère, curieux, se sentait coupable, assailli par les regrets…
« Je voudrais tant me souvenir… » fit-elle alors que son bras frôla celui de Ronon. « Vraiment me souvenir. Ce vide me ronge. J'ai comme un trou béant au milieu de la poitrine… »
Le souffle de la jeune femme se fit plus rapide.
« Je suis ici. Je suis un monstre… ».
Elle replia ses bras sur elle-même, comme si elle avait froid, comme si elle voulait combler ce puits sans fond qui l'empêchait de respirer. Les larmes montèrent. Elle commença à se balancer machinalement d'avant en arrière comme on berce un enfant pour le rassurer. Mais l'apaisement ne venait pas.
Un éclair déchira le ciel au dessus de leurs têtes immédiatement suivi par un fracas de tempête.
Ronon était paralysé. Il comprenait. Du moins il le croyait.
Il voulait tant l'aider. Mais comment… alors que lui-même ne savait plus…
La pluie se mit à tomber de plus en plus fort.
L'ex-runner se leva.
« On devrait rentrer… ».
La jeune femme ne semblait pas l'entendre. Alors, il se pencha vers elle et prit ses mains pour la soulever. En quelques secondes, ils furent trempés. Les larmes se mêlèrent à la pluie. Melena leva les yeux vers lui. D'un geste lent, Ronon dégagea du bout des doigts les mèches plaquées sur sa joue. Il avait toujours sa main dans la sienne.
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« Cette femme, c'est… ». Larrin laissa sa phrase en suspens et tourna la tête vers Amélia qui ne pouvait détacher ses yeux de la scène qui se déroulait à quelques dizaines de mètre en dessous.
La Traveller vit les mains de la technicienne se crisper sur la rembarde alors même que Ronon et Melena se rapprochaient doucement l'un de l'autre.
OoooooO
La jeune femme leva son visage vers lui. Il pencha lentement le sien. Centimètres par centimètres, la distance qui les séparait s'effaça.
Ronon sentit bientôt le souffle chaud de Melena contre sa bouche et, baignés de pluie, leurs lèvres se touchèrent.
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Le cœur d'Amelia implosa. Respirer devint subitement une torture. Elle ferma les yeux et recula en titubant.
Larrin fut soudain à court de mots… Elle esquissa un geste vers la technicienne qui déjà ne la voyait plus.
« Amy… »
La jeune femme pivota sans un mot et s'éloigna tel un automate dans le couloir.
« C'est pas vrai… » pesta la Traveller, en se penchant à nouveau pour observer se qui se passait sur la digue.
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Un matin de printemps, onze ans plus tôt, près de la rivière, le pique-nique… Elle portait une robe bleue…
Le jour où il était passé à l'hôpital pour la chercher et qu'il l'avait vue essayer de sauver ce soldat revenu de mission et qui avait été torturé par un Wraith. Ses pleurs quand elle avait dû fermer les paupières de ce garçon qui n'avait de dix-neuf ans…
La première fois qu'ils avaient fait l'amour au cours de cette calme soirée d'été…
Le sourire de sa mère quand il l'avait présentée à sa famille…
La douleur, jour et nuit, quand elle avait été tuée…
L'image se brouilla. Le film défila en accéléré pour stopper enfin quelques mois plus tôt.
La douleur quand il faillit la perdre dans ce jumper…
La douceur de ses lèvres… Les reflets cuivrés de ses cheveux… Le goût de sa peau … Sa force et son sourire… Elle lui avait dit qu'elle l'aimait… Plusieurs fois au cours de ses mois passés ensemble…
Elle était devenue son avenir…
Amélia…
Ronon recula brusquement, mettant un terme à leur étreinte. Melena le fixa d'un air surpris.
« Non, je ne peux pas… » fit-il en continuant de reculer sous la pluie battante.
Melena voulut le rattraper. D'un geste de la main, le Satédien stoppa son élan.
« Ronon, je… »
« C'est ma faute… Je dois y aller… » lança-t-il en se détournant pour regagner la porte.
Debout, au milieu de la digue et alors que l'ex-runner s'éloignait, Melena s'écria :
« C'est à cause d'elle hein ? Amélia ! »
Ronon continua d'avancer.
« Est-ce que tu l'aimes comme tu m'as aimée, moi ? » hurla presque la jeune femme.
Le Satédien ralentit. Melena crut qu'il allait même s'arrêter et se retourner vers elle. Mais il n'en fit rien et passa la porte de la tour Est.
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Larrin, un léger sourire aux lèvres, fit demi-tour et se dirigea vers ses quartiers alors qu'un fracas de terre qui explose secoua le désert au dehors.
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Coupée du terrible vacarme qui régnait à l'extérieur, l'infirmerie était presque déserte. Le crépitement des gouttes de pluie contre la vitre de la chambre donnaient le change aux signaux réguliers des pulsations cardiaques du corps allongé sur le lit. Les doigts encore crispés sur le médaillon se mirent à bouger. D'abord imperceptiblement. Puis la main entière se relâcha. Le pendentif reposa sur le lit. John Sheppard ouvrit alors les yeux.
