Chap 16 : Déclic

-Cité d'Atlantis-

« Ok, tout va bien John. J'ai encore du mal à comprendre ce qui vous est arrivé mais toutes vos constantes sont bonnes. Vous pouvez quitter l'infirmerie. »

« Parfait ! Ça tombe bien, j'ai une faim de loup ! » fit le militaire en enfilant son T-shirt.

Il récupéra aussi le médaillon posé sur la table de chevet et s'apprêta à le passer autour de son cou quand Justin Wilson apparut sur le seuil.

« Ceci est la propriété du C.I.S. » lança-t-il en s'approchant de Sheppard.

John acheva lentement son geste et le médaillon disparut sous le tissu.

« C'est le médaillon d'Ernest Matthews, n'est-ce pas ? ».

Jennifer se retourna avec surprise et dévisagea Wilson.

« Le médaillon que vous avez délibérément omis de nous remettre en effet. » répliqua-t-il.

« Cet objet est à lui ! » s'indigna John.

« Cet objet est un artefact Ancien ! Il doit être étudié et conservé ici, d'ailleurs, je vous conseille de me le rendre ! »

« Si vous le voulez, alors prenez-le moi. » rétorqua Sheppard, debout face au membre du C.I.S.

Jennifer s'était éloignée au fond de la salle et faisait mine d'être occupée à ranger des flacons dans l'armoire. Les deux hommes se toisaient avec animosité. Woolsey était parti dans l'après-midi. Wilson était désormais seul aux commandes de la cité. John attendait la réaction de Justin. Ce dernier hésitait. Bien sûr, il était ambitieux. Mais il manquait d'expérience et se sentait encore décontenancé devant l'aplomb du militaire.

« Si comme vous le dites, cet objet doit être étudié, alors je crois que je devrais aller le remettre au docteur McKay. » fit John en lançant un clin d'œil à Jennifer avant de se diriger finalement vers la sortie.

Wilson bouillonnait de rage devant le petit air condescendant du colonel. Cet air que lui-même maîtrisait à merveille quand il était en position de force. Mais à l'instant, devant Sheppard, il avait perdu la face et cela devant le docteur Keller. Cette dernière avait d'ailleurs du mal à cacher sa satisfaction.

« Bonne soirée docteur » décréta Justin avant de quitter les lieux à son tour, le visage crispé.

« Bonne soirée Mr Wilson » répondit la jeune femme en tentant d'arrêter de sourire.

OooooooO

John arriva au mess et fut accueilli par de nombreux coups d'œil et signes de bienvenue. Evan Lorne était assis avec deux de ses hommes à une table et Sheppard les rejoignit.

« Colonel, content que vous soyez rétabli !»

« Merci major… Le petit somme a été plutôt réparateur je dois dire… »

« Et quelle découverte ! Un deuxième E2PZ, un fauteuil Ancien et des drones ! A ce que j'ai compris, le SGC va garder le tout ! Nous allons juste récupérer quelques drones pour remonter notre stock. »

« Oui, le fauteuil est sans danger. Il est similaire à celui que nous avons ici. Le fait que je sois tombé inconscient a, je pense, un rapport avec le fait que je tenais le médaillon Ancien quand j'ai voulu prendre les commandes. J'ai fait un trip d'enfer tout en sauvant la mise de mes petits camarades. »

Le major Lorne et ses hommes le dévisagèrent, un peu interloqués.

« Je veux dire que j'ai vu des trucs étranges… » précisa Sheppard. « On dirait que je suis entré en contact avec quelqu'un… »

« Ça ne m'étonne pas » répondit Lorne. « Après tout, sur le Mont Black Tusk, cet objet vous a permis de communiquer avec Amelia par la pensée. Elle avait, par contre, le deuxième médaillon avec elle. Peut-être existe-t-il d'autres médaillons de ce genre et vous avez créé une sorte de lien télépathique avec son possesseur…»

Cette fois, c'est John qui regardait Lorne avec un air étonné.

« Vous savez quoi Lorne ? Je crois que vous avez entièrement raison… Maintenant, reste à savoir qui était à l'autre bout du fil. »

OooooO

Jennifer Keller venait juste de sortir de l'infirmerie pour se rendre au laboratoire de biologie moléculaire. Elle avait laissé trop de champ libre à Walter et comptait bien remettre les pendules à l'heure, une bonne fois pour toutes. Au bout du couloir, elle aperçut Rodney devant le téléporteur.

« Rodney ? »

« Ah ! Jennifer. On mange ensemble tout à l'heure ? » répondit le scientifique en déposant un baiser sur sa joue.

« Pas de problème, on se retrouve à 20H au mess…Là, je vais au labo de biologie moléculaire. » répondit-elle alors que Rodney s'engouffrait dans la cabine.

« A tout à l'heure alors. Je t'ai…. ». La porte de referma devant la doctoresse, qui arborait un sourire jusqu'aux oreilles.

« Moi aussi je t'aime Rodney. » murmura-t-elle pour elle.

Soudain, l'oreillette de la jeune femme grésilla.

/ « Docteur Keller, nous avons un souci ici. »/

« Edward ? Que se passe-t-il. »

/ « Vous feriez mieux de venir docteur… »/

« J'arrive tout de suite ».

Quelques minutes plus tard, elle déboula dans la pièce où l'attendaient les deux assistants. Elle les dévisagea tour à tour avant que Tim ne prenne finalement la parole.

« Un des flacons expérimentaux a disparu. J'ai préféré vous avertir parce que je pense que c'est le docteur Walter qui l'a pris. »

« Un flacon de … »

« De sérum… » enchaina Edward, un peu affolé. « Je suis désolé ! On aurait dû vous avertir plus tôt ! Surtout que le docteur Walter nous a pris la tête toute la journée d'hier à nous demander où se trouvait la salle de stase. Je ne pensais pas qu'il avait prévu de faire quoi que ce soit si tôt ! »

« Vous voulez dire qu'il compte déjà utiliser le sérum sur Todd ? »

Les deux jeunes gens baissèrent les yeux. Jennifer serra le poing et l'abattit sur la paillasse.

« Quel imbécile ! Je descends à l'étage en dessous… »

« Docteur Keller, je viens avec vous…. » ajouta Tim.

« Non, d'abord, vous, vous prévenez Wilson et vous lui expliquez la situation et vous Edward, trouvez le colonel Sheppard. Ensuite rejoignez moi tous là-bas. »

Les deux assistants acquiescèrent tandis que Jennifer se précipitait dans le couloir.

OoooooO

Amélia marchait sur la passerelle menant à la salle de contrôle. Elle retrouva Chuck assis à son poste et elle prit place à côté de lui.

« Tu as enfin terminé avec McKay ? » demanda-t-il.

« Oui, juste quelques réglages au niveau des cristaux. Le système est à nouveau opérationnel. » répondit-elle.

« Et toi, à nouveau opérationnelle ? » tenta Chuck en lui lançant un regard complice.

« Ça ira. » fit Amélia en lui souriant.

Alors, Justin Wilson sortit de son bureau et se dirigea vers elle. Chuck baissa les yeux en affichant une mine crispée. Amélia avaient les siens rivés sur son écran.

« Amy ? On peut discuter ? »

« Je ne crois pas non. » rétorqua-t-elle sans tourner la tête.

« S'il te plait viens dans mon bureau. J'ai besoin de te parler en privé. »

« Tu peux dire ce que tu as à dire ici. »

Justin, visiblement très mal à l'aise, se pencha vers la jeune femme qui se recula avec dégoût.

« S'il te plait » demanda-t-il avec un air à la fois anxieux et dépité.

Alors, un signal lumineux apparut sur le poste de la technicienne qui fixait à présent son ex-mari avec froideur.

« Un appel du SGC. Tu devrais le prendre dans ton bureau. » lança-t-elle, glaciale, sans détourner le regard.

Justin Wilson capitula et fit demi-tour.

OoooooO

Teyla ouvrit lentement les yeux. Il lui semblait que sa tête allait exploser. D'abord troublée, sa vision s'ajusta à la demi-obscurité du lieu qu'elle reconnut instantanément.

Elle était dans un vaisseau ruche. Elle s'appuya sur ses coudes pour se redresser et lorsqu'elle leva les yeux, elle aperçut la grille aux courbes anarchiques de sa cellule.

Une fois assise, elle passa sa main à l'arrière de son crâne et constata que sa nuque était couverte de sang séché et qu'elle avait une belle bosse.

D'un regard circulaire, elle put constater qu'elle était seule. Où étaient passés les autres ?

Elle eut à peine le temps de spéculer sur le devenir de ses camarades qu'un groupe de trois Wraiths apparut sur le seuil. Un gradé et deux gardes. Elle se mit debout et attendit, les poings serrés.

Le Wraith vêtu d'un grand manteau gris s'approcha de la cellule et déverrouilla la porte. L'athosienne ne bougea pas d'un centimètre même quand la créature au visage verdâtre s'avança jusqu'à presque la toucher.

« La reine veut te voir. » feula-t-il.

Les deux gardes vinrent l'agripper chacun par un bras et l'emmenèrent dans le couloir. Au cours de leur déambulation à travers le vaisseau, Teyla se décida finalement à demander :

« Où sont mes compagnons ? »

Le Wraith au manteau gris ricana.

« Je crois que tes « compagnons » avaient vraiment une dent contre toi… » répliqua-t-il.

Le visage de l'Athosienne s'assombrit. Non. C'était impossible. Ils n'avaient pas pu faire ça… Pas Kanaan. A moins que Temeth…

Ils arrivèrent enfin dans une grande salle baignée d'un flot de lumière artificielle blafarde. Au fond de la pièce, une immense baie vitrée laissait entrevoir les circonvolutions blanchâtres d'une proche atmosphère. Ils étaient en orbite. Probablement au dessus de la planète où elle venait d'être capturée. Devant cette fenêtre sur l'espace à la vue imprenable se dressait un grand siège ressemblant à un trône. Teyla fut conduite devant le fauteuil qui se mit à pivoter lentement, révélant son occupant.

Une reine Wraith aux cheveux hirsutes et d'un orange vif la fixa avec satisfaction. Teyla se crispa. Les deux gardes ne l'avaient pas lâchée. Cependant d'un signe de la main, la reine leur intima l'ordre de se retirer. Ils obéirent tandis que l'Athosienne restait seule debout face à la femelle Wraith.

« Teyla Emmagan… » murmura-telle d'une voix rauque.

Une lame glacée s'était introduite dans l'esprit de la jeune femme. Teyla se mit à tituber. Elle tenta de repousser l'assaut. La reine Wraith essayait de s'immiscer dans ses pensées. Peine perdue. L'Athosienne brisa la connexion tandis que la reine sursautait dans son fauteuil, surprise par la résistance peu commune de sa prisonnière.

« J'ai entendu parler de toi… Et de ton don. De tes amis d'Atlantis également. »

« Est-ce que les trois personnes qui étaient avec moi sont sur ce vaisseau ? » répliqua Teyla.

« Tu étais seule sur Barkan… »

« Barkan…» répéta la jeune femme sans grande surprise. Sa mémoire ne lui avait donc pas joué de tour. Depuis qu'elle avait posé les yeux sur ce paysage, elle avait compris que quelque chose clochait.

« Le message était très clair. Nous l'avons reçu hier soir. Teyla Emmagan livrée sur Barkan sans aucune contrepartie. L'occasion était trop belle. »

L'Athosienne baissa les yeux. Ainsi donc, elle avait été trahie…

« Ta présence parmi nous n'était pas vraiment prévue dans le plan mais c'est une très bonne surprise qui va nous conférer un avantage encore plus grand… »

Teyla releva la tête pour plonger son regard dans les yeux reptiliens de la reine.

« Un plan ? Qu'est-ce que vous manigancez ? »

Des pas retentirent derrière la jeune femme qui pivota pour apercevoir un Wraith de grande taille faire son entrée dans la salle du trône. A sa vue, la reine se leva et ne put cacher son excitation soudaine.

« Ah, te voilà enfin ! Comment se déroule nos affaires ? Pourquoi est-ce si long ? »

Le Wraith s'arrêta près de Teyla. Il portait ses cheveux blancs attachés en queue de cheval et ses mains étaient gantées de cuir.

« Cela ne devrait plus tarder ma reine... Bientôt, nous recevrons le signal et nous serons prêts. »

Il portait aussi une longue dague accrochée à sa ceinture et un étrange médaillon hexagonal dont les reflets irisés tranchaient avec le noir de son plastron.

OooooO

Ce n'était décidément pas l'idée du siècle de venir se frotter à l'impressionnant Ronon Dex. Marcus Perkins était à présent un hématome géant d'un mètre quatre-vingt. Au bout de vingt minutes d'entrainement au combat, il avait mal absolument partout.

« Vous avez bien progressé sergent. La prochaine fois, vous surveillerez un peu mieux votre flan gauche » fit l'ex-runner en allant ranger les bâtons.

La prochaine fois, pensa le militaire, il viendrait en armure ! Si il y avait une prochaine fois ! Perkins salua le satédien avant de se diriger vers la sortie en claudiquant. La porte s'ouvrit devant lui et il tomba nez à nez avec Larrin. Marcus devint rouge comme une tomate et la salua brièvement en bafouillant avant de quitter les lieux précipitamment.

La Traveller se retourna alors pour voir le militaire disparaitre au détour du couloir. Décidément, les hommes se comportaient bizarrement dans cette cité !

La porte se referma derrière la jeune femme tandis que Ronon continuait de ranger le matériel.

« Est-ce qu'on peut parler un instant ? » demanda-t-elle d'une voix assurée.

« Parler de quoi ? » fit-il en attrapant la serviette posée sur le meuble bas où reposait son blaster.

Larrin s'approcha de lui.

« Qu'est-ce que vous fichez avec ce clone ? »

Ronon leva les yeux et accrocha les prunelles assassines de la Traveller.

« Occupez-vous de vos affaires. » rétorqua-t-il en faisant mine de s'en aller.

Larrin s'interposa sans la moindre hésitation. Ronon la dépassait de deux têtes mais la jeune femme ne semblait pas intimidée le moins du monde.

« En fait, j'aime bien Amélia… » commença-t-elle. « C'est une fille gentille et une des seules personnes à me traiter avec bienveillance ici. Alors bien sûr, vos histoires de couple ne me regardent pas, mais soyez honnête avec elle. Et jusqu'à ce que les choses soient claires entre vous, je vous conseille d'éviter d'embrasser le clone de votre femme à la vue de tous. »

Ronon se figea.

« Comment…. »

« Oh, j'étais sur un petit balcon avec une vue imprenable sur la digue Est. Et hélas pour vous, je n'étais pas seule. »

Larrin tourna alors les talons et se dirigea vers la sortie, tandis que l'ex-runner levait les yeux au ciel. Ainsi, Amy aussi les avaient vus. Une vague de panique le saisit à la gorge. Il devait aller la retrouver et lui parler. Lui expliquer.

La Traveller le laissa seul. Il se dépêcha de ranger ses affaires, mais bientôt, une autre silhouette apparut dans l'embrasure de la porte. Melena. Elle était accompagnée de son escorte, le caporal Dawson. Lorsque Ronon aperçut la nouvelle venue, il ne put cacher un sentiment de contrariété mêlé d'énervement.

« Est-ce que je peux entrer ? » demanda Melena sur un ton hésitant. L'attitude de Ronon avait refroidi ses résolutions.

L'ex-runner soupira et répondit par un signe de tête au caporal Dawson qui comprit que les deux Satédiens voulaient discuter seuls. La porte de la salle d'entrainement se referma sur eux.

Melena s'osait pas avancer et triturait ses doigts, les yeux baissés tandis que Ronon réajustait son holster.

« Je suis venue pour deux raison. » enchaîna-t-elle. « La première est que je voulais m'excuser pour tout à l'heure. J'ai… »

« On était deux si mes souvenirs sont bons… » rétorqua Ronon.

« Oui, je sais mais surtout pour ma réaction inappropriée après le… Enfin, notre…. Baiser. Je ne sais plus trop quoi faire pour avancer et tu es la seule personne que je peux rattacher à ce qui se trouve dans ma tête alors… Pardonne-moi pour tout ce qui s'est passé. Je sais que tu as une relation avec cette femme qui travaille dans la salle de contrôle et je ne veux pas détruire quoi que ce soit… »

Melena fit une pause tandis que Ronon la fixait, à présent immobile devant elle.

« Moi aussi, je… m'excuse. » répondit-il brièvement.

« Bien. »

« Bien. »

Le malaise était encore palpable et ils n'osaient toujours pas se regarder dans les yeux. Pour rompre le silence qui commençait à devenir pesant, Melena prit à nouveau la parole.

« Je dois retrouver le docteur Baker dans quelques instants avec les autres. »

« Le docteur Baker ? »

« Oui, c'est une psychologue. Nous devons lui raconter nos impressions, nos rêves, nos angoisses… ça aide, parait-il. »

Ronon fronça les sourcils.

« Une psychologue. Woolsey m'a conseillé d'aller en voir un, moi aussi. De faire une thérapie, par rapport à Sateda et tout le reste… C'est pas mon truc de m'asseoir dans un fauteuil et de raconter ces choses-là à un inconnu… » .

Melena sourit.

« J'ai l'impression que ce n'est pas mon truc non plus… ».

L'ambiance se détendit un peu. Ronon avait même esquissé un sourire lui aussi. Puis, soudain, le Satédien remarqua le pendentif noir au cou de la jeune femme et le désigna en le pointant du doigt.

« C'est nouveau ? »

« Oui, euh… En fait, c'est la deuxième raison de ma visite. Le docteur Keller m'a dit que je portais ce bijou quand vous m'avez trouvé dans le caisson de stase. Il y a une inscription dessus. J'ai l'impression de connaître ses symboles mais je n'arrive pas à me rappeler… »

Tout en parlant elle s'était rapproché de Ronon et lui tendit la petite pierre circulaire sans pour autant la détacher de son cou. Le satédien se pencha sur l'objet et s'en saisit, le visage à quelques centimètres de celui de Melena. Pendant qu'il examinait les symboles, le parfum ambré de sa peau bronzée fit frissonner la jeune femme.

« On dirait un vieux dialecte satédien. Ma grand-mère l'utilisait souvent.»

D'un battement de paupière, elle tenta de chasser son émoi et répliqua

« Tu peux lire ce qui est écrit ? »

Ils étaient si proches. Elle pouvait sentir la chaleur que dégageait son corps imposant, distinguer les lignes sombres de son tatouage dans le cou, les trois grains de beauté au coin de son œil… Elle commençait à avoir chaud. Elle repensa à ce qui était arrivé sur la digue et elle s'appuya contre le meuble où étaient posés le blaster et la serviette. Ronon se mit à déchiffrer.

« Tu ne peux fuir ta destinée »

Ronon eut soudain un mauvais pressentiment. Il plongea alors les yeux dans ceux de la jeune femme qui affichait à présent un air étrange : elle souriait. Mais ce sourire était froid, presque effrayant. Un sourire malfaisant.

« Melena… » commença l'ex-runner tandis qu'elle continuait à le fixer.

Soudain, tout alla très vite. Elle attrapa le blaster sur le meuble, l'arma et tira sur lui à bout portant. La décharge rouge le toucha en pleine poitrine.

OooooO

Jennifer arriva, essoufflée, devant la porte close de la salle de stase. Elle passa sa main sur le boitier d'ouverture qui ne répondit pas.

« Espèce de crétin… » rumina-t-elle en ouvrant le petit panneau adjacent au boitier.

Ce que James Walter ignorait c'est que cette salle avait un système de déverrouillage externe qui faisait que personne ne pouvait s'enfermer à l'intérieur. Elle tapa un code à quatre chiffres sur le clavier et les panneaux métalliques s'écartèrent.

Le généticien fut surpris de voir débouler Jennifer Keller dans la salle. La doctoresse découvrit son collègue devant une mallette ouverte, une seringue remplie de sérum à la main.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda la doctoresse en s'approchant de lui.

Walter referma la valise métallique sans lâcher sa seringue.

« Je vois que vos toutous ont fait leur petit rapport. »

« Vous n'avez pas l'autorisation de pratiquer le moindre test maintenant. »

« Le sérum est prêt. Pourquoi attendre ? » rétorqua le généticien sur un ton radouci.

« J'ai fait prévenir Wilson et le colonel Sheppard. Ils vont arriver d'un instant à l'autre. »

« Bien évidemment… » lança Walter avec un sourire cynique.

Le scientifique appuya sur le piston, ce qui eut pour effet de projeter une giclée de produit hors de l'aiguille. Jennifer le regarda se diriger vers le bout de la paillasse où était posée une tablette informatique.

« Vous n'avez pas le droit ! » se mit à crier la doctoresse qui sentait bien que Walter comptait bien agir quoi qu'il arrive.

La jeune femme se précipita vers lui et tenta d'attraper le pad. Mais le généticien fut plus rapide qu'elle et se saisit de l'objet tout en l'esquivant. Puis il alla le poser un peu plus loin, hors de portée de la jeune femme.

« Vous êtes ridicule Walter. Qu'est-ce que vous voulez prouver ? Que vous êtes plus fort que moi ? Plus intelligent ? Mais c'est moi qui suis à la tête de l'équipe médicale d'Atlantis ! Moi ! »

Les dernières paroles de Jennifer éveillèrent chez le scientifique une colère sourde qui couvait depuis pas mal de temps.

« Vous êtes incompétente ! Moi seul méritais ce poste ! J'ai passé tant d'année à leur prouver que j'étais le seul capable d'être à la hauteur ! Vous n'avez rien créé ! J'ai été un précurseur dans la mise au point d'une génothérapie ! »

« Le docteur Beckett a obtenu des résultats, pas vous ! »

« J'ai obtenu, les mêmes dans mon propre laboratoire au C.I.S ! Je devais prendre la suite quand il est mort ! »

« Il n'est pas mort… »

« L'actuel Carson Beckett est un clone ! Qu'est-ce qui vous dit qu'on peut encore lui faire confiance ! C'est un clone et vous êtes une opportuniste ! Vous avez volé mon avenir ! »

La voix du scientifique était en train de grimper dans les aigus. Il était venu se planter devant elle tout en parlant. Soudain, la jeune femme ne se sentit plus vraiment en sécurité dans la même pièce que cet individu qui, visiblement, commençait à perdre son sang-froid. Pourtant, elle ne pouvait pas partir. Si elle ne tentait rien, elle savait qu'il allait ouvrir le caisson, réveiller Todd et faire l'injection. Elle tenta une approche en douceur tout en gardant un œil sur la seringue.

« En effet, je suis jeune et peut-être qu'effectivement vous méritez d'être à ma place. J'ai postulé pour ce travail comme vous l'avez fait également. Ce sont les membres du C.I.S qui ont pris la décision. Vous ne pouvez pas me blâmer d'avoir voulu intégrer l'équipe d'Atlantis. C'était mon rêve à moi aussi. Et vous ne pouvez pas non plus décider de sacrifier ce Wraith sans en avoir informé Wilson. Il est votre supérieur. Ne faites pas n'importe quoi sinon effectivement, là, votre avenir sera compromis… »

Walter leva les yeux vers elle. A l'expression de son visage, elle comprit qu'il n'entrait pas dans son jeu.

« Pas après ce que je m'apprête à faire… » décréta-t-il en pivotant pour revenir vers la paillasse.

D'un geste désespéré, Jennifer l'agrippa par le bras.

« Lâchez-moi » protesta Walter.

« Non ! » répliqua la doctoresse en maintenant sa prise.

Il tenta toutefois de progresser vers la tablette mais Jennifer tint bon.

« Nous ne m'en empêcherez pas ! » hurla alors le généticien qui essayait de se dégager tout en gardant la seringue intacte dans son autre main.

La jeune femme s'accrocha avec ténacité. Mais soudain, excédé, Walter la poussa violemment et elle alla buter contre un tabouret.

Le scientifique se figea quelques instants, lui-même surpris de ce qu'il venait de faire. Jennifer se mit à haleter. Sa tête s'était mise à tourner. Rapidement, la détermination aveugle de Walter reprit le dessus. Il lui tourna le dos et commença à pianoter sur la tablette. La voix transfigurée de Jennifer lui parvint alors.

« Oh non… » fit-elle entre deux inspirations saccadées.

Walter se retourna puis ses yeux descendirent plus bas. Une petite flasque de liquide transparent s'étalait aux pieds de la jeune femme.