Hellow à tous et Bonne Année encore une fois ! ^^ Ouf ! Partir s'aérer en Bretagne, ça peut être une très grande source d'inspiration, vous savez ? J'ai trois chapitres tout fringuants et fougueux qui vous attendent, mes cocos ! Faut dire qu'en six heures de voitures, on a le temps d'écrire aussi ! ^^ Bon allez, j'avais promis un peu plus d'action, alors ça monte en crescendo ! Vous êtes prévenus ! PS : N'hésitez pas à me dire si c'est trop lourd ou quoi que ce soit ! ^^

Bonne lecture !


La Magie des Rêves du Marchand de Sable

Le rire de Jack était tout ce que j'étais capable d'entendre tandis que le vent me sifflait durement aux oreilles, s'introduisant sous ma veste sans pitié pour me faire frissonner. A force de plisser les yeux pour les garder fermés, je commençais à avoir la migraine, d'autant que mes cris quasi-inaudibles à mes propres oreilles ne m'aidaient pas. Et sincèrement, je ne savais pas comment Jack était capable d'apprécier le fait de voler dans les airs uniquement grâce au vent : Il n'avait pas peur que ce dernier cesse d'un coup de souffler, pour qu'il se retrouve en chute libre vers la terre qui était… Oh mon dieu ! A plusieurs centaines de mètres sous nos pieds !? En plus, j'étais tellement terrifiée à l'idée de tomber que je serrais son cou au point que j'aurais pu l'étrangler, mais il s'en fichait royalement, visiblement. Et s'il était glacé, au moins, je n'avais pas à regarder en bas ! Beblue, tout aussi surprise que moi par ce départ soudain, s'était réfugiée d'un bond dans ma poche. Je la sentais pelotonnée contre moi, et j'aurais aimé pouvoir faire de même avec quelqu'un qui me protégerait…

- « Elenor ! Ouvre les yeux et admire le spectacle ! »

- « Pas question ! », ai-je lâché d'une voix étouffée, « Vous êtes tous complètement fous ! D'abord Fée, ensuite Nord et son traîneau et maintenant toi ! Je veux descendre ! »

- « Comme tu veux ! »

Je sentais la plaisanterie dans sa voix, mais ca ne m'a pas empêché de hurler lorsqu'il m'a soudainement relâché. J'ai glissé de son étreinte jusqu'à ce qu'il me rattrape au dernier moment par le poignet. Il voulait que je me fasse dessus ou quoi ? Parce que là, ca avait l'air bien parti pour !

- « JACK, JE T'EN SUPPLIE, ARRÊTE ! J'EN PEUX PLUS ! », Ai-je crié avec des yeux écarquillés vissés sur la terre sous nos pieds qui était déjà verte et brune et non plus blanche de neige.

Mon cœur battait à grands coups dans ma poitrine et ma bouche était aussi sèche que le sol d'un désert aride. En riant, Jack a tendu son bâton qu'il a crocheté autour de ma taille et m'a retiré vers le haut. Je me suis raccrochée en manquant de déchirer sa capuche couverte de givre, mes yeux brûlants de larmes difficilement contenues qui m'ont forcé à refermer les yeux, mes cheveux fouettant mon visage. Je n'ai pas relevé la tête quand on a ralenti, mais j'ai réagi quand Jack a fait d'une voix penaude :

- « Pardon… Je n'aurais pas du faire ça, excuse moi… Mais d'habitude, ça marche ! »

- « Pas avec moi ! J'ai de très mauvais souvenirs de ce genre de tours !... », ai-je répondu en essuyant difficilement mes larmes, puisque j'essayais de me tenir en même temps.

Vous vous en doutez, ce n'est pas la première fois que je le dis (même si parfois, il est bon de répéter, parce qu'on en a un exemple parfait ici : Le message ne passe pas toujours), mais les hauteurs m'ont toujours effrayé, presque autant que mon angoisse face au noir. Vous avez déjà ressenti cette boule lorsque vous vous élevez sur un mur d'escalade particulièrement ardu ? Et lorsque cette boule vous remonte brusquement dans la gorge quand vous perdez l'équilibre et que vous tombez en arrière, juste avant que la corde de rappel ne nous rappelle qu'on ne risque rien ? Et ce vide sous vos jambes soudainement lourdes qui vous attire comme un aimant, vous forçant à vous appuyer et à serrer la corde comme si elle allait se rompre à tout instant ? J'abhorrais ces sensations depuis toute petite, lorsque mon frère et moi étions montés dans un arbre avec d'autres enfants plus grands qui, par méchanceté, nous avaient laissé là haut. J'avais essayé de descendre en m'aidant des branches et des aspérités du tronc, mais la mousse m'avait fait déraper, et j'avais terminé ma descente en une chute certes sans grosses blessures, mais avec une peur persistante pour les hauteurs qui était restée. J'étais encore une gamine à cette époque, mais je n'avais jamais oublié cette impression d'être attirée brusquement vers le bas, comme si quelque chose me tirait brusquement la cheville pour m'entraîner avec elle. Eh ! Chuis une trouillarde devant l'éternel !

Alors non. Jack ne venait pas de me faire un cadeau. Et je n'ai pas retenu Beblue lorsque celle-ci a jailli de ma poche pour pépier d'un air indigné après Jack, malgré l'air offensé de Quenotte qui avait du mal à croire que sa cadette puisse s'adresser ainsi à son Gardien.

Dans un bruissement, Sab, qu'on avait quelque peu abandonné derrière, nous a rejoint sur son nuage doré qui traînait derrière lui de délicats filaments de sable étincelants. Il avait les bras croisés et un air sévère sur le visage.

- « Oh, ca va ! », a grogné Jack, « C'était qu'une blague ! Je me suis excusé ! »

- « Excuses acceptées, mais maintenant, je voudrais vraiment descendre ! », ai-je gémi sans desserrer ma prise, « S'il faut, je marcherais jusqu'à chez moi, mais par pitié, plus de coups pareils ! »

Beblue a fait un signe de tête vigoureux avant de s'installer dans mon cou pour essayer de me changer les idées. Sab a secoué la tête, l'air de dire : « C'est pas vrai ! », puis des images se sont mises à danser au dessus de ses cheveux en épis. J'ai senti Jack hausser les épaules, puis il m'a tapoté le dos avec douceur.

- « Hey…Elenor ? Sab veut bien te prendre avec lui si tu as trop peur. »

Je me suis contentée de hocher la tête, les yeux toujours fermés. J'ai alors senti les filaments de sable s'enrouler doucement autour de moi pour m'éloigner du garçon aux cheveux blancs qui m'a fait un signe de la main avec un sourire contrit.

- « Promis, Elenor. Je t'aiderais à vaincre ta peur des hauteurs… Et celle du noir, par la même occasion ! »

Encore un peu sous le choc, j'ai de nouveau hoché la tête, toujours retenue par les filaments de sable au dessus du nuage doré qui m'empêchait de regarder en bas, à coté de Sab qui me souriait d'un air calme. Mon cœur a commencé à se calmer, tandis que Jack repartait d'une traite, tel une flèche bleue, fendant l'immensité avec un grand cri de joie. Le vent qu'il avait appelé s'est un instant engouffré dans nos cheveux, le temps qu'on voit Jack disparaître derrière un nuage avant de cesser de souffler aussi fort.

Sab a ensuite baissé lentement son bras, et je me suis retrouvée sur le nuage doré.

C'était vraiment bizarre. On aurait dit que ledit nuage était une extension même de son créateur, bien que les pieds du petit bonhomme en soient séparés de manière nette et précise. En plus, il était chaud. D'une manière apaisante, comme la tiédeur sous les couvertures au moment de se coucher, après une journée bien remplie, ou bien cette atmosphère apaisante autour d'un feu de cheminée, un soir d'hiver, lorsqu'on attend le sommeil allongé ou assis devant l'âtre avec un livre d'histoires et une tasse de lait chaud au miel.

Si différente de la morsure glacée des cauchemars de Pitch qui m'avaient assailli dans ma chambre, cette chaleur était celle des Rêves.

Je pense que je devais être émerveillée, parce que je n'ai pas senti qu'on était reparti avant qu'un rayon de soleil plus vif ne perce les nuages pour apporter un peu plus d'étincelle à tout ce sable magique. Beblue a sorti la tête de son refuge sous mes cheveux et a tiré une mèche en pépiant d'allégresse, tendant le doigt vers l'avant. J'ai suivi du regard la direction qu'elle me montrait et j'ai étouffé une exclamation.

Jack avait eu raison sur un point : C'était un spectacle incroyable.

Tout autour de nous, le ciel et le vent avaient sculpté de véritables œuvres d'arts. Mais pas en pierre, ni en bois ou en métal : Les nuages, Cumulus, Cumulonimbus, Nimbostratus, Cirrus, Cirrocumulus, Cirrostratus, Altocumulus et Stratus voguaient telles des épaves célestes à l'abandon, comme donnés en offrande à l'immensité du ciel se parant de couleurs éclatantes pour célébrer le coucher du soleil, tel une dame aussi timide que volage. Les courbes bombées comme des joues de chérubins des nuages se mêlaient aux formes plus souples de ceux en haute altitude, comme si ces derniers cherchaient à frôler l'espace et le croissant de lune, presque invisible dans son écrin carmin et orange pastel déjà parsemé de quelques diamants qu'étaient les étoiles. Et surtout, surtout, nous étions seuls. Aucun bâtiment ne pouvait monter si haut, et les « gratte-ciels »des pompeuses villes humaines ne semblaient même plus mériter leur nom, dans ce lieu où la beauté éphémère et malléable des nuages et l'embrasement de l'atmosphère étaient rois.

Il me semblait qu'en me levant et en tendant le bras, j'aurais pu toucher la lune, cet astre si proche et pourtant inaccessible, comme s'il me suffisait de tendre la main vers cet Homme de la Lune pour avoir toutes les réponses que je cherchais désespérément. Et étrangement, me sentir aussi proche de cette lune sans pouvoir la toucher me rendait aussi… triste.

Oui, j'étais triste autant que j'étais émerveillée, même si je ressentait toujours les sensations qui me prenaient lorsque mon regard croisait celui de cet orbe étincelant. C'était comme si une part de moi, celle qui savait que ce voyage avait une fin, ne voulait pas quitter cette sphère ornée de cicatrices éternelles, voulait sauter et attraper une extrémité du croissant opalescent… et y rester pour toujours.

Toujours au milieu des étoiles et des comètes, sous l'infinité de l'espace.

Toutes à mes pensées étranges, j'ai sursauté d'un seul coup en sentant quelque chose me chatouiller l'oreille. J'ai tourné la tête pour voir une plume en sable se rétracter dans le nuage, au bout d'un filament que Sab dirigeait d'un air innocent qui ne trompait personne. J'ai eu un sourire pour la première fois depuis longtemps, et Beblue, face à cette provocation, a poussé un cri de joie avant de sauter directement dans le sable doré pour faire des pâtés. Sab, toujours attentif à tous les enfants, même ceux non humains, a fait surgir un véritable parc miniature pour elle, où l'image de la dent apparaissait souvent, ce qui a accentué mon sourire. Puis il m'a souri en tendant un doigt en l'air. Les images au dessus de sa tête disaient « Un peu plus de rêve ? » et j'ai froncé les sourcils. Il voulait me faire dormir ?

Mais Sab m'a fait un clin d'œil, s'est mis à faire tourner ses petites mains entres elles avant de lever les bras d'un seul coup. Dans une gerbe étincelante, un dragon de sable s'est élevé dans le ciel rougeoyant et s'est mis à faire des loopings, dansant avec les nuages en rugissant silencieusement. Lorsqu'il a ouvert la gueule en arquant le cou, au lieu des flammes habituelles, ce fut une nuée de papillons dorés qui s'est dispersée au gré du vent, certains des insectes se posant dans mes cheveux, uniquement pour se faire chasser par Beblue qui n'avait pas l'air de supporter qu'on lui pique son fief. Puis des fées, des sirènes et des animaux majestueux, fougueux cerfs, rusés renards, grands éléphants d'Afrique, paresseuses raies mantas, dauphins farceurs, une multitude d'oiseaux (poursuivis avec joie par Beblue) et bien d'autres se sont mis à nous accompagner dans notre errance à travers le ciel, chacun laissant derrière lui un sillon de sable qui faisait comme une pluie d'or avant de rejoindre le nuage d'un Sab à l'air de quelqu'un face à un travail bien fait.

- « Sab… », Ai-je lancé en effleurant le ventre d'un oiseau qui ressemblait à une pie.

Le Marchand de Sable s'est tourné vers moi avec un grand sourire. Ca avait vraiment l'air d'être le bonheur le plus suprême pour lui. Il rayonnait de tant de pureté, à cet instant, que j'en ai eu le souffle coupé.

- « Merci… », ai-je continué en baissant la main qui avait caressé la pie.

Son sourire s'est élargi, ses yeux pétillant d'une étincelle semblable à nulle autre… Avant de les écarquiller, stupéfait.

Que se passait-il ?

Craignant une soudaine attaque de Pitch, j'ai vivement tourné la tête derrière moi… Mais il n'y avait personne, à part quelques chats de sable qui galopaient derrière le nuage…

« Mais quel est le problème, alors ? », me suis demandée en reportant mon attention sur Sab.

C'est alors que j'ai remarqué que c'était ma main qu'il regardait avec surprise. Baissant les yeux à mon tour, j'ai sursauté d'un coup et je l'ai levée.

Ma main en elle-même n'avait rien de particulier, à part qu'elle était encore couverte de quelques grains de sable épars, mais l'endroit où elle avait été en contact avec le sable du nuage brillait encore plus qu'avant, comme si quelqu'un avait passé un coup d'éponge sur l'endroit et non sur le reste. La trace faisait environ la taille de mon avant bras, mais elle commençait déjà à s'éteindre, comme si il y avait une ampoule dans le sable que quelqu'un venait d'éteindre. Abasourdie, j'ai fixé tantôt ma main, tantôt la trace presque disparue, tantôt Sab qui semblait toujours éberlué.

- « C'est…C'était normal…ce truc ? », ai-je fini par souffler dans l'air du soir tombant.

Sab a lentement fait « non » de la tête.

- « Enfin, je veux dire… Ca arrive toujours quand quelqu'un d'autre que toi monte ici ? »

Nouveau non. J'ai dégluti.

- « Je n'ai rien fait de mal au moins ? »

Sab a encore secoué la tête, puis des images sont apparues, où il se représentait en pleine forme, les bras levés comme pour montrer ses muscles, un fait même qui avait l'air de l'étonner. J'ai eu un sourire à moitié soulagé. Une autre part de moi s'est mise à trembler. Qu'est ce que c'était encore que cette histoire ? Comment avais-je réussi à faire un truc pareil ? Ca n'avait pas de sens !

Silencieusement, les animaux se sont effrités et leur substance granuleuse a rejoint le nuage sur lequel on se tenait. Sab fronçait les sourcils et m'a tendu la main en faisant apparaître des doigts qui se rejoignaient au dessus de sa tête.

Je me suis mordue la lèvre.

- « Tu es sur de toi ? », ai-je demandé en fixant sa petite main tendue.

Son hochement de tête vigoureux m'a finalement incité à tendre timidement mes doigts vers sa paume. Et lorsque nos peaux se sont touchées…

Rien ne s'est passé.

Sab a de nouveau froncé les sourcils en fixant sa main et la mienne comme si les deux l'avaient trahi. De mon coté, j'étais plutôt soulagée de voir que rien ne s'était passé… Mais alors qu'est ce que c'était, il y a un instant ?

J'ai préféré retirer ma main lorsque le Marchand de Sable a commencé à la secouer, comme pour espérer faire surgir ce curieux phénomène qui l'avait rendu si énergique. C'est qu'il avait de la poigne, le bonhomme ! J'ai eu un sourire gêné, tandis que Beblue se mettait à pépier parce qu'elle ne comprenait pas ce qui se passait. Sab, l'air toujours mi-curieux, mi-préoccupé, a finalement déclaré par images qu'on verrait ça avec les autres Gardiens une fois de retour au Pole Nord, et j'ai lâché un soupir tandis que le mouvement de descente du nuage annonçait notre arrivée prochaine.

Je rentrais chez moi… Avec encore plus de questions qu'avant.

OOO

Jack n'était nulle part en vue lorsque le nuage doré de Sab nous a déposé au bout de la rue qui menait chez moi. Revoir les maisons de mes voisins et les simples lampadaires allumés m'a empli d'une nostalgie soudaine qui m'a fait soupirer. Quand ma vie était encore à peu près normale… Mais maintenant que j'y pensais, je doutais qu'elle le serait de nouveau un jour. Avec toutes ces histoires et ces mystères qui planaient dans l'air… J'avais bel et bien l'impression d'être jetée dans un gigantesque jeu, sans en connaître les règles qui me permettraient d'en réchapper. Et c'était non seulement effrayant, mais aussi frustrant.

De plus, revoir les ombres familières qui me faisaient frissonner n'a pas arrangé la chose. Dans chaque recoin obscur, je croyais à présent apercevoir les formes de l'un des cauchemars de Pitch, pour ne pas dire mes cauchemars, puisque leur maître lui-même m'avait annoncé en avoir acquis en me rendant visite. Il avait utilisé mes peurs les plus pures pour se créer les parfaits soldats, annonciateurs de malheurs et de terreurs nocturnes plus intenses les unes que les autres.

Sans m'en rendre compte, je me suis rapprochée de Sab, qui m'a tapoté l'épaule avec apaisement avant de guetter les environs avec un air irrité sur le visage. Que Jack soit en retard n'avait pas l'air de lui plaire, et j'ai fugacement pensé que la garçon aux cheveux blancs devait prendre un malin plaisir à faire tourner ses aînés en bourrique, ce qui était normal puisqu'il était l'esprit du Chaos autant que celui de l'Amusement.

Finalement, et dans un son métallique, Jack s'est laissée tomber jusqu'au sol, sautant lestement du fil électrique, sur lequel le givre et la glace trahissaient les pirouettes qu'il s'était amusé à y faire. Il a croisé le regard de Sab et a eu un air d'excuse en lâchant :

- « Désolé ! Je n'avais pas vu Jamie depuis belle lurette et comme vous n'étiez toujours pas là… »

Puis il s'est tourné vers en ignorant Sab et les petits nuages qui venaient de jaillir de ses oreilles.

- « Ca va mieux ? »

- « Oui… », ai-je répondu, essayant d'empêcher une Beblue pleine d'ambition de se casser la figure pendant son escalade sur la manche de ma veste.

Je n'allais pas lui parler tout de suite de ce qui s'était passé sur le nuage de Sab, et j'espérait que ce dernier tiendrait sa langue (façon de parler) concernant ce sujet… On avait d'autres chats à fouetter.

- « Alors on y va ! »

Ma maison n'était qu'à quelques dizaines de mètres de là, et je devais éviter de me faire voir par les occupants des maisons avoisinantes. Si j'étais portée disparue, je préférais éviter de rencontrer quelqu'un avant d'avoir expliqué la situation à ma famille.

Sauf que je ne savais absolument pas quoi leur dire. Je n'allais quand même pas leur sortir « Oui, Maman et Papa ! Salut Willy ! Juste pour dire que si j'ai disparu, c'est parce que Jack Frost et le Marchand de Sable m'ont sauvé d'un enlèvement dans ma chambre par des cauchemars aux ordres de leur Roi (euh, j'ai pas pu sauver Laura, par contre…) et qu'ils m'ont emmené au Pole Nord, chez le Père Noël, avant que je n'aille chez la Fée des Dents manquer de me faire tuer par celui même qui me cherche : Le Croquemitaine. Il m'a d'ailleurs volé mes dents de lait, pleines de souvenirs qui m'auraient bien aidé à comprendre pourquoi j'ai si peur du noir ! Ah oui ! Et je fais briller le sable avec mes mains, aussi ! Cool, nan ? »…

…Non, définitivement pas.

Je me suis retenue de me donner une gifle, mais celle que j'ai reçue mentalement m'a rapidement remis les idées en place. J'allais me faire engueuler, ça, c'était sur… Et j'étais incapable de leur dire où était Laura, ce qui était la stricte vérité. Bon sang ! J'étais vraiment dans le pétrin !

- « Je leur sors quoi, comme excuse pour mon absence ? », ai-je paniqué en traversant pour éviter la fenêtre d'une voisine particulièrement concierge.

Sab s'est mis à gigoter avec un sourire, mais les images allaient si vite que je n'ai pas compris ce qu'il disait, comme la plupart du temps.

Mais Jack avait plus d'expérience que moi.

- « Sab a parfaitement raison, Elenor, ne t'inquiète pas. On a mis au point le plan tout à l'heure, en attendant Bunny. »

Ah ! C'était donc de ça qu'ils parlaient dans leur coin, tous les deux…

- « Et… Donc ? », ai-je demandé avec espoir.

- « Sab va les donner des rêves qui leur permettront de penser que ton « escapade » avec Laura n'a jamais eu lieu, puisqu'ils se seront contentés d'en "rêver". Il fera la même chose avec tout ceux qui auront remarqué votre absence et voilà le travail ! »

Pas bête ! J'ai adressé un grand sourire soulagé au bonhomme de sable qui a levé les pouces en l'air, comme pour dire « Tout va bien ! Je maîtrise !». Je leur faisais confiance pour ce coup là. Ils étaient des maîtres en la matière. Rassurée, j'ai accéléré le pas. J'avais eu l'impression d'être séparée de ma famille depuis des siècles, et j'avais envie de les serrer dans mes bras pour ne plus jamais les lâcher. Bizarrement, je pensais presque plus à William qu'à mes parents…

Enfin, ma maison fut en vue.

Mais je me suis arrêtée.

Il n'était qu'aux environs de huit heures du soir, et on était Dimanche. De toutes façons, la voiture était toujours garée dans l'allée…

Alors pourquoi n'y avait-il aucune lumière allumée dans la maison ? J'aurais du voir mes parents en train de faire la cuisine, ou au moins apercevoir de la lumière par la fenêtre du salon ou encore dans la chambre de mon frère…

Mais tout était éteint.

- « Qu'est ce qui se passe ? », a demandé Jack en posant une main sur mon épaule.

- « …Quelque chose cloche. »

Ce fut ma seule réponse, mais Jack dut sentir un tremblement me parcourir, car la pression sur mon épaule s'est accentuée avant qu'il ne pointe son bâton en avant, prêt à lâcher une salve de glace. Sab a fait apparaître l'un de ses redoutables fouets et s'est avancé de quelques pas, l'air sombre.

Mais moi, je ne bougeais pas. J'avais l'impression que les ombres, les ténèbres de la nuit même, se faisaient plus épaisses pour ramper vers moi, et un frisson est descendu le long de mon échine.

- « Je vais y aller… Sab, tu peux rester avec elle ? », A annoncé Jack, me tirant de ma torpeur angoissante.

- « Non ! C'est ma famille ! Il faut que… Il faut que j'y aille. », ai-je protesté, tandis que la peur commençait à grimper en moi.

- « C'est trop dangereux, Elenor… Si c'est un piège… »

- « Si c'est un piège, de un vous ne serez pas trop de deux pour combattre Pitch, et de deux, je refuse de voir ma famille être mêlée à toute cette histoire ! »

C'était tant ma peur que ma volonté d'épargner des nouvelles fracassantes à mes proches qui m'animaient. Et malgré toute la frayeur que je pouvais ressentir à cet instant, je refusais tout net de voir possiblement souffrir un instant de plus ma mère, mon père et mon frère à cause de moi. S'ils ne voulaient pas que je vienne, je ferais à ma manière !

Jack a du voir que ça ne servirait à rien d'argumenter, car il a fini par hocher la tête et a rejoint Sab qui nous attendait, ses fouets frémissants comme impatients de découper de possibles cauchemars en morceaux.

- « Fais attention », a quand même prévenu le garçon.

J'ai acquiescé avant de m'arrêter sur le perron. J'espérais tellement trouver cette porte fermée, ce qui signifierait, je ne sais pas ! une promenade nocturne et tardive à pied ou autre concours idiot de circonstances de la part de ma famille…

Mais la porte s'est docilement ouverte quand j'ai tourné la poignée, et mon cœur s'est serré lorsque la lumière du réverbère, plus froide que celle de la lune qui n'était pas visible, ce soir, a chassé les ombres qui s'étaient amassées sur le sol du couloir plongé jusque là dans l'obscurité d'une maison apparemment vide.

Sab est rentré le premier, reniflant l'air autour de lui avec des sourcils froncés d'une telle manière qu'un trait semblait dessiné au dessus de ses yeux d'or. Jack m'a fait signe de rentrer et a refermé la porte derrière moi, nous plongeant l'espace d'un instant dans les ténèbres que j'abhorrais tant, ces dernières se faisant finalement chasser par les doigts lumineux de la lampe lorsque j'ai enclenché l'interrupteur. Beblue tremblait contre mon cou, et Quenotte se serrait contre Jack en lâchant de temps à autre un pépiement inquiet. Quant à Sab, il avait déjà disparu dans la maison.

Allumant toutes les lampes sur mon passage, je l'ai suivi pour chercher à mon tour. Ils n'étaient ni dans le salon, ni dans la cuisine. On a regardé la chambre de mon frère, mais cette dernière était aussi vide que les autres pièces. Lorsque j'ai refermé la porte, néanmoins, quelque chose a craqué sous mes semelles. J'ai machinalement baissé les yeux, puis j'ai étouffé un cri de justesse, qui a incité Sab, devant moi, à faire volte face.

Comme dans ma chambre, lors de ce fameux soir d'anniversaire, le parquet était couvert de sable noir.

Il y en avait partout. Il s'infiltrait dans les rainures du parquet, brillant froidement en absorbant la lumière de la lampe du couloir. J'ai suivi des yeux la ligne sinueuse qu'il formait au sol, gardant une main sur Beblue pour l'empêcher de s'envoler et de suivre la trace, elle aussi.

Le sable passait sous Sab, entre les pieds de Jack, avant de se glisser sous la porte de…

De la salle à manger.

Mes yeux ont fait la navette entre la porte de ma chambre, encore fermée, suivant la trace ensablée en sens inverse, jusqu'à celle de la salle où la substance à cauchemars disparaissait. Ca concordait. Ce qui voulait dire que les cauchemars qui s'étaient attaqués à Laura et moi ne s'étaient pas contentés de nous…

- « Elenor, non ! », s'est écrié Jack.

Mais je l'ai ignoré.

J'ai foncé sur la porte donnant sur la pièce qu'on n'avait pas encore examinée, le cœur au bord des lèvres, et je l'ai ouverte en grand…

Avant de me figer.

On aurait dit que quelqu'un avait sculpté la scène qu'on avait devant les yeux. Tout semblait figé.

Complètement.

Le gâteau d'anniversaire était encore posé sur la table, ainsi que les assiettes qu'on avait utilisé pour le déguster. C'était comme une photographie prise sur le vif, avec des pantins qu'on aurait ensuite lâché et abandonné là avec lassitude ou paresse de ranger.

Mon père était au milieu de la pièce, sur le dos, non loin de mon frère qui était le plus proche de la porte, étendu face contre terre. De ma mère, je n'apercevais qu'une main encore crispée sur sa serviette, au sol, derrière la table. J'ai retenu un cri de souffrance en les voyant ainsi inanimés, comme s'ils s'étaient levés brusquement avant de s'effondrer d'un seul coup. D'un bond, je me suis retrouvée auprès de mon frère, qui avait un visage tiré, épuisé… mais endormi.

Ils dormaient. Tous. Depuis presque trois jours.

Seulement, le sommeil ne pouvait pas provoquer un tel air de douleur et de désespoir sur leur visage, ça semblait complètement improbable ! Ce qui voulait dire que…

- « Ils sont emprisonnés dans un cauchemar. »

Jack s'est accroupi à coté de moi, avec un air désolé et dur sur le visage, que je ne lui connaissais qu'en présence de Pitch. Je me suis mordue la lèvre d'angoisse : malgré tout mes efforts, Jack avait raison. Ils ne se réveillaient pas.

- « Sab ! Tu peux faire quelque chose pour eux ? S'il te plait ? », ai-je supplié au Gardien des Rêves.

Ce dernier a hoché la tête et s'est approché de ma mère en faisant apparaître une boule de sable lumineuse dans sa paume. Puis il a appuyé la boule contre le front de ma mère que j'avais tirée à coté de mon père. Voir son visage se détendre d'un seul coup m'a emplie d'un soulagement immense, et j'ai failli me mettre à pleurer.

Sab a fait la même chose avec mon père, tandis que Jack emportait ma mère vers leur chambre à coucher. Alors que mon père se calmait à son tour et que son visage retrouvait la paix, je me suis tournée vers Willy, passant mes mains sous son corps pour pouvoir le retourner…

Et d'un seul coup, une sorte de flash a déchiré mon esprit.

L'espace d'un infime instant, j'ai vu un visage enfantin, celui d'un petit garçon, tandis qu'il hurlait de manière silencieuse, avant que tout ne disparaisse, me laissant bizarrement tremblante.

Abasourdie, j'ai brusquement rompu le contact et je suis tout simplement tombée sur mes fesses, les mains a plat sur le sol et le souffle court. Mes yeux allaient de Willy à Sab qui me regardait d'un air inquiet, puis de Sab à Willy.

Mon…

Mon frère.

C'était mon frère, quand il avait six ans, que je venais de voir.

Beblue a gazouillé, me demandant sans doute quel était le problème, mais le problème, justement, c'était que je ne savais pas ce qui venait de se passer. Et je n'avais pas le souvenir d'avoir jamais vu une telle panique dans les yeux de mon petit frère auparavant, surtout quand il avait cet âge là…

Et pourtant !

Sab s'est approché, mais avant qu'il ait pu me toucher, je m'étais levée.

- « Excusez moi… J'ai besoin de… de… »

Je n'ai même pas terminé ma phrase. J'ai attrapé Beblue, je l'ai posée sur la table et je me suis empressée de sortir de la pièce, la tête pleine de questions et le cœur battant d'angoisse...


Ouh, le vilain Croquemitaine ! Qu'il est meuchant !

Pitch : Aux dernières nouvelles, c'est toi qui écris l'histoire, Lereniel...

Ah oui, c'est vrai... X3

Pitch : ET CA TE FAIT RIRE, EN PLUS !?

Bah oui pourquoi ?

*S'enfuit en courant*

Je poste la suite maintenant ou pas ? En attendant, laissez vos Reviews ! ^^