Suite au Lobbing de la part de certains lecteurs *sifflotte* je poste donc la suite maintenant, n'est ce pas, mais par contre, je vais faire ma sadique pour le prochain chapitre ! Niarf ! Vous l'aurez demain, mais n'hésitez pas à me le rappeler ! ^^ Au fait : Un grand merci à Mandil pour son adorable review, en espérant rester à la hauteur de ses attentes ! :3
Bon, j'arrête de blablater et je file avant que vous n'arriviez à la fin de ce chapitre et que vous ne me courriez après armé de couteaux, haches et autres trucs bien tranchants, brulants ou étranglant ! Gloups ! Ah bah oui !
Bonne lecture !
Ténèbres et souvenirs fugaces
Jack n'était pas dans le couloir lorsque je suis sortie, mais j'ai entendu un bruit sourd dans la chambre de mes parents. Par la porte entrouverte, j'ai entrevu l'esprit de l'hiver batailler pour tirer ma mère sur le lit en essayant de préserver sa tête des chocs malencontreux. Quelques secondes plus tôt, j'aurais immédiatement imposé mon aide, mais là…
Je ne savais pas quoi penser. Chamboulée par ce que je venais d'apercevoir de manière brève dans ma tête lorsque j'avais touché Willy, je préférais étrangement rechercher la solitude… Et Jack n'avait pas l'air d'être trop dans le pétrin. J'avais un peu peur également que mon contact puisse réveiller ma famille, aussi me suis éloignée en silence et me suis-je laissée glisser le long du mur en lâchant un soupir, évitant autant que possible le sable noir qui était encore éparpillé sur le sol. Fermant les yeux, je me suis prise la tête entre les mains, rejetant mes cheveux en arrière et en me mordant la lèvre.
Pourquoi je ne me rappelais pas ?
J'avoue que je n'avais jamais été surprotectrice envers mon petit frère. Ce dernier ne le supportait jamais et disait toujours qu'il avait l'impression de passer pour un fifils à sa maman quand je prenais sa défense… Mais ce cri muet, ce regard qu'il m'avait lancé… Pourquoi ? Pourquoi avais-je le sentiment que c'était moi qu'il appelait ainsi ? Etait-ce le cauchemar que Pitch lui avait donné qui m'avait fait avoir cette vision ?
J'ai froncé les sourcils en sentant mon mal de crâne revenir, et quelques larmes de rage ont tenté de passer la barrière de mes cils. J'avais honte de ce que je faisais. Laura était torturée par le Croquemitaine, Fée était dans le coma et maintenant, mes parents et mon petit frère se retrouvaient la tête emplie de cauchemars…
Par ma faute.
Encore et toujours par ma faute.
Il fallait que ça change !
Mais comment ? Comment trouvait-on, de part le monde entier, le repaire d'un être qui paraissait ne faire qu'un avec les ombres elles mêmes ? Les Gardiens avaient certifié que Pitch possédait une base, ou ce qui s'en approchait le plus… dans le sol, là où la lumière n'a jamais effleuré les parois terrestres de ses chauds rayons. Rien qu'y penser me faisait instinctivement frissonner de peur.
Génial ! Maintenant, le fait de penser au noir lui-même me fichait la trouille ! Ma rencontre avec Pitch ne m'avait certainement pas réussie…
En parlant de Pitch…
Mon regard a de nouveau capté l'éclat métallique du sable à cauchemars, avant de remonter le long du couloir jusqu'à la porte de ma chambre close. Le pourtour de la porte était étrangement noirci, comme si une explosion uniquement retenue par la planche de bois avait eu lieu dans la pièce derrière.
Aurais-je le courage de poser ma main sur cette poignée, de la tourner et… D'ouvrir la porte ? Je me suis essuyée les mains sur le pantalon en me redressant lentement et j'ai jeté un coup d'œil derrière moi. Sab devait avoir fini de transformer le cauchemar de William en rêve, mais je le soupçonnais de prendre son temps pour m'en laisser, à moi. Quant à Jack, le bruit sourd associé au « Tout va bien ! Rien de cassé ! » qui a suivi m'a indiqué qu'il était encore occupé avec ma mère… Mais qu'il avait du mal.
Et puis… Je ne pouvais pas passer mon temps à m'appuyer sur eux. J'avais quinze ans, bon sang de bois ! Alors pour une fois, j'ai tant bien que mal muselé ma peur (bien que c'ait été difficile…), j'ai inspiré un grand coup et j'ai ouvert la porte.
OOO
Outre le désordre indescriptible qui régnait dans la pièce plongée dans la pénombre, ce fut l'absence manifeste de la sculpture de glace qui m'a frappé. Ce résultat de peur figée dans une gangue gelée aurait du encore se trouver au milieu de ma chambre, les tentacules apparemment éternellement immobiles statufiés en un état de folie furieuse tels que je les revoyais dans ma tête se tendant vers les victimes qu'on lui avait ordonné de tourmenter…
Mais il n'y avait rien. Plus rien du tout.
Pendant au moins deux minutes, je n'ai pas osé faire un seul pas dans la chambre, me contentant de frissonner de manière incompréhensible sur le seuil qui semblait cracher des étincelles de lumière sur la marée de pénombre engloutissant ce qui fut jadis mon refuge autant qu'un lieu de torture psychique. En plus du fait que je n'arrivais plus à reconnaître les lieux à cause du chaos, un pressentiment malsain commençait à monter en moi.
Je ne m'attendais, par contre, absolument pas à ce qui allait se passer ensuite.
D'un seul coup, j'ai senti un choc brusque entre mes omoplates, comme lorsque quelqu'un vous brutalise. La force du coup m'a poussé dans la chambre, et il a suffit que je franchisse la limite entre clarté et ténèbres pour que la porte dans mon dos claque soudainement, me plongeant dans le noir.
A ma grande horreur, ma terreur pour l'obscurité m'a de nouveau submergée, envahissante, avide des battements affolés de mon coeur, affamée comme si elle n'était qu'un animal sanguinaire qu'il ne serait jamais possible de rassasier. La panique est montée d'un seul coup en me prenant aux tripes, comme durant cette nuit cauchemardesque qui avait précédé toute cette odyssée, il y a me parait-il à présent si longtemps. J'ai fait volte face, me suis collée à la porte close et j'ai essayé de l'ouvrir frénétiquement, mais il n'y avait rien à faire. Cette porte ne comportait aucune serrure, et n'en avait jamais eu, pourtant on avait bien l'impression qu'un cadenas, des chaînes et trois serrures solidement bardées de fer en gardaient l'accès et en interdisaient l'ouverture. En un éclair, le souvenir de la nuit terrifiante de mon anniversaire m'a traversé l'esprit une nouvelle fois.
- « SAB ! JACK ! BEBLUE, QUENOTTE ! », me suis-je mise à hurler, au désespoir.
J'ai bien cru que mes appels à l'aide ne porteraient pas, mais les bruits étouffés de course, dans le couloir, m'ont, à mon grand soulagement, informé du contraire. Et si je n'ai pas réussi ne serait-ce qu'à faire bouger cette porte, eux n'ont eu aucun problème à l'ouvrir, faisant brusquement irruption dans la pièce avec leurs armes brandies pour les Gardiens, et en position de combat pour les deux fées, manquant d'ailleurs soit de m'attaquer, soit de m'écraser.
- « Qu'est ce qui se passe ? », s'est écrié Jack en manquant de m'éborgner avec son bâton.
Je n'ai pas répondu immédiatement, cherchant mon souffle pour calmer l'oiseau craintif qu'était devenu mon cœur. Ca ne m'aurait pas étonné que je devienne cardiaque, un jour ou l'autre, avec toutes ces émotions…
- « Je… J'ai eu… J'ai cru… », ai-je pu balbutier.
Mes genoux faisaient des castagnettes, et il me semblait impossible de rester debout une minute de plus. D'un gazouillement, Beblue a abandonné Sab pour venir se poser sur ma tête, où elle s'est mise à me tirer quelques mèches de cheveux avec la douceur qui la caractérisait. C'était sa manière à elle de tenter de chasser ma peur, mais cette fois ci, si je me suis un peu calmée, ca n'a pas marché. Le pressentiment que je sentais me tordre les entrailles était toujours là, et se faisait même plus vif qu'avant.
Danger.
Sab a fait disparaître ses fouets, mais son air sérieux m'indiquait qu'il ne baissait pas sa garde. Jack, bâton toujours brandi et Quenotte sur l'épaule, tournait lentement sur lui-même en fixant chaque recoin, chaque meuble susceptible de créer une ombre particulièrement large. Et il y en avait beaucoup. C'était comme si on avait agencé tout le chaos pour offrir un maximum d'obscurité dans une chambre déjà plongée en pleine pénombre. J'ai tendu le bras vers l'interrupteur, ne pouvant pas en supporter davantage…
Mais aucune lumière n'est apparue.
C'était comme la dernière fois.
- « Hey… Calme toi ! », a soufflé Jack en posant une main sur mon épaule, « Ne t'inquiète pas, on est là… »
J'ai dégluti. Dans le noir, je le voyais à peine.
Sab a alors fait un étrange mouvement. Il s'est pincé le nez et a soufflé brusquement dedans, comme s'il voulait se déboucher les oreilles. Un nuage de sable a jailli desdites oreilles, et son corps entier… s'est illuminé. Les particules de sable ont paru faire naître en leur sein la lumière qui manquait tant à la pièce, et les ombres ont commencé à s'évanouir. J'étais bouche bée. J'ignorais qu'il pouvait faire un truc pareil !
Jack a levé un pouce vers le Gardien des Rêves, puis s'est intéressé de plus près à son environnement, tandis que Quenotte et Beblue commençait à observer le sable étincelant de Sab de plus près en pépiant, malgré les tentatives du bonhomme doré pour les chasser.
- « Il se passe vraiment quelque chose de bizarre dans ta chambre, Elenor… », A déclaré Jack.
Il fronçait les sourcils, et s'était accroupi pour examiner les marques que la lumière de Sab avait fait apparaître au sol. Je me suis approchée à pas hésitants, évitant l'armoire. Sab a jeté un coup d'œil tout aussi suspicieux au meuble avant de se pencher sur ce que Jack regardait : Des restes infimes du mélange entre ombre et glace.
Je n'y ai jeté qu'un coup d'œil, trop obnibulée comme je l'étais par l'armoire qui nous surplombait de toute sa hauteur. Vous allez sûrement me prendre pour une radoteuse, mais encore une fois, cette armoire m'a toujours fichu les jetons, surtout de nuit.
La dernière fois, c'était Laura qui l'avait ouverte, aucun doute là-dessus, puisque j'étais là… Mais…
- « Les gars… », ai-je soufflé en tapotant l'épaule du premier Gardien à me tomber sous la main.
Mes doigts ont rencontré le dos d'un Sab occupé à discuter avec véhémence par images à son coéquipier. Lorsqu'il m'a senti, cependant, il s'est retourné en faisant apparaître un point d'interrogation dans les airs.
- « Qu'est ce qu'il y a, Elenor ? », a demandé Jack, une main effleurant la glace souillée par le sable noir.
- « La dernière fois qu'on était dans cette pièce… Est-ce que l'un d'entre vous a refermé la porte de l'armoire ? »
- « Non, on ne pouvait pas à cause du cauchemar emprisonné devant. »
Sab a hoché la tête pour appuyer les dires du garçon aux cheveux blancs.
- « … Alors pourquoi est-elle fermée, maintenant ? », ai-je lâché une voix basse.
Leur regard, ainsi que celui des deux petites fées, s'est tourné vers le meuble en bois imposant qui projetait bizarrement plus d'ombres que les autres objets malgré la luminosité de Sab. Mon propre regard était fixé sur la clef encore dans la vieille serrure ouvragée.
Beblue a fait un petit bruit étranglé en s'avançant brusquement, comme si quelque chose l'avait frôlé, et fila d'un coup se réfugier dans mon col en tremblant. J'ai fait volte face, mais il n'y avait rien. Quenotte a fait de même avec Jack en gazouillant à toute vitesse. En l'écoutant, le garçon a froncé les sourcils, puis a écarquillé les yeux de manière soudaine.
- « Non… Quand même pas… »
Sab s'est agité à coté de lui pour lui demander de quoi il parlait, mais Jack l'a ignoré. Raffermissant sa prise sur son arme, il s'est redressé et a reculé de quelques pas pour observer l'armoire dans son ensemble. Sab commençait à s'énerver, mais je lui ai posé une main sur l'épaule, incertaine de ce à quoi Jack pensait.
- « Elenor, ton armoire touche bien le mur qui est derrière, c'est ça ? », m'a-t-il demandé.
J'ai froncé les sourcils face à une telle question.
- « Euh… Oui…Mais pourquoi ? »
J'ai regardé Sab qui m'a rendu un air tout aussi perdu que moi. Puis il s'est mit à flotter autour de Jack en faisant jaillir des images, mais Jack l'a ignoré. A ma grande horreur, il a attrapé les poignées de l'armoire et a tiré. Les portes en bois se sont écartées d'un seul coup, nous faisant sursauter.
Mais rien n'est sorti. Pas de cauchemar, ni de fumée constituée de sable noir. Il n'y avait que mes vêtements, innocemment accrochés à leurs cintres… Et noirs de sable.
Et visiblement, ce n'était pas ce qui intéressait l'esprit de l'hiver. Sans hésiter, il a posé un pied nu sur le sol de l'armoire, qui était plus profonde qu'on ne pouvait y penser au premier abord, et a écarté les vêtements et tissus…
- « J'en étais sûr… », a-t-il murmuré d'une voix où la satisfaction d'avoir eu raison et une étrange colère sourdaient.
Il s'est alors décalé et, sous nos yeux stupéfaits, a mis au jour un trou.
Dans le mur.
OOO
Un souffle d'air froid est sorti de l'armoire pour nous mordre les joues, nous faisant reculer. L'odeur de la peur qui envahissait déjà la chambre s'est accentuée d'un seul coup, et le pressentiment dans mon estomac m'a vicieusement tordu les entrailles. Sans m'en rendre compte, j'avais reculé d'au moins deux pas, partagée entre perplexité face à ce nouveau développement et l'étrange malaise que je ressentais, comme si c'était exactement ce que quelqu'un voulait qu'on fasse… Comme si nous étions des marionnettes. Beblue est repartie se cacher fissa dans mon col, chaude boule de plume contre ma peau qui me semblait glacée.
- « L'entrée du repaire de Pitch. », a déclaré Jack.
Lorsqu'il a dit ça, tout s'est alors emboîté dans mon esprit. Les cauchemars qui sortaient de l'armoire, le sable qui en coulait, les lumières, les mauvais rêves à répétition, ma frénésie à vouloir fermer cette armoire à clef sans savoir pourquoi… Oui, pourquoi, après tout, aller chercher si loin alors que la réponse était, littéralement, sous notre nez ? Tout prenait sens… Mais cela ne répondait qu'aux questions terre à terre qui me taraudaient. Au moins, nous n'étions plus complètement ignorants, à présent.
Mais je vais quand même poser la question, pour la forme, hein ! :
Que pourriez vous ressentir lorsque vous apprenez que votre chambre est l'un des passages menant à l'antre du maître des Cauchemars ?
Jack et Sab se sont penchés dans l'ouverture béante du mur, qui ressemblait à une bouche sans dents prête à gober tout ce qui serait assez imprudent pour s'aventurer dans ses profondeurs. Grâce à la luminosité de Sab, j'apercevais des marches irrégulières qui descendaient dans les abysses de noirceur de l'écorce terrestre de manière apparemment éternelle. On n'en voyait pas le bout !
- « Il nous a bien eu ! Il se doutait bien qu'on irait vérifier l'ancienne entrée ! », a grogné Jack en essayant d'apporter un peu de lumière à cette obscurité totale.
Ce qui était le plus inquiétant, c'était que les ombres paraissaient absorber le halo même de lumière bleuâtre et glacée. Malgré tous ses efforts, on ne pouvait y voir que jusqu'à environ trois mètres. Puis tout disparaissait dans un maelstrom ténébreux, comme si c'était le Néant qui s'était tapi là, à nous guetter.
Sab a secoué la tête, et j'ai compris en même temps que Jack les images qu'il a projeté avec son sable.
- « Une sortie de secours ? », ai-je soufflé.
Le Gardien des Rêves a hoché la tête d'un air grave. Jack a posé un pied sur une marche avant de le retirer en grimaçant.
- « Une ancienne sortie de secours. A mon avis, c'est devenu l'entrée principale… Depuis tout ce temps, il avait un plan B en réserve, un moyen d'échapper à la sentence qu'il avait reçue lors de sa défaite… Et je doute que ce soit le seul passage ! Bon sang ! Même moi, je trouve ça froid ! »
Sab s'est avancé à son tour dans le boyau, et un fouet de sable, ligne étincelante qui traînait sur le sol, s'est enroulé autour de son petit poing gauche. Il a fait un signe à Jack avant de progresser vers l'inconnu de quelques mètres supplémentaires.
- « Euh… On va le battre ou c'est juste pour vérifier ? », a demandé le garçon.
Sab s'est une nouvelle fois tourné vers nous, et par images, nous a fait comprendre son plan : Je restais ici avec Jack et les deux fées et on allait se mettre dans un endroit éclairé pendant qu'il allait jeter un coup d'œil, sans pour autant engager le combat. J'ai bien vu que Jack n'était pas forcément d'accord avec ce plan.
- « Sab, non ! », a-t-il protesté, « Rappelle toi la dernière fois que tu as fait face à Pitch quand tu étais seul ! »
Mais Sab a fait un nouveau geste ferme et d'un seul coup, a foncé dans les profondeurs insondables du boyau. Sa lumière a décru de manière anormale avant de s'évanouir complètement.
Jack a grogné de frustration, accroupi devant l'entrée comme s'il s'apprêtait à plonger à sa suite à tout moment. Pendant quelques minutes, je n'ai pas osé dire un mot. Que s'était-il passé entre Pitch et Sab, la dernière fois ? Etait-ce grave ?
Je me suis accroupie à coté de Jack. Heureusement, son bâton dégageait cette étrange lueur bleuâtre, mais apaisante, comme lorsqu'on regarde de la neige tomber, qui chassait les ténèbres. Beblue n'osait toujours pas sortir, et Quenotte a du aller la chercher pour la rassurer, la tirant par les pieds avec toute la force de ses petits bras.
- « Pourquoi… Pourquoi as-tu dis ça à Sab ? », ai-je demandé, à nouveau dévorée par ma curiosité que j'estimais mal placée.
Jack a pris son temps pour répondre, fixant d'un air que je n'arrivais pas à lire l'entrée du repaire de Pitch. J'ai remarqué qu'il serrait son bâton plus fort que de coutume, et que Quenotte était plus silencieuse que d'habitude. Elle avait d'ailleurs arrêté d'essayer de sortir Beblue de sa cachette.
- « …Lors de notre dernier affrontement, il y a cinq ans, Sab s'est retrouvé seul face à une horde de cauchemars lancée par Pitch. Il s'est bien défendu, mais… »
- « Mais… ? »
Jack a poussé un soupir.
- « Pitch l'a frappé dans le dos. Et Sab a été consumé par les cauchemars sans que l'on puisse y faire quoi que ce soit. »
J'ai écarquillé les yeux, horrifiée. Sab était constitué des rêves mêmes qu'il créait pour les enfants, d'après le sable qui faisait son corps. Je n'osais pas imaginer ce que cela pouvait être de voir son propre être se transformer en mauvais rêve, pour faire partie intégrante du pouvoir de Pitch. J'ai tout de suite mieux compris la récitence qu'avait Jack à laisser le Marchand de Sable s'aventurer seul dans la gueule du loup.
- « Mais… Comment a-t-il fait pour revenir, alors ? », ai-je lâché.
- « Longue histoire… », a soufflé le garçon avec un sourire, « Disons qu'on a reçu de l'aide pendant la bataille finale. Les enfants qui croient en nous peuvent faire des merveilles, et c'est un pouvoir non négligeable dans ces cas là… »
J'ai souri à mon tour. Je voyais bien que le souvenir était agréable à sa mémoire, et je me doutais bien que ces enfants devaient encore croire fermement aux Gardiens, bien que le temps ait passé…
Je me suis levée pour me dégourdir les jambes, tentant d'éviter de regarder les ombres qui restaient accrochées aux meubles et aux objets comme des chiens à leur os, ce qui n'était pas simple, puisque la seule source lumineuse était le bâton de Jack. La couleur bleutée donnait une dimension irréelle à ce qui était jadis une chambre bien rangée, mais dans laquelle une tornade avait l'air d'être passée, une tornade d'obscurité vivante et de peur armée de mains… J'ai soudain buté contre ma boite à musique, que j'avais reçue pour mon cinquième anniversaire. Elle ne marchait plus depuis longtemps, mais elle avait une place chère dans mon cœur. Sur la base large et cylindrique couleur d'un doux vert pastel qui contenait les engrenages nécessaires au bon fonctionnement de l'objet, on avait peint, à la main, des fleurs et des vrilles de glycine (la plante m'avait toujours fascinée…). La glycine en question, sur le haut de la boîte, prenait véritablement forme avec une teinte dorée, tenant au bout de ses doigts ondulés et légèrement tordus un croissant de lune argenté sur lequel une petite fille en robe bleue somnolait, adossée avec une jambe chaussée d'une pantoufle qui pendait dans le vide, comme épuisée de son escalade sur la plante pour toucher le diamant rond de minuit. Les cheveux blonds de la petite endormie en porcelaine me faisaient constamment penser à Laura…
Laura qui était bien plus proche qu'elle ne l'avait été ces derniers jours !
La boite à musique toujours en main, j'ai fait volte face. Jack n'avait toujours pas bougé, se contentant de fixer l'entrée en attendant le retour de Sab, même si je le sentais bouillir de frustration à l'idée de ne pas pouvoir aller le rejoindre. J'ai amorcé un mouvement en avant pour retourner à mon poste, espérant que Sab réussirait peut être à trouver Laura. D'un seul coup, mon mauvais pressentiment m'a fait une nouvelle torsion dans l'estomac, me faisant chanceler, Beblue s'est mise à couiner de terreur…
Et une ombre immense m'a engloutie.
J'ai à peine eu le temps de me retourner que quelque chose me renversait brusquement au sol. Ma tête a heurté le coin d'un meuble brisé et des étoiles se sont mises à danser devant mes yeux. Je n'avais même pas eu le temps de crier. Et la seule chose qui m'est parvenue, ce ne sont ni les cris de Jack, ni les piaillements de Beblue et de Quenotte, mais bien le craquement et le son discordant d'une boite à musique fracassée sur le sol avant que ce ne soit les ténèbres de l'inconscience qui ne m'avalent…
Ah nan ! J'ai demandé un délai pour avoir une certaine avance ! BAAAAAAAHHH !
Tintintin ! Que va-t-il donc se passer ? Vous le saurez dans le prochain épisode ! X3
A demain pour la suite ! Et n'oubliez quand même pas les reviews ! ^^
