Bijooouuuuurrr ! Voilà le chapitre 14 ! ^^'... Oui, bon, je sais que j'ai été méchante et que je vous ai laissé en suspense pour le dernier chapitre, mais c'est comme ça que ça marche aussi, quand même ! (Nan, nan pas taper !X3)
Alors euh... Ce chapitre... Hum, très important, ce chapitre ! J'avais hâte de l'écrire ! ^^ Par contre, j'ai eu vachement de mal, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, hein ? Et sinon, dernière anecdote : Retour d'un perso... Mais je vous en dis pas plus, toute façons vous allez deviner immédiatement... U.U"
Et pour la suite, faudra attendre un petit peu, je l'ai pas encore terminée ! Bon allez, bonne lecture !
PS : Dédicacé à tous les fans de Pitch !
Le Poison du Noir
Ténèbres…
Dureté…
Morsure glacée…
J'ai grimacé sans ouvrir les yeux, tentant vainement d'endiguer les vagues de douleur qui émanait de ma tempe gauche. Je sentais des dalles irrégulières racler mon dos, et on aurait dit qu'elles n'avaient jamais été caressées par la chaleur du soleil tant elles étaient froides. Je n'osais pas ouvrir les yeux pourtant. La lumière de Jack n'était pas visible sous mes paupières closes, et j'étais terrifiée à l'idée de ce que je pouvais trouver face à moi.
J'ai gémi doucement en me tournant sur le coté, une main plaquée sur la blessure que ma chute causée par cette… chose, avait provoquée. Je sentais le sang séché rouler sous mes doigts, suivant une ligne invisible qui disparaissait sous ma mâchoire. Mais je gardais les yeux fermés, encore et encore, luttant de toutes mes forces pour contrer l'instinct qui me dictait de les ouvrir. Tous mes autres sens me hurlaient que ce qui m'attendait au dehors serait pire que dans mes cauchemars, et ma tête tournait. J'ai du me mordre les lèvres pour réussir à me mettre à quatre pattes sans me retrouver de nouveau par terre, avec une envie de vomir qui n'était pas forcément due à ma blessure.
Je sentais la Peur.
Elle émanait de partout dans ce lieu, jusque dans les dalles sur lesquelles je m'étais réveillée. Je n'avais jamais compris, après toutes ces années, comment j'arrivais à discerner cette sensation, mais là n'était pas la question. J'étais complètement tétanisée, et j'avais l'impression que ma propre terreur nourrissait les ombres que j'entrevoyais à peine derrière mes paupières.
Car il y en avait, des ombres. Et pas n'importe lesquelles. Le silence n'était pas vraiment de mise, dans cet endroit, quel qu'il soit, parce que je frissonnais régulièrement en sentant des souffles glacés me frôler brusquement, avec ce qui paraissait être des doigts qui agrippaient soit ma veste, soit mon pantalon. Oh, ce n'était pas grand-chose, juste une infime secousse, un minuscule tiraillement sur l'ourlet du tissu… Mais ça suffisait. Et entre ça et les échos étranges et lointains que j'entendais de temps à autre…
Les yeux difficilement fermés, je me suis recroquevillée sur moi-même en plaquant mes mains sur mon visage. S'il fallait que je reste ainsi éternellement pour éviter d'avoir à faire face à ce qui m'avait entraîné dans l'inconnu, soit !
J'ignore combien de temps a passé ensuite, mais au bout d'un moment, les courants glacés et les tiraillements ont cessé. Et cette fois-ci, le silence s'est vraiment installé en maître… Avant d'être brusquement chassé de son trône par un son insolite en un tel lieu.
J'ai du m'endormir (Oh que cela pouvait paraître dur !), car c'est ce son étrange, justement, qui m'a fait sursauter d'un seul coup. Je n'ai pas pu me contrôler, cette fois ci, néanmoins…
Mes yeux se sont ouverts d'un seul coup.
Et j'ai bien cru que j'étais en plein cauchemar.
Jamais je n'avais vu une telle noirceur. L'intensité des ombres immenses du lieu avait l'air multipliée par cent, et certaines ondulaient dans un souffle de murmures inquiétants. Il y avait bien un peu de lumière, mais elle provenait d'un point en hauteur dans le plafond invisible et elle était si faible et si froide qu'on avait l'impression qu'elle allait s'éteindre d'un instant à l'autre. Pas étonnant que je ne l'ai pas sentie sous mes yeux fermés…
Je me trouvais juste à coté de ce qui ressemblait à une carcasse de globe terrestre : Les mers étaient invisibles, et les continents faits d'un métal noir et mat étaient reliés entre eux jusqu'à la base de l'objet comme les articulations d'un squelette fraîchement nettoyé. Comme le magnifique Globe de Nord, celui-ci était couvert de millions de points dorés qui luisaient comme s'ils voulaient repousser l'obscurité même sur laquelle ils reposaient. Quoique plus petit que celui du Pole Nord, il était néanmoins d'une taille acceptable, puisque j'étais sure de pouvoir me glisser à l'intérieur et d'avoir la place de m'adosser à la plaque africaine. Mais l'ensemble était lugubre et il en émanait quelque chose d'aussi malsain que le reste de l'endroit.
Maintenant que j'étais parfaitement réveillée, même ma douleur au crâne ne pouvait me détourner de cette terreur qui vous fascine autant qu'elle vous effraie. J'ai levé la tête pour frissonner face aux dizaines et aux dizaines de cages aux formes acérées comme des griffes, suspendues à des chaînes rouillées qui disparaissaient dans les ombres du plafond. A quoi pouvaient-elles servir, et pourquoi autant ? La vivante obscurité s'enroulait autour des formes et des angles durs de ces prisons suspendues, et j'entendais constamment les chuchotis qui me rendaient folle et qui faisaient battre mon cœur à grands coups sourds.
Je ne voulais pas rester ici. Il fallait que je sorte !
Mes jambes tremblaient lorsque je me suis remise debout, et j'ai du m'agripper au Globe noir en tentant de faire fi du froid mordant qui s'attaquait à mes doigts. Si j'étais entrée ici, il devait bien exister une sortie, et j'allais mettre des bouchées doubles pour la trouver ! Je me suis mordue la lèvre en me souvenant de Beblue. J'ignorais où elle était, puisque je ne la sentais plus dans mon cou, et j'espérais vivement qu'elle allait bien, tout comme les autres… Le choc entre ma tête et le meuble avait du l'éjecter lorsque je m'étais faite attaquer.
Trois passages s'offraient à moi, tous les trois plongés dans le noir chuchotant de ce lieu étrange et terrifiant. Connaissant mon sens de l'orientation, j'ai hésité longtemps, en suppliant intérieurement que quelqu'un me vienne en aide.
Quand je l'ai de nouveau entendue.
Cette musique.
C'était elle qui m'avait tirée de ma torpeur, il y a quelques minutes, en me forçant à ouvrir les yeux. Et le pire, c'est que je la connaissais bien que cela fasse des années que je ne l'ai plus entendue.
La boîte à musique.
Et un rire.
Qui pouvait montrer de la joie dans un tel lieu ? J'ai froncé les sourcils avec angoisse, et sans m'en rendre compte, l'idée de sortir s'est évanouie. J'étais toujours terrifiée, mais s'il y avait quelqu'un d'autre ici, peut être pourrait-on m'aider… ? En plus, il me semblait connaître ce rire… Et ma boîte à musique n'était plus censée marcher !
Derrière moi, là d'où provenaient ces sons incongrus, il n'y avait qu'un chemin disponible… Et les ténèbres paraissaient un peu moins denses par là… Sans vraiment réfléchir, ce qui pouvait paraître idiot, je me suis engagée sur ce chemin de dalle entouré d'une balustrade en pierre épaisse qui semblait se frayer un chemin au cœur même de la terre. La musique dansait à mes oreilles et m'apaisait d'une manière étrange, comme si quelque chose recouvrait le sentiment de frayeur qui me possédait depuis mon réveil. Ce n'était pas très agréable, mais pas horrible non plus. C'était plutôt… Comme une anesthésie.
L'endroit était un tel dédale d'escaliers, de passages, de ponts taillés à même la pierre et de colonnes dans tous les sens que j'avais l'impression de me retrouver dans le tableau de La Chambre d'Escher, où plus rien n'avait de sens. Mais quand je prenais la mauvaise direction, la musique se faisait moins forte, plus désaccordée, ce qui me faisait faire demi-tour. Au contraire, quand je m'engageais dans le bon escalier, la mélodie s'accentuait, doucement d'abord, puis de plus en plus fort. J'ai plusieurs fois hésité en secouant la tête, me demandant pourquoi je suivais un tel son au point de me perdre dans ce qui ressemblait à l'antre de mes peurs les plus profondes. Mais quelque chose me chuchotait en esprit d'arrêter d'y penser, d'écouter, de seulement écouter, et de me laisser porter, ce qui était beaucoup plus simple… Je croyais voir le noir reculer à chacun de mes pas, le vide disparaître lorsque je m'engageais sur une passerelle tordue et particulièrement étroite…
Et plus j'avançais, plus la musique emplissait mon esprit. Des mots se mirent bientôt à danser sur les notes que je connaissais par cœur sans pour autant, à cet instant, être capable les reconnaître. Ces mots qui s'effaçaient dès que je me concentrais dessus… Ca me faisait penser au chant des sirènes.
Ce qu'il y avait de plus horrible, en fait, c'était qu'une part de moi se rendait parfaitement compte de cet envoûtement étrange, et qu'elle l'acceptait, curieuse de savoir où cela pouvait me mener. C'était cette part de moi qu'on entendait très peu, la téméraire, d'habitude constamment étouffée par mes phobies et mes terreurs. Maintenant que ces dernières étaient pour ainsi dire anesthésiées, endormies, étouffées, cette témérité ressortait sans se montrer, attendant de voir jusqu'où j'étais capable d'aller dans cet univers de noirceur et de obscur chaos ordonné.
Après un temps infiniment long et très court à la fois, j'ai fini par pousser une haute porte noire du bout des doigts. Lorsqu'elle a grincé sur ses gonds, la mélodie de la boîte à musique s'est fait plus forte quelques centièmes de secondes à peine…
Et s'est arrêtée.
Le silence s'est de nouveau abattu sur moi comme une chape de plomb, mais je ne ressentais toujours rien. La voix dans mon esprit continuait à me dire « Allez, entre… Pousse un peu plus la porte et entre… », ce que j'ai fait, obéissante malgré mon hésitation, car cette dernière faiblissait.
La pièce dans laquelle je venais de pénétrer était ronde. Le sol dallé d'une couleur pale comme celle d'un fantôme contrastait avec la noirceur des murs hauts, ornés de formes aussi acérées que les cages que j'avais vue, près du Globe noir, comme s'ils étaient des prédateurs endormis, gardant leurs griffes prêtes à déchiqueter quelque imprudent qui oserait s'approcher d'eux. J'ai mis quelques secondes avant de me rendre compte que ce n'était pas que des murs. Il y avait aussi des arches qui donnaient sur un gouffre d'une profondeur vertigineuse, où des morceaux de pierre qui semblaient avoir été arrachés à des palais il y a des siècles flottaient paresseusement, parés d'une couleur délavée, même pour du roc.
Et au centre, recroquevillée comme si tous les malheurs du monde s'acharnaient sur elle, se tenait une petite silhouette frémissant à peine, ses cheveux d'un blond terne fouettant le blanc mort des dalles.
Laura.
OOO
J'ai descendu l'escalier qui donnait le sentiment de se retrouver dans une arène en manquant de trébucher plusieurs fois, mais ca m'était égal. Bien plus vite que je ne l'aurais cru, je me suis retrouvée tout près de ma meilleure amie immobile, mes genoux douloureux d'avoir glissé sur le dernier mètre pour accélérer. Je ne sentais que mon angoisse pour Laura, qui était dans un état affreux. Son teint pale d'avoir tant manqué de soleil faisait ressortir des cernes noires sous ses yeux clos, ses joues s'étaient légèrement creusées et elle avait perdu du poids… En si peu de temps ! Mais c'est surtout son air de souffrance qui m'a le plus fait mal. Elle était crispée et gémissait parfois de temps à autre en se roulant davantage en boule comme pour se protéger d'une chose que je ne pouvais pas voir. Ses doigts étaient emmêlés dans ses cheveux qui avaient perdu leur éclat doré, et ses lèvres serrées en une ligne pale portaient des marques de morsures et de meurtrissures. Elle s'étaient mordue jusqu'au sang.
Lorsque je l'ai touchée, Laura a soudainement ouvert des yeux exorbités, injectés de sang, et s'est mise à hurler. J'ai reculé d'un seul coup et j'ai atterri sur les fesses, choquée. Outre le fait qu'elle ait une telle réaction à mon contact, c'était le fait que sa voix soit à ce point enrouée qui me frappait. Combien de temps avait-elle passé à hurler, seule dans le noir, elle qui, avant, criait volontiers plus fort que la moyenne... ?
Ses cordes vocale n'ont pas tardé à lâcher, car elle a très vite cessé de crier pour se mettre à se tordre dans tout les sens en gémissant, se griffant le visage comme si elle voulait se débarrasser de quelque chose. Ses yeux s'étaient refermés derechef, et ses paupières gonflées par le sel de ses larmes étaient crispées.
- « Non, par pitié… S'il vous plait… Non… ! ».
Ses sanglots ont failli m'attirer des larmes. Je n'ai pas résisté et j'ai de nouveau plongé sur elle pour la serrer contre moi, immobilisant ses mains pour qu'elle cesse de se faire du mal.
- « Réveille toi, Laura ! S'il te plait… Il faut que tu te réveilles, maintenant… »
Je ne savais pas quoi faire d'autre, à part la bercer en retenant mes larmes, car j'avais mal pour elle. Impossible de la réveiller. J'étais condamnée à la regarder souffrir dans son sommeil…
- « C'est vraiment touchant… J'en aurais presque le cœur chaviré ! »
J'ai sursauté brusquement, serrant instinctivement le corps tremblant de mon amie démunie contre moi, cherchant l'origine de cette voix désincarnée parmi les hauteurs insondables de la pièce. Laura s'est faite encore plus petite entre mes bras, rentrant la tête entre les épaules alors qu'elle était toujours en train de dormir.
Mais moi, je ne dormais pas… Et je ne pourrais jamais dormir, encore moins maintenant que j'avais entendu cette voix qui me terrorisait toujours malgré mes peurs encore étrangement étouffées.
- « …Pitch… »
J'avais à peine murmuré, lâché ce nom du bout de lèvres, porté par un souffle infime… Mais il a résonné dans toute la salle, jusque dans ses profondeurs les plus obscures, et les ombres sur les murs se sont brusquement élevées et étendues, comme réveillées par ma voix.
Un rire que je n'entendais que dans mes cauchemars avant de l'avoir écouté au Palais de la Dent ondula alors dans l'air glacé. Ce rire bas et doux qui envoyait des frissons de peur tout le long du dos…
- « Ne suis-je pas gentil de te laisser voir ton amie, Elenor ? »
Ce n'était pas de la gentillesse, mais de la cruauté à l'état pur. J'ai tourné la tête dans tous les sens pour essayer de le trouver, mais le Croquemitaine avait l'air de connaître parfaitement son affaire. Une seule fois, j'ai entraperçu un mouvement du coin de l'œil, et c'était l'éclat d'un sourire mauvais qui s'est évanoui trop vite pour que j'en prenne véritablement conscience. Mais ce qui me taraudait le plus, c'était bien le fait qu'il soit hors de ma vue, mais que JE lui sois visible.
- « Pourquoi faites vous ça ?... Laura n'a rien à voir avec cette histoire ! », ai-je déclaré d'une voix qui, à ma grande honte, comportait un brin de supplication.
Pitch a de nouveau ri. Je sentais à peine des courants d'air glacés qui effleuraient ma peau.
- « Comme tes parents et ton frère ? Oui, Elenor, tous n'ont rien à voir avec cette histoire, mais le problème, vois tu, c'est que c'est toi qui les a mêlé à tout ça… »
J'ai dégluti difficilement. Mes mains se sont crispées sur les épaules de Laura, tandis que je m'efforçais de chercher Pitch parmi les ombres encore et encore.
Le pire, c'était qu'il avait raison.
- « Je ne voulais pas ! », me suis défendue, « C'étaient des accidents ! »
- « Mais ils en ont payé le prix… Pauvre enfant… ».
Sa voix résonnait lugubrement sur les parois de pierre noire sculptée, et l'écho de son ricanement était difficile à supporter avec calme. Mais je devais tenir, pour Laura et pour ma famille.
- « Après tout… », a-t-il continué.
Les ombres se sont d'un coup épaissies non loin de nous, comme la première fois qu'il était apparu, au Palais de Fée. Lorsque son corps a pris une consistance, j'ai du lutter de toutes mes forces pour ne pas reculer et abandonner lâchement Laura qui semblait à peine calmée et qui continuait à gémir doucement contre moi.
- « … Voilà ce qui arrive quand on côtoie les Gardiens. », a-t-il terminé.
Je n'ai rien répondu, me contentant de le garder dans mon champ de vision tant qu'il était visible. Ce fait a eu l'air de l'amuser, parce qu'un sourire est venu étirer ses lèvres. Il a croisé ses bras dans le dos et s'est mis à déambuler de sa démarche tranquille à travers la pièce, me tournant autour comme un rapace guette une proie. Je me suis mordue la langue sans m'en rendre compte, mais la douleur m'a aidé à me concentrer.
- « Où sont Jack et Sab ? »
Pitch a haussé les épaules avec nonchalance.
« Ils profitent de mes tours de passe-passe. Ce dont nous avons à discuter ne les concerne pas… Du moins, pas tout de suite. Mais parlons plutôt de toi ! J'ai remarqué que la balade dans mon domaine t'avait plu, d'après ce que j'avais pu en voir. Tiendrais tu toujours autant à cette boîte à musique, pleine de tendres souvenirs de ton enfance ? »
Il savait ! J'ai eu l'étrange sentiment d'avoir été trahie, et mes mains se sont mises à trembler.
- « Ma vie ne vous concerne pas. », ai-je pourtant eu le courage inouï de lui sortir.
Ma tirade ne l'a que fait rire. Avant que je ne m'en rende compte, il avait déjà disparu dans l'ombre d'une arche, ses yeux jaunes restant braqués sur moi un infime seconde de plus avant de s'évanouir à leur tour.
- « Et pourquoi crois tu que ta vie ne me concerne pas, Elenor ? Aurais tu miraculeusement retrouvé tes précieux souvenirs perdus depuis sept longues années ? De ce qui s'est passé, cette fameuse nuit d'Halloween où tout ce que tu étais à mystérieusement basculé ? Pauvre, pauvre enfant terrorisée par les monstres du noir… »
- « Arrêtez… », ai-je répliqué d'une voix presque inaudible.
Mais ce qu'il venait de me dire m'a soudainement frappé.
Il… Il savait ce qui s'était passé ?
Ma surprise a du se voir sur mon visage, car Pitch a éclaté de rire, le son paraissant repris par les ombres qui s'agglutinaient sur les parois. C'est là que j'ai remarqué les yeux. A peine discernables, car ils étaient juste un peu plus clairs que le reste de leur corps. Le peu que j'en ai vu a suffit à m'inciter à cacher mon visage dans les cheveux blonds de Laura. Il y avait en eux un tel… néant, un tel vide, qu'on croyait pouvoir s'y perdre à jamais, dévoré par quelque chose de plus ancien encore que l'existence de ces ombres.
Ma peur, du coup, m'a empêché de surveiller mes arrières. De plus, j'aurais du me dire que dans ce lieu, même ma propre ombre pouvait être contre moi.
J'ai sursauté en sentant les doigts fins de Pitch se refermer sur mes épaules. J'ai voulu me dégager de cette poigne de fer, mais je me suis rapidement rendue compte que je ne pouvais plus faire le moindre mouvement, tant à cause de ma peur que de quelque manipulation sur mon ombre de la part du Croquemitaine.
Ce dernier a de nouveau ri doucement, puis un éclat doré a attiré mon regard sur mon épaule droite. Lorsque j'ai vu de quoi il s'agissait, j'ai cru que mon cœur ratait un battement.
Ma cartouche de dents.
OOO
Elle brillait étrangement dans ce lieu où l'on pouvait y voir sans qu'aucune lumière ne paraisse y avoir jamais pénétré. Mes yeux restaient fixés sur le visage peint sur l'un des cotés : Celui d'une petite fille aux boucles folles, aux yeux gris et au sourire enfantin, un sourire comme je n'en avais plus eu depuis longtemps.
Toutes mes réponses étaient là. Devant moi.
A portée de main.
- « …Vous… Vous avez regardé ma cartouche ? », ai-je demandé d'une voix étranglée.
- « Oh, non ! », a-t-il répondu à mon oreille d'une voix faussement innocente, « Pourquoi irais-je regarder… Alors que j'étais là quand ca s'est passé ? »
Ma gorge s'est nouée brusquement, et je me suis sentie pâlir. Il mentait ! Ce n'était qu'un mensonge ! Il ne pouvait pas avoir été présent parce que je m'en…
Je me suis mordue la lèvre en maudissant ma bêtise. Bien sur que je ne m'en rappellerais pas comme ça !
Mais si c'était vrai… alors…
- « Alors… Pourquoi… ? »
- « Aah… Pourquoi l'ai-je prise, te demandes tu ? »
Il a soupiré d'un air faux. Ne pas le voir en sachant qu'il était juste derrière moi me remplissait d'un mélange de terreur et de frustration, et ses doigts serrant l'os de mon épaule étaient glacés, au point que je pouvais le sentir à travers le tissu de ma veste et de mon tee-shirt.
- « Disons que mes intérêts ne concordaient pas avec ta recherche de vérité, fillette… Ma précédente invitation avait alerté les Gardiens plus tôt que je ne le pensais, et j'ai du agir en conséquence. Je me doutais bien qu'on t'emmènerait voir tes précieux souvenirs pour mettre toute cette affaire au clair, et ça, je ne pouvais pas me le permettre… Jusqu'à maintenant. »
- « …Et… Maintenant ? », ai-je demandé.
Son rire m'a fait hérisser les poils des bras et j'ai de nouveau dégluti, encore plus difficilement que la dernière fois.
- « Maintenant je peux te les rendre… pour que les Gardiens et l'Homme de la Lune puissent comprendre les conséquences de leur échec et désespérer jusqu'à la fin… Mais avant… »
J'ai retenu un cri de justesse lorsqu'il m'a soudainement remis sur mes pieds, le corps de Laura basculant au sol, toujours emprisonnée dans son cauchemar. Sa poigne était formidable, et d'une simple torsion du poignet, je me suis retrouvée face à lui.
Pitch arborait un sourire de victoire, tout en me tendant la cartouche dorée, que j'ai fixée sans vraiment y croire, ni comprendre le sens de son geste. Il m'avait volé mes dents… Parce que je ne devais pas découvrir la vérité tout de suite ? Je n'arrivais jamais à le cerner complètement…
Mais j'avais tant envie de connaître enfin la vérité.
D'abord hésitante, j'ai fini par serrer le poing avant de lentement tendre la main. Mes doigts se sont enroulés autour de la cartouche dorée qui s'est mise à vibrer de manière étrange, comme si elle me reconnaissait. Je me suis empressée de la mettre dans ma poche.
Pitch m'a regardé faire en silence, sans me lâcher le poignet droit qu'il retenait plus sûrement que des fers en métal. J'avais à peine esquissé le mouvement de me dégager qu'il a donné une secousse dessus, une secousse qui m'a coupé le souffle parce que j'ai eu l'impression de la ressentir jusqu'à l'os, tandis qu'il arborait un air de tranquille assurance en plus de son sourire.
- « Pas tout de suite, Elenor. J'ai un dernier cadeau que je mourais d'envie de te donner depuis longtemps, en provenance de la Chambre Noire dans laquelle nous nous trouvons… »
Il a exposé ma main prisonnière en me forçant à l'ouvrir, a levé son index droit et l'a apposé au centre de ma paume. Si sa peau était froide, cette sensation n'était rien à coté de a morsure que le contact entre nos deux épidermes a provoqué. J'ai lâché un cri perçant avant de tomber à genoux. C'était comme s'il avait injecté de la glace ou de la lave dans mes veines. Froid ou chaud car il m'était à cet instant impossible de déterminer si c'était brûlant ou glacial. Tout ce que je savais, c'est que c'était monstrueusement douloureux.
Le contact m'avait paru durer une éternité, mais il ne s'est passé en réalité que trois secondes avant que Pitch ne retire son doigt et me relâche de manière négligée en riant. Dès qu'il m'a lâché, la douleur s'est réduite à une pulsation sourde. Serrant ma main malmenée, je me suis éloignée du Croquemitaine en glissant sur mes fesses, serrant les dents pour ne pas lâcher le gémissement qui m'obstruait la gorge.
- « Qu'est ce… Qu'est ce que vous m'avez fait ? », ai-je réussi à balbutier en essuyant mes yeux piquant de larmes.
- « Je te l'ai dit : Un cadeau… Oh ! Et emmène ta chère Laura avec toi. Ses cris commencent sérieusement à me lasser puisqu'elle arrive à en faire constamment pendant son sommeil… Au plaisir, Elenor !»
Une ombre nous as englouties d'un seul coup, Laura et moi, et je me suis sentie tomber vers l'inconnu sous le rire satisfait du Croquemitaine. Mais juste avant que l'étrange lumière morte ne disparaisse, j'ai eu le temps de voir quelque chose inscrit dans la paume de ma main blessée : Une tache, plus noire encore que de l'encre de chine, d'où partaient ce qui ressemblait à des nervures et des rainures, comme des vers grouillant sous la peau…
Ou du poison se distillant dans les veines.
Euh... Copain ? Oui, bon, j'ai compris, je retourne écrire la suite !
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