Désolée pour le retard ET pour la taille du chapitre ! Mais même s'il est court, il est quand même important ! Je voulais pas vous faire attendre plus longtemps, et puis, je savais pas où m'arrêter, alors voilà ! .

Merci pour toutes vos adorables reviews ! Ca m'aide à tenir le coup et continuer sur ma lancée ! Je promets que la suite sera plus longue (j'espère en tout cas !)

Chanson du chapitre : "Oblivion" de Bastille.

Bonne lecture !


Un pardon de Blanc et de Noir

J'ai cru que je délirais. Oui, c'était ça… la fièvre devait me donner des hallucinations. Comment était-il possible que Laura soit réveillée aussi vite ?

Et Fée…

J'ai fermé les yeux en avalant ma salive avec difficulté. Ma gorge était sèche au point que j'ai cru avoir avalé du sable et je me sentais aussi faible qu'un nouveau né. Quant à la douleur, on aurait dit que mon réveil difficile avait fini par la réduire, sans pour autant la chasser, me rendant quand même patraque et tremblante. Mais j'avais eu raison sur un point : On était toujours au Terrier. Je voyais quelques papillons voleter dans mon champ de vision occupé en grande partie par le visage de Fée et les cheveux blonds de Laura.

J'avais beau avoir du mal à croire qu'elles étaient devant moi, je sentais ma poitrine se réchauffer du sentiment de soulagement. Elles semblaient tirées d'affaire, même si j'ai constaté que ma meilleure amie avait toujours les traits tirés et le teint pale, tandis que Fée arborait encore les plumes ternes que je lui avais vues la dernière fois. Contre elle était collée Beblue, qui semblait avoir du mal à croire à mon réveil et qui paraissait avoir pleuré.

- « Enfin ! », a soufflé la Gardienne des Souvenirs, « Nous n'y croyions plus ! »

J'ai froncé les sourcils et j'ai faiblement ouvert la bouche pour répondre, mais une quinte de toux m'a coupée dans mon élan en me pliant en deux au point de faire revenir les larmes. Une bronchite carabinée m'aurait mise dans un état semblable, mais je savais parfaitement qu'il s'agissait que quelque chose d'autrement plus grave à présent. Quoi que soit cette chose qui ne donnait l'impression d'avoir l'intérieur de la cage thoracique compressé, ce n'était pas là pour faire le bien. Mon visage s'est contracté en grimace lorsqu'un goût métallique a envahi ma bouche.

Fée s'est tournée vers Laura qui me fixait avec un air inquiet.

- « Tu peux aller chercher de l'eau là où je t'ai montré la source ? »

Mon amie a hoché la tête et a disparu en se tenant aux troncs et aux rochers pour marcher. La Fée des Dents s'est ensuite accroupie à coté de ce qui me servait de lit et m'a tapoté le dos en douceur.

- « Respire par le nez et rallonge toi… »

J'ai fait ce qu'elle m'a dit et, peu à peu, ma toux s'est légèrement calmée. Le souffle court, j'ai senti mon regard se perdre dans les hauteurs insondables et lumineuses du repaire de Bunny. Mes doigts glissaient sur le tissu dont on m'avait recouvert, d'une douceur apaisante. C'est là que je me suis rendue compte que je me trouvais au pied d'un cerisier dont les fleurs pleuraient des pétales rosés qui formaient un tapis moelleux sur l'herbe. Un véritable lit naturel, auquel on avait juste rajouté un oreiller et une couverture pour que je sois plus confortable…

Mais depuis combien de temps j'étais là ?

Fée a paru comprendre ma question inaudible en sondant mon regard, car elle a soupiré. C'était tellement différent de la fée habituelle, celle qui souriait à tout bout de champ ! Dégageant les cheveux collés par la sueur sur mes tempes, elle a déclaré :

- « Cela faisait presque deux jours qu'on luttait pour te réveiller. La fièvre est montée en flèche pendant ce temps là… et tu hurlais. »

… Ca expliquait mon mal de gorge.

- « Je…Je… »

J'avais une voix tellement rauque, tellement faible ! J'en avais presque honte.

- « C'est Beblue qui nous a prévenue. Enfin, qui a prévenue Sab… Il a ensuite appelé Bunny à la rescousse et c'est à ce moment là que je suis arrivée. Nord et Jack sont au courant, mais Bunny leur a dit de ne pas venir. Tu avais besoin d'air… »

J'ai essuyé mes yeux irrités d'un revers du poignet. On m'avait retiré ma veste en me laissant mon tee-shirt à manches longues et mon pantalon était plié près de mes baskets, non loin. J'avais du mal à réfléchir correctement tellement j'étais embrouillée, et l'eau fraîche que Laura a rapporté dans ce qui ressemblait à un pétale immense m'a fait un bien fou, même si j'ai eu beaucoup de mal à avaler. Je ne sentais… desséchée. Comme un arbre agonisant sous les assauts de quelque mal inconnu grouillant sous son écorce ridée en dévorant tout ce qu'il y avait de plus tendre en son sein.

Et c'était douloureux.

J'ai lâché un long soupir en me laissant retomber sur l'oreiller dès que la soif s'est calmée. J'avais quand même réussi à vider presque entièrement le « bol », et j'avais encore la gorge un peu sèche, mais c'était beaucoup mieux qu'avant.

- « Que… Qu'est ce qui s'est… ? Je ne me souviens de rien… », Ai-je finalement réussi à balbutier, serrant les dents face à la douleur de mes lèvres craquelées.

- « Et pour cause… », a répondu Fée en se penchant avec un air défait sur le visage.

Sur ce, elle a attrapé mon poignet droit et a doucement remonté ma manche dont la couleur auparavant blanche avait laissé place à la teinte grisâtre de la poussière et de l'épuisement. J'étais surprise de sentir mes doigts aussi sensibles et douloureux, comme des milliers d'aiguilles me mordant la peau sans pitié, au contact de la femme ailée…

Et quand elle m'a montré ce que je devais voir, j'ai écarquillé les yeux en retenant mes larmes.

La marque. La marque que Pitch m'avait faite il y a… Quoi ? Deux jours ?...

Elle avait changé.

Ma main et mes doigts étaient totalement noirs. On aurait dit que c'était pourri, gangrené, corrompu. Et des langues, des filaments de ténèbres s'enroulaient, sinuaient sur ma peau, pale comme la mort face à leur noirceur absolue, telles des sillons et des tracés de veines souillés par quelque chose… de contre nature. Ils montaient jusqu'à mon coude, à l'assaut de mon avant bras, colonne obscure animée de quelque désir malsain.

A la recherche de quelque chose à dévorer.

Je crois bien que c'est à ce moment là que j'ai compris le plan de Pitch.

OOO

J'ai senti une vague de nausée m'envahir brusquement, menaçant de me forcer à recracher toute l'eau que j'avais réussi à avaler. Avec un gémissement d'horreur mêlé de honte, j'ai fermé les yeux et je me suis détournée autant que j'ai pu, cherchant à arracher mon bras à la poigne de Fée avec les maigres forces qu'il me restait. Mais quoi que ces forces aient pu être, la femme ailée était plus forte que moi. Je n'osais croiser ni son regard violet, ni les yeux bleus de Laura dont je sentais le regard inquiet et désespéré peser sur moi, et j'ai fini par laisser tomber mes paupières sur le monde, attendant que l'une d'entre elles réagisse.

Parce que là, j'en étais bien incapable.

- « Elenor… Pourquoi n'as-tu rien dit aux autres Gardiens ? Beblue m'a raconté ce qui s'est passé près de la rivière et… Comme elle, je ne comprends pas… », a demandé Fée.

Je sentais une multitude de choses dans sa voix. Inquiétude, affection, incompréhension, colère et peut être même déception. Ces sensations brûlaient plus fort que du fer chauffé au rouge. Lorsque j'ai ouvert la bouche, c'était une voix nouée par le remords qui était perchée sur mes lèvres :

- « … Je ne sais pas… Je ne sais plus… Je… Je sentais que je ne devais rien dire… Et je le regrette. »

Il y eut un silence pesant, troublé seulement par le clapotis de l'eau multicolore qui coulait dans son lit tranquille pas très loin, et un distant bruit de pierres qu'on frotte, indiquant qu'un Œuf de roc, gardien des lieux, passait à quelques mètres de son pas lourd.

- « Elenor, je veux que tu me racontes exactement ce qui s'est passé lorsque Pitch t'a entraîné dans son repaire. »

Je n'ai même pas cherché à réfléchir, même si j'ai remarqué que Laura, accroupie à coté de moi, s'était crispée comme si on venait de la pincer. Mais le flot, le flot de mots est sorti de ma bouche comme une vague. J'avais moi-même besoin d'entendre, d'écouter, pour comprendre mieux où toute cette histoire allait me mener.

Et c'est ce que j'ai fait.

Et au fur et à mesure que je revivais les évènements par voie orale, je saisissais peu à peu toute l'étendue des conséquences dans leur ensemble…

Et j'ai tremblé.

Encore.

A la fin, lorsque j'ai terminé par ma perte de conscience et par la « visite » de mon tortionnaire, Fée arborait un teint plus blanc qu'un linge, serrant en douceur entre ses doigts menus la petite Beblue qui ne comprenait apparemment pas tout. Laura avait également l'air perdue, car elle a posé une main sur mon épaule en s'adressant à la Gardienne des Souvenirs :

- « Qu'est ce que ça voudrait dire ? »

Fée est restée figée comme une statue plusieurs secondes, mais on pouvait presque voir les rouages tourner dans sa tête. Un pli a brisé son front paré de plumes puis ses yeux améthyste se sont reposés sur moi.

- « Tu as vu tes souvenirs. »

Ce n'était pas une question, mais j'ai hoché la tête. Fée s'est alors brusquement relevée d'un coup d'ailes en levant la main sur laquelle se trouvait Beblue.

- « Va chercher les autres Gardiens, petite plume. Trouve Quenotte, vous irez plus vite à deux… Et dépêche toi ! »

Beblue a gazouillé une approbation, puis s'est tournée quelques instants vers moi avant de filer à tire d'aile dans les profondeurs du Terrier. La femme ailée a alors reporté son attention sur nous, puis a fait apparaître la cartouche dorée désormais familière qui était la mienne.

- « M'autoriserais tu à regarder à mon tour ? C'est très important, même primordial. »

Quelle question ! J'ai accepté sans une hésitation, ce qui a fait naître un faible sourire chez la Fée des dents. Puis elle m'a incité à me rallonger, avec l'aide de Laura.

- « Je n'en ai pas pour très longtemps, mais il faut impérativement que je vérifie quelque chose… », a ajouté la femme oiseau avant de s'envoler.

Elle n'a pas tardé à disparaître à son tour dans la verdure, sans doute à la recherche d'un endroit calme…

Nous laissant seules pour la première fois depuis ce qui me semblait être un âge, Laura et moi.

OOO

Etrangement, je me sentais nerveuse à l'idée de lui faire face. Et elle non plus n'avait pas l'air particulièrement à l'aise, se dandinant d'un pied à l'autre en regardant partout, sauf au pied du cerisier. J'en ai profité pour l'observer en me redressant, anxieuse à l'idée qu'elle garde des séquelles de son séjour involontaire dans les souterrains de Pitch.

Elle avait maigri, visiblement. Ses joues d'habitude rondes s'étaient creusées, lui donnant, avec ses cheveux ternes et lisses, un air plutôt sauvage. Sa peau pale avait bleui autour de ses yeux clairs, ce qui laissait une impression quelque peu irréelle. Comme à mon arrivée au Pole Nord, ses vêtements, les mêmes qu'elle portait pour son enlèvement, avaient été recousus, réparés et nettoyés. Seuls son physique et la lueur particulière de son regard trahissaient une aventure éprouvante entre les mains du Maitre des Cauchemars.

- « Tu as changé… »

Bravo, Elenor ! Super comme phrase d'accroche ! Je me serais mise une gifle si j'étais sur de ne pas rater ma joue tellement je frissonnais sous les assauts de la fièvre.

Laura a laissé échapper un rire nerveux avec des notes fausses. Qui ne lui ressemblais absolument pas.

- « Oui, pas vrai ? Je n'ai pas vraiment été en vacances, après tout… »

- « Non, je… Je… », ai-je commencé.

Mais j'ai croisé son regard, qui disait clairement « S'il te plait. Arrête toi maintenant. ». Ce que je pouvais y lire m'a destabilisée. Peur, colère, incompréhension...

Etais-je condamnée à voir tout mes proches arborer le même regard méfiant ?

Je me suis mordue la lèvre en laissant tomber mes yeux sur mes mains. Si différentes, à présent. Le jour et la nuit. L'humanité et le Cauchemar réunis dans un seul corps. Mes doigts se sont faiblement entrelacés, ma main noire envoyant des signaux sensibles le long de mon bras atteint.

Comment en étions nous arrivés là ?

- « … Qu'est ce qui nous est arrivé ? »

Les mots ont franchi mes lèvres sans que j'y songe. Laura, occupée à regarder un papillon butiner une fleur carmin, a tourné la tête vers moi, mais je ne la regardais pas.

« Je… Notre vie était normale jusqu'à présent. On s'ennuyait même ! Et… Tout… tout ça, ça nous est tombé dessus plus sûrement qu'un contrôle du prof d'histoire au retour des vacances ! »

J'ai ri. C'était amer. Dur.

Triste.

Laura n'a rien dit. Elle m'écoutait, en silence, les bras croisés comme elle avait l'habitude de le faire tout le temps. Il m'était impossible de dire ce que son geste pouvait signifier. Je savais juste une chose.

Si je la regardais, j'allais me taire pour toujours.

Et je le regretterais toute ma vie.

Mes mains se sont serrées sur le tissu qui me servait de couverture. Le blanc et le noir, c'était la seule chose sur laquelle je devais me concentrer.

- « La vérité, c'est que plus rien ne sera jamais pareil… On ne pourra pas reprendre nos vies d'avant, peu importe comment tout cela va se terminer, et… »

Les mots étaient plus lourds que des pierres dans ma poitrine. Ils m'oppressaient les poumons, me coupaient le souffle, me nouaient la gorge, m'obstruaient la trachée comme pour m'empêcher de prononcer ce que mon cœur désirait faire sortir. J'ai fermé les yeux en me mordant la lèvre.

- « Et ? », a demandé Laura d'une voix neutre.

Le pépiement des oiseaux invisibles a été le seul son audible pendant plusieurs secondes, avec celui de l'eau qui coulait non loin. Des sons apaisants, qui méritaient qu'on les laisse s'épanouir à tout jamais en se taisant jusqu'à mourir dans le silence des bêtises qu'on aurait pu proférer pour briser la poésie de cette nature pure et lumineuse.

- « Et c'est de ma faute. »

Je l'avais dit.

- « J'ai attiré des cauchemars sur ma famille, je t'ai…abandonnée dans l'antre de la Peur, j'ai été lâche, peureuse, couarde, incapable… »

Les mots se succédaient, les uns après les autres. Je n'ai pas remarqué immédiatement que je pleurais. Mais les larmes étaient pourtant bien là, me brûlant les joues et les yeux comme pour me punir de ma propre nature. Les mots se sont hachés, ma respiration s'est saccadée, transformée en hoquets de honte et mes intonations en sanglots…

- « … Et je suis désolée pour tout ! »

Mes mains se sont plaquées sur mon visage pour, peut être, le cacher aux yeux du monde. Je n'arrivais plus à m'arrêter, condamnée sûrement à pleurer jusqu'à ce que tout ce qu e j'avais fait soit compris par ceux à qui j'avais fait du mal.

- « Je te demande pardon... »

C'est la dernière chose que j'ai été capable d'articuler.

J'ai cru rester longtemps perdue dans mes sanglots de chagrin et de honte, plongée dans un monde de noir et de larmes. Et si je ne me suis pas arrêtée lorsque des bras m'ont finalement entourée, c'était que ça m'était impossible. Je me suis sentie serrée contre un cœur qui battait paisiblement, durablement. Présent, vibrant…

Vivant.

- « Je te pardonne. »

J'ai pu lui rendre son étreinte en relâchant enfin tous mes pleurs.


Alors ? Un peu court, encore une fois ! Promis, je me rachète la prochaine fois !

N'oubliez pas les reviews !

Namarië