Hellow les amis ! Oui, je sais, je suis MONSTRUEUSEMENT en retard ! Je n'ai aucune excuse, enfin si, mais pas des bonnes : Je suis tombée dans la série "Once Upon a Time" et quand je trompe Pitch avec Rumpelstitskin, bin il est pas génial, le résultat ! (J'ai d'ailleurs commencé une fic sur OUAT...^^') SI VOUS CONNAISSEZ PAS, VOUS ÊTES NULS ! ... Naaan, je déconne, mais je dirais plutôt, qu'est ce que vous attendez, nom d'un lutin avarié ?! Et en plus de cette dérive, j'ai eu... d'autre problèmes bien plus personnels, mais je déblatérerais pas ma vie ICI ! Bon, pour me rattraper, un bon chapitre comme vous les aimez, je l'espère ! Hmm... Ca sent franchement la fin, tout ça !

Et sinon... Les cinq Légendes est sorti en DVD, c'est TROP COOL !

Bonne lecture !


Vieille Magie et Imprévus

Il a fallu plus de temps que prévu à Laura pour me ramener les vêtements souhaités, et le sourire qu'elle arborait quand elle est finalement revenue ne m'a pas vraiment convaincu qu'ils avaient eu du mal à les dénicher. En fait, je crois que j'ai rougi un énième fois avant de lui prendre les vêtements tandis que je la voyais retenir un gloussement. Elle avait toujours une manie qui la trahissait : Elle se mordait la joue gauche en baissant les yeux à droite.

Oui, je vous avais déjà prévenu que j'avais tendance à remarquer des détails inutiles.

Mais malgré ce que je voyais de plus en plus comme un traquenard que Sab et elle nous avaient tendu, je dois dire que je m'entendais plutôt bien avec Jamie. Il était agréable, vif, intelligent et perspicace. Le genre de personne que j'apprécie très rapidement. J'ai du par la suite me donner une gifle mentale pour me remettre les idées en place de manière ferme et définitive. Ce devait sans doute être à cause du choc occasionné par mon rétablissement soudain. Oui, c'était ça, je devais avoir un manque affreux de compagnie après tous les cauchemars qui m'avaient assailli. J'avais d'ailleurs encore un goût désagréable en bouche, mais c'était quand même mieux qu'au réveil. Au début, je ne l'avais pas remarqué, mais au bout d'un moment, j'avais du interrompre celui ou celle qui me parlait pour boire, sinon je sentais que ça n'allait pas le faire de cracher dans l'herbe verte de Bunny qui n'était pas loin.

Les habits, ou plutôt l'habit, que m'avait apporté Laura consistaient en une tunique toute simple en coton d'une couleur verte que j'ai enfilée avec un soulagement audible et manifeste, loin du regard de tout garçon, qu'il soit Gardien ou humain, même si Marc a essayé de regarder pour rire. Le pauvre s'en est tiré poursuivi par Beblue qui se prenait décidément pour une maman poule avec moi avant qu'il ne se fasse rabrouer par Fée et Jamie lorsque j'ai finalement été plus présentable. Néanmoins, j'étais contente de pouvoir enfin me présenter sans couverture enroulée sur les épaules… Et pouvoir cacher un petit peu mieux l'étrange marque dorée, bien que ma main, mon cou et mon visage restent découverts. J'avais sérieusement l'impression d'être moitié constituée d'or fondu, maintenant. Sauf que ce n'était pas de l'or, mais bien du sable à rêves, comme Sab me l'avait certifié.

J'avais du sable sous la peau, à présent.

C'est… original.

M'enfin bon, j'étais de nouveau sur pieds, je n'allais pas faire de chichis pour ça, quand même ! Quoique…

- Sab…, ai-je soufflé au bonhomme doré d'un ton que j'ai espéré discret, Tu crois que c'est définitif, ces marques ?

Le Gardien des Rêves a haussé les épaules avec un air indécis pour signifier son ignorance. C'était la première fois qu'il avait affaire à un tel phénomène. Je me suis mordue la lèvre en me frottant le cou sans m'en rendre tout d'abord compte.

- Qu'est ce que mes parents vont dire ? , ai-je soupiré.

Les images que Sab a alors fait apparaître sur sa tête allaient si vite que je n'en ai pas compris la moitié. Mais le peu que j'en ai assimilé, en analysant son air enthousiaste, ne m'a pas plus emballé que ça.

- Euh… Un peu trop compliqué, ton plan, Sab…, ai-je répondu en souriant d'un air gêné, …Je doute que faire croire à une attaque extra-terrestre soit la meilleure option…

Sab a pris un air déçu avant de se tourner vers Nord qui l'appelait, me laissant seule avec Bunny et Jack. Laura était occupée à courir de nouveau après Marc jusqu'à ce que ce dernier se réfugie dans un arbre en rigolant, tandis que Jamie lui demandait de descendre. Je crois bien que mon amie s'était décidée à servir de nounou pour ce petit… Mais si c'était le cas, elle avait l'air d'avoir du pain sur la planche !

- Bah dis donc, mouflette ! , a lancé Bunny à mon encontre en me passant une patte dans les cheveux d'un geste affectueux, Tu nous en a fait voir de toutes les couleurs !

J'ai souri à sa tirade, tandis que Jack ne pouvait s'empêcher de lever les yeux au ciel tout en souriant également.

- Dis, Bunny…, ai-je fait en me rappelant soudainement, Quand Pitch a fait irruption ici… Il t'a fait du mal ?

- Quoi ? Naaan ! Ce cancrelat des carpettes doit se lever bien plus tôt que ça pour m'abattre ! , a répliqué le Lapin de Pâques en remuant les moustaches avec véhémence, Il m'a juste surpris, mais on me la fait pas deux fois, à moi !

Jack a alors lâché un ricanement qui a incité Bunny à tourner la tête vers lui, les yeux frondeurs et les sourcils froncés.

- Un problème, l'Engelure ? , a-t-il grincé.

- Oh non ! Je me rappelle juste une certaine peluche toute mignonne, d'il y a cinq ans, environ. Tu sais ? Grandes oreilles, Regard brillant, queue de coton soyeuse…

- J't'en foutrais, moi, d'une queue de coton soyeuse ! , s'est écrié Bunny en sautant sur l'Esprit de l'Hiver d'un seul coup.

En éclatant de rire, Jack s'est contenté de s'envoler à toute vitesse, néanmoins suivi de près par Bunny qui faisait des bonds à une vitesse impressionnante. Ils ont vite disparu dans les profondeurs du Terrier, me laissant rire toute seule de leurs pitreries qui m'avaient bien manqué.

Beblue s'est alors posée sur mon épaule pour un énième câlin que je lui ai volontiers accordé. Elle aussi m'avait beaucoup manqué, avec son courage et ses manies curieuses, pendant le temps où tout était sombre et noir pour moi. On a passé encore un peu de temps à regarder le manège de Laura, Marc et Jamie pour que le second descende de l'arbre, ce qui était franchement agréable tellement cela me changeait les idées. Je me sentais plus en paix, en sécurité, comme si les ondes que je sentais toujours émaner de mon cœur avec autant de force, là où je savais se trouver la lumière étincelante que j'avais vue mourante avant, me maintenaient dans un cocon maternel et apaisant.

C'était donc ça, la pureté de la Lune ? Si je l'avais sentie plus tôt…

- Tu es en train de te demander pourquoi tu ne ressens la lumière qui brille en toi que maintenant.

Fée. Je me suis retournée avec un sourire, bien que je n'y comprenne rien.

- Comment as-tu su ? , ai-je demandé en la voyant cesser de battre des ailes pour se poser dans l'herbe près de moi.

Beblue a pépié d'un air joyeux en la voyant, et la femme ailée a tendu un doigt pour le passer sur le front de sa toute petite fille.

- Je suis perspicace pour ces choses là. Mon travail est d'aider les enfants à se rappeler des bons souvenirs qu'ils ont eu. Il faut que je puisse déterminer quand ils se posent des questions, quand ils sont indécis ou hésitants. Ce qui est ton cas.

- Mais c'est… C'est sublime ! , me suis exclamée en me laissant tomber par terre, Avant, j'étais complètement perdue dans le noir et les cauchemars, j'étais terrifiée, sur le point de devenir… autre chose. Mais… mais cette lumière que j'ai sentie, elle a lutté jusqu'au bout, comme douée d'une vie propre. Elle m'a protégée autant qu'elle le pouvait, mais je ne savais pas qu'elle pouvait être aussi présente, maintenant !

- Elenor…, a déclaré Fée,… Elle a toujours été présente, mais tu ne l'as jamais sentie parce que tu ne savais pas qu'elle était là. Nous-mêmes ne le savions pas, si bien que nous ne l'avons pas « vue », ce que nous pouvons normalement faire. Alors que maintenant, nous pouvons presque la voir. Nos perceptions changent constamment en fonction du savoir que l'on acquiert chaque jour.

Je me suis tue sans réussir à me départir de ce maudit sourire, et j'ai manqué de lâcher un cri quand Fée s'est départie de son air grave et sérieux pour me serrer dans une étreinte qui m'a de nouveau coupé le souffle. Beblue a gazouillé de protestation en manquant de tomber.

- Oooh ! Ce n'est pas possible que tu nous fasses une telle peur, Elenor ! , a-t-elle clamé en m'ébouriffant les cheveux sans que je ne puisse rien faire, Plus jamais !

- Euuuh… Fée ?, ai-je balbutié en cherchant mon souffle, Tu… Tu m'as déjà dit ça, tout à l'heure… Et…

- Oups !

Elle m'a relâché en souriant de toutes ses dents, malgré le courroux de Beblue qui rouspétait de sa petite voix aigue, les poings sur les hanches.

- Désolée, ma grande, s'est-elle excusée, J'ai juste encore du mal à le croire… Non, en fait je n'arrive pas du tout à le croire !

Si cela pouvait la rassurer, moi non plus je n'arrivais pas à y croire. Je me réveillais littéralement d'un long cauchemar, et c'était comme si, pour la première fois, on m'avait emmené loin de mes frayeurs les plus terribles pour me mettre à l'abri. J'avais du mal à penser à Pitch et à ce qu'il ferait. Je savais qu'il voudrait sûrement sa revanche quand il saurait, mais c'est sans doute grâce au sable des rêves qu'il ne me paraissait être, à l'instant précis, qu'une menace encore trop lointaine pour que je recommence à m'inquiéter.

En parlant du sable à rêves…

- Fée…, ai-je demandé d'un air songeur en rattrapant sans y penser une Beblue un peu trop casse cou, … Pourquoi Marc a réussi là où Jamie n'a rien pu faire ? Vous devez bien avoir une explication, non ?

Fée m'a regardé pendant quelques instants en silence avant de tourner la tête vers mes deux amis qui essayaient toujours, en vain visiblement, de faire descendre Marc de son perchoir.

- C'est un détail qu'on ne connaissait visiblement pas, du moins jusqu'à maintenant. Lorsque Jamie nous a aidé à vaincre Pitch, cinq ans plus tôt, il était encore en âge de croire en nous. Mais normalement, il vient une période où l'enfant ne croit plus. Oh, bien sur, Laura, Jamie et toi êtes des exceptions, a-t-elle ajouté en me faisant un clin d'œil, …Mais il me vient maintenant à l'esprit que Laura, comme Jamie, n'a rien pu faire non plus. Il n'y a eu aucune réaction lorsqu'elle t'a touché, malgré le fait qu'elle croit en nous, à présent. Et je pense que c'est parce que vous avez passé l'âge, alors que Marc est en pleine période où sa foi en nous est très forte. Bien sur, il est possible que ce raisonnement soit complètement faux, que la possibilité de transformer un cauchemar en rêve comme Marc ou Jamie l'ont fait ne soit utilisable qu'une seule fois… Mais encore une fois, que Laura n'ait pas réussi non plus me fait plus pencher vers la première hypothèse que la seconde.

J'ai froncé les sourcils à son explication. Je me sentais un peu triste quand même. C'était comme nous dire en quelque sorte que notre foi était moins forte que celle d'un enfant ! Et Fée a du sentir mon désarroi, car elle s'est empressée de ma tapoter l'épaule.

- Hey… Je n'ai fait qu'émettre une simple hypothèse. Ne t'inquiète pas pour ça ! Tant que tu crois en nous, cela nous suffit largement.

Je lui ai répondu par un sourire… Avant de basculer soudainement en arrière sous la poussée soudaine d'un obstacle ambulant et particulièrement gigotant !

Marc venait tout simplement de sauter de l'arbre et de monter la colline à toute vitesse, talonné par Laura et Jamie, pour se jeter sur moi d'un seul coup en s'écriant :

- Ils veulent me manger les orteils !

- Marc !?...

Qu'il me permette juste de me relever et je pourrai peut être m'occuper de ceux qui voulaient lui manger les orteils. Mais le gamin bougeait tellement pour assurer sa prise sur moi sue je me prenais régulièrement un coup de genou dans le ventre, ce qui ne m'aidait ni pour me redresser, ni pour reprendre mon souffle. Effarouchée, Beblue s'était envolée en piaillant avant de se mettre à rouspéter autour de nous, au risque de se prendre un coup, et ils ont du se mettre à trois pour l'écarter de moi le temps que je puisse me relever un peu plus dignement.

Attachant, mais enthousiaste, le Marc !

- Lâchez moi, lâchez moi, lâchez moooooooiii ! , a d'ailleurs crié ce dernier en se tortillant encore plus qu'une anguille dans les bras de Jamie.

- Oh que non ! , ai-je déclaré en me prenant au jeu, Laura, tiens lui les jambes !

- Bon ! Eh bien je vous laisse ! , a fait Fée en s'élevant au dessus de la pagaille, Pas de bêtises, je crois qu'on a eu assez de bobos comme ça ! Je vais voir ce que font les autres !

Je l'ai entrevue attraper Beblue, histoire que la petite fée ne termine pas en bouillie de plumes en essayant de se jeter dans la mêlée pour jouer, avant de plonger sur Marc pour le chatouiller impitoyablement. Le petit garçon s'est mis à hurler de rire en se débattant, mais à trois contre un, il avait peu de chances de s'en tirer. Il a fini par demander grâce, à bout de souffle. Alors seulement, j'ai arrêté et j'ai mis les mains sur les hanches d'un air triomphant.

- Qu'est ce qu'on dit ? , ai-je demandé en prenant une grosse voix.

- Que j'ai pas peur de toi ! , a essayé Marc, Que je me rends ! , a-t-il ajouté en me voyant approcher dangereusement les mains de son ventre pour une nouvelle séance de torture par chatouilles.

J'ai fait un signe de tête avec un grand sourire à Jamie pour qu'il le lâche et Laura a reculé, les yeux brillants comme je les lui connaissais autrefois. Marc a poussé un grand soupir en roulant sur le dos et m'a fait un nouveau sourire effronté, la tête à l'envers.

- Merci !

- Non, Marc, ai-je répondu en m'accroupissant, Merci à toi.

Le sourire s'est encore accentué jusqu'à ce qu'il ferme les yeux, puis il s'est relevé pour partir une nouvelle fois en courant, infatigable comme seul un gamin de son age pouvait l'être, à la poursuite des œufs qui commençaient à sortir de leur cachette en ne le voyant pas revenir. On s'est mis à pouffer comme des fous en le voyant faire.

- Aussi excité que l'était ta sœur, Jamie ! , lança Jack en se laissant tomber à coté de nous, appuyé sur son bâton.

- Elle l'est toujours, ça je peux te le garantir ! , a répondu Jamie en lui donnant un coup de poing amical dans l'épaule pour le faire taire, On change pas aussi facilement, je te rappelle. T'es quand même bien placé pour savoir ça, non ?

Jack a fait un bruit d'agacement avec sa bouche pour le taquiner. Encore une fois, je n'ai pas pu m'empêcher de constater à quel point le lien qui les unissait était fort. Ils étaient différents, mais aussi tellement ressemblants, en un sens.

Jack incarnait à lui tout seul l'amusement éternel des enfants, comme un cycle éternel qu'il entretenait en agissant souvent lui-même comme un enfant, tandis que Jamie était plutôt la personnification de l'enfant qui passe à l'age adulte sans pour autant oublier ce qui est essentiel pour lui depuis toujours : le plaisir des jeux, l'innocence des enfants et la force de leur croyance dans les Gardiens. Mais ils étaient tous les deux fidèles, à l'écoute des autres et courageux.

Et il n'y avait qu'une seule chose qui me gênait chez Jack, c'était qu'il ne changerait jamais. Etant immortel, il ne vieillirait jamais et verrait encore passer une éternité de saisons. C'était, et ce serait toujours, un adolescent dans le corps et dans l'âme. Jamie, lui, restait un humain, et était mortel. Dans ce sens, Laura, lui et moi n'étions pas différents non plus : Nous avions vécu des choses que peu pouvaient déclaré avoir subi, et on avait survécu jusque là. Pourtant, immortel ou pas, jeune ou ancien, que je les connaisse depuis toujours ou non, je ne crois pas avoir jamais eu d'amis aussi précieux et chers pour moi jusqu'à ce jour. Et je n'échangerais ça pour rien au monde.

- Vous avez fini votre discussion ? , a demandé Laura en se penchant légèrement sur le coté.

- Oui. Je venais justement vous chercher, a déclaré Jack en perdant quelque peu son sourire, Il faut qu'on revoit ça avec vous.

OOO

Sab, Nord, Fée et Bunny étaient réunis dans un cercle de pierres recouvertes de mousse qui me rappelait un peu Stonehenge par sa forme originale. Jack s'est posé au sommet d'un des plus hauts en laissant pendre un de ses pieds nus, comme à son habitude, serrant son cher bâton contre lui, tandis qu'on ne savait pas trop où se mettre. Il régnait sur cet endroit une sorte d'aura très ancienne, ni bénéfique, ni maléfique, qui donnait à ces pierres plantées dans le sol herbeux comme autant de dents dans la mâchoire de la Terre une dimension quasi sacrée. En se penchant bien, on pouvait apercevoir des lignes et des entrelacs décorés d'une écriture illisible et méconnaissable, gravée au cœur du roc comme un sortilège ancien. J'ai réussi à entrapercevoir un dessin qui représentait les phases de la lune croissante et décroissante, et un autre qui semblait être le cycle des saisons su un arbre énorme. Laura s'est penchée vers moi pour me souffler sa découverte avant que je n'ai pu le faire :

- Il y a des gravures de planètes que je ne reconnais absolument pas !

Je n'ai pas vraiment été étonnée. Laura était une véritable passionnée d'astronomie et connaissait les secrets du système solaire par cœur. Jamie s'est penché vers nous à son tour :

- Je viens de voir le relief d'un vaisseau qui voguait au milieu des étoiles.

OK. Il gagnait cette manche. Les gravures que j'avais remarqué pouvaient peut être être considérées comme poétiques, mais question bizarrerie, j'avais perdu sur toute la ligne.

On n'a quand même pas osé mettre le pied dans le cercle de pierres tout de suite. C'était comme si on sentait que ce n'était pas vraiment notre place, en tant qu'être humain, ou qu'on risquait de mettre littéralement le pied dans une histoire de l'univers bien plus vaste que ce que l'on pouvait avoir cru de prime abord.

- Venez, a pourtant déclaré Bunny, C'est normal que vous réagissiez ainsi. Cet endroit regorge de magie, c'est le cœur du Terrier, son point le plus ancien.

Laura a été la première à avoir le courage de se jeter à l'eau. Elle a frissonné en passant la limite, avant de se retourner vers nous avec un petit sourire à moitié rassuré. Jamie n'a pas tardé à la suivre, et je me suis retrouvée bonne dernière tandis qu'ils m'attendaient. Je me suis mordue la lèvre, j'ai fermé les yeux, serré les poings… Et je suis passée.

J'ai senti une sorte de résistance, ainsi qu'une sensation de froid, comme de l'eau glacée qui coule sur l'échine. Ce n'était pas vraiment agréable, mais je suppose que c'était terminé, maintenant… non ? Un peu déstabilisée, je me suis raccrochée à Laura en secouant la tête.

- Asseyez vous, a soufflé Fée en en faisant de même, ce qui était rare, chez elle.

- Eh ! Flocon de neige ! , a tenté Bunny, Tu te joins à nous où tu es trop bien pour ça ?

- Quelle réponse tu préfères, Queue de coton ?

Mais Sab leur a donné à chacun une tape derrière la tête, indiquant clairement que ce n'était pas le moment et que le temps pressait. Jamie a ricané dans sa barbe.

- Bien, a ensuite commencé Nord, Nous avons gagné une bataille, et une grosse, grâce au rétablissement d'Elenor. Mais la guerre continue, et Pitch ne devrait pas tarder à se rendre compte que son plan initial a échoué. Qui sait ce qu'il est capable de faire, à présent ?

Je me suis alors souvenue de quelque chose qui ne m'a pas du tout plu. Laura a du le sentir, parce qu'elle m'a serré le bras.

- Mes parents, mon frère…, ai-je lâché d'une voix blanche, Ils sont encore à la maison !

- Ne t'inquiète pas pour ça, Elenor, a lancé Jack, Sab s'est chargé de protéger tout ce petit monde, ainsi que tes parents à toi, Laura, contre toute attaque de Pitch. Avec la dose de sable à rêves qu'il a installé, rien ne pourra passer.

Je m'en voulais de ne pas ressentir un soulagement total devant les pouces levés et le sourire de Sab, mais c'était déjà mieux que rien… Et puis on ne pouvait pas demander à Bunny de transformer son Terrier/fabrique d'œufs de Pâques en hôtel ! Je n'ai pu que hocher la tête pour les laisser continuer leur explication.

- Pour en revenir à Pitch, a fait Bunny en prenant le relais, Il faut qu'on se prépare à ce qu'il risque de faire ensuite. Et notre priorité, c'est de vous protéger.

- Il n'y a donc qu'une solution, a repris Nord d'un ton grave, C'est d'aller le débusquer dans sa tanière. Avant qu'il n'attaque.

J'ai senti la peur me tordre l'estomac. Sauf que cette fois ci, je me suis rendue compte que cette peur que j'éprouvais depuis mon réveil n'était plus qu'envers moi et ce qui pourrait m'arriver. Laura, Jamie, Nord, Sab, Fée, Jack, Beblue, Bunny, Quenotte, Marc… J'avais peur pour eux, à présent. Le chemin qu'on avait fait depuis ce soir si lointain où le cauchemar nous avait attaqué, Laura et moi, dans ma chambre, avait été si riche en émotions et en embûches que les liens qui s'étaient crées entre nous en l'espace de quelques jours à peine, ou pour certains, de quelques heures, étaient plus forts que des relations basées sur des années d'amitié et de confiance. J'avais besoin d'eux.

Aussi n'étais-je pas vraiment très enthousiaste sur leur idée d'attaquer Pitch là où il aurait l'avantage. Je connaissais son repaire, Laura aussi. La terreur qui gonflait et se prélassait sur cet océan éternel d'obscurité aurait de quoi me donner des cauchemars pour le restant de mes jours… Et Pitch ne m'avait même pas attaqué de front ! Que se passerait-il lorsque ce serait le cas ? Je l'ignorais… Et je n'avais pas envie de le savoir.

- Elenor… Tout va bien se passer, a tenté de rassurer Fée en posant une main sur mon épaule, Ce qu'il t'a fait ne peut pas reste impuni, pas plus que ce qu'il a fait à Laura. Et ses actions ont menacé jusqu'à l'équilibre de ce monde. Il faut s'occuper de ce problème tant qu'il est encore temps, tu comprends ?

J'ai senti ma gorge se serrer, et Laura n'a eu aucune réaction quand mes ongles se sont enfoncés dans sa paume. A ma droite, Jamie triturait des brins d'herbe en jetant de tant à autre des regards à Jack. Bien sur que je comprenais, c'était juste… dur à accepter.

Je sentais Fée prête à rajouter quelque chose, quand soudain Bunny a bondi et l'a plaquée au sol en posant sa patte sur sa bouche, surprenant tout le monde.

- Mais qu'est ce que tu…, a commencé Nord.

- Chut ! , a sifflé le Lapin de Pâques, les oreilles dressées, … Quelque chose cloche.

On s'est tous figés. Même Beblue qui s'est laissée retomber sur mon épaule avec un petit « pof » assourdi. Mais tout paraissait normal. Les cascades murmuraient, les…

Non, en fait il n'y avait que les cascades qu'on entendait. Autrement, il n'y avait plus le moindre souffle de vent, le moindre carillon, le moindre bruissement dans les hautes herbes qui trahissait le passage des œufs…

Et il y avait une odeur, cette odeur métallique et lourde que je reconnaîtrais pour le restant de mes jours.

Celle de la Peur.

Bunny a relâché Fée et a attrapé ses boomerangs d'un geste expérimenté en s'approchant de la limite du cercle de pierres. Il connaissait son Terrier comme la paume de sa patte, il savait que quelque chose n'était pas normal… Le monde même paraissait englué dans une gangue épaisse qui ne nous laissait pas respirer correctement.

- Laura…, ai-je murmuré en cherchant sa présence.

Et soudain, un hurlement déchirant a retenti. J'ai cru que mon sang s'était glacé dans mes veines.

Marc.

OOO

- MARC !

D'un seul bond, Jamie s'est levé et est sorti du cercle protecteur des pierres, malgré les cris des Gardiens. Bunny a aussitôt bondi en avant aussi vite qu'il le pouvait et a vite dépassé l'adolescent qui dévalait la pente. Je me suis levée à mon tour, mais Sab m'a agrippé le bras tandis que Fée et Nord partaient à la suite de Bunny avec Jack. Les images de sable sur sa tête étaient on ne peut plus claires.

- Non, Sab ! Je t'en prie ! , l'ai-je supplié, C'est de ma faute si on en est là !

Mais Sab a secoué la tête pour me faire signe que je ne pouvais pas prendre le risque. Je me suis pourtant dégagée et je me suis mise à courir, moi aussi, à la suite de Jamie, talonnée par le Marchand de Sable et Laura. Beblue pépiait sur mon épaule, tenant à pleines mains le tissu de mon tee-shirt pour ne pas tomber.

Il m'a fallu traverser plusieurs buissons pour trouver l'endroit, me guidant aux cris et au fracas d'un combat qui m'avait l'air violent. Et enfin arrivée, je me suis de nouveau figée comme une gourde, tétanisée. Des brides de souvenirs de quand j'étais dans le coma me revenaient en tête et me torturaient l'esprit face à ce spectacle.

Les Gardiens tranchaient, gelaient, coupaient, déchiraient, éclataient des cauchemars par dizaines, mais il en venait toujours plus. C'était une véritable invasion, un nuage de sable noir énorme qui palpitait en crachant à un rythme régulier chevaux, cerfs, loups, araignées, félins et rapaces, en un nombre tel que les Légendes se faisaient peu à peu submerger. Au milieu de la mêlée, j'entrapercevais Bunny qui était aux prises avec un énorme lion pour pouvoir donner à Fée le temps de s'envoler en tenant un Marc tremblant de peur dans les bras. Nord en découpait plusieurs à la fois, mais il en revenait le double à chaque fois, même avec l'aide de Jack qui lançait des attaques foudroyantes de givre, tandis que Jamie s'était emparé d'une branche comme celle venant d'un saule et fouettait les cauchemars avec une force inattendue, les renvoyant au néant. Aucun d'entre eux ne s'en sortait. Ils avaient besoin de Sab… Et ils avaient besoin de n'avoir à se protéger qu'eux-mêmes.

Nord a évité un coup venant d'un loup de sable noir aux yeux luisants et a plongé la main dans sa poche pour en sortir une Boule à Neige qu'il a lancé à Jack.

- Emmène les en lieu sur, Jack ! , a-t-il crié.

- Mais…

- Ne discute pas, mon garçon ! Fais le ! , a répliqué le Père Noël en retournant à son combat.

Le temps que l'on arrive en bas de la colline, Fée avait réussi à sortir Marc de ce guêpier et Jack avait attrapé Jamie par la peau du cou pour nous rejoindre. Dès que Marc a retrouvé le contact avec le sol, il s'est jeté dans les bras de Laura en pleurant à chaudes larmes. Jack a secoué la Boule avec un air sombre, mais a du s'arrêter lorsque trois vautours, un tigre et deux chevaux cauchemardesques se sont jetés sur nous.

- Jamie ! Ouvre le passage ! , a-t-il fait en lui jetant la Boule à Neige avant de donner un coup vicieux dans l'œil d'un des chevaux qui est redevenu du sable noir et étincelant.

L'adolescent a obéi, et le portail s'est ouvert dans un éclat de lumière qui a fait brièvement reculer les cauchemars. Laura s'est jetée dedans sans hésiter, Jamie m'a attrapée par la main et Jack nous a poussé dedans juste avant que le passage ne se referme sur lui.

Il y a eu un bref instant chaotique, un maelstrom de couleurs aveuglantes puis…

J'ai fait une rencontre plutôt douloureuse avec le sol en béton glacé qui m'a écorché le menton. Impossible de retenir le gémissement, mais Jamie ne m'avait toujours pas lâché et m'a aidé à me remettre sur mes pieds.

- Ca va ? Tu saignes…

- Oui…Oui, oui, ça va…, me suis-je empressée de répondre en le lâchant pour m'essuyer le menton, On… On est…

Le passage nous avait déposé au fond d'une ruelle humide et sale, bordée de poubelles qui vomissaient des ordures en dégageant une odeur âcre et nauséabonde. On avait les pieds dans une flaque d'eau brunâtre et Marc s'agrippait au cou de Laura pour éviter d'avoir à mettre les orteils là dedans.

Jack, tous les sens en alerte, a tendu son bâton devant lui en scrutant les ombres, à la recherche du moindre signe trahissant un danger. Mais seul le tintement des gouttes tombant de la gouttière tordue se faisait remarquer dans le silence de la nuit plutôt couverte. On ne voyait même pas la lune, cachée par…

Par…

Les mots qui sont sortis de ma bouche n'avaient pas l'air d'être les miens.

- Il est là…, ai-je soufflé d'une voix quasi-inaudible.

- Quoi ? , a demandé Jamie.

Je n'ai même pas pu lui donner une réponse. D'un seul coup, les ombres ont grandi en prenant la forme de silhouettes ricanantes et hurlant silencieusement vers le ciel aveugle en ondulant sur les murs marqués de moisissures verdâtres. Dans un chuintement, du sable noir a glissé vers nous entre les détritus et les flaques d'eau à la manière d'un serpent qui a acculé sa proie.

- Jack… ! , a commencé à paniquer Laura tandis que Marc se mettait à gémir dans ses bras.

- Je crois que Jack est occupé, très chère.

Cette voix…

Il tenait Jack, qui se débattait, à bout de bras par la gorge comme quelqu'un aurait tendu un objet qui lui importait peu mais que nous, on désirait. Mais contrairement à son habitude, il ne souriait pas du tout. En fait, jamais je n'aurais cru voir un tel air de haine et de fureur froide sur un visage. Ses yeux poison nous fusillaient littéralement sur place.

- Et si on commençait les explications, mes petits ? , a demandé Pitch d'une voix ô combien dangereuse par le velours qui en dissimulait le métal.


Gnaaaa ! Je sais, je suis diabolique ! Mouahahahahaha !

La suite bientôt !