Hello ! Voilà l'avant dernier chapitre (normalement !)... Et oui, toutes les histoires ont une fin ! :') ... Mais, c'est pas encore fini, hein ! Il reste quand encore UN chapitre, c'est pas mal, nan ?

Nan ?

...

Bon, d'accord...

Au fait, comme je vois qu'on approche des 100 reviews (ce qui est quand très sympa comme constatation ;P !) je déclare officiellement qu'à celui ou celle qui écrit la centième review, je lui écris le one-shot de son choix (euh, sur un truc que je connais, quand même ^^' !) Voilou ! Bon, bah je vous laisse avec ce chapitre haut en couleurs... Qui porte bien son nom !

Bonne lecture !


Il n'y a pas d'age pour la Peur

Des ombres.

Il y avait des ombres partout. Elles s'agglutinaient sur les murs, le sol, les poubelles. Elles noircissaient l'eau sale, faisaient grésiller le faible lampadaire, chuchotaient, murmuraient, crachaient, hantaient…

Et toutes venaient de Pitch.

Je crois bien que mon cœur avait fini par trouver la porte de sortie. L'oiseau s'était envolé, me laissant tétanisée sur place par cette gangue de glace qu'était la Peur. Marc n'osait même pas hurler, Laura tremblait de tous ses membres et Jamie…

Jamie avait les yeux rivés sur Jack qui luttait ne serait-ce que pour respirer. Mais Pitch ne faisait même pas attention à lui. J'ai serré la main de l'adolescent brun sans même y penser. Je pouvais sentir le sang me rugir aux oreilles, et même Beblue s'était cachée dans ma poche en frissonnant. Mais encore une fois, pas un son, pas un cri.

La Peur silencieuse est bien la pire de toutes…

- Vais-je devoir me répéter ? , demanda le Roi des Cauchemars en serrant davantage le cou de Jack qui a grimacé.

J'ai senti mon propre souffle se bloquer dans ma gorge à le regarder souffrir, et je n'aurais su dire si c'était la terreur qui me pesait sur la poitrine ou autre chose. Les lèvres du Gardien de l'amusement ont bougé sans qu'aucun son ne passe.

« Fuyez ».

En gros, il voulait qu'on l'abandonne à son sort. Même si j'étais complètement terrorisée et que mon instinct me hurlait de courir jusqu'à l'épuisement loin de cet endroit, je ne pouvais même pas penser à laisser Jack derrière moi, et j'imaginais qu'il en allait de même pour les autres. Je sentais les doigts de Jamie se mettre à trembler, mais son regard restait droit en affrontant Pitch du regard. Laura aussi, tandis qu'elle serrait Marc plus fort contre son cœur. Et un instant, j'ai senti une vague de honte se disputer à l'océan de peur que je ressentais en moi. Ils savaient dompter leurs frayeurs… et moi pas.

Mais avant que quoi que ce soit n'ait pu être fait, Jack a réussi à lever son bâton plus haut que lors des précédentes tentatives et a frappé Pitch à la tempe. Le Roi des Cauchemars a poussé un cri de rage en le lâchant.

- FILEZ, MAINTENANT ! , a hurlé Jack en toussant.

Son ordre s'est accompagné d'une rafale de vent glacé et violent qui nous a repoussé jusqu'à l'entrée de la ruelle en roulé boulé, avant qu'on ait pu protester. Ce n'est que là que j'ai enfin pu reconnaître les lieux. C'était le centre ville, complètement vide à cette heure de la nuit. Seuls les lampadaires et quelques rares devantures de boutiques allumées procuraient un peu de lumière, même si elle était froide et artificielle.

- JACK ! , s'est écrié Jamie en se redressant tout aussi brusquement que le garçon aux cheveux nous avait expulsé hors de la rue sale.

Il m'a lâché la main pour se précipiter à son secours, mais un mur de glace s'est d'un seul coup érigé juste sous son nez pour lui couper la route. Marc a crié lorsqu'une trace noire comme le sable de Pitch a percuté le même mur en une corolle sinistre.

- JACK !

- Jamie ! On doit mettre Elenor et Marc à l'abri ! , est intervenue Laura avant que je n'ai eu le temps de parler, Jack sait ce qu'il fait !

- Mais…, ai-je commencé.

- El, non ! , m'a-t-elle coupé, Ce n'est plus le moment de parler ! … JAMIE !

Jamie, le dos raide, a visiblement reçu son message, car il a fait demi-tour, le visage rongé par l'angoisse et l'impuissance, pour m'aider à me relever et m'entraîner avec Laura et Marc dans les rues désertes de la ville. Mes genoux étaient en sang, comme mon menton, et mon cœur était en pièces à la pensée que Jack devait faire face à Pitch seul. On ne lui aurait peut être pas été d'une grande aide, mais abandonner quelqu'un derrière était quelque chose d'infiniment dur à faire lorsqu'on appréciait énormément la personne…

Et c'est ainsi que nous sommes partis en courant, poursuivis par les ombres elles mêmes. Beblue avait pris son courage à deux mains et s'était placée à l'avant de notre groupe pour nous guider dans les rues les plus éclairées. Ensuite venait Laura, championne du sprint, qui tenait toujours Marc dans ses bras sans paraître ressentir de fatigue, puis Jamie qui m'aidait à aller plus vite sur le sol glaçant mes pieds nus. J'ai bien cru à cet instant que nous étions seuls au monde.

Seuls face à la Peur.

Nous nous sommes peu à peu dirigés vers les quartiers des banlieues, où je savais se trouver ma maison et celle de Laura. Les lumières des lampadaires y grésillaient déjà beaucoup moins, mais ne nous rassuraient pas pour autant.

- Mais où… voulez… vous qu'on… aille ? , ai-je fini par ahaner, le souffle coupé par la course.

- Je ne… sais pas ! , a répondu Laura, aussi épuisée que moi, visiblement.

En gros, on ne courait pas vers un abri, si tant est qu'une telle chose au monde puisse exister contre l'obscurité de Pitch…

On se contentait de courir tout court.

Alors ce serait ça notre vie, à présent ? Prendre les jambes à notre cou en regardant constamment par-dessus notre épaule dans la crainte de voir l'ombre s'en prendre à nous ? J'ai retenu un gémissement en me mordant la lèvre si fort que le goût métallique du sang a envahi mon palais. Pourquoi fallait-il que je laisse les autres se battre à ma place tandis que je ne faisais que me cacher derrière leur dos ? Les Gardiens, et maintenant mes propres amis !

Serais-je donc constamment une lâche ?

Etonnement, c'est Marc qui a demandé à ce qu'on s'arrête les premiers. Il s'est mis à gigoter dans les bras de Laura pour qu'elle le repose au sol en arguant qu'il voyait bien qu'elle était fatiguée et qu'il pouvait courir tout seul, ce qu'elle a fini par faire avec un soupir de soulagement étouffé. Jamie, lui, paraissait prêt à se laisser tomber sur les fesses, là, en plein milieu de la route, pour dormir un siècle, le visage rouge de l'effort qu'il venait de faire et de l'air glacé qui nous mordait le visage. Mes propres jambes tremblaient comme s'il s'était agi de baguettes fragiles et un point de coté monstrueux me tordait le ventre.

On était dans un bel état, tiens !

- Et maintenant ? , a demandé Jamie, On fait quoi ?

Ni Laura, ni moi n'avions la réponse. Nous étions seuls au milieu d'une ville profondément endormie à qui nous ne pouvions penser demander de l'aide pour nous protéger de nul autre que le Croquemitaine. Cela aurait semblé sans queue ni tête !

- Aucune idée -Laura avait exprimé le désarroi général à voix haute, ce qui ne le rendait que plus inquiétant- Tout repose sur les épaules de Jack, visiblement…

- Jack qu'on a laissé derrière ! , s'est énervé Jamie.

- Et comment on lui aurait été utile ? , a répliqué Laura, On ne peut pas se battre, on est des gosses ! Tu mettrais Marc face à Pitch, toi ?

- Hey ! , ai-je coupé, Calmez vous ! Ce n'est pas comme ça que les choses vont s'arranger ! Je vous en prie, on doit se serrer les coudes, pas se crier dessus !

Le silence est retombé sur notre groupe, mais Laura et Jamie se regardaient encore d'un air plutôt tendu. On était tous terrorisés, mais la dernière chose dont on avait besoin, c'était de se déchirer comme ça.

- Vous avez tous les deux raison…, ai-je ajouté, Alors restons en là, s'il vous plait.

Ils ont du remarquer que ma voix tremblait légèrement, parce que Laura m'a regardé d'un air inquiet en posant une main sur mon épaule. Jamie a baissé les yeux vers le sol glacé avant de planter ses yeux chocolat dans le regard bleu de Laura avec un air déterminé. Ils ont fini par se serrer brièvement la main en signe de réconciliation après cette brève dispute, sous l'œil d'une Beblue agitée et nerveuse. Elle a fini par se poser sur mon épaule pour chercher un réconfort que j'étais incapable de lui donner, néanmoins. Marc, lui, regardait les environs, tout aussi mal à l'aise que la petite fée, en se collant à Laura comme un nouveau né cherchant la protection de sa mère. Sa rencontre avec Pitch l'avait ébranlé, visiblement…

Et moi, je me suis surprise à regarder vers le ciel dans un espoir vain d'apercevoir la lune. C'était peut être idiot, mais c'était plus fort que moi. J'avais instinctivement besoin de la caresse de ses rayons, de la douceur opalescente de cette lumière plus qu'ancienne qui savait si bien chasser les ténèbres depuis la nuit des temps. Mais ce soir, l'Homme de la Lune n'arrivait apparemment pas à percer l'épais manteau de nuages qui recouvrait le monde, plus noir que noir, opaque comme l'encre de chine et brutal comme…

Comme les cauchemars de Pitch.

Nul doute que la lune arriverait normalement à percer cette barrière de cauchemars, mais quelque chose me soufflait aussi que si elle ne le pouvait pas cette nuit, c'était parce qu'il lui manquait aujourd'hui une part importante de son être. J'ai plaqué une main sur ma poitrine en lâchant un souffle tremblant. La chaleur qui émanait de mon cœur semblait avoir faibli face à l'ardeur des cauchemars du Maitre de la Peur, mais je la sentais toujours, vaillante étincelle qui refuse de s'éteindre. Etait-ce elle qui me permettait de ne pas céder complètement à la Peur, ce soir ? Je l'ignorais.

- Elenor ? Ca va ? , m'a demandé Jamie en me voyant comme dans un état second.

- Hein ? Euh… Oui, enfin non ! Mais c'est un peu mieux maintenant qu'on est loin de Lui…, ai-je balbutié.

- On l'empêchera de te faire quoi que ce soit, a-t-il promis.

J'ai secoué la tête.

- Vous ne pouvez pas.

- Quoi ?

- Il n'y a que la lune qui puisse faire quelque chose, ai-je assuré à voix basse, Mais on dirait que ce soir elle n'est pas disponible.

Ma pitoyable tentative de plaisanterie ne me faisait même pas rire.

- Comment peux-tu en être sure ? , a soufflé Laura.

- Je ne sais pas… C'est comme ça, c'est tout, ai-je répondu d'une voix neutre.

Les arabesques dorées qui scintillaient sous ma peau captaient la lumière morte du lampadaire pour nous nimber d'une sorte de tiédeur presque rassurante, mais il en aurait fallu beaucoup plus pour qu'on se sente en sécurité…

Et pour cause.

Je me suis figée en sentant brusquement une sorte de tiraillement dans mon dos. D'abord presque imperceptible, il s'est d'un seul coup fait d'une violence inouïe. Avant de comprendre ce qui m'arrivait, je me suis retrouvée une nouvelle fois sur le ventre et je me suis sentie glisser en arrière à toute vitesse. La surprise m'a fait lâcher un cri strident qui a fait sursauter les autres. Mais avant qu'ils n'aient pu agir, ils se sont retrouvés par terre à leur tour, comme si quelque chose d'invisible leur avait fauché les jambes pour les engluer au sol.

Mes ongles griffaient le sol de béton glacé jusqu'à me les faire arracher, mais je savais que ce n'était rien, rien à coté de ce qui m'attendait au bout de ce lien grâce auquel on me tirait. Je voyais ma propre ombre étirée, distordue, et il m'a semblé la voir un instant hurler en écho avec moi, comme si elle n'arrivait pas à croire elle-même qu'elle puisse me faire ça.

Ma propre ombre qui me trahissait… J'en aurais ri si ce n'était pas aussi tragique.

Aussi brusquement que ça avait commencé, j'ai alors cessé de glisser pour me retrouver à moitié tournée sur le dos, le souffle court sous les ondes de souffrance qui me traversait suite à ma course de plusieurs mètres loin de mes amis, qui étaient toujours collés au sol et qui hurlaient de rage et de peur. Mais j'ai cru que ma propre voix s'était collée à ma trachée douloureuse, s'était fondue dedans pour ne plus jamais avoir à sortir.

Il est quand même parti, lorsqu'une main puissante a jailli des ténèbres pour plonger dans mes boucles folles dont elle a attrapé plusieurs mèches. J'ai poussé un nouveau cri sous la brûlure que le tiraillement de mes cheveux causait, tandis que me je me sentais lever de plus en plus haut, jusqu'à ce que mes pieds ne touchent plus le sol que par le bout des orteils, me faisant venir les larmes aux yeux. Beblue, qui avait réussi le miracle de tenir sur mon épaule pendant l'expérience précédente, a poussé un pépiement strident et a foncé comme une flèche pour essayer de piquer furieusement celui qui me retenait, mais un bras fait de noirceur a surgi tout aussi vite, sinon plus, pour repousser durement la petite fée toute bleue loin de son maître d'un revers vicieux. J'ai senti mon cœur s'arrêter lorsque le cri de guerre de Beblue s'est brusquement éteint tandis qu'elle était renvoyée vers Laura, Jamie et Marc avec violence.

- NON !

Mon cri de désespoir a été tué par une secousse brusque de la main qui me tenait par les cheveux, et je me suis surprise à me mordre la lèvre jusqu'au sang pour retenir le nouveau gémissement de détresse qui montait de ma poitrine. Outre la peur, il y avait un nouveau sentiment, que j'avais du mal à définir au milieu de tout ce chaos, qui commençait à prendre forme en moi.

Finalement, Pitch est entièrement apparu, né des ombres comme s'il ne possédait aucune substance, même si on n'avait jamais été aussi loin de la réalité. Comble de l'horreur, si sa main droite était occupée à m'arracher les cheveux, l'autre tenait le corps inanimé de Jack par la capuche, telle une poupée désarticulée qu'on s'apprête à jeter à la poubelle sans plus y penser. Le pauvre était dans un état indéchiffrable, couvert de blessure et de contusions qui devenaient déjà violacées.

Il avait vaincu l'esprit de l'hiver… Comment pourrait-on espérer le battre ?

- Maintenant que nous sommes tous réunis, a susurré le Roi des Cauchemars en jetant négligemment Jack vers les autres, toujours immobilisés, Peut être sera-t-il possible d'obtenir les explications que je demande ?

Pourtant, à voir son regard poison fixé d'une manière assassine sur Jamie et Marc, on sentait qu'il était déjà au courant de tout.

- Une question rhétorique, bien sur, a-t-il d'ailleurs confirmé avec un air tranquille.

Cet air de calme s'est tout de suite évanoui, comme lorsque je l'avais vu pour la première, au Palais de la Dent, il y avait une éternité, selon moi. J'ai du retenir un grand frisson de peur qui me remontait le long de la colonne vertébrale en suppliant n'importe quoi ou n'importe qui pour qu'il me lâche soudainement.

Je n'ai pas été entendue.

Pitch a levé la main libre qui lui restait, et Jamie s'est mis à flotter dans les airs en suffoquant sous la pression que les ombres brusquement apparues créaient sur sa cage thoracique.

- Arrêtez ! , n'ai-je pu m'empêcher de coasser d'une voix rauque, s'il vous plait, arrêtez !

- Silence !

L'ordre s'est accompagné d'une nouvelle secousse, mais cette fois ci, je ne pouvais plus. Tentant le tout pour le tout, j'ai reculé ma jambe et je l'ai lancée contre la hanche de Pitch que je pouvais atteindre en faisant difficilement fi de la douleur que le mouvement de balancier causait sur mon cuir chevelu.

Je ne l'ai jamais touché.

Il semblait que les ombres mêmes assuraient ses arrières, car quelque chose de froid, qui m'a rappelé avec angoisse les Cauchemars qui avaient surgi de mon armoire, ce soir fatidique qu'avait été mon anniversaire, s'est enroulé autour de ma cheville pour stopper le coup. Pitch a quitté Jamie des yeux pour me fusiller du regard, puis a changé sa prise. Il a lâché mes cheveux pour m'attraper tout simplement par la gorge. J'ai hoqueté quand sa paume glacée est entrée en contact avec ma gorge brûlante.

- Où en étions nous ? , a-t-il murmuré ensuite, Ah oui !

Jamie avait l'air mal en point, et j'ai cru qu'il allait tourner de l'œil quand son souffle étranglé s'est encore amenuisé. J'ai eu l'impression qu'on me piquait le cœur avec des milliers d'épines.

- Tu as été responsable d'une grande partie de mon échec, la dernière fois, a grondé Pitch dont la main droite était presque serrée comme un poing, Et je dois avouer qu'il me tardait de te le faire payer !

Jamie, malgré son souffle court, a réussi à lui envoyer un regard qui mêlait pur défi et dégoût. Il avait certainement du cran.

- Tu n'es… Toujours… Rien pour… Moi ! , a-t-il craché avec difficulté.

Sa réponse n'a apparemment pas plu à Pitch, et je sentais qu'il était à deux doigts de serrer entièrement le poing. Or, j'avais peur de ce que cela pouvait signifier pour Jamie…

Et on ne pouvait rien faire.

La nuit et les ombres appartenaient à Pitch. Ce ne changerait jamais.

Alors que je le voyais prêt à signer l'arrêt de mort de Jamie, un mouvement a attiré son attention, de même que la mienne et celle de Laura qui tentait d'attirer Marc contre elle tant il tremblait.

Jack.

Une vague de soulagement m'a fait retenir mon souffle tandis que mes mains cessaient de tenter d'écarter celle de Pitch qui me tenait toujours par la gorge, à sa merci. Le Gardien de l'Amusement était dans un état lamentable, c'était un miracle qu'il arrive ne serait-ce qu'à redresser la tête ! Et pourtant, il s'était levé, avec difficulté, brandissant son bâton (je ne savais même pas comment il avait fait pour le garder dans sa poigne pendant tout ce temps, et Pitch n'avait pas l'air d'y avoir accordé une grande importance) d'une main tremblante, vers Pitch et moi.

Le Croquemitaine a éclaté de rire devant son geste bravache.

- Franchement, Jack, crois tu sincèrement être en état de te battre, maintenant ? La petite leçon d'humilité que je t'ai donnée ne t'a donc pas suffit ?

- …Apparemment… pas, a répondu Jack d'un sourire sarcastique malgré l'importance de ses blessures.

Mais ses forces ne disaient pas la même chose. C'est tout juste si le mouvement de bâton qu'il a fait a crée un souffle d'air infime qui a ébouriffé mes cheveux avant de monter se perdre dans le ciel étouffé par les lourds nuages… Puis Jack est retombé à genoux, poussé par une ombre sous les échos du ricanement de Pitch, avant de s'effondrer face contre terre et de ne plus bouger.

- Vous êtes… Un lâche.

Le rire de Pitch s'est aussitôt éteint. Marc a cessé de pleurer, Laura s'est figée et Jamie a paru statufié. Tous les regards se sont focalisés sur moi, le bleu azur, le jaune venimeux et les deux bruns chauds, tandis que j'avais une soudaine envie folle de ravaler les paroles que je n'avais pas pu retenir. Mon cœur s'est accéléré d'un seul coup avant que je ne grimace quand Pitch, la colère assombrissant ses traits, m'a levé plus haut afin que j'en sois complètement impuissante.

- Le chaton a donc bien des griffes, a-t-il sifflé, me faisant sursauter lorsque je me suis rappelée ce qu'il m'avait dit, dans ce rêve du à la fièvre qui m'avait prise à au cause du cauchemar qui me dévorait alors de l'intérieur, Je suis vraiment déçu, Elenor. Je pensais que cette histoire se règlerait en douceur ! Je t'avais pourtant prévenu que je serais prêt à tout pour gagner cette manche… et la guerre, contre ces imbéciles de Gardiens naïfs et candides. On aurait pu penser que cela t'aurait mis « du plomb dans la cervelle », pour reprendre cette expression, mais à ce que je vois, ce n'est pas le cas.

Il avait pris soin d'immobiliser les autres pour pouvoir concentrer toute son attention sur moi, ce dont je n'avais pas du tout envie. Il avait l'air d'un parent qui constate avoir échoué dans l'éducation d'un enfant. Le sentiment étrange que je ne pouvais définir s'est teinté de dégoût et de colère.

Il m'a levé encore plus haut, si c'était possible, et j'ai senti un souffle de vent me caresser le visage…

Du vent ? Mais… Il n'y avait pas de vent, il y a quelques instants…

- Sais tu, a poursuivi Pitch d'un ton badin, même si on sentait la colère sous ses mots, Que la méthode que j'ai utilisé pour te permettre d'avoir une vision plus… globale et terre à terre de ce monde était ce que j'appelle la « Méthode douce » ?...

Je ne l'écoutais qu'à moitié, mon regard oscillant entre ses yeux vénéneux et le ciel qui…

Le ciel qui…

Le rideau de nuages a paru frémir tandis que le vent forçait. De caresse, il devint chuchotis. De chuchotis, il devint murmure. De murmure, il devint parole.

Un orbe trouble se dessina peu à peu à travers la barrière brumeuse…

- Il semblerait d'ailleurs que tu aies utilisé mon cadeau pour créer de très beaux tatouages, a continué Pitch avec un ton ironique en faisant glisser un long doigt froid sur ma joue dorée, Je doute cependant que tu puisses remercier Sab ou celui qui t'a aidé à transformer le cauchemar en rêve (son regard s'est brièvement tourné vers mes amis), car le contraire est parfaitement faisable aussi, et vu jusqu'où le cauchemar que je t'avais inoculé est allé, il ne faudra pas longtemps pour que le processus soit terminé.

Il a fait tourner ses doigts jusqu'à amasser une boule de sable si noir qu'il semblait aspirer la lumière grésillante des lampadaires.

- Je te préviens tout de suite, lâcha le Croquemitaine, cette méthode là est hautement plus douloureuse, mais tu as fait ton choix. La pureté de la Lune sera à moi, peut importe la méthode, après tout…

Un rayon lumineux, a soudainement déchiré la barrière nuageuse. Tout a semblé se cristalliser. Le souffle court, j'ai cru me plonger entièrement dans un océan de pâleur lunaire. Elle chassait les ombres, mordait les ténèbres, brûlait la noirceur et faisait hennir et rugir les cauchemars amassés autour de nous. Je pouvais les voir, à présent, alors qu'ils étaient auparavant dissimulés par l'absence flagrante de véritable lumière.

Quant à Pitch…

Ce dernier s'était figé dès que les rayons de lune avait brisé la prison brumeuse qu'étaient les épais nuages pour illuminer toute la scène en la teintant d'argenté. J'ai réussi à détourner mon visage de la lune qui me semblait énorme pour fixer mon regard sur le Croquemitaine. Les ombres qui rendaient son visage si terrifiant s'étaient évanouies sous le soudain afflux de lumière braqué directement sur ses traits, l'air dur de son visage s'était à moitié effacé pour afficher un air stupéfait.

Et c'est là, c'est enfin là, que j'ai compris. Ce que je devais faire, pour sauver les autres, pour me sauver, moi, et pour sauver cette pureté de la Lune qui me réchauffait d'un seul coup la poitrine. Ce que je devais affronter pour pouvoir tout simplement revivre.

J'ai eu un demi-sourire sous la pression qu'il continuait à exercer sur ma gorge, mais les mots sont sortis.

Francs.

Sincères.

Parce qu'ils étaient enfin vrais.

…Je n'ai pas peur de toi.


Voilou ! La suite bientôt ! ;)