Chapitre 2-la planète morte

The secret I hide twist me inside they make me weaker so I trick myself like everybody else-The Cure

(Les secrets que je cachent me tordent l'intérieur et m'affaiblissent alors je fais semblant comme tout le monde)

Clara se réveilla la première, ou l'était-elle vraiment ? Sa tête lui faisait mal et elle se sentait étourdie. Une fumée âcre baignait l'intérieur du TARDIS tel un nuage malsain et elle pouvait à peine distinguer les contours. Ses yeux piquaient et coulaient. Chaque respiration lui comprimait la poitrine. Elle devait sortir, mais pas sans le Docteur et le beau capitaine. Elle se couvrit le nez et la bouche de sa manche et les chercha tous les deux. Elle entendaient des bruits de pas et des voix étouffées qu'elle reconnaissait. C'était le Docteur. Partout et nulle part à la fois, les 11 visages du Docteur. Pendant un moment elle crut qu'elle n'avait jamais quitté Trenzalore et était toujours piégée dans la ligne temporelle du Docteur. Elle se retient à quelque chose qu'elle ne distinguait pas, mais c'était solide, c'était tout ce qui comptait. Des hallucinations, juste des hallucinations à cause des gaz. Elle devait trouver la porte et l'ouvrir pour laisser sortir la fumée et y voir plus

clair. Elle la trouva à tâtons et ne put s'empêcher de sortir. Elle fut prise d'une toux incontrôlable et de haut-le-cœur, son corps se débarrassait des gaz inhalés. Ensuite, elle se sentit beaucoup mieux et son esprit était plus clair. C'était la nuit et ils n'étaient pas sur Terre. Il y avait deux lunes dont l'une avait un teint cuivré. Le ciel semblait... sale, brun plutôt que bleu sombre, mais elle n'avait pas le temps de contempler ce paysage extra-terrestre. Elle devait retrouver les deux hommes et les faire sortir du TARDIS. Elle ne pouvait toutefois pas supprimer le malaise étrange qu'elle ressentait au fond d'elle-même, une impression de déjà-vu. Une silhouette était debout au milieu de la fumée.

« Clara ? demanda le beau capitaine.

- Jack ? vous avez trouvé le Docteur ?

- Je crois qu'il est tombé par ici. C'est comment à l'extérieur ?

- Respirable.

- Ah ! le voilà.

- Vous voulez que je vous aide ?

- Non ça va aller merci. »

Jack sortit avec le Docteur dans ses bras. Il semblait ne rien peser pour cet homme. Le capitaine prit une grande respiration avant de déposer délicatement son fardeau sur le sol.

« Où sommes-nous ? demanda Clara.

- Je n'ai jamais vu cette planète. Cette lune est très belle.

- Oui, mais le ciel a une couleur étrange. Oh ! un orage là-bas, regardez. »

La foudre illumina le ciel un moment et tout deux virent une imposante citadelle au loin.

« C'est civilisé, bonne nouvelle, remarqua Clara.

- Mais ça pue, constata Jack en trouvant une lampe-torche miniature dans ses poches.

- Restez auprès du Docteur, je vais juste jeter un œil, dit-il.

- Soyez prudent. »

Jack avança, balayant le sol de sa torche. Il n'y avait pas de végétation, juste de la boue et des débris métalliques. Il poursuivit, la foudre illumina une forme devant lui. Il s'approcha, braqua sa lampe, et poussa un cri de stupeur, un Dalek, c'était un Dalek ! Son premier réflexe fut de rebrousser chemin, mais il choisit plutôt de braquer de nouveau sa torche. C'était silencieux, anormalement silencieux. Le Dalek aurait dû l'avoir déjà tué, mais il ne bougeait pas. Jack s'avança davantage, il toucha le Dalek. Rien. Le bouscula. Toujours rien. Il ouvrit le caisson déjà abîmé et une odeur pestilentiel lui coupa le souffle. Le Dalek à l'intérieur était mort depuis un bon moment. Il continua son chemin croisant d'autres Daleks abîmés. À leurs côtés, il y avait des corps humains carbonisés et des amas de débris de toutes sortes. Il élargit son champ d'inspection, en allant un peu plus à gauche. La foudre illumina le ciel et il profita de cette micro-seconde pour observer le paysage. Il vit des cadavres et des débris à perte de vue. Ils étaient sur les lieux d'un massacre, au milieu de ruines de guerre. Son regard se porta vers la citadelle de verre au loin. Même ce majestueux monument démontrait des signes de destruction. Un éclair illumina de nouveau le ciel orangé et Jack rejoignit Clara auprès du Docteur qui commençait à remuer.

« Ça va ? demanda-t-elle au capitaine en remarquant son air troublé.

- Non, je ne suis sûr de rien, mais je pense qu'il s'agit de Gallifrey.

- Sa planète natale ?

- Après la guerre du temps. C'est un gigantesque charnier à ciel ouvert et je ne suis pas sûr de vouloir qu'il voit cela.

- Oh non, moi non plus, » avoua Clara tout aussi bouleversée.

Un mouvement sur leur droite attira leur attention. Jack braqua sa torche et recula. Il y avait une goule, bien vivante et affamée. Il promena sa torche autour et réalisa qu'ils étaient encerclés, pris au piège. Jack tua les trois goules qui les séparaient du TARDIS. Il empoigna la main de Clara et l'amena rapidement avec lui. Il la poussa à l'intérieur du TARDIS puis s'empara du Docteur et le ramena à l'intérieur. La fumée et les gaz s'étaient dissipés leur permettant de respirer un peu mieux. De toute façon, leurs options étaient plutôt limités.

« Désolé, je ne voulais pas vous bousculer, dit-il à Clara.

- Ça va, je comprends, » répondit-elle.

Lorsque le Docteur revint à lui, il trouva moyen d'évacuer ce qui reste de fumée et de gaz.

« Docteur, savez-vous où nous sommes ? demanda Jack avec tact.

- Hors du temps et de l'espace, répondit ce dernier ne quittant pas la console des yeux puis il accourut vers le dessous de la console, et commença à faire des réparations rapidement, les ignorant totalement.

- Docteur, tenta Clara, mais il l'ignora. Elle descendit et lui prit l'avant-bras d'un geste maternel. Il cessa un moment pour l'observer, la douleur qu'elle vit dans son regard la bouleversait. Il savait, évidemment qu'il savait.

- Docteur, nous sommes encerclés par les goules, intervient Jack en les rejoignant.

- Je sais, j'essaie justement de nous sortir de là. Le TARDIS a subi de sérieux dommages, ça va prendre un peu de temps. Ne vous inquiétez pas, elles ne peuvent pas rentrer.

- Où comptez-vous nous amener ?

- On retourne à Cardiff.

- Mais la source est ici !

- Nous trouverons une autre façon! » répondit-il sèchement.

Jack fit signe à Clara de le suivre et ils allèrent se faire à manger. Tout deux avaient compris que le Docteur avait besoin d'être seul un moment.

« Racontez-moi votre histoire, comment avez-vous rencontré le Docteur ? » demanda le capitaine à Clara. Elle lui parla de leur rencontre et de Trenzalore, partager cela avec une tierce personne lui faisait du bien.

Jack était choqué par le récit de Clara, mais il n'en laissa rien paraître. Il se devait d'être logique, froid et objectif, car de toute évidence le Docteur ne l'était pas. Plus que jamais son ami avait besoin de lui, d'eux. Il supposa que Clara était déjà assez proche de lui ayant traversé sa ligne de temps. Il voulait être à la hauteur. Le Docteur voulait fuir au plus vite, peu importait la problématique des goules et ça, c'était anormal. Le Docteur qu'il connaissait ferait tout en son pouvoir pour sauver l'humanité.

Le Docteur avait fini par se rendre à l'évidence, il devait sortir. Le TARDIS était incapable de repartir. Il avait besoin d'une source d'énergie. Il savait où trouver cette source, mais n'avait réellement pas envie de marcher sur le sol d'une Gallifrey morte. Poursuivre les réparations était inutile il le savait, mais demeura tout de même prostré sous la console. Clara et Jack dormaient depuis un certain temps, lorsqu'il se décida enfin à bouger et sortir. C'était sa planète et son peuple, il ne voulait pas y impliquer ses amis. Il préférait les savoir en sécurité dans le TARDIS, tandis qu'il allait trouver la source d'énergie nécessaire pour repartir.

« Vous vous apprêtiez à sortir sans nous, » lui dit la voix de Jack. Il remarqua Clara à ses côtés.

'' Vous ne dormiez pas ? s'étonna le Seigneur du Temps.

- Non, nous savions que vous alliez faire cela, Docteur, lui répondit-elle.

- Il s'agit de ma planète, c'est à moi de régler cela.

- Nous vous accompagnons, insista-t-elle.

- C'est dangereux Clara.

- Nous le savons, cela ne nous fera pas changer d'avis.

- Mais...

-Vous avez besoin de nous, Docteur, avouez-le pour une fois, déclara Jack.

-Je dois trouver une source d'énergie pour faire redémarrer le TARDIS, il faut aller au centre de la citadelle. »

Pendant que le Docteur allait chercher deux motos dans le garage, Jack sortit armé et tira sur toutes les goules qui se tenaient là.

Clara grimpa derrière le Docteur et Jack les précédait pour éliminer les goules qui se trouvaient en travers de leur chemin. Manier une moto au coeur de la nuit Gallifréenne et à travers les ruines n'étaient pas chose aisée, donc ils prenaient leur temps.

Après un certain temps, ils furent de nouveau encerclés et Jack avait beau tirer, elles étaient partout autour d'eux. Soudain, un flash de lumière les aveugla et ils perdirent la maîtrise de leur moto. Ils se relevèrent secoués, mais intacts. En récupérant les motos, ils s'aperçurent que les goules étaient devenues des statues. Clara en toucha une délicatement et elle s'effrita jusqu'à devenir poussière.

« Elles ont été pulvérisées ! » réalisa Jack.

Un autre flash les surpris un peu plus loin devant eux, suivit d'un autre encore plus loin, comme si quelqu'un leur ouvrait le passage. Ils suivirent donc les flashs jusqu'à la citadelle.

Ce n'est qu'une fois devant la citadelle que le Docteur réalisa toute l'ampleur du carnage. Comme si elle avait senti son désarroi, Clara lui prit la main pour le rassurer.

« Courage Docteur, nous sommes avec vous, » l'encouragea Jack.

Le Docteur l'ignora, continuant à regarder autour de lui, au bord de la panique. Clara rejoignit le Seigneur du Temps bouleversé et le serra contre elle. Elle le sentit s'accrocher désespérément à elle, et cela lui rappela d'autres instants, dans le passé, où elle avait dû faire de même. Il avait une confiance totale en elle.

« Je suis toujours là pour vous, Docteur vous le savez, lui rappela-t-elle.

- Ma Clara, ma fille impossible, murmura-t-il.

- Oui, c'est tout moi. »

Une fois le Docteur remis de ses émotions, ils pénétrèrent dans la citadelle. Un silence morbide les accueillit et tous sentaient une grande force électromagnétique autour d'eux. Le Docteur les dirigea vers le centre de la citadelle, tel un automate, pour trouver la source d'énergie. Étrangement, plus ils s'en approchaient, plus il faisait chaud et moins l'endroit avait l'air abandonné. Ils finirent par entendre des bruits de pas et des voix étouffées. Ils aboutirent à une grande porte à deux battants et la franchirent pour se retrouver dans une pièce bondée, qui grouillait d'activités.

« Comment ? dit Jack étonné de voir tous ces Seigneurs du Temps bien vivants.

- Ils ne sont pas réels, ce sont des fantômes, lui apprit le Docteur.

- Des fantômes ?

- Des... illusions.

- Mais qui les crées ?

- Je ne sais pas. »

Ils poursuivirent leur chemin, les ignorant, et aboutirent à une vaste salle à manger. Des Seigneurs du Temps, visiblement importants, étaient autour de la table devant un festin. Celui du bout faisait un discours en Gallifréen. Il semblait être le président de l'assemblée.

« Ils sont réels ? » chuchota Jack au Docteur pour ne pas les déranger en pleine réunion. Comme réponse, le Docteur pointa son tournevis sonique vers l'assemblée et pendant un bref instant Jack vit la réalité derrière l'illusion: Le Seigneur du Temps au bout de la table parlait à une assemblée de squelettes devant un repas disparu depuis longtemps.

« Celui là est vivant, » déclara Clara en le pointant.

Le Docteur acquiesça, l'air profondément troublé puis, sans les prévenir, quitta la pièce. Jack essaya de le rattraper, mais il avait disparu. Il s'approcha alors du Seigneur du Temps dément sans s'attendre à ce qu'il quitte son délire pour lui parler. Il avait pris pour acquis que l'homme, enfermé dans son monde d'illusions, n'avait même pas remarqué sa présence.

« Tu n'es pas réel, lui dit l'étrange Gallifréen.

- Je suis réel ce sont ces gens qui ne le sont pas, affirma le capitaine.

- Tu ne peux pas être réel ! lui cria-t-il.

- Je le suis, mon nom est Jack Harkness et je suis avec le Docteur.

- NON ! » hurla-t-il et avant qu'il puisse répliquer, le Seigneur du Temps fou le bombarda d'électricité statique qui le tua sur le coup.

Quand Jack revint à la vie, le Docteur était dans la pièce et affrontait le Seigneur du Temps fou. Lorsque le Docteur reçu la foudre, l'autre semblait en avoir lui aussi subit l'impact.

« Tu ne peux pas me tuer, lui dit le Docteur.

- Je peux et je vais te tuer, promit l'autre.

- Tu ne peux pas. »

Le Docteur s'approcha et lui immobilisa les bras.

« Rien n'est vrai et tu le sais. Cesse cette folie, je t'en prie. »

L'autre se libéra et chercha de nouveau à le tuer.

« Je veux t'aider, laisse-moi t'aider, » insista le Docteur. Jack le rejoignit pour le protéger.

« Partons Docteur.

- Je dois l'aider, » insista le Docteur, en revenant auprès de son agresseur.

Jack avait une impression de déjà-vu.

« Je sais que tu as mal, mais tu dois regarder la vérité en face, tu dois arrêter, continua le Docteur.

- Tu peux bien parler, tu ne sais rien ! lui cria l'autre et aussitôt l'illusion disparut ne laissant que l'atroce réalité.

- Je veux t'aider, » insista le Docteur. Le Seigneur du Temps étranger avait perdu de sa superbe. Lui aussi s'était couvert d'illusions. Il ne portait pas cette tunique officielle des dirigeants Seigneurs du Temps, mais des haillons. Il était maigre, sale, mal en point et probablement malade. Malgré son air chétif, il n'eut aucun mal à repousser de nouveau le Docteur qui fut rattrapé par Jack.

« C'est le Maître régénéré c'est ça, ? devina Jack.

- Non c'est pire, »

Il regarda le capitaine dans les yeux,

« C'est moi. »