Chapitre 4-Le terrible secret
I'll never feel again-The Cure
(Je ne ressentirai plus jamais)
Lorsqu'il revit le Docteur il était toujours à la salle de contrôle et discutait avec Clara. Il semblait reposé et d'humeur plus joviale.
« Bonjour Jack. Nous serons à Cardiff dans quelques heures.
- Docteur... vous êtes le onzième ou le douzième ?
- Le onzième.
- Le Maître dit que vous êtes le douzième.
- Ne l'écoute pas, il ne veut que t'embrouiller.
- En théorie, il a raison Docteur, tenta Clara.
- Ça ne compte pas, Clara, on a eu cette discussion.
- Je suis désolée.
- J'aimerais comprendre, insista Jack.
- Ce n'est pas important. Nous allons passer près de la planète du plaisir, veux-tu y faire un arrêt Jack ? Je connais un très bon pub que je veux montrer à Clara.
- La planète du plaisir, ça laisse suggérer... commença la jeune femme.
- Oui oui, il y de la débauche, mais ce pub est très bien tu vas voir. Il y a des artistes qui viennent de toutes les planètes de l'univers.
- Docteur 11 ou 12 ? redemanda Jack. Il n'allait pas le laisser s'en sortir aussi facilement.
- 11 Jack, je l'ai dit.
- Tu mens, » lui parvint la voix du Maître. Il s'était approché sans bruit. Il était maintenant propre et vêtu convenablement.
« Ça ne compte pas ! insista le Docteur.
Le Maître s'approcha de lui. Il lui pris délicatement le visage entre ses mains, pour mieux l'observer droit dans les yeux.
- Je t'ai pardonné pour ce que tu as fait, contrairement à toi. »
Le Docteur le fixa sans rien dire, mal à l'aise. Le Maître s'approcha et l'embrassa doucement sur les lèvres. Un baiser chaste, amical, puis s'éloigna. Le Docteur demeura silencieux un moment, ému par cette marque d'affection tout à fait inhabituelle chez son vieil ennemi.
« Ça ne se pardonne pas, affirma le Docteur, bouleversé.
- Ça n'a pas été facile, mais tu n'avais pas à faire ce geste absurde, Docteur.
- Je l'ai fait pour rester sain d'esprit.
- Est-ce que cela a fonctionné ?
- Je le croyais, mais à voir ce moi du futur... pas du tout.
- Ça va toujours te rattraper, Docteur. Tu ne dois pas fuir tes démons, mais les affronter, comme j'ai dû faire.
- Si je les affronte peut-être que...
- Hélas non. Si tu me laisses en vie, je vais t'aider à traverser cette épreuve, la rendre moins pénible.
- Pourquoi es-tu si gentil ?
- Tu ne le sais donc pas ? N'as-tu jamais entendu parler d'équilibre cosmique ?
- Je ne comprend pas. »
« Vous voulez dire que vous devez être gentil, pour contrebalancer l'effet Valeyard ? » supposa le capitaine. Le Maître l'ignora, et poursuivit sa discussion avec le Docteur.
« Ce n'est pas l'heure pour toi, c'est tout. Disons que, depuis que les tambours se sont tus, les choses sont un peu différentes pour moi. J'ai passé un siècle entier, seul, avec mes pensées, à revivre et analyser ma propre existence dans la prison que Rassilon avait crée pour moi. Cent ans dans le vide, mais avec toute ma conscience et mes facultés intactes. L'erreur qu'il a fait, c'est de me les laisser, justement. J'ai reprogrammé la capsule pour la diriger vers la Terre, où j'avais le plus de chance de te trouver. Tu m'as trouvé et tu m'as amené là-bas. J'ai passé encore cent ans à t'observer, à vivre avec toi tes illusions pour ne pas être seul.
- Comment en suis-je arrivé là ? demanda-t-il, les larmes aux yeux.
- C'est quelque chose que je ne peux pas te dire. Il s'agit de ton futur, mais je pense que tu en as une bonne idée.
- J'en sais déjà trop. »
Le Docteur se dirigea vers Jack.
« Est-ce que tu as toujours du retcon ? J'aimerais oublier.
- Il y en a à Cardiff, mais je ne sais pas l'effet que ça a sur la physiologie d'un Seigneur du Temps.
- Peu importe, il m'en faut.
- Docteur...
- Jack, s'il te plaît. J'ai vu mon futur et ma mort, personne ne doit voir sa propre mort ! le supplia-t-il.
- Très bien, Docteur. Mais puisque vous allez oublier, dites-moi ce que vous avez fait de si terrible dans le passé.
- J'ai... provoqué la guerre du temps. Pas volontairement, mais c'est tout de même moi, qui ai envenimé la situation au point du non-retour. J'étais tellement arrogant, sûr de moi-même et fier. J'ai condamné mon peuple et je n'ai pas pu supporter d'avoir cela sur la conscience.
- Que voulez-vous dire ? demanda Clara.
- Dois-je être plus explicite ? Laissez-moi tranquille, » s'exclama-t-il, en quittant la salle de contrôle, pour se perdre dans les dédales du TARDIS.
« Je ne voulais pas le bouleverser, se désola Clara.
- Vous vous attendiez à quoi au juste tout les deux ? Vous le forcez à révéler son plus grand secret, et vous ne voudriez pas qu'il pleure, qu'il hurle ou qu'il soit complètement chaviré ? Même moi, avec mes deux cœurs de pierre, j'ai plus de tact que cela, leur reprocha le Maître.
- Je ne l'ai pas forcé, rectifia Jack.
- Bien sûr que si. Tu lui as posé une condition pour avoir du retcon et, de toute évidence, il en veut vraiment. J'espère sincèrement que tu en as, vaut mieux qu'il oublie le fait que tu l'as forcé à parler.
- Je ne l'ai pas forcé... je devais savoir.
- Tu n'avais qu'à me le demander, et loin de ses oreilles. Espèce d'idiot.
- Je vous interdit de me traiter de quoi que ce soit ou je vous tue.
- CALMEZ-VOUS ! s'écria Clara obligée de jouer les médiateurs. Elle était d'une nature calme et criait rarement, mais avec ces deux là, elle n'avait pas le choix de s'imposer.
- Il s'est... suicidé c'est ça ? demanda-t-elle au Maître, une fois qu'ils se furent calmés, tout les deux.
- On parle plutôt de provoquer une régénération. C'est moins macabre.
- Mais ça revient au même.
- Pas complètement, il n'est pas mort.
- Je l'ai vu, vous savez, celui qui a provoqué la guerre et qui ne mérite pas de porter le nom Docteur. C'est pour cela qu'il dit qu'il est le onzième. Cet individu, c'est lui, mais ce n'est pas le Docteur, expliqua-t-elle au capitaine.
- Je lui dois des excuses, avoua Jack.
- Pourquoi ? Il va oublier, répondit le Maître.
- Je veux quand même lui en faire. Ensuite, je prendrais du retcon à mon tour. »
Personne ne le vit du reste de la journée. Jack se retrouva seul avec Clara un bon moment, alors que le Maître était Dieu seul sait où. Il aimait bien Clara, quelque chose chez elle lui rappelait Rose, mais il était incapable de dire quoi exactement. Elle savait des choses sur le Docteur que lui-même ignorait. En soirée, le Docteur était de nouveau à la salle de contrôle. Jack le rejoignit. Clara et le Maître étaient déjà là.
« Nous sommes à Cardiff, Sexy a besoin de faire le plein sur la faille. Peux-tu me trouver du Retcon en attendant ?
- Bien sûr, avant je voulais m'excuser, Docteur.
- Ça va, Jack. Je ne me rappellerai pas, de toute façon.
- Docteur, le Maître m'a parlé de la prophétie du Valeyard sans entrer dans les détails. Dites-moi juste si c'est vrai, ou une autre de ses manipulations.
- Hé ! argumenta le Maître.
- C'est vrai, avoua le Docteur.
- Je suis désolé, Docteur.
- Peu importe, allons-y.
- Venez.
- Tous ? demanda Clara.
- Je pense que ce serait le mieux à faire, approuva le Docteur.
- Qu'est-ce que ça fait le retcon ? c'est une drogue ?
- Ça fait oublier les 24 dernières heures. »
Ils le suivirent tous. Même le Maître n'argumenta pas.
Le Hub avait été reconstruit, mais il appartenait désormais à UNIT. Jack les fit installer sur des lits dans l'infirmerie, expliquant la procédure à Clara. Aucun effet secondaire, mais ils allaient s'endormir et, à leur réveil, ils auront oublié les dernières 24 heures.
Le Docteur se servi en premier, puis Clara, et le Maître et finalement, Jack. Ils comptèrent jusqu'à trois, mais le Docteur n'attendit pas le décompte et le Maître ne le prit pas. Jack avait prévu le prendre une fois que tout le monde allait être endormi, pour s'assurer justement que le Maître le prenne. Le Docteur dormait déjà, Clara allait le suivre sous peu. Il s'approcha du Maître, mécontent.
« Je savais que je ne pouvais pas vous faire confiance.
- Ne le prends pas, lui répondit le Maître, ce qui le surpris.
- Pourquoi ?
- Toi et moi devons nous souvenir, parce que si nous oublions, rien ne changera. Tout ce que nous avons vu là-bas se produira. Alors que si nous nous souvenons, nous pourrions empêcher certains événements de se produire. Pas tous, mais quelques-uns.
- Vous ne voulez pas vous retrouver là-bas, c'est ça ? devina Jack.
- Entre-autre.
- Et les point fixes ? Vous êtes un Seigneur du Temps, vous savez de quoi je parle.
- Le Valeyard est un point fixe, mais ce Docteur que nous avons vu là-bas ne l'est pas. Nous ne pouvons rien faire pour le Valeyard, mais nous pouvons sauver l'incarnation qui le suivra.
- Vous vous moquez de moi. Vous, vous soucier de lui ?
- Je me fiche de ton opinion Harkness, j'ai mes raisons. Pour le moment, ce qui compte c'est que nous avons le même but : empêcher le Docteur de devenir fou, à moins que je me trompe sur ton compte.
- Non. Vous ne vous trompez pas, mais je doute que vos motivations soient louables.
- Il te faut mes raisons, bien sûr ! J'ai connu le Valeyard, c'est lui qui m'a libéré de ma capsule quand j'ai atterrit sur Terre. Il avait besoin d'un mentor pour mener à terme ses projets maléfiques, et qui de mieux que moi ?
- Il a dû vous plaire ! ironisa Jack.
- Évidemment, qu'est-ce que tu crois ? Le Docteur enfin de MON côté ! Que pouvais-je demander de plus ? Mais l'élève a rapidement dépassé le maître, comme on dit, et il m'a tout bonnement trahi. Je m'y attendais, je sais comment fonctionne un esprit maléfique ! Sa ruse n'a pas fonctionné, alors il m'a simplement évincé. J'ai continué à l'épier, il m'impressionnait. Il faisait des trucs que même moi je n'avais jamais osé faire. J'adorais voir le carnage et la désolation qu'il laissait sur son passage. Ça m'a amusé pour un temps, jusqu'à ce qu'il dépasse certaines limites.
- Vous avez des limites à la cruauté ? VOUS ! s'étonna Jack.
- Tout le monde a des limites. Bref ce n'est pas important. J'ai essayé de l'arrêter à quelques reprises, de le raisonner même, et je me suis fait capturer et amener sur cette Gallifrey morte. C'est là que je l'ai tué, mais il était déjà trop tard.
- Trop tard ?
- Il s'est souvenu de tous ce qu'il avait fait en étant le Valeyard et il n'a pas supporté. Il a basculé dans la folie profonde. J'étais son prisonnier, condamné à vivre avec lui ses illusions jusqu'à ce que je finisse par me libérer et vivre en marge. Dans sa folie, il avait acquis un pouvoir énorme, utilisant l'énergie du cœur de la citadelle. Quand j'ai senti la présence du TARDIS de ce Docteur du passé, j'ai facilité votre progression jusqu'à la citadelle.
- Les bombes qui pulvérisent, c'était vous ?
- Oui. C'est également moi qui a ouvert un passage entre cet univers hors du temps et la faille de Cardiff.
- Les goules envahissant la Terre, c'est votre faute ! Je me demande pourquoi ça m'étonne.
- Ce n'est pas pour la raison que tu t'imagines Harkness. J'en ai royalement rien à faire de votre minable petite planète, ne surestime pas l'importance des humains à mes yeux. Je voulais faire venir le Docteur pour qu'il me sorte de là, ni plus ni moins, pour ensuite mettre mon plan à exécution.
- Qui est ?
- Tuer le Valeyard. Le plus tôt possible, avant qu'il fasse trop de dommages.
- Comme si vous vous préoccuperiez de l'univers !
- Tu as raison, je m'en fiche. Je veux sauver le Docteur.
- C'est encore plus surprenant.
- Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes mes motivations. Tu as beau être immortel, tu n'es tout de même qu'un simple humain. Je veux que tu m'aides à tuer le Valeyard.
- Quoi ? Je ne pourrais jamais, c'est quand même le Docteur.
- Attends de voir ce qu'il va faire, il est pire que moi. Dis-toi que chaque crime ou génocide qu'il fera, ce sera un poids supplémentaire sur la conscience du Docteur. Lorsque le Valeyard sera mort, ce sera à toi d'accompagner ce nouveau Docteur dans sa crise de conscience. Donc, plus il meurt rapidement, mieux ce sera pour le Docteur, et toi-même. Je vais partir maintenant, il ne doit pas savoir qu'il m'a vu. Il doit me croire enfermé dans la boucle temporelle parce que s'il sait, le Valeyard saura, et la tâche sera plus difficile à mener.
- Si vous faites encore un massacre, ou quelque chose de mal aux humains, il saura et il vous en empêchera.
- Tu crois vraiment que je vais prendre ce risque après deux siècles d'attente ? Je vais me faire très discret, tu n'entendras pas parler de moi je te le garantis. »
