Chapitre 5-la boucle temporelle.

If only I could remember anything at all-The Cure

(si seulement je pouvais tout oublier)

Il se préparait pour la réunion. C'était le grand jour, il allait leur annoncer que la loi pour la protection des civilisations en danger avait été adoptée. Il avait travaillé énormément pour les convaincre du bien-fondé de ses propos. Il leur avait fait voir les richesses de ces civilisations vivantes, et ce qu'elles pouvaient apporter aux autres. Il ne pouvait changer le destin de toutes les civilisations, mais, tout au moins, aider celles qui pouvaient être sauvées, sans causer un déséquilibre dans l'espace-temps. Il se dirigea vers la vaste salle, un peu nerveux. Ils étaient tous là, le Maître aussi. Ce dernier avait voté contre, de toutes évidence, mais il avait été minoritaire. Après un discours de bienvenue et de remerciement, il leur annonça la bonne nouvelle. Il eut un silence de quelques secondes, puis ils réagirent tous en même temps, de façon positive pour la plupart, sauf le Maître.

« C'est une aberration ! Comment avez-vous pu appuyer ses idées excentriques ? Leur reprocha-t-il.

- Maître, cela ne vous enlève rien, tenta le Docteur.

- Non, mais ça ne nous apporte rien non plus.

- Bien sûr, ce sont des civilisations riches en culture, en... »

Le Maître l'interrompit.

« Ce sont des créatures primitives et sans intérêt. Pourquoi gaspiller notre énergie à les sauver ?

- Maître, le Docteur a raison nous pouvons apprendre beaucoup de ces gens, intervint un des participants.

- Oui, c'est ça ! bientôt il va laisser les humains envahir Gallifrey et vous allez approuver ! »

Une femme appuya les dires du Maître, et ce fut bientôt le brouhaha. L'arrivée du banquet calma les ardeurs les plus virulentes, même celles du Maître.

Le Docteur dégusta le buffet sublime. Ça ne s'était pas trop mal passé, finalement. Un mouvement au loin attira son attention, trois silhouettes sombres. Il se frotta les yeux. La fatigue sans doute. Lorsqu'il était trop fatigué, il lui arrivait d'avoir des visions, des visions cauchemardesques de mort et de désolation. Il avait définitivement besoin de repos, puisque les silhouettes ne semblaient pas vouloir disparaître. L'une d'elle s'approcha davantage, ses traits se précisaient... Jack Harkness ! Que faisait-il sur Gallifrey ? Il n'était pas réel, de toute évidence.

« Tu n'es pas réel, affirma-t-il tout bas, pour ne pas attirer l'attention.

- Je suis réel. Ce sont ces gens qui ne le sont pas.

- Tu ne peux pas être réel ! lui cria-t-il.

- Je le suis. Mon nom est Jack Harkness, et je suis avec le Docteur.

- NON ! » Hurla-t-il, en voyant les convives et le repas se décomposer sous ses yeux, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des squelettes et de la poussière, ainsi que cette horrible douleur dans son ventre et dans sa tête. Ce n'était pas Jack, mais une créature maudite qui manipulait ses pensées. Il rassembla son énergie vitale, comme le Maître le lui avait montré, et bombarda l'intrus qui mourut. Mais le cauchemar resta. Il attendit. Ça allait passer, comme toujours. Il allait pouvoir à nouveau profiter du festin. De plus, il avait horriblement faim. Il ferma les yeux.

« Docteur arrête, » lui dit une voix qu'il reconnaissait.

Il garda les yeux fermés, pensant à l'assemblée, à leur victoire et au buffet. Il entendait leur voix lointaine, mais elles se rapprochaient. Il ouvrit les yeux. Il était de retour, bien que sa vue soit encore brouillée.

« Écoutes-moi, » insista la voix, trop près à son goût.

Il bombarda l'aberration, mais reçu comme un coup de poing au ventre.

« Tu ne peux pas me tuer, lui dit l'apparition.

- Je peux et je vais te tuer.

- Tu ne peux pas, » insista la chose qui avait pris l'apparence de sa onzième incarnation, celle où tout avait basculé, celle qui... non il ne devait pas y penser.

Le monstre s'approcha et lui immobilisa les bras.

« Rien n'est vrai et tu le sais. Cesse cette folie, je t'en prie. »

Il se libéra et essaya de le tuer, il devait le tuer.

« Je veux t'aider, laisses-moi t'aider, » insista-t-il.

Les voix s'éloignèrent, les convives ne voulaient plus revenir malgré tous ses efforts. Il était là, avec Jack et Clara. Il se souvenait de cela, où était-ce ? Il n'en était plus très sûr. Il avait pris du Retcon pour oublier, mais il manquait une pièce importante du puzzle. Non, un cauchemar, juste un cauchemar. Il porta de nouveau son attention vers le brouhaha au loin, les convives et le banquet réapparurent, il souriait rassuré, mais pourquoi se sentait-il aussi mal ?

« Je sais que tu as mal, mais tu dois regarder la vérité en face. Tu dois arrêter, » dit son incarnation précédente.

La vérité ? Quelle vérité ? Il ne comprenait pas et voulait ignorer cet horrible manipulateur de pensées. Il s'avança vers un de ces sublimes gâteaux. Ils n'avaient aucun goût. Pourquoi n'avaient-ils aucun goût ? Pourquoi la faim était toujours présente, de même que le froid et la fatigue ? Sans compter ce vide à l'intérieur de lui, une sorte de trou noir qui dévorait tout sur son passage.

Parce que tout cela n'était pas réel, rien n'était réel sauf la faim, la solitude, le désespoir, la honte.

La honte oui, un acide corrosif qui le rongeait de l'intérieur. Ce qu'il avait fait. Il s'en souvenait maintenant. Le Valeyard ! Il revoyait en boucle les massacres, la destruction, les gens qui hurlaient d'agonie, ses amis qui le suppliaient et demandaient '' pourquoi Docteur ? Pourquoi ? ''

« Tu peux bien parler, tu ne sais rien! lui cria-t-il.

- Je veux t'aider.

- Tu ne peux pas m'aider.

- Bien sûr. Indiques-moi où est ton TARDIS, on va trouver un moyen de te sortir de là. »

Il se souvenait avoir dit ça jadis. Oui, ça lui revenait maintenant. Il était venu ici avec Jack et Clara, et avait rencontré sa version future. Il savait qu'ils n'avaient pu le sauver, mais pourquoi ? C'était encore flou dans sa mémoire.

« Je dois mourir, tu ne peux pas m'aider.

- Tu n'as pas à mourir, voyons.

- Je n'ai pu le sauver, alors tu ne pourras pas me sauver. Mais c'est correct, c'est mieux comme ça.

- Le temps peut être réécrit.

-Pas pour moi, ni pour toi. J'ai essayé pourtant, nous avons essayé, je suis désolé. Même si tu pars, tu reviendras, inlassablement, inévitablement. Je suis tellement désolé.

- Nous trouverons un moyen de vous aider, promit Jack.

- Tu as essayé. Même le Maître a essayé, et vous avez échoué.

- Le Maître a essayé de vous aider ? s'étonna le capitaine.

- Oui, et je l'ai tué.

- Nous trouverons un moyen, insista sa onzième incarnation.

- Docteur, c'est mieux ainsi, crois-moi. Prends ceci, c'est un centralisateur d'énergie. Utilise-le pour partir d'ici.

-Mais... attends !

- Au revoir. »

La régénération était quelque chose de complexe, mais contrôlable. Il avait appris à utiliser cette énergie pour autre chose, comme contrôler le monde dans lequel il vivait. Les convives et le banquet étaient de retour plus vrais que nature, ils étaient resplendissants.

« Docteur, je dois dire que votre projet de protéger les autres civilisations est un succès, je vous félicite, lui dit Rassilon.

- Merci.

-Oh chéri, tu as réussi, le félicita River en l'embrassant.

- Docteur, je vous remercie au nom de mon peuple, lui dit un jyltyu, dont la civilisation avait été sauvée. D'autres suivirent son exemple et le remercièrent gracieusement.

- Je suis fière de toi, mon fils, » lui dit sa mère, à ses côtés.

L'énergie régénératrice brûlait dans tout son corps, il n'y prêta pas attention.

Ils étaient tous là, ils souriaient, même le Maître semblait heureux, pour une fois.

L'énergie régénératrice le traversait de toute part, s'éleva dans le ciel sombre de Gallifrey, au dessus de la citadelle en ruines, pour se dissiper au loin.

Clara se retourna pour regarder derrière eux.

« Docteur, quelle est cette lumière ? » demanda-t-elle.

Le Docteur immobilisa la moto. Jack en fit de même et ils observèrent la citadelle au loin, illuminée de l'intérieur, par une magnifique lueur dorée.

« Il se régénère. » devina Jack.

- Non. Lorsque nous mourons nous avons trois choix: ne rien faire, la régénération ou la désintégration. Il a choisi la troisième option, » conclut le Docteur en retenant ses larmes.

Il remit la moto en marche, et poursuivit son chemin vers le TARDIS qui les attendait.

FIN.