L'après-midi du lendemain, Rose et Scorpius se trouvaient à la bibliothèque, terminant leurs devoirs. C'était leur rituel du dimanche après-midi. Scorpius peaufinait son essai de sortilèges tandis que Rose travaillait sur les potions. Son visage reflétait son intense concentration. En dépit de sa stupéfiante intelligence, elle se bataillait avec les potions… Mais pas au sens habituel de « batailler ».
En effet, elle n'avait aucune difficulté pour comprendre les mécanismes alchimiques, mais peu importe l'ardeur avec laquelle elle essayait, elle ne parvenait pas à obtenir les meilleures notes en cette matière depuis les cinq dernières années. Ce qui l'ennuyait encore plus, c'était de toujours perdre face à Albus. Elle n'aurait pas pris mal le fait d'être seconde derrière Scorpius, mais Albus ? Ainsi, elle s'infligeait une masse de travail supplémentaire assez considérable en cette matière.
Après quelques minutes, elle soupira et s'assit plus confortablement.
« Je ne peux pas croire que ton père nous fasse travailler sur Felix Felicis. C'est une putain de potion difficile, grommela-t-elle.
-Il ne nous l'aurait pas donnée à faire s'il ne pensait pas que nous en sommes capables, répondit calmement Scorpius.
-Il pense qu'Albus peut la faire et que c'est un sujet qui lui convient bien, n'est-ce pas ? Le reste des élèves ne compte pas.
-Je ne comprendrai jamais pourquoi cela t'embête autant. Pourquoi dois-tu être la meilleure partout ? Et pourquoi cela t'ennuie-t-il tellement qu'Albus soit meilleur que toi dans un domaine ?
-Et je ne comprends pas pourquoi cela ne te préoccupe pas, toi. Tu es clairement le garçon le plus intelligent de l'école.
-Peut-être, mais je n'ai pas ce désir insatiable d'être le meilleur en tout.
-Et ton père, il s'en fiche ? Je veux dire, c'est un brillant maître des potions. Je suis sûre qu'il voudrait transmettre tout son savoir à son fils, mais tu n'es même pas intéressé.
-Je ne suis pas lui, Rosie, il le sait et il respecte cela. En fait, il est toujours en train de m'encourager pour que je trouve ma propre voie. Certes, il est déconcerté de me penser comme un artiste… Cela ne colle pas avec sa nature Malefoy… Mais il est impressionné par mes talents et il est fier de moi, même s'il regarde parfois Albus comme s'il voulait l'adopter, conclut-il en gloussant.
-Vraiment ? »
Scorpius leva les yeux et vit qu'Albus et Frank venaient juste d'arriver à leur table. Albus lui souriait. Il avait bien sûr entendu la fin de leur conservation et il était grandement amusé par la pensée de Drago Malefoy désirant l'adopter.
Le jeune Malefoy se maudit de rougir au moment de remarquer Albus et son fichu sourire, mais il répondit sans difficulté et en souriant à son tour.
« Oui. Il enseigne depuis plus de vingt ans, et il insiste sur le fait que tu es le meilleur étudiant qu'il n'ait jamais eu. Même si je pense qu'il reste un peu choqué par ton appartenance à la famille Potter.
-Pas aussi choqué que mon père, je te l'assure. Son inaptitude en potions est légendaire.
-Tu n'es donc pas plus semblable à ton père que je ne le suis au mien.
-Non. Nous leur ressemblons juste physiquement, c'est tout. »
Albus regarda le garçon en face de lui avec un nouvel intérêt. Il n'avait jamais beaucoup pensé à lui auparavant, mais Scorpius commençait à l'intriguer.
« Je vois que vous vous entendez bien, dit Frank, un air légèrement perplexe mais amusé sur le visage. Je suppose donc que vous ne serez pas embêtés si Rosie et moi, nous partons et vous abandonnons un moment. »
Scorpius leva les sourcils en entendant Frank utiliser le surnom familier. Rose rougissait mais ne sembla pas s'en soucier.
« Oh, s'il te plaît ! Sors-la d'ici avant qu'elle se rende dingue à essayer de refaire un devoir déjà parfait.
-Ce sont des potions ! Je dois rendre quelque chose de brillant ! répliqua Rose.
-Non, tu n'es pas obligée. Parfois, bon est suffisant. Maintenant, sors, foutue bourreau de travail, ordonna Scorpius en lui donnant une petite tape enjouée. Et Frank, assure-toi qu'elle ne revienne pas avant l'heure du dîner.
-Pas de souci. J'y vais, dit-elle en rassemblant ses affaires. Mais rappelle-toi de ta promesse, Malefoy, ajouta-t-elle avec cette étincelle dans le regard, alors qu'elle lui jetait un rapide regard, à lui puis à Albus.
-Yeah, okay. Maintenant, vas-y », dit-il, essayant de cacher sa gêne.
« Qu'est-ce qu'il y a avec Rosie et son obsession de me mettre avec Albus ? » pensa-t-il, alors qu'il la regardait sortir de la bibliothèque. Il était évident que Frank voulait lui tenir la main, mais Rose faisait attention à rester hors de portée.
« Pauvre Frank… laissa échapper Scorpius.
-Je sais. Rosie est assez coriace », dit Albus en tirant une chaise pour s'asseoir.
Dire que Scorpius était surpris serait un euphémisme. Il avait pensé qu'Albus le quitterait dès que Frank et Rose seraient partis. Mais Albus avait choisi de se poser, apparemment pour lui parler, juste pour discuter.
« Peut-être que les théories de Rose ne sont pas totalement farfelues. Et peut-être qu'elles le sont. Mais je peux essayer de devenir ami avec lui, au moins pour discuter. C'est un bon début », pensa-t-il.
« Je peux te demander quelque chose ? dit Albus. Comment c'est, d'avoir son propre père comme professeur ?
-As-tu posé la question à Frank ?
-Il dit que c'est horrible. Contrairement à nous autres, il n'a aucune chance d'échapper à ses parents.
-Je sais que la plupart des gens le vivrait comme cela, mais honnêtement, j'adore avoir mon père ici tout le temps. Nous sommes vraiment très proches. Il me manquerait terriblement s'il n'était pas là. Et je ne pense pas non plus que je pourrais supporter l'idée de l'avoir loin de moi pendant des mois. »
Albus n'avait aucune idée pour répondre à cela. Cela le frappa de constater que sa relation avec son propre père ne ressemblait absolument pas à celle que Scorpius décrivait. Bien sûr, il aimait son père, mais ils ne passaient jamais du temps ensemble. Jouer au quidditch était la seule chose qu'ils avaient faite, quand il était à la maison.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Scorpius, remarquant l'absence de réponse d'Albus.
-Rien. C'est juste que la majorité des personnes ne ressent pas cela envers ses parents. Votre relation semble assez spéciale.
-Elle l'est. Mais je pense que beaucoup de gars la trouveraient totalement niaise.
-Yeah. Mais ce sont des pauvres types.
-En effet ! Je suppose que Papa et moi sommes proches parce que nous n'avons vraiment personne d'autre. Pas d'oncles, de tantes, de cousins, de grands-parents. Je me suis toujours demandé comment cela se passerait si nous en avions. Surtout quand je te vois si souvent fourré avec les membres de ta grande famille.
-C'est marrant d'avoir une si large famille, mais parfois, je me sens juste fatigué par tout cela. Simplement, il y a trop de gens dans ma vie. Et je ne suis pas une personne qui apprécie cela.
-Vraiment ? Je ne te voyais pas comme cela. Je pensais que Rosie était la seule personne tranquille.
-Elle est juste meilleure pour dire aux gens de la laisser seule.
-C'est vrai. Tu es bien trop gentil, pour reprendre les mots de Rosie.
-Je pense qu'elle veut dire par là que je suis un pigeon, facile à berner.
-Oh, selon Rosie, tout le monde l'est. Une volonté de fer, qu'elle a. J'espère que ton ami sait dans quoi il s'engage.
-Oui, il le sait. Et non, il ne sera pas capable de s'opposer à elle. Rosie va le dominer, exactement comme sa mère a dominé son père. Mais je ne pense pas que Frank s'en préoccupe. C'est un type honnête, facile à vivre. »
Ils se turent pendant quelques minutes après cette discussion, chacun pensant à la facilité avec laquelle ils avaient parlé… et pourtant, c'était des choses assez personnelles. Albus était vraiment sérieux quand il avait dit ne pas être à l'aise avec les autres. Il n'aimait pas la foule, les bruits, le désordre, et c'était tout ce que les assemblées familiales lui faisaient ressentir.
A chaque fois qu'il rentrait à la maison pour les vacances, il aurait voulu que ce soit, juste pour une fois, uniquement lui, papa et maman, Lily et James. Mais leur maison était toujours pleine de monde. Tout ce qu'ils faisaient, ils se devaient d'y inclure les autres. Ils ne pouvaient pas prendre de vacances sans oncle Ron et tante Hermione et oncle George et tante Angelina et tous leurs enfants. C'était épuisant.
Et à l'école, cela ne s'arrangeait pas. Il était entouré par ses cousins à chaque fois qu'il venait à Poudlard. Et en tant que fils de Harry Potter, Gryffondor et joueur de quidditch, il se devait d'être populaire et recherché. Et vu qu'il était bien trop poli et gentil pour dire aux gens d'aller se faire voir, comme faisait Rosie, il passait la plupart de son temps encerclé par des gens, se sentant contraint d'assumer et d'endosser cette image de lui que les autres avaient construite. Il s'était donc senti légèrement jaloux lorsque Scorpius avait expliqué à Rosie que son père l'appréciait comme il était. « Mes parents, d'un côté, n'ont aucune idée de qui je suis », pensa-t-il, avec une pointe de tristesse et de ressentiment.
« Je t'envie, avoua-t-il finalement.
-Quoi ? Pourquoi ? demanda Scorpius qui n'en croyait pas ses oreilles.
-Tu sembles tellement bien dans ta peau.
-Albus… commença Scorpius.
-Appelle-moi Al, s'il te plaît. Je déteste mon prénom », coupa l'autre garçon.
Scorpius remarqua le changement de sujet plutôt adroit, mais ne fit pas de commentaires.
« Bienvenue au club.
-Tu n'aimes pas non plus mon prénom ? dit Albus.
-Mais non, idiot. Je déteste le mien. Ce n'est pas un prénom, Scorpius. Je ne peux pas croire que mon père m'ait fait ça.
-Huh ! Albus Severus… Tu ne peux pas faire pire.
-Scorpius Hyperion et je ne veux pas de remarques.
-Scorpius Hyperion ? Vraiment ?
-Vraiment. C'est de la maltraitance, voilà ce que c'est. »
Albus gloussa.
« Je me demande si mes parents pensaient à ce qu'ils faisaient lorsqu'ils nous ont affublés de noms comme ceux-là. Je veux dire, c'est déjà assez horrible d'être le fils de Harry Potter, alors pas besoin d'ajouter Albus Dumbledore et Severus Rogue. Tu es avantagé sur ce point. Tout ce que tu as à supporter, c'est une constellation.* »
*En effet, Scorpius est le nom anglais donné à la constellation du Scorpion. On retrouve ici la tradition des Sang-Purs sorciers : Sirius Black portait également un nom stellaire, comme son père Orion.
Ce chapitre est plus court, mais les dynamiques se mettent en place et on a une idée plus précise du caractère des personnages. Je suis très motivée pour la traduction actuellement, donc vous pouvez espérer avoir un chapitre par jour.
Et n'oubliez pas la petite récompense qui stimule les auteurs et traducteurs !
