Je vous remercie pour toutes les reviews, cela m'encourage vraiment à continuer cette traduction. L'auteure est également ravie de l'intérêt du lectorat français.
On m'a fait remarquer ma conservation de quelques mots anglais dans les dialogues. Ceci est du à ma volonté de garder une certaine oralité - la fiction originale est assez familière - et également parce que j'utilise au quotidien ces mots. Vous n'en trouverez qu'un seul dans ce chapitre, d'abord parce qu'il est assez court, et aussi parce qu'il se concentre essentiellement sur les pensées de nos deux personnages.
Bonne lecture !
Cette nuit-là, Albus resta longtemps allongé sur son lit, sans parvenir à trouver le sommeil. Il repensait à la conversation qu'il avait eue à la bibliothèque. Scorpius s'était révélé bien plus intéressant qu'il ne se l'était imaginé. La façon dont ils avaient parlé de son père, dont il se comportait avec Rosie… Il était évident qu'ils s'aimaient beaucoup, à leur manière, très tranquillement.
« J'aimerais ressentir cela envers quelqu'un, pensa-t-il. J'aime son calme. Et c'est si facile de discuter avec lui. Je sens que je pourrais dire tout ce dont j'ai envie, pas besoin de surveiller mes paroles, d'essayer de me comporter comme la personne que je ne suis pas. »
Albus avait beaucoup d'amis… Enfin, c'était ce que tout le monde pensait. Dans un sens, c'était vrai : il avait plein de gens avec lesquels sortir, s'amuser, mais personne avec qui partager des pensées intimes. Personne avec qui parler des choses qui lui importaient vraiment. Frank était un bon ami, comme l'étaient Louis et Liam. Mais les seules choses dont ils parlaient étaient les cours, le quidditch et les filles. En fait, en cinquième année, il semblait que le seul sujet de leurs conversations était les filles. C'était le genre de discussions qui rendaient Albus légèrement nauséeux, mal à l'aise… Une réaction qu'il ne pouvait comprendre ou expliquer. Mais quoi qu'il en soit, il tentait d'y participer, de s'y impliquer, parce qu'il voulait s'intégrer dans l'univers de ses amis.
« S'intégrer ? La blague », pensa-t-il. Il adorait l'école, il aimait toutes ces choses qu'il y apprenait et explorait, mais depuis le jour où il avait pris le train pour Poudlard pour la première fois, Albus se voyait comme un marginal, un inadapté. Et les autres semblaient persuadés de savoir qui il était, ce à quoi il ressemblait, avant même de le rencontrer. Tout le monde, semblait-il, s'attendait à ce qu'Albus Potter soit exactement comme son père, aussi fan de quidditch, aussi fauteur de troubles, aussi désintéressé par les matières scolaires. Et le fait qu'Albus soit la copie conforme du physique de son père, sauf pour le poids et la taille, ne l'avait pas aidé.
« Je suis si fatigué d'être le fils de Harry Potter, soupira-t-il en se rappelant de l'envie qu'il avait ressentie dans la bibliothèque. Scorpius paraissait si sûr de lui, si en paix avec lui-même. Je me demande comment c'est, d'être juste soi-même et non toujours se soucier de ce que les autres pensent de soi… »
[...]
Scorpius se réveilla la tête remplie de pensées consacrées à Albus. Ce n'était pas inhabituel : il avait le béguin pour le Gryffondor depuis plus de deux ans… En fait, c'était son attraction pour le garçon qui lui avait fait prendre conscience de son homosexualité. Ces yeux verts et ce beau visage accompagnaient souvent ses pensées et ses rêves. Mais aujourd'hui, c'était différent, car il pensait plus à la personne elle-même qu'à son physique. Il avait appris quelques trucs sur Albus au cours de leur conversation de la veille.
Deux déclarations en particulier trottaient dans sa tête. « Je ne suis pas une personne sociable », avait-il dit. Albus n'était donc pas à l'aise avec toute l'attention dont il était sans cesse la cible. Il n'aimait pas être entouré de gens mais l'était la plupart du temps. « Pourquoi reste-t-il dans cette situation s'il n'aime pas cela ? » se demanda Scorpius. Et il avait dit « Je t'envie. Tu sembles si bien dans ta peau ». « Quel veut-il dire précisément par là ? s'interrogea le Serdaigle. Albus ne le serait pas ? Il n'est clairement pas ce qu'il paraît être. Alors, Rosie a raison quand elle dit qu'il essaye vraiment de coller aux attentes qu'ont les gens à propos du fils de Harry Potter ? Cela doit être si difficile de vivre comme cela. Pourquoi se sent-il obligé de le faire ? »
Ils avaient parlé pendant des heures la nuit dernière. C'était si simple, si naturel. Après quelques minutes, il avait eu l'impression de discuter avec un vieil ami plutôt qu'avec une personne qu'il connaissait à peine. Il avait trouvé Albus intéressant et très charmant. Il était aussi très spirituel, capable de tenir toute une conversation sans parler de quidditch ou de filles, ce qui était assez inhabituel chez les garçons de Poudlard. Il avait été surpris de découvrir qu'ils partageaient une passion de la lecture, de la littérature et des langues. Certes, il avait parfois vu Albus le nez plongé dans un livre, mais il avait pensé qu'il s'agissait d'une exception à la règle. La lecture intensive ne se conjuguait pas bien avec son apparence de joueur de quidditch coqueluche des filles, après tout.
Il craquait pour ce garçon depuis longtemps, mais maintenant qu'il lui avait parlé et le connaissait un peu, il commençait à véritablement l'aimer. « J'espère que nous finirons par être amis », pensa-t-il alors qu'il se dirigeait vers la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Il repéra Albus au moment de s'asseoir à table. Il était assis au milieu d'un large groupe de gens… ses amis, ses cousins, son frère et les amis de celui-ci. Ils semblaient pointer quelque chose dans un magazine, parlaient et riaient bruyamment. Albus, au contraire, paraissait captivé par son livre. Il leva les yeux quelques instants et remarqua Scorpius. Il lui sourit largement, comme s'il était juste heureux de le voir et Scorpius ressentit les habituels papillons dans son ventre. Il lui sourit en retour, puis se plongea dans son propre bouquin et commença à lire.
Il croisa Albus plusieurs fois dans la journée, mais ils allaient toujours en cours ou en revenaient, et de toute façon, le Gryffondor était entouré par ses cousins et ses amis, ils n'avaient donc aucune chance de se parler. Scorpius était déçu, mais il tenta de passer outre. Cependant, alors que les jours suivants se déroulaient exactement de la même façon, il commença à s'énerver. Il s'était passé quelque chose entre eux cette nuit… Les fondements d'une amitié, certainement. Mais maintenant, il semblait qu'il avait juste rêvé cela.
Albus continuait à lui sourire à chaque fois qu'il le voyait, mais il ne faisait aucune tentative pour l'approcher ou pour lui parler. De son côté, aussi fort qu'il le voulait, Scorpius ne pouvait tout simplement pas l'aborder quand il était avec ses amis et ses cousins, c'est-à-dire tout le temps. Cela aurait été bizarre. Inconvenant. A l'école, on se faisait des amis et des groupes de potes les premières années, et on restait très liés à eux jusqu'à la fin. C'était très rare de se faire de nouveaux amis en sixième année.
La hiérarchie sociale n'est nulle part ailleurs plus établie et rigide qu'à l'école. Il y avait les populaires et les intellos, et les deux ne se mélangeaient pas. A Poudlard, Rosie était la seule à traverser régulièrement la frontière, uniquement à cause de sa famille. Ainsi, clairement, l'amitié à laquelle il aspirait ne se concrétiserait jamais. Mais Rose ne laisserait pas tomber aussi facilement que cela.
« Rosie, abandonne. Il est évident qu'il n'est pas intéressé. Tu m'as dit de lui parler. Je l'ai fait. C'était agréable. C'était drôle. Je sentais qu'on s'était trouvés. Mais manifestement, il n'a pas ressenti la même chose.
-C'est un idiot. Mais il reviendra. Je dois juste trouver un moyen de vous réunir à nouveau.
-No, tu ne vas rien faire. C'est douloureux, okay. Surtout qu'au début, ce n'était qu'une toquade, et puis en lui parlant, en apprenant à le connaître, rien qu'un peu, j'ai commencé à vraiment l'aimer. Et cette situation ressemble affreusement à un rejet. Donc laisse-moi simplement tranquille. »
« C'était juste une conversation, c'est tout. Je lui ai apporté trop de significations, à cause de mon cœur plein d'espoir » se dit Scorpius en s'en allant.
Après cela, il arrêta de regarder Albus. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser à lui, et cela le faisait souffrir. Alors, il fit ce qu'il faisait toujours quand il était bouleversé. Il se retira en lui-même, se concentrant sur ses études et passant des heures à dessiner.
