Un chapitre plus court que les autres, mais qui était très attendu !

Bonne lecture !


« Je suis gay. »

Cette déclaration fut suivie par quelques minutes de silence. Scorpius commençait, sans pouvoir s'en empêcher, à paniquer. Il prit une profonde inspiration et leva les yeux pour regarder les étoiles, espérant que cela le calmerait. Il voyait la constellation du Dragon, celle de son père, qui brillait à l'horizon, sur sa gauche. Ce signe le rassura. Il fut surpris lorsqu'il sentit la main d'Albus se poser délicatement sur la sienne.

« Merci, dit le Gryffondor. Merci de me faire confiance au point de me confier quelque chose d'aussi personnel. »

Scorpius ne put que presser sa main en réponse. Il ne comprenait pas bien ce qui était en train de se passer, mais son cœur battait à tout rompre et il adorait la sensation de la main d'Albus tenant la sienne.

« Je suis vraiment surpris. Je ne l'avais pas vu venir… Tu ne corresponds à aucun des stéréotypes, expliqua Albus.

-Bien sûr que non. Je suis moi.

-Yeah, tu es assez spécial… Rosie le sait-elle ?

-Qu'est-ce que tu crois ?

-Elle l'a compris, hein ?

-Quelques mois après ma propre prise de conscience.

-Et ton père ?

-Je lui ai dit. Il n'a pas été surpris. Apparemment, il l'avait deviné quelques temps auparavant.

-Je suppose que personne d'autre ne le sait.

-Ce n'est pas un gros secret, ou quelque chose du genre. Mais je n'en parle pas parce que je pense que cela ne regarde personne, c'est tout.

-Pourquoi me l'as-tu dit, alors ?

-Je ne voulais pas te mentir… Même par omission. Et c'est quelque chose qui pourrait affecter notre amitié. Je suppose que je voulais le dire le plus rapidement possible.

-Je ne suis pas suffisamment étroit d'esprit pour laisser quelque chose comme ça m'ennuyer.

-Je sais. Mais je voulais en être sûr. »

Ils restèrent allongés tranquillement encore quelques instants, se tenant toujours la main. Albus ne savait pas du tout pourquoi il attrapait Scorpius comme cela, mais cela lui avait paru important, et c'était agréable, alors il continuait. Cela lui donnait un sentiment de confort qu'il aimait. C'était quelque chose que l'on faisait difficilement avec une personne avec laquelle on était juste ami, mais il ne voulait pas réfléchir à la question maintenant, alors il passa outre.

« Et, est-ce que tu as déjà… été… commença Albus, hésitant.

-Eté en couple ?

-Oui.

-Non. Je ne suis même jamais allé à un rendez-vous.

-Vraiment ? Pourquoi ? »

« Parce que depuis le moment où j'ai compris que j'étais gay, je n'ai eu d'yeux que pour toi », pensa Scorpius. Bien sûr, il ne pouvait pas dire cela. Ainsi, il se contenta de marmonner.

« J'imagine que je n'ai jamais trouvé quelqu'un que j'aimais suffisamment. Et toi ?

-Jamais. Je suis allé à quelques rendez-vous, à Pré-au-Lard, au Bal de Noël, des trucs comme ça… Mais cela n'a jamais abouti.

-Pourquoi ?

-Je ne les trouvais pas intéressantes… Pas mal de gens sont assez indulgents à propos de cela, mais pas moi. Je dois réellement aimer quelqu'un avant d'envisager une relation.

-Je parie qu'on a dû te demander de sortir avec toi pas mal de fois !

-Oui, et c'est embarrassant. James ne comprend pas pourquoi je dis non à chaque fois. Il me dit « Mais tu as presque dix-sept ans ! » comme si cela faisait une différence. Maman pense que je suis juste timide comme papa l'était à mon âge. Frank pense que j'attends mon heure ou quelque chose comme ça. Selon Louis, je suis trop difficile et selon Lily, trop peureux… »

Scorpius gloussa.

« Cela doit être intimidant d'avoir tant de monde autour de toi qui ont des opinions si arrêtées sur ta personne, toujours quelque chose à dire sur tes choix.

-Tu n'imagines même pas. Rosie et mon père sont les seuls à me laisser à peu près tranquille… »

« Quelle heure est-il ? demanda Scorpius après quelques instants.

-Aucune idée, mais le couvre-feu ne doit pas être loin. On devrait y aller.

-Yeah… » répondit Scorpius, réticent à l'idée de bouger. Il ne voulait pas que cette journée se termine.

« J'ai peur de demain, que tout revienne comme c'était avant et qu'Albus ne me parle plus… » pensa-t-il en soupirant.

Albus s'appuya sur son coude et regarda son ami avec curiosité.

« Je ne suis pas un salaud à ce point, tu sais, dit-il doucement.

-Quoi ?

-Je ne vais pas m'enfuir à nouveau. C'était ce à quoi tu pensais, non ?

-Oui. Comment l'as-tu deviné ?

-Tu as un visage très expressif. »

« Et un très beau visage… » se surprit à penser le Gryffondor. Il continua cependant à regarder intensément Scorpius, s'imprégnant de la vue de ces blonds et soyeux cheveux, de la peau pâle qui semblait briller à la lueur de la lune, de ces superbes cils fournis et des yeux gris argent qui le regardaient en retour, plein d'honnêteté. Scorpius se demanda pourquoi Albus le détaillait ainsi. Mais il conserva son regard fixé sur le garçon au-dessus de lui et s'émerveillant à nouveau de sa beauté. Ils restèrent dans cette position quelques minutes. Puis Scorpius donna un petit coup de coude à Albus et dit :

« Tu me fixes.

-Hum… J'étais juste en train de réfléchir. On devrait y aller avant que James ne parte à notre recherche, dit le Gryffondor en se levant.

-Un grand frère protecteur, hein ? répondit Scorpius, alors qu'il transformait les couvertures en mouchoirs et les mettait dans sa poche.

-Tu n'as pas idée.

-Alors, encore une fois, pourquoi continues-tu à faire avec ?

-Je déteste les confrontations… C'est plus facile de s'accommoder de certaines choses, je suppose. »

Scorpius aurait eu beaucoup à répondre à cela, mais il décida que ce n'était pas le moment. Ils marchèrent en silence jusqu'à la salle commune des Serdaigle. Ils se tinrent devant la porte, se regardant l'un l'autre et se sentant un peu mal à l'aise, maladroits. La journée entière avait ressemblé étrangement à un rendez-vous. Scorpius devait combattre le désir urgent d'embrasser le garçon en face de lui… La pensée le fit rougir, il détourna le regard. La vue de Scorpius avec le rouge aux jours fit battre le cœur d'Albus plus rapidement, d'une façon à laquelle il ne s'était pas attendu.

« Bonne nuit, dit finalement Scorpius.

-Bonne nuit… Je te vois demain. »

Albus s'en alla en direction de sa propre salle commune, l'esprit troublé. Il repensa à la journée qui venait de se terminer certes, il avait cherché Scorpius pour discuter un peu avec lui, peut-être passer quelques heures ensemble, mais ne s'était pas imaginé que cela se transformerait en une journée entière de conversations sans effort et d'amitié. Il avait eu l'idée de s'en faire un ami, mais désormais le mot « ami » semblait un peu faible pour décrire ses sentiments. Malgré la confusion, il ne pouvait pas nier qu'il en était heureux.

Il passa le trou caché derrière le portrait de la Grosse Dame et pénétra dans la salle commune, se sentant étrangement en paix. Il savait qu'il allait devoir répondre à des dizaines de questions, recevoir des commentaires et probablement des jugements totalement superflus et agaçants, mais il s'en fichait. Il venait juste de passer l'une des meilleures journées de sa vie et il ne se souciait absolument pas de ce que les autres pourraient en penser.