Un chapitre plus court, mais tout aussi révélateur de la situation de nos personnages.
Bonne lecture !
Harry mangea dans un silence pensif. Il contemplait l'état de son mariage, comme il le faisait souvent ces derniers temps. C'était toujours la même question. Quand et où les choses avaient-elles dégénéré ? Et comme toujours, il n'avait pas de réponse. Il avait pensé à en parler à Ginny, pour voir si, peut-être, ils pourraient réparer ce qui ne fonctionnait plus. Mais il n'avait jamais d'occasion. Il semblait que Ginny était toujours partie, à part quand les enfants revenaient à la maison pour les vacances.
En fait, il la soupçonnait de choisir en priorité les tâches qui lui demandaient de voyager, comme si elle ne voulait pas passer trop de temps avec lui. Pas qu'il pouvait réellement la blâmer, évidemment. Les choses étaient tellement tendus entre eux qu'il était vraiment angoissant d'être dans la même maison, sauf quand les enfants étaient autour d'eux pour faire baisser la pression, dans un sens.
« Mais cela ne veut pas dire que nous pouvons ignorer le problème pour toujours », pensa-t-il. Il devait trouver un moyen de lui parler, rapidement. Harry soupira alors qu'il sentait une nouvelle vague de solitude s'abattre sur lui.
Il sentit les yeux de Drago sur lui et cela le tira de ses pensées.
« Tu as terminé ? » dit-il, en pointant le rapport.
Drago hocha la tête en lui tendant.
« Merci pour le repas, ajouta Harry. J'avais oublié à quel point la nourriture à Poudlard pouvait être bonne.
-Une des nombreuses joies de travailler ici, je dois dire.
-Tu sais, cela ne cesse jamais de me surprendre que tu aies finalement décidé d'enseigner », dit Harry.
Il était véritablement curieux. Mais il voulait aussi parler, afin de se vider l'esprit de toutes ces pensées douloureuses.
« Pourquoi ?
-Parce que… Bien, je suppose que j'ai toujours pensé que tu voulais être un politicien ou un homme d'affaires, comme ton père.
-Oui, ces ambitions ont toujours été présentes. Mais je n'en ai jamais voulues. Et après, bien sûr, la guerre est arrivée et mes méfaits ont pulvérisé toutes les chances que j'avais de devenir un politicien…
-Cela n'explique toujours pas pourquoi tu en es arrivé à l'enseignement.
-Tu veux vraiment savoir ?» réagit Drago avec surprise.
Harry hocha la tête, montrant sa curiosité.
« Bien, j'ai toujours voulu être un fabriquant de potions. Je pensais que je deviendrais un apothicaire, un jour. Mais aucun des maîtres de potions en Angleterre ne voulait me prendre comme apprenti… C'était juste après la guerre et le nom des Malefoy était juste un peu maudit, après.
-C'est pourquoi tu es parti en France.
-Oui. Mère et moi sont allés vivre chez ma grand-mère pour un temps… J'ai été accepté comme apprenti, et trois ans après j'avais mon diplôme de maître des potions. Mais les choses étaient restées très mauvaises pour nous en Angleterre. Tous nos biens restaient propriété de la justice. Je n'avais donc pas d'argent pour ouvrir une boutique. J'étais un peu perdu, en fait. Et ensuite, j'ai eu une offre de Beauxbâtons et je l'ai prise. Je me suis dit que c'était temporaire et qu'un jour j'aurais l'apothicairerie dont j'avais toujours rêvé. Mais j'ai découvert que j'aimais enseigner… même beaucoup, en fait. Alors, je m'y suis fait.
-Qu'est-ce qui t'a fait revenir en Angleterre ?
-Scorpius.
-Ton fils ?
-Je voulais qu'il étudie à Poudlard. Il aurait pu aller à Beauxbâtons, mais je pense que je préférais qu'il aille dans la même école que moi, pour que nous puissions partager un peu de son histoire. En plus, il avait déjà passé les onze premières années de sa vie en France, il était en train de devenir un homme français* et ça ne le faisait pas du tout.
-Pourquoi ? Ta grand-mère est française et également quelques-uns de tes ancêtres, si je me souviens bien.
-C'est vrai, je suis en partie français. Mais je suis un homme anglais en premier, et j'apprécie beaucoup de choses qui sont anglaises. Je voulais que mon fils soit pareil. Et cela m'a aidé que le ministère décide finalement de me rendre ma maison et mon argent… après qu'ils se soient servis, bien sûr.
-Attends… Es-tu en train de me dire qu'ils ont mis plus de dix ans pour te rendre ce qui t'appartenait ?
-Quinze ans, en fait.
-C'est atroce ! Pourquoi n'as-tu pas protesté ?
-Qui aurait écouté, se serait ennuyé à aider ?
-Je l'aurais fait !
-Peut-être. Mais je te dois déjà trop. Pas question que je te demande une autre faveur. De toute façon, nous étions quittes. Mon salaire de professeur était décent. Nous avions la maison de ma grand-mère pour vivre. Nous étions bien. Mon seul regret était que ma mère soit morte avant que l'on ne puisse retourner chez nous.
-Et ton travail ici ?
-McGonagall m'a offert ce poste, un an après mon retour en Angleterre. J'avais fait des plans pour mon apothicairerie mais je ne pouvais pas laisser passer cette chance d'être près de Scorpius. Le garçon est presque toute ma vie. »
Harry était surpris par l'intensité des sentiments derrière ces mots. Il n'avait imaginé que Drago puisse être un père si attentif. De ceci et d'autres choses glanées dans la discussion au cours de leurs rencontres, Harry en avait conclu que Drago et son fils étaient très proches. Cela le força à reconnaître qu'il avait perdu quelque chose dans la relation avec ses propres enfants, cette proximité. Cela le rendit envieux. Cela le blessa.
« Tu sembles très proche de ton fils, se força à dire Harry pour se détourner de ces pensées.
-Oh, oui. Mais c'est naturel, je suppose. Je veux dire, je n'ai que lui et il n'a que moi.
-Et sa mère ?
-Morte en couches…
-Je suis désolé.
-C'est bon.
-Alors tu l'as élevé seul.
-Oui. Mère et grand-mère m'ont aidé tout du long. Mais pendant les dix dernières années, nous n'étions que tous les deux.
-Tu disais que tu avais dîné avec lui aujourd'hui ? Vous le faites souvent ?
-Au moins une fois par semaine. »
Harry ressentit à nouveau cette envie. Dans un sens, cette conversation lui montrait qu'il avait beaucoup de choses à régler dans sa vie.
« Quand tu es rentré en Angleterre, tu ne t'es pas inquiété pour Scorpius ? Cela n'a pas dû être facile pour lui de s'adapter à Poudlard, après tout ce temps en France.
-Et il faut ajouter que beaucoup de gens sont encore en colère contre moi et pensent qu'il est juste que mon fils soit mal traité à cause de ce que j'ai fait », ajouta Drago.
Harry rougit en pensant que Ginny et Ron comptaient parmi ces gens.
« Mais, continua le professeur, heureusement pour nous, une petite fille rousse s'est entêtée à aimer mon fils et à le vouloir comme ami. Et Rosie, la digne fille de sa mère, est une sorcière effrayante. Même James a rapidement appris à ne pas croiser sa route.
-Es-tu en train de me dire que Jamie avait pour habitude d'embêter Scorpius ?
-Oh, beaucoup. Mais seulement au début. Rosie l'a engueulé pas mal de dois, et il a ensuite appris à se taire. Malheureusement, cela a conduit Scorpius à être dans l'ombre de Rosie, mais les gens l'ont laissé tranquille après cela.
-Je suis désolé, Drago. Je n'en savais rien.
-Moi non plus, à l'époque. Scorpius n'a commencé à m'en parler qu'après cela. »
Ils restèrent assis en silence un moment après cela. Drago attrapa la bouteille de Whisky Pur Feu et leur servit quelques verres.
« Puis-je te demander quelque chose ? dit Malefoy.
-Sure.
-Pourquoi travailles-tu si dur ?
-Qu'est-ce qui te fait penser que je travaille trop dur ? rétorqua Harry.
-Parce que tu ne viens jamais ici avant neuf heures du soir. Tu viens toujours en cheminette directement du travail et tu reviens souvent au travail au lieu de rentrer chez toi. Tu es même arrivé ici les samedis soirs après une journée entière de travail. Donc, oui, je pense que tu travailles trop dur.
-Tu as… remarqué tout cela…
-Oui. A nouveau, pourquoi ?
-Pourquoi veux-tu le savoir ? demanda Harry.
-Pourquoi m'as-tu demandé toutes ces choses à propos de ma vie ? répliqua Drago.
-Je voulais en savoir un peu plus sur toi…
-Même raison, alors. Même si je dois admettre que je me sens également un peu concerné.
-Concerné ? dit Harry, surpris.
-Aussi étrange que cela puisse paraître, oui. Je pense que personne ne devrait travailler si dur. Cela ne peut pas être bénéfique. Et arrête d'esquiver ma question.
-Je travaille dur parce que je le dois ?
-Tu sais que ce n'est pas vrai. Essaie encore. »
Harry passa sa main dans ses cheveux en soupirant.
« Honnêtement, je ne sais pas. Mais dans un sens, j'ai toujours été un bourreau de travail. Mon travail est devenu ma vie.
-Et tu le regrettes…
-Oui. »
Oh oui, il le regrettait. « Mais ce n'est qu'un de mes nombreux regrets », pensa-t-il rudement. Qu'est-ce qui n'allait pas avec lui ? Pourquoi avait-il perdu ainsi le contrôle de sa vie ? Encore une fois, il se le demandait, quand et où les choses avaient-elles dégénéré comme cela ?
Il ôta ses lunettes et se frotta les yeux.
« Je me sens si vieux parfois, avoua-t-il.
-Oh ! Bienvenue au club. »
