Vous ne rêvez pas, je suis bien de retour ! Plusieurs raisons à mon absence, la plus importante étant mon hésitation quant à la poursuite de cette traduction... Je lis la fanfiction originale, les nouveaux chapitres, et malheureusement, elle me plaît de moins en moins. Cependant, après réflexion, je me suis dit que je n'étais qu'une technicienne, et qu'il était de mon devoir de continuer à vous servir en traduisant ce texte. Donc, ne vous inquiétez pas, je vais continuer, mais le rythme sera probablement moins soutenu.
Harry se servit un autre verre. Le quatrième de la soirée. Il savait qu'il était sur le chemin de l'ivresse, mais il ne s'en souciait pas. Cela lui paraissait étrange de partager ses problèmes avec Drago, plus qu'avec une autre personne, mais il était également soulagé de parler de sa vie avec quelqu'un qui n'était pas un Weasley. Il restait proche de Ron et d'Hermione, bien sûr, mais il ne pouvait parler de tout avec eux… Ron ne prendrait pas gentiment ses plaintes à propos de sa sœur. Pas que Harry se soit plaint ou qu'il blâme Ginny, de toute façon. Ce dont il souffrait, c'était d'un mariage rapidement désintégré, et de cette illusion d'une vie heureuse qu'il fallait maintenir, de plus en plus difficilement, devant ses enfants, ses amis et ses collègues. Sans mentionner les journalistes qui leur tournaient toujours autour, à l'affût de ragots.
Drago laissait Harry dans son silence. Il était surpris par les révélations de son collègue, même s'il s'y attendait un peu. « Cela n'a pas beaucoup de sens », pensa-t-il. Il comprit ensuite qu'il s'attendait aux mots qu'il avait entendus, mais pas à l'émotion qui les accompagnait. Harry paraissait réellement malheureux, comme s'il était perdu. Et c'était un sentiment avec lequel Drago s'était senti familier, à une époque de sa vie. Il regarda Harry, il vit son regard qui peinait à se concentrer sur un point, les lèvres serrées, le front plissé et le misère dans ses yeux. Et Drago réalisa qu'il n'aimait pas du tout ce qu'il voyait.
Il savait que Harry connaissait des problèmes dans son mariage, mais il commençait tout juste à comprendre que ces soucis étaient bien sérieux. Il voulait mener Harry à une discussion à ce propos, mais sans toutefois le pousser. Après tout, cette petite amitié qu'ils avaient développée était pour le moins fragile. Il ne voulait pas en tester la solidité de sitôt. Il préféra rester tranquille pendant un moment, et attaqua avec une question anodine.
« Pourquoi es-tu devenu Auror, Harry ?
-Hm… Parce que c'était la seule chose pour laquelle je savais que j'étais bon.
-Stupide ! Tu aurais pu être un brillant joueur de Quidditch, si tu avais essayé.
-Oui. Ginny le pensait également. En fait, elle espérait que je devienne un professionnel, comme elle, pour que nous puissions jouer et voyager ensemble.
-Quand était-ce ?
-A l'époque de notre mariage.
-Mais tu ne voulais pas de cette vie.
-Bien sûr que non ! C'était même la dernière chose que je souhaitais… Une autre raison d'être célèbre. Je ne voulais pas de toute cette attention, les voyages, ces déplacements répétés. J'avais suffisamment connu cela pendant un an, quand j'avais laissé tomber l'école et étais parti à la chasse aux Horcruxes. Je voulais une vie tranquille. Une maison stable, où rentrer chaque soir.
-Alors, tu as refusé.
-Je l'ai fait… Et ce fut notre première grande dispute. Ginny ne voyait pas ce qu'il y avait de mal à être célèbre. Il n'y a rien de mal. Elle pouvait avoir autant de célébrité qu'elle voulait, mais de mon côté, je n'en voulais pas. J'ai toujours détesté la foule qui me fixe et me demande des autographes, et je ne supporte pas de me voir dans les journaux… Je connais déjà cela en me contentant d'être Harry Potter, alors pas besoin d'y ajouter le Quidditch.
-Que s'est-il passé ensuite ?
-Ginny a continué à essayer de me convaincre et de me faire comprendre, mais je n'allais pas lâcher l'affaire. Alors elle laissa tomber.
-Et c'est ceci qui a rendu évident le choix de devenir Auror ?
-Un peu… Pour ne pas dire que c'était ce à quoi les gens s'attendaient.
-Et les attentes comptent énormément… Je sais que je ne serais pas ce que je suis maintenant, si mon père n'avait pas fini à Azkaban. Même si j'aime penser qu'après tout ce qui s'est passé pendant la guerre, j'aurais trouvé le courage de le défier. Mais je suppose que je ne saurai jamais… »
Un long silence suivit cet aveu. Harry se servit un autre verre. « Juste un petit dernier », se dit-il. Il savait qu'il buvait trop, mais il lui semblait qu'il en avait réellement besoin.
« Aimes-tu être un Auror ? reprit Drago après une pause.
-Je ne déteste pas.
-Tu passes la plupart de tes journées à faire quelque chose que tu ne « détestes pas ». Harry, pourquoi ? Tu sais que tu pourrais faire ce que tu veux, oui ? Je veux dire, tu es Harry Potter !
-Exact. Je suis Harry Potter, et cela a toujours été un problème.
-Que veux-tu dire ?
-Toute ma vie, les gens ont espéré des choses de ma part, et parfois, je me sens très rancunier. Comme si je n'avais jamais pu faire ce que je voulais faire.
-Et qu'est-ce que tu veux faire ? demanda gentiment Drago.
-Je ne sais pas. Je doute l'avoir un jour su. Il y avait toujours quelque chose à faire, et je le faisais.
-Harry, tu sais que tu n'as pas besoin de ton travail, non ? De ce que je sais, il y a assez d'or dans les coffres des Potter et des Black pour faire vivre plusieurs générations.
-Je sais. J'y pense parfois, quand je sors de douze heures de réunion, de paperasse, et que mon cerveau menace de s'éteindre à cause de l'ennui. Mais si je quitte mon boulot, que vais-je faire toute la journée ?
-Est-ce une raison suffisante pour passer douze heures par jour à t'ennuyer ?
-Non. Simplement… Je suppose que je me sens piégé.
-Bien, laisse-moi dire que tu ne l'es pas.
-Que ferais-tu si tu étais à ma place ? rétorqua Harry.
-J'arrêterais de me soucier de ce que les gens pensent, et je quitterais mon travail, et penserais tranquillement, franchement, à quoi consacrer ma vie. Tu as quarante et un an, Harry. Si tu ne fais pas ceci maintenant, tu ne le feras jamais, et un jour, ta vie sera terminée, et tu n'auras qu'un amas de regrets. Je suis désolé si cela semble brutal, mais je ne peux pas m'en empêcher. Tu es bien trop spécial pour gâcher ta vie à faire quelque chose que tu n'aimes pas vraiment. Je veux te secouer et te montrer que tu peux réellement faire ce que tu veux.
-Bonne chance avec ça », conclut Harry en tendant la main, à nouveau, vers la bouteille de whisky Pur-Feu.
Drago l'arrêta. « Je suis désolé Harry, mais je pense que tu as assez bu pour ce soir.
-Un dernier…
-Non. Tu as besoin de tes capacités. Surtout que tu seras seul une fois rentré chez toi.
-Je déteste rentrer à la maison ».
Harry avait dit cela comme s'il se parlait à lui-même. Drago mit un moment à réaliser que l'autre homme n'avait pas conscience de l'avoir dit si haut. Il décida de faire comme s'il n'avait pas entendu. Harry se perdit à nouveau dans ses pensées et Drago le laissa.
« Drago ? demanda Harry après un moment.
-Hum ?
-Désolé, j'étais dans ma bulle.
-Ce n'est pas grave. Je sais que tu dois penser à beaucoup de choses.
-Et merci.
-Pour quoi ?
-Pour ne pas avoir posé de questions sur Ginny. Je ne pense pas être capable de parler de cela maintenant.
-Je l'avais compris.
-Et merci de supporter mes divagations sur ma vie…
-Tu ne divagues pas, et il n'est pas question de te supporter ou non. Tu es malheureux. Je veux t'aider. C'est tout, et avant que tu ne me demandes pourquoi je m'en soucie, et pourquoi j'ai envie de t'aider… C'est ce que font les amis, Harry. Je veux t'aider, et par tous les moyens qui sont à ma disposition. »
Harry releva les yeux, surpris. Drago était sérieux dans sa demande d'amitié. Il semblait réellement se soucier des sentiments de Harry. C'était un peu irréel, vu leur passé, mais également agréable… Cela le réchauffait de voir l'évidente inquiétude dans les yeux de Drago, penché vers lui au-dessus de la table. Alors, il fit la seule chose qu'il était capable de faire dans son état proche de l'ivresse. Il lui tendit la main. A n'importe qui d'autre, ce geste aurait semblé anodin, mais pour eux, il était lourd de significations. Drago comprit ce que Harry tentait de lui dire. Il sourit et prit cette main offerte. Il lui sembla qu'ils scellaient un pacte, faisaient une promesse… C'était juste.
