20 septembre 2010, dix-huit heures

Hermione jeta un coup d'œil à sa montre pour la cinquième fois. Il était en retard et allait la mettre en retard à son tour. Elle détestait cela. Elle avait commencé à taper du pied et à ronger ses ongles, signe qu'elle s'impatientait réellement.

Ses parents les attendaient pour dix-huit heures. Il était dix-huit heures dix.

Elle finit par s'asseoir dans son canapé et fit léviter son sac à main jusqu'à elle d'un coup de baguette. Elle allait sortir son téléphone portable, lorsque les flammes de la cheminée se teintèrent de vert. Elle sauta sur ses pieds.

- Vingt minutes de retard ! J'espère que tu te moques de moi ? s'exclama-t-elle en fusillant Drago du regard, qui tenait dans ses bras leur fils de quatre ans.

Son regard était dur et il semblait fatigué.

Elle ne put s'empêcher d'observer le corps de son ex-mari. Il portait encore son uniforme d'auror. Une chemise blanche, retroussée jusqu'à ses coudes, laissant apercevoir ses bras tatoués et contractés par le poids de leur fils. Un pantalon noir parfaitement ajusté. Un porte-baguette en cuir qui barrait son torse, faisant très clairement ressortir sa musculature au travers du tissu de ses vêtements. Et enfin son badge officiel de Directeur du Bureau des Aurors, accroché sur son pectoral gauche, brillant sous la lumière de la pièce.

Sans compter ses longs cheveux blonds qu'il avait attachés en un chignon lâche, sa barbe parfaitement taillée et son regard gris qui croisa le sien aussitôt fut-il arrivé.

Elle déglutit.

Par Merlin, il était magnifique. Elle avait oublié à quel point cet uniforme lui allait bien. Il ne l'avait pas porté en sa présence depuis un moment.

- Désolé, nous avons eu une urgence au Ministère et j'ai dû rester plus longtemps que prévu, s'excusa-t-il froidement en posant son fils au sol.

Elle hocha la tête, bien moins en colère qu'auparavant. Son ton quelque peu sévère l'avait intimidée et maintenant qu'il le lui expliquait, elle comprenait qu'il n'était pas responsable de ce retard. Elle savait à quel point son nouveau poste était prenant.

- Maman ! s'exclama son fils en se ruant vers elle, tenant son doudou - un petit dragon vert - dans une main et portant un petit sac à dos rouge, lui aussi en forme de dragon.

Elle le réceptionna aussitôt dans ses bras et le serra contre elle, inspirant longuement l'odeur de son shampoing pour bébé. Il n'avait que quatre ans, ne faisait pas encore un mètre, mais était déjà très malin. Drago aimait répéter qu'il tenait ça d'eux deux.

Elle croisa le regard de son ex-mari par-dessus l'épaule de son fils. Il lui sembla tendu, mais tout de même attendri de voir son fils courir ainsi vers sa mère. Elle ne loupa pas la tristesse dans ses yeux cependant. Elle la comprenait tellement. Devoir laisser leur fils chaque semaine était une véritable épreuve.

- Tu m'as manqué, mon petit coeur, lui chuchota-t-elle avant de lui embrasser la joue. Tout s'est bien passé avec Papa cette semaine ?

- Oui ! Et même qu'on a mangé plein de glaces, qu'on est allé chez Parrain et qu'on a même fait du balai !

Aussitôt eût-il dit ça, le petit garçon plaqua ses deux mains sur sa bouche, comme s'il venait de dire une grosse bêtise. Et c'était le cas.

Hermione tourna les yeux vers son ex-mari et haussa un sourcil, sévèrement.

- Tu m'en diras tant, Alioth, dit-elle sans quitter Drago des yeux.

- Pardon, Papa, j'ai oublié que je devais pas dire, s'excusa le petit en se tournant vers son père d'un air profondément désolé.

- Mon coeur, et si tu allais poser tes affaires dans ta chambre pendant que je parle à Papa ? Comme ça, nous serons prêts à partir chez Mamie et Papy dès que tu reviendras, d'accord ? proposa tendrement Hermione en le posant à terre.

Il hocha vivement la tête, avant de courir vers son père pour lui quémander un bisou, puis se rua vers sa chambre. Dès qu'il fut parti, Hermione perdit son sourire et croisa les bras sous sa poitrine.

- Tu m'as promis de ne pas le faire voler en mon absence, l'accusa-t-elle.

- Il était avec ses cousins, je n'allais pas le lui interdire alors que tous les autres en faisaient, s'expliqua-t-il tout aussi sérieusement, ayant lui aussi perdu la tendresse de son regard pour ce qui semblait être de l'ennui.

Il se cachait derrière un masque d'indifférence. Il ne l'avait pas fait depuis des années en sa présence.

- Tu n'as pas tenu ta promesse.

C'était la seule chose qu'elle retenait. Elle était déçue. Elle en avait presque les larmes aux yeux. Elle lui avait fait confiance, terrifiée à l'idée que son fils puisse se blesser en son absence, mais il n'en avait fait qu'à sa tête.

- Hermione, écoute, soupira-t-il en croisant les bras à son tour, toujours aussi sévèrement. Tu ne vas pas pouvoir constamment le surveiller. J'ai sa garde une semaine sur deux et je ne vais pas l'empêcher de s'amuser simplement parce que tu n'es pas dans les parages.

Elle eut envie de lui hurler dessus, de le frapper, de lui faire entendre raison, mais elle ne fit rien. Elle garda le silence et attendit simplement que son fils revienne, en détournant les yeux.

Elle était en colère contre lui. Elle avait l'impression d'avoir perdu la confiance qu'elle avait placée en lui, qu'il ne la comprenait plus, qu'il ne se souciait plus d'elle. Elle avait l'impression de n'être plus rien pour lui, d'avoir disparu de sa vie et de n'en avoir jamais fait partie. N'était-elle plus la femme qu'il aimait ? La femme qu'il protégeait corps et âme ?

Elle ne put s'empêcher de vouloir se venger, de faire quelque chose qui l'agacerait tout autant.

- Pourrais-tu le garder jeudi soir ? reprit-elle en entendant son fils dévaler les escaliers. J'ai un dîner.

Elle savait parfaitement comment il interpréterait cette phrase et elle comptait dessus.

Et ça ne loupa pas. Elle vit ses yeux se noircir légèrement et sa mâchoire se contracter, en entendant cela. Peut-être n'avait-il pas perdu sa possessivité finalement. Elle regretta d'abandonner une soirée avec son fils, mais elle avait agi avant d'avoir le temps d'y réfléchir. Foutue Gryffondor.

- Bien sûr, répondit-il simplement, les dents serrées. Tu veux que je vienne le récupérer à quelle heure ?

- Dix-huit heures ? Histoire que j'ai le temps de me préparer.

Il hocha la tête en réponse, au moment même où leur fils revint dans le salon.

Drago ne tarda pas à s'en aller, après avoir embrassé Alioth et lui avoir souhaité une bonne semaine. Inutile de lui préciser qu'ils se reverraient bientôt.

Hermione salua assez froidement son ex-mari et le regarda disparaître dans les flammes avec un léger pincement au cœur.

oOo

22 septembre 2010, dix-sept heures cinquante sept

Drago réajusta son costume face au miroir de sa chambre. Il avait pris une journée de congé et se préparait à aller récupérer son fils pour la soirée. Cette simple pensée l'agaça. Pourquoi avait-elle choisi de placer son rencard au milieu de sa semaine avec Alioth ? Il ne comprenait pas. Elle ne faisait jamais cela, elle profitait toujours de leur fils jusqu'à la dernière seconde.

Il faisait de son mieux pour ne pas y penser. Pour ne pas penser au fait qu'elle avait rencontré quelqu'un d'autre. Qu'elle finirait peut-être sa soirée dans les bras d'un autre homme. Qu'il la toucherait là où il avait été le seul à le faire. Peut-être se soumettrait-elle même à un autre.

Il s'était efforcé de mettre de la distance entre eux depuis qu'ils avaient divorcé, histoire de faciliter les choses malgré leur amour certain, mais pour la première fois, il n'y parvenait pas. Il se sentait mal. Il détestait l'idée qu'elle en aime un autre. Qu'un homme puisse la toucher.

Il soupira. Il ne devait pas penser à cela. Il devait faire la part des choses. Deux mois étaient passés, il devait avancer de son côté. S'il l'avait possédée un jour, ce n'était plus le cas.

Jetant un dernier regard à son reflet dans le miroir, il quitta sa chambre et se dirigea vers le séjour pour disparaître dans les flammes de la cheminée du manoir.

- Papaaaa ! s'exclama son fils dès qu'il le vit apparaître dans l'âtre de la maison d'Hermione.

Il sourit et le réceptionna tant bien que mal lorsqu'il courut vers lui.

- Salut, mon grand, sourit-il en embrassant ses cheveux blonds et ondulés. Tu vas chercher tes affaires ?

Alioth hocha vivement la tête et se rua dans sa chambre aussitôt son père l'eut-il reposé au sol. Au même instant, Hermione apparut dans le séjour, vêtue d'un long peignoir de soie noire, sous lequel l'ensemble de lingerie qu'elle portait se laissait deviner.

Drago déglutit et se força à détourner les yeux. Elle ne portait pas cela pour lui, il fallait qu'il le garde en tête. Elle ne lui appartenait plus, elle n'était plus sa femme. Elle remarquerait tout de suite son regard de braise.

- Merci d'être venu, lança-t-elle à travers la pièce.

Il sentait son regard sur lui, mais garda le sien obstinément braqué vers la fenêtre du séjour.

- Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi, avoua-t-elle ensuite avec un petit rire nerveux.

- C'est normal, répondit-il simplement, d'un ton plat, presque froid. Tu veux que je le dépose à l'école directement demain matin ? demanda-t-il ensuite.

- Oh, eh bien… Si cela ne dérange pas trop ton emploi du temps, j'avoue que ça m'arrangerait, bafouilla-t-elle.

Il se retint de sourire. Cela lui rappelait leur premier rendez-vous, lorsqu'il avait proposé de la ramener chez elle. Il avait insisté pour la ramener, et heureusement. Ils avaient passé la nuit ensemble pour la première fois et certainement pas la dernière.

- Je suis de paperasse demain, j'aurai le temps de le déposer, fit-il sans quitter la fenêtre des yeux.

- Merci, Drago.

Il hocha simplement la tête en réponse. Il avait envie de s'en aller. Les effluves qui s'échappaient de la cuisine, mélangée à l'odeur caractéristique de la maison, lui rappelaient trop de choses.

Heureusement pour lui, il entendit bientôt les pas rapides de son fils, qui le rejoignit juste après avoir dit au revoir à sa mère.

oOo

27 septembre 2010, dix-huit heures trente

Hermione apparut dans l'une des cheminées de l'Atrium du Ministère de la Magie britannique, son fils fermement accroché à elle. Drago lui avait envoyé un patronus pour lui demander de déposer Alioth directement au Bureau des Aurors, car il avait eu une réunion de dernière minute qui l'obligeait à rester plus longtemps au Ministère.

Elle avait accepté. Après tout, il lui avait rendu un service quelques jours plus tôt, elle pouvait bien lui rendre la pareille. Même si elle avait menti. Même si elle avait fait croire à Drago qu'elle avait un rencard, alors qu'elle avait passé sa soirée sous un plaid, avec de la glace pour seule consolation. Elle se trouvait bien bête.

- Maman ? fit Alioth, la tête posée sur le haut de sa poitrine.

- Oui, mon cœur ?

- Quand est-ce que Papa il revient à la maison ?

La gorge d'Hermione se serra. Ce n'était pas la première fois qu'il posait ce genre de questions. Il n'avait pas réellement compris la signification de la séparation de ses parents. Il prenait cela pour un jeu, pour quelque chose de passager. Et cela brisait le cœur de sa mère à chaque fois.

Son ex-mari lui manquait tellement.

Deux mois qu'ils étaient divorcés. Deux mois qu'elle s'endormait seule tous les soirs, des sillons de larmes sur les joues. Deux mois qu'elle luttait pour ne pas tout laisser tomber pour le rejoindre.

Ils s'étaient séparés d'un accord commun. Hermione travaillant à Sainte-Mangouste en tant que Cheffe du Service de Pathologie des Sortilèges, et son ex-mari ayant été muté tout récemment au poste de Chef du Bureau des Aurors, leurs emplois du temps s'étaient chargés d'un coup.

Ils ne l'avaient pas supportés.

Privilégiant tout leur temps libre pour leur fils, ils n'avaient pratiquement plus de temps pour eux. Lorsque Hermione était de garde à l'hôpital, Drago gardait Alioth, et inversement. Ainsi, leurs moments à deux s'étaient faits bien plus rares, voire inexistants. Ils s'étaient toujours promis, se sachant tous deux des acharnés du travail, que ce dernier prendrait toujours une place importante dans leurs vies. Cependant, ils n'avaient pas pensé que cela puisse atteindre ce point de non-retour.

Il lui avait reproché plusieurs fois de ne pas penser à eux, de privilégier ses patients. Elle lui avait reproché de ne jamais s'organiser pour se libérer. Le tout sous le coup de la colère.

Finalement, ils avaient fini par se séparer, voyant qu'ils ne trouvaient plus de point d'entente. Ils l'avaient directement regretté, sans savoir que l'autre se trouvait dans le même état d'esprit. L'éloignement et la solitude n'étaient pas des choses qu'ils avaient un jour supportées.

- Tu te rappelles ce que je t'ai expliqué l'autre jour, Alioth ? lui souffla-t-elle en entrant dans l'un des ascenseurs du Ministère. Papa et Maman ne forment plus un couple, ils ne vivent plus ensemble.

- Mais pourquoi ? demanda-t-il une nouvelle fois, de la tristesse dans la voix.

- Parce que parfois, il arrive que les papas et les mamans ne s'entendent plus assez bien pour vivre ensemble, mon coeur. Et ça ne veut pas dire qu'ils n'aiment pas leurs enfants, ou qu'ils ne s'aiment pas, mais parfois il vaut mieux se séparer. Tout ça n'empêche pas que Papa et moi t'aimons très fort, Ali'.

- Mais moi je veux retourner au parc avec Papa et toi, comme la dernière fois. Je veux jouer avec vous et que vous venez me chercher à l'école comme les parents de Lily…

Hermione baissa les yeux. Elle le voulait aussi. Elle voulait tellement. Son ex-mari lui manquait, leurs moments de complicité lui manquaient, les journées au parc avec leur fils lui manquaient… Tout lui manquait.

- Et si j'en parlais à Papa ? Peut-être pourrions-nous nous organiser pour venir te chercher à l'école tous les deux la semaine prochaine, qu'en penses-tu ? proposa-t-elle en tentant un sourire, alors que l'ascenseur s'arrêtait à l'étage des aurors.

Elle ne savait pas comment Drago prendrait cette demande, mais elle pouvait toujours essayer, se convaincant qu'elle le ferait pour leur fils.

- Et Papa dormira à la maison après ? demanda-t-il avec excitation, ravi par la proposition de sa mère.

- Eh bien… Je… Je ne pense pas, mon chéri. Papa habite au manoir maintenant, je pense qu'il préférera rester là-bas.

Son cœur se brisa en voyant son fils hocher si tristement la tête. Elle aurait tant aimé pouvoir lui répondre que oui, son père resterait dormir chez elle. Chez eux.

Elle se contenta de lui embrasser le front et d'avancer dans le couloir principal du Bureau des Aurors. Arrivée devant la porte sur laquelle le nom de Drago Malefoy était inscrit, elle frappa quelques coups. Elle ne reçut qu'un grognement d'approbation.

- Papa ! s'exclama Alioth en gigotant dans les bras de sa mère pour qu'elle le fasse descendre.

Drago releva la tête et l'expression sérieuse qu'il arborait disparut à la seconde où il vit son fils courir vers lui. Il se recula légèrement dans son siège et le prit dans ses bras.

- Salut, bonhomme, désolé de ne pas t'avoir accueilli directement au manoir.

- C'est parce que t'as beaucoup de travail ? demanda innocemment Alioth. Tu dois arrêter tous les grands méchants ?

- Exactement, rit-il doucement en réponse. Je dois remplir encore quelques rapports, puis nous pourrons rentrer à la maison. Nous allons dîner chez tes grands-parents ce soir.

Hermione ne put s'empêcher de sourire avec tendresse en voyant son fils sourire si joyeusement à cette nouvelle.

- Est-ce que Maman elle peut venir aussi ?! s'exclama-t-il ensuite, en sautillant sur les genoux de son père.

Hermione perdit aussitôt son sourire et rougit sous le regard de son ex-mari. Il semblait gêné lui aussi. Elle qui avait pourtant cru que son fils avait compris…

- Je suis de garde ce soir, mon coeur, je ne pourrai pas me joindre à vous, répondit-elle donc pour leur éviter des explications qui les mettraient tous les deux mal à l'aise.

Drago la remercia du regard, tout en passant une main dans les cheveux de son fils. Elle ne put s'empêcher de les observer quelques secondes. Alioth avait hoché tristement la tête, avant de la poser contre le torse de son père, en mettant son pouce dans sa bouche. Drago lui chuchotait quelques mots à l'oreille, avec une tendresse qui avait tant manqué à Hermione.

Elle ne se rendit compte qu'elle les fixait depuis un moment que lorsque Drago se racla la gorge. Elle rougit.

- Désolée, je… je vais y aller, bafouilla-t-elle. On se voit samedi prochain, mon cœur, ajouta-t-elle en lui faisant un signe de main.

- Va embrasser ta mère, murmura Drago.

Alioth sauta de ses bras et se rua vers elle, les mains tendues. Elle le serra contre elle en fermant les yeux, profitant une dernière minute de son odeur et de sa douceur.

- Sois sage et pense à bien embrasser tes grands-parents pour moi, d'accord ?

- D'accord ! sourit le petit garçon, avant de l'embrasser sur la joue.

Elle se redressa et salua son ex-mari d'un simple sourire poli. Elle ne loupa pas le regard brûlant qu'il n'avait pu s'empêcher de lui lancer, pas plus qu'il n'avait dû louper le sien lorsqu'elle l'avait aperçu dans sa tenue complète d'auror.

oOo

30 septembre 2010, vingt-deux heures vingt

Drago quitta le manoir de ses parents en transplanant. Il venait de leur laisser son fils, qui avait réclamé toute la soirée de dormir chez eux, après qu'ils y aient dîné une nouvelle fois.

Évidemment, il n'avait pas pu refuser. Il ne lui refusait pas grand-chose à vrai dire. Il passait tellement de temps à s'attrister sur le sort de ses parents, qu'il voulait le consoler au maximum, essayer de rattraper les choses, de se faire pardonner.

De plus, il pourrait profiter de cette soirée de libre pour enfin accepter la proposition de Blaise et Théodore d'aller boire un verre. Cela faisait des semaines qu'il repoussait, notamment à cause de son travail ou de son fils, mais cette fois-ci, c'était enfin l'occasion.

Il atterrit donc à l'un des points d'apparition du Chemin de Traverse et se dirigea vers son bar favori, le Dragon d'Or, en resserrant sa cape sur ses épaules. Il ne faudrait pas en plus qu'il attrape froid.

Aussitôt entré, il repéra Blaise et Théodore, installés à leur table habituelle, dans un coin du bar. Il les rejoignit avec un léger rictus, tout en commandant un whisky à un serveur qui passait par là.

- On ne t'attendait plus ! s'exclama Théo en le voyant arriver.

Il était confortablement assis dans un fauteuil, un cigare à la main et un verre dans l'autre. Blaise était installé face à lui, dans une position similaire.

- Désolé, le temps que je couche Ali' et que mon père cesse de me donner son avis sur les nouvelles lois passées par le Département de la Justice, il était déjà vingt-deux heures passées.

- J'ai ouï-dire qu'il voulait retenter sa chance pour le Magenmagot ? interrogea Blaise en prenant une bouffée de cigare.

Faisant lui-même partie du Magenmagot, Blaise était plutôt bien renseigné sur les prochaines élections. Il n'avait pas de souci à se faire à ce propos - faisant déjà partie des favoris - mais il souhaitait tout de même garder un œil sur les nouveaux candidats, au risque que l'assemblée retrouve son aspect conservateur d'antan.

- J'en ai bien peur, soupira Drago en s'installant entre eux. Ma mère a tenté de le convaincre que ce serait inutile, mais je crains qu'il n'ait déjà commencé sa campagne dans son dos. Il est irrécupérable.

- Laisse-le donc faire, répliqua Théo en haussant les épaules. Harry m'a dit qu'il avait aussi essayé de récupérer son poste dans le conseil d'administration de Poudlard, mais qu'avec les voix des professeurs et celle de Minerva, il n'avait pas fait le poids.

- Par Salazar, il va tenter partout, marmonna le blond en levant les yeux au ciel. Merci, ajouta-t-il à l'intention du serveur qui venait de lui déposer un verre. Enfin. Assez parlé de mon paternel pour toute une année. Comment va Ginevra ? demanda-t-il à Blaise en attrapant un cigare sur la boîte posée au centre de la table, qu'il alluma avec sa baguette.

- Mieux. Maintenant que le premier trimestre est enfin terminé, les nausées se calment. Enfin… Elle a tout de même essayé de monter dans mon dos sur son balai il y a deux jours, mais sinon, tout va bien, s'amusa-t-il en levant les yeux au ciel.

- Merlin, si Hermione entendait ça, pouffa Drago, sans pouvoir s'en empêcher.

Il but une gorgée de son verre en secouant la tête, avant de s'immobiliser en réalisant ce qu'il venait de dire. Cela ne lui était pas arrivé une seule fois depuis leur séparation. Il y avait veillé. Il déglutit.

Depuis qu'elle avait mentionné avoir un rencard, Drago ne cessait d'y penser. Nuit et jour. Il se sentait tellement mal, elle lui manquait tellement. Et il était jaloux, terriblement jaloux. Elle était à lui, à personne d'autre.

Ses deux amis n'avaient rien répondu, tout aussi perturbés par sa réponse. Théodore eut cependant le bon sens d'agir pour éviter davantage de malaise.

- Minerva a demandé à Harry de lui succéder l'an prochain, annonça-t-il sans plus de cérémonie.

Blaise et Drago tournèrent brusquement la tête vers lui en entendant cela, l'air profondément sous le choc.

- À un si jeune âge ? s'étonna Blaise.

- Bien sûr que non, idiot, se moqua Théo en tirant distraitement sur son cigare. Je disais simplement ça pour changer de sujet. Il n'a même pas accepté sa proposition pour devenir Directeur de Gryffondor, vous pensez vraiment qu'elle allait lui demander ça ? Je sais que j'ai épousé l'Élu, le Garçon-qui-a-survécu, et j'en passe, et qu'il a déjà reçu des tas de privilèges, mais je doute que Minerva laisse les rennes de Poudlard à qui que ce soit de moins de soixante ans, un jour.

- Salazar, ne refais plus jamais ça, j'ai failli faire une attaque, plaisanta sarcastiquement Drago, en posant théâtralement une main sur sa poitrine.

- Idiot, grogna Théodore en lui donnant un coup, faisant redoubler le rire de Blaise.

oOo

30 septembre 2010, vingt-trois heures

Hermione venait tout juste de terminer son service à l'hôpital. Habituellement, elle serait rentrée immédiatement chez elle, cependant, elle en décida autrement. Elle avait fermé les yeux de trois patients ce soir-là et elle avait très largement besoin de décompresser.

Ainsi se retrouva-t-elle sur le Chemin de Traverse, en fin de soirée, à se diriger vers son bar favori : le Dragon d'Or. Enfin, il s'agissait plutôt du bar favori de son ex-mari, mais elle avait tellement l'habitude de s'y rendre qu'elle ne pouvait pas faire d'exception.

Elle se dirigea directement vers le bar en entrant et commanda un whisky. Elle avait réellement besoin de se changer les idées. En plus de la soirée affreuse qu'elle avait passée, sa semaine n'avait pas été de tout repos. Elle n'avait pas cessé de penser à Drago - plus que d'habitude du moins - et à toutes les choses qu'elle aurait aimé lui dire, toutes les choses qu'elle aurait faites pour le retenir.

Elle regrettait tellement.

Elle essayait de se convaincre qu'ils le faisaient pour leur fils, pour lui éviter de grandir en voyant ses parents se déchirer, qu'ils avaient évité le pire en le faisant si tôt.

Elle soupira et se passa une main sur le visage, avant de boire son verre cul sec.

- Quelle descente ! s'exclama une voix masculine à sa droite.

Elle tourna la tête et croisa le regard brun d'un homme d'une trentaine d'années. Il la dévorait clairement des yeux et lui offrait un sourire des plus charmeurs.

Elle aurait probablement coupé court immédiatement à la conversation, si elle ne venait pas d'apercevoir son ex-mari par-dessus l'épaule de l'homme. Elle fit de son mieux pour cacher sa surprise de le voir ici. N'était-il pas avec leur fils ?

Peut-être était-ce la fatigue, ou bien l'alcool qui coulait dans son sang, mais elle décida finalement de répondre aux avances qu'on lui faisait.

- Merci beaucoup, répondit-elle avec un sourire des plus faux. Vous n'êtes pas d'ici, je me trompe ? continua-t-elle sans trop savoir pourquoi.

Enfin, elle le savait, mais ne voulait pas se l'avouer.

Drago venait tout juste de tourner son regard vers eux et l'avait vue. Il ne la quittait plus des yeux, son regard brûlait sa peau. Elle décida donc de jouer. Elle n'était simplement pas sûre de gagner à ce jeu.

- Mon accent s'entend tant que ça ? répondit l'homme avec un sourire charmeur qui la révulsa plus qu'autre chose.

- Je dois avouer avoir passé quelque temps en France, plaisanta-t-elle d'une voix niaise qui ne lui ressemblait clairement pas.

Drago ne la quittait pas des yeux, mais elle garda obstinément les siens dans ceux de l'homme qui l'avait accostée. André. Ou peut-être Henri. Elle n'en était pas sûre, ses pensées étaient ailleurs, elle ne se concentrait que pour rire à ses blagues de mauvais goût et pour poser sa main sur son bras de temps à autre.

Une demi-heure passa ainsi. Elle était déjà bien saoule et l'homme en face d'elle ne cessait de la dévorer des yeux. Il avait posé une main sur sa cuisse, ce qui la dégoûtait très clairement.

Cependant, le regard de son ex-mari ne l'avait pas quittée et elle savourait ce moment plus que tout.

- Il se fait tard, que dirais-tu de continuer cette soirée… autre part ?

La voix d'André - ou Henri, peu importait - la sortit de ses pensées.

Décidant qu'il s'agissait du signal pour elle de partir, elle lui sourit, termina son quatrième verre de whisky et se leva en ramassant son sac.

- Je passe aux toilettes et je te rejoins, sourit-elle en posant sa main sur son genou. Je reviens tout de suite, lui chuchota-t-elle ensuite en se penchant vers son oreille.

Elle prit bien soin de regarder Drago dans les yeux en retour, avant d'embrasser André - ou Henri - sur la joue. Elle lui offrit un petit clin d'œil et se dirigea vers les toilettes du bar. Elle était fière d'elle. Très fière d'elle.

Sa soirée ne se terminait peut-être pas comme elle l'aurait souhaité - c'est-à-dire aux côtés de son ex-mari - mais elle savait qu'elle avait réussi à attirer son attention.

Elle se prépara à transplaner en arrivant dans les toilettes pour femmes, mais à peine eut-elle le temps d'ouvrir la porte, qu'elle se fit pousser soudainement à l'intérieur.

La porte se referma dans un claquement brusque et elle fut plaquée contre un mur. L'odeur capiteuse d'eau de Cologne et de dentifrice à la menthe envahit ses narines. Elle crut défaillir en reconnaissant son ex-mari.

Il avait approché sa bouche de son oreille, s'était collé à elle et leva une main pour la poser sur sa gorge.

- Je peux savoir à quoi tu joues ? grogna-t-il d'une voix rauque, en resserrant sa poigne autour de son cou.