Ron dormait dans le salon. Cela faisait bien trois semaines.

« Ron, viens dormir. »
« Je dors très bien ici. »

Son ton était bourru. Il était trop grand pour le canapé, trop grand pour la couverture qu'il avait choisie et qui ne recouvrait pas ses pieds.
Le salon était froid. Le vent frappait aux vitres. On sentait la présence déshumanisée des Détraqueurs dans chaque coin du pays.

« Ou alors… on pourrait parler ? »

Parler. Faire quelque chose. Dire d'autres mots que « passe-moi le sel », « tu as fini avec la salade ? » et « Viens dormir. ». Tout pour briser ce silence plein de mots sans sens.

« Parler de quoi ? »
« De… ça. »

Ca. C'était le seul qu'elle pouvait employer. Ce « ça » qui devait être sans conséquences et qui allait peut-être gâcher sa vie.

« Bah, est-ce que je peux t'en vouloir ? Il est séduisant, il est riche… »
« Ce n'est pas ça… »

Hermione devait se contenir. C'était elle la fautive.
Mais son orgueil était mis à mal. Ron la prenait pour, au mieux une midinette, au pire une croqueuse de diamants.

« Je sais ce que tu te dis. 'Les Malfoy ont l'ai si heureux ensembles'. Ou 'ils sont tellement amoureux'… Dans quel monde tu vis, Hermione ? Tu les as vus ? Tu trouves vraiment qu'ils ont l'air heureux ? Ils sont tous seuls. Ils sont pleins aux as, mais ils n'ont rien. Ils sont heureux 'ensemble', ils s'aiment, sans doute… Mais ils ne sont pas vraiment heureux. »

Ron était en colère, mais il pesait ses mots. Il réfléchissait à leur sens. A leur portée. Il voulait la toucher, il voulait qu'elle comprenne.

« Et Scorpius… tu l'as vu, Scorpius ? C'est un gamin. Ce n'est qu'un gamin, et il subit tout.
Peut-être que je ne passe pas mon temps à caresser la soie de robes hors de prix que je t'aurais offertes en te répétant combien tu es merveilleuse, mais on est heureux, Hermione ! Il y a trois semaines, ce n'était pas Rose qui était étendue sur le sol, pâle comme la mort… On est heureux. On est plus heureux qu'eux. »

Hermione ne savait quoi répondre. Heureux, vraiment ?
Tout allait bien, si c'est ce qu'il entendait par là.
Mais non, elle n'était pas heureuse. Non.

« Pourquoi m'as-tu reproché de regarder cette femme ? »
« Ron, je… »
« Pourquoi ? Je ne t'ai rien dit, pendant des mois. Il t'a embrassée. Il t'a touchée et … »
« Il ne m'a pas touchée. C'était la première, la dernière, l'unique fois. »

Ron était sombre. Il regardait par la fenêtre l'averse de grêlons qui décimait les récoltes du champ voisin.

« Tu es revenue te coucher, près de moi, avec moi. Tu… Tes gestes. Tout cet amour. Ca faisait des mois ! Et ce n'était que pour t'excuser. Mais je t'aimais trop, alors j'ai accepté tes excuses. »

Silence. Pesant, le silence.
Hermione baisse les yeux. Elle se sent comme une petite fille qui a fait une bêtise. Une sensation nouvelle, inconnue : « qui a fait une bêtise » ? Ce n'est pas elle. Elle fait toujours ce qui est juste. D'habitude…

« Tu l'aimes ? »
« Non, bien sûr que non ! Enfin Ron, c'était le Nouvel An, j'avais bu… »
« Tu avais l'air sobre. Tu ne sentais pas l'alcool. »

« Ron ! » elle se posta devant lui, le regarda dans les yeux. « Je ne te mens pas : je ne l'aime pas. Je suis amoureuse de toi, pour toujours. Je te le jure. »
« Je te crois. »

Soulagement. En demi-teinte, le soulagement.
Il lui manque une certitude.
En remontant les escaliers, elle lui demande « Tu viens dormir ? Dans la chambre, avec moi ? »

« Non. Je ne crois pas, non. »

Alors Hermione remonte seule, et, dans son lit, elle pleure.