King's Cross semblait floue, sous la pluie incessante.
Pluie en dehors, pluie en dedans.
Harry serrait sa fille dans ses bras. Il ne voulait pas la quitter. Mais c'était là-bas, à Poudlard, que ses enfants étaient le plus en sécurité.
C'est officiel : la rébellion des Détraqueurs a, on le sait de source sûre, été fomentée à l'aide de complices sorciers. Une enquête est menée. Les ex-Mangemorts sont, bien entendu, en ligne de mire.
Pluie en dehors, pluie en dedans. Pluie sur Londres et sur l'entière Grande-Bretagne, pluie dans les cœurs de ceux qui étaient heureux, pluie dans la tête de ceux devenus fous car sauvés trop tard, et qui crient toute la peur et tout le vide qu'ils ressentent, enfermés à Ste Mangouste.
Et sa petite Lily qui tente d'échapper à l'étreinte de son père. Elle est trop pressée, trop heureuse d'aller à Poudlard. Pour elle la pluie n'était rien, les Détraqueurs à peine une ombre, et rien ne lui faisait peur. Poudlard, Poudlard, Poudlard. Elle n'avait que ce mot en tête.
Son cousin Hugo a un peu peur. Il s'accroche au bras de Rose. Pendant un an, elle sera son lien avec le reste de sa famille. Une petite part de l'immense tribu Weasley, là pour le protéger à chaque instant.
Embrassades humides sur le quai, sous le ciel noir. On monte dans le train. Hugo et Lily suivent Albus et Rose. Ces deux-là sont fiers d'être les « grands », les guides des puinés.
James est parti rejoindre ses amis. Depuis peu, Louis, un huitième vélane par sa mère, et Lucy, à moitié insupportable par son père, ont rejoint le club très (peu) fermé des amis farceurs de James.
Il semblerait que Gryffondor ne soit peuplé presque que de Weasley, les plus jeunes toujours proches du leader James. Il n'y avait que les aînées de Bill, Victoire et Dominique, qui y avaient échappé. Dominique entrait en sixième année, et était au moins aussi brillante que sa sœur. Elle avait proposé de prendre soin des plus jeunes qui entraient à Poudlard cette année, mais Albus et Rose tenaient à cette tâche : après tout, c'étaient leurs petit frère et petite sœur.
Dans le compartiment, Hugo s'assoit près de Rose. Lily, près d'Albus. Elle est excitée comme une puce. Il est un peu effrayé.
Albus regarde par la fenêtre. Son regard fait le tour du compartiment.
Il manque quelque chose. Quelque chose d'essentiel. De primordial.
« Ça va pas Albus ? Dis, qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Rien Lily, rien, ne t'en fais pas… »
Son regard croise celui de Rose.
Yeux bruns, yeux verts. La même idée, la même crainte, le même sentiment de vide.
Ils se comprennent.
Le train va démarrer. Les cœurs se serrent.
Il manque quelque chose.
Un lourd sentiment d'incomplétude. Un sentiment de vide.
Les roues se mettent en marche.
La pluie continue de battre à la fenêtre.
Le train s'éloigne de la gare.
Les paysages commencent lentement à défiler.
« Je suis désolé ! » La porte s'ouvre en grand fracas. « J'ai failli rater le train et après… » un Scorpius trempé jusqu'aux os, tout essoufflé.
« Et après je me trouvais dans le mauvais wagon, j'ai dû tout traverser. »
Il s'affale sur la banquette, à côté d'une Lily qui ouvre grand ses yeux, une lueur dans son regard, lueur qu'on ne lui avait jamais vue auparavant. Même quand elle parlait de Poudlard.
Sourires de soulagements. Baiser de Rose sur la joue pâle, et humide, et glacée.
Yeux marrons, yeux verts… yeux gris.
Enfin au complet.
