« Hugo Weasley ! »

Un petit rouquin aux airs timides approche du Choixpeau, prudemment, l'air inquiet. Il tremble comme une feuille, il marmonne, et la réponse se fait attendre, le Choixpeau hésite.
Après quelques secondes qui semblaient une éternité, il s'écrie « Gryffondor ! »

Hugo court vers la table où ses cousins, dont la petite Lily, et sa sœur l'attendent. Il trébuche, tombe, la tête juste aux pieds de Lily. La Grande Salle éclate de rire.
« Hugo, roi de la discrétion et de l'adresse ! » lance Rose, moqueuse. Mais elle l'aide quand même à se lever, et le présente aux rares élèves de Gryffondor qui ne font pas partie de la famille.
« C'est mon petit frère ! ». Elle ne dit pas cela avec la pointe d'excuse qu'elle glisse toujours d'habitude, mais cette fois avec même un peu de fierté. C'était étonnant. C'était agréable, de ne plus être une honte pour elle. Juste par un mot crié par un chapeau.
Il avait bien fait de demander, de sa petite voix craintive, inaudible « Gryffondor, s'il vous plait… » Le Choixpeau n'avait pas vraiment été d'accord. Mais il était hors de question qu'il soit le seul Weasley à ne pas rejoindre la maison à tête de lion.

James ébouriffait les cheveux de Lily. Elle détestait ça, mais puisqu'elle était si heureuse d'être là, même cela lui semblait la chose la plus agréable du monde.
Albus riait. Toute sa famille réunie ici. Son regard fait le tour de l'immense table. Dominique, tout au bout, avec son insigne de préfète, qui se retourne régulièrement pour parler à un garçon de Serdaigle. Louis, Lucy, James, dans une bataille de jus de citrouille qu'ils essaient en vain de faire la plus discrète possible. Rose qui raconte l'histoire de Poudlard à Hugo. Lily qui arbore un sourire béat, et est aussi attentive au cours donné par sa cousine. Lui, Albus, qui se sent empli d'une grande félicitée, à voir tout ce petit monde réuni dans ce lieu. Et puis… Scorpius.
Il mange, peu, très peu. C'est même une excuse pour regarder son assiette plutôt que le monde. Il est si pâle… cadavérique.
Il avait menti dans sa lettre. Il n'allait pas bien.

Dans la salle commune de Gryffondor, alors qu'Albus s'apprêtait à rejoindre son dortoir, Rose la saisi par le bras. « Parle-lui. Ca ne va vraiment pas. Je m'inquiète pour lui ».
Elle l'avait remarqué. Rose était géniale pour cela : elle pouvait s'occuper de deux enfants turbulents en leur récitant par cœur un des plus gros bouquins de la bibliothèque, servir à table tous ceux qui l'entouraient, recoiffer Hugo, complimenter Lily, demander à James et sa bande de se taire… Mais jamais ces mille occupations ne la distrayaient de ce qui l'intéressait vraiment : comment allait ses amis.
Dans ses mots, c'était presque une supplication. Ses yeux étaient brillants. Elle était si inquiète…
« Albus, tu me promets ? ». Il promit. Il fit une bise à sa cousine, profitant de l'odeur de mandarine que dégageaient ses cheveux roux.

« Bonne nuit, Rose. » « Bonne nuit. N'oublie pas. Bonne nuit. »

Dans le dortoir, Scorpius était déjà en pyjama, un de ces beaux pyjamas de satin gris, extrêmement doux et fluide, qui font se sentir comme dans l'eau chaude et paisible d'un lac en plein mois d'août. Enfin… un vrai mois d'août, pas celui qu'ils venaient de passer, avec la menace constante des Détraqueurs. Il était assis, un grand carnet noir sur les genoux, une plume à la main, tentant de faire le tri dans ses souvenirs, et ceux de son grand-père.

« Scorpius… ça va ? »
Le blondinet tordit ses lèvres en sourire qui semblait atrocement faux. « Oui, bien sûr. »

Que répondre à cela ? « Non, c'est faux. »
Ce serait ridicule. Albus se sentit idiot. Impuissant. Incapable d'aider son ami en quoi que ce soit. Il se coucha, maussade. La culpabilité l'envahit, sans qu'il ne puisse s'en défendre.
Il ne savait pas quoi faire.
Rose l'aurait su. Qu'aurait fait Rose, à sa place ?

Il était minuit. Impossible de dormir. Il se sentait coupable.
Il entendit des sanglots, venant du lit d'à côté. Scorpius…
Il ouvrit le baldaquin. Scorpius pleurait à chaudes larmes. Son teint avait, sous cette lumière, un aspect légèrement verdâtre.
Qu'aurait fait Rose à sa place ? Elle lui aurait surement caressé les cheveux d'un geste maternel.
Albus posa la main sur le front de son ami, instinctivement. Il la retira tout de suite : il était brulant.
« Tu es fiévreux… Tu e veux pas aller à l'infirmerie. »
Scorpius secoua la tête. Il tentait de clamer ses sanglots. Il tenta d'essuyer ses larmes. Il avait honte.

Albus s'assit à côté de lui. Il lui restait une brique de jus de citrouille du voyage, qu'il lui tendit.
Ils étaient assis, là, silencieux.

« Tu sais… Il parait que les Détraqueurs ont été aidés. » Une gorgée.
« Je sais. » répond Albus.
« Par des sorciers. » Autre gorgée.
« Je sais. » Répond Albus.
« Et donc, tu sais, naturellement, les soupçons se tournent vers les anciens Mangemorts… ». Nouvelle gorgée. « Ceux qui ne sont pas à Azkaban, bien sûr. »
« Je sais. »
« Et… tu sais, mon père était Mangemort. » Nouvelle gorgée.
« Je sais »
«Ils vont l'interroger, bientôt. »

Silence. Scorpius vide la brique de jus de citrouille. Des larmes naissent de nouveau aux coins de ses yeux.
« J'ai peur… ». Sa voix se brise.
« Je sais. »

Scorpius se remet à pleurer. Albus le serre dans ses bras.
Scorpius, Albus. Ils ont le même âge, et pourtant le jeune Potter a l'impression que c'est un enfant, un enfant sans enfance, qui pleure contre son épaule. Et lui se sent vieux, très vieux…
Il se sent adulte.
C'est surement ce que Rose ressent tous les jours, finalement.

« On est là, Scorpius. Rose et moi, on sera toujours là… »