Ron jeta un bref coup d'œil au petit réveil posé dans un coin de son box. Il était quinze heures. Voilà six heures qu'il étudiait des cas de Mangemorts suspects, six heures vaines à retracer les biographies de morts ou de fous. Il commençait à fatiguer, il pouvait surement s'accorder une petite pause.
Il quitta le Bureau des Aurors, rejoignit l'ascenseur, se rendit dans l'Atrium.
En passant devant la Fontaine de la fraternité magique, il bouscula une femme. Une petite femme fragile et maigrichonne qui manqua de s'affaler par terre comme une poupée de chiffon.

« Excusez-moi, est-ce que tout va… Astoria ? »
Difficile de reconnaître le petit visage mutin et souriant qui offrait du gâteau au chocolat cet été : elle avait encore maigri, dangereusement, et avait les traits terriblement fatigués. Son apparence était surprenante. Elle portait une simple robe noire, sans aucune fantaisie, et des bottines de cuir ordinaires. Elle n'était pas maquillée, de larges ombres bleutées sous ses yeux, le teint grisâtre.
« Oh, bonjour monsieur Weasley. » fit elle en baissant les yeux.
Elle allait partir, il la retint par le bras. « Moi, c'est Ron. Que faisiez-vous ici, vous étiez venue voir votre mari ? »
« Non… Ils ne veulent pas que je le vois, avant qu'il ait avoué. Mais avouer quoi, par Merlin ! Il n'a rien fait, rien fait du tout… » Son nez remuait frénétiquement. Puis, se rappelant de la question initiale « En fait, je travaille au Ministère. Enfin… travaillais. Aurevoir monsieur Weasley. »
Il se posta devant elle. « Moi, c'est Ron. Je vous offre un café ? Je crois que nous en avons tous les deux besoins. »
Elle accepta l'offre avec un petit mouvement de nez, plus comme une obligation qu'avec un réel plaisir.

Devant sa tasse, elle restait silencieuse, les yeux baissés. Ron se sentait terriblement mal à l'aise. Il voulait simplement être agréable…
« Vos ne parlez pas beaucoup. »
« Je ne veux rien dire que vous puissiez mettre dans vos fichiers. Ca fait des jours que Draco se fait interroger, des jours que je ne peux pas le voir. A cause de vous… Du Ministère, des Aurors… Je… C'est à cause de tout ça que j'ai été renvoyée. J'ai eu du mal à trouver cet emploi, parce que j'étais femme de Mangemort. Pitié ! Et maintenant ça recommence… » Elle regardait le sucre fondre au fond de sa tasse. « Nous ne serons donc jamais tranquilles… »

Ron se sentait horriblement gêné. Il baissa les yeux.
Astoria leva les siens. « Je… je suis désolée. Je sais bien que ce n'est pas de vôtre faute. » Elle s'en voulait de cette violence. Ce n'était pas elle. Et puis… leurs enfants étaient amis. Ron ne devait surement pas avoir voulu tout ça. Il ne pouvait être que quelqu'un de bien. C'était lui qui l'avait rassurée, quand elle croyait son mari et son fils morts, ou pire… sans âmes, cet été.
Son visage s'adoucissait. « Vous avez été très gentil, lors de la Coupe du Monde, lors de l'attaque… »
« Je suis désolé, Astoria. Si je peux faire quoi que ce soit, je… »
« Ca ira, merci. Je ne peux pas vous empêcher de faire votre travail, et, après tout… ce n'est pas vous qui m'avez privée du mien. »

Elle semblait y tenir, à ce boulot. Cela surprenait Ron. Elle n'avait rien des Malfoy qui vivent d'un immense héritage et de magouilles, dans un luxe outrageux. Il l'avait cru, pourtant, en voyant l'immense tente richement décorée, en voyant ses robes de soie fine et ses bagues en or pur et diamants énormes. Mais elle aimait travailler. Elle aimait ce qui lui permettait d'oublier quelques instants que son mari était en passe d'être jugé pour trahison, et son fils le plus malheureux du monde. Peu importe en quoi ce qu'elle faisait consistait, elle était tout sauf une nouvelle riche, elle aimait vraiment travailler. Elle n'était pas vraiment une Malfoy, au fond. Ou alors les temps changent, tout simplement.
C'était difficilement concevable pour Ron, que les temps changent à ce point. C'était lui qui avait dit à Rose de toujours battre Scorpius à l'école, de ne jamais se rapprocher de lui. Il avait eu tort. Les temps changent, immanquablement.
Mais le malheur est toujours présent, toujours vif. Il y a bien une chose contre laquelle il est inutile de lutter, c'est le destin qui s'obstine à s'acharner.
II avait choisi comme cible les Malfoy, et refusait de les lâcher. Ron éprouva à l'instant une immense tendresse pour la femme en face de lui. Non pas une attirance, comme l'aurait cru Hermione, mais de la compassion.

« Dans quoi travailliez-vous ? »
« J'étais ingénieur, au niveau six. Au début, de travaillais uniquement à la réparation et la conception de réseaux de cheminées, mais comme j'ai aussi des compétences en droit et en administration –parce que, vous savez, j'ai mis du temps à trouver du travail, donc en attendant j'étudiais-, j'étais la seconde administratrice en transports magiques. J'aurais même pu devenir ministre des transports, en février o m'avait dit qu'on appuierait peut-être ma candidature auprès de Monsieur Shacklebolt. Finalement il n'aura jamais aucune idée de qui peut bien être Astoria Malfoy… »
« Ne dites pas ça… » Il posa la main sur son épaule. Qu'elle était anguleuse. Quelle était maigre.
Elle sourit, pourtant.
« Merci monsieur Weasley, vous êtes vraiment… »
« Moi, c'est Ron. Que je ne vous le redise pas encore une fois, d'accord ? »
Elle eut un petit rire.
« Et moi, c'est tu, d'accord ? »
« Vu comme nos enfants s'apprécient, nous serons bien obligés de nous côtoyer un peu plus dans les années à venir. V… tu as raison, Astoria. »

Ses yeux bleus océans brillaient un peu plus. Une petite fossette se creusait dans sa joue.
Ron se promis de glisser un mot à Kinglsey. Oh, juste comme ça…