Il était 18 heures, et Harry avait enfin terminé ses recherches au bureau. Il traversa alors, comme d'habitude, le département de la Justice magique, le plus lentement possible, car il n'avait pas envie de rentrer chez lui. Plus il pouvait perdre de temps avant de retrouver une Ginny maussade et une maison trop propre, mieux il se portait.
Il croisa un de ses collègues, qui sortait du bureau des services administratifs du Magenmagot.
« Salut Harry ! » « Salut Pierce ! Il y a du nouveau pour cette affaire de complice ? »
Pierce était un homme grand et corpulent, avec une toute petite tête et le cheveu rare et blond. Il était agréable de discuter avec lui, car il avait toujours des opinions intéressantes et argumentées. Harry l'invitait souvent à boire un verre après le travail, mais cette fois il ne semblait pas prendre de pause. Dommage…
« Oui, ça avance, ça avance, mais difficilement… On a un seul suspect valable, mais de taille ! Un ancien Mangemort. On pense qu'il a ingurgité une forte dose d'antidote toute potion, car le Véritaserum n'a pas d'effet sur lui. Pourtant il avait accepté ! Et en plus, c'est un Occlumens : je ne te raconte pas le bordel pour le faire avouer quoi que ce soit ! Bon, j'y vais, j'ai des dossiers à porter ! »
Un occlumens ? Ne serait-ce pas… ?
Harry aurait voulu poser d'autres questions à Pierce, mais celui-ci avait déjà disparu.
Il fallait se renseigner soi-même.
Il songea deux minutes à Ginny qui l'attendait à la maison, et qui s'inquiétait surement.
Un remord… et puis tant pis.
Il prit l'ascenseur jusqu'au département des Mystères, puis monta quatre à quatre les escaliers conduisant au dixième étage. Il y avait un banc, près de la salle d'audience. Sur ce banc, un homme usé, fatigué, pâle, dans un costume froissé, encadré par deux gardiens d'Azkaban.
Malfoy. Draco Malfoy… Qui d'autre ?
« Excusez-moi, j'aimerais parler à Monsieur Malfoy, seul à seul ». Il ne savait pas trop ce qu'il faisait… Tuer le temps, sans doute. Les gardes hésitaient.
« Je suis Harry Potter ! » C'était la phrase passe-partout, celle qui lui permettait de forcer des coffres, de briser des règles, d'enfreindre des lois, s'il le voulait. Les deux gardes s'éloignèrent, là où ils pouvaient voir sans entendre.
Draco accueillit Harry avec un misérable sourire forcé. Trop poli. Il avait changé, tellement changé…
Harry s'assit à ses côtés. C'était absurde.
« C'est absurde » dit-il.
« Pas vraiment, non. Je suis le seul et unique Mangemort vivant qui ne soit pas… enfin, désormais qui n'était pas à Azkaban. C'est tellement évident, ce ne peut être qu'un Mangemort, n'est-ce pas ? » Il eut un petit rire. Un rire jaune et apathique. Harry remarqua qu'il tenait son avant-bras gauche, qu'il semblait souffrir. Draco surprit son regard.
« Oh, tu vas voir, c'est amusant… » Il découvrit son bras : une Marque des ténèbres, mais rouge sang. « J'ai tout fait, pour la faire disparaitre, cette maudite trace. Mais il fallait prouver que j'avais bien été Mangemort, va savoir pourquoi… Ils ont lancé des sorts de révélations. C'est beau, hein ? Ça fait un mal de chien… »
Que dire ? Que faire ?
Harry se sentait mal à l'aise. Mais aussi épris d'un devoir de justice. Il n'était obligé de rien envers Draco, mais il voulait l'aider.
« Dis-moi, Draco, quelle est cette histoire de Véritaserum ? »
L'homme blond, affaissé, tremblant de fatigue, eut une grimace. Amère.
« Quand j'étais plus petit mes… mes parents avaient peur du poison. Pendant longtemps j'ai pris une sorte d'antidote protecteur, chaque jour. Je pense que c'est dû à cela. C'était Rogue qui le faisait, d'ailleurs. Ils tenaient tant à moi, ils ne voulaient qu'aucun mal ne me soit fait… Ah, c'est tellement ironique ! Je crois que si j'en avais encore la force, je rirais beaucoup. »
Il n'avait plus de force. Il était à bout. C'était un enfant qui ne pouvait pas faire face à tous ses problèmes de grande personne. Il était perdu. Perdu…
« J'ai tout de suite su que c'était toi, quand j'ai appris que le suspect était un Occlumens. Mais… pourquoi ? »
« Pourquoi ? Enfin Pot… Harry ! Je ne vais pas les laisser pénétrer toutes mes pensées ! Je… c'est du viol ! Je préfère mourir ! »
L'orgueil. L'orgueil Malfoyen. Ce n'était plus d'être les plus beaux, les plus riches, les plus purs, les plus puissants. C'était, même au comble de la douleur, ce désir, ce besoin de dignité. De pouvoir garder la tête, un tout petit peu, si ce n'est haute, du moins hors de l'eau.
« C'est idiot, je sais… »
« Non. Je comprends. »
Silence.
« Je m'en veux. Pour Astoria. Pour Scorpius. J'ai peur pour eux. »
« Je sais. Le temps que tu reviennes – car tu reviendras, promis –, on s'en occupera, si tu veux. »
« Merci. »
Silence. C'était de la charité. Cela dégoûtait Draco, mais il n'avait pas le choix. Il aimait trop sa famille pour faire passer son orgueil avant eux. Les Potter, les Weasley… ils allaient les aider. Les protéger.
C'était tout ce qu'il voulait : que Scorpius et Astoria soient protégés.
« Qui te défend, Draco ? »
« Personne. »
Silence.
« Si. Moi. »
Silence.
« Je n'ai pas besoin de ta pitié. »
Silence.
« Ce n'est pas de la pitié. »
Silence. Harry semble chercher quelque chose dans sa serviette de cuir noir vernis.
Une baguette. Trente centimètres, aubépine, crin de licorne.
« Je considère tout ce qui te touche comme une affaire personnelle. »
Un sourire. Une poignée de main.
« Pot… Harry ? »
Il ne lâche pas sa main.
« Oui ? »
« Tu peux écrire à Scorpius ? Dire que je vais bien ? »
Dire ce nom, ce nom d'enfant… sa voix s'était brisée.
« Je lui dirai. » Harry ouvrit ses bras. Le petit garçon terrifié qu'était redevenu Draco en quelques secondes hésita, puis accepta l'accolade, et se mit à pleurer.
Depuis combien de temps faisait-il la navette entre ici et Azkaban, sans la moindre chaleur humaine, sans la moindre affection ? Même la pitié de son ancien ennemi valait mieux que les regards de mépris et de haine.
Quand Harry rentra chez lui, il avait un énorme dossier vert du ministère sous le bras.
Intitulé : affaire Malfoy.
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