La cime des arbres la protégeant de la menace que présentait le ciel orageux, Phyllis Goyle avait décidé après le repas de retourner un peu en forêt avec le demi-géant à barbe blanche qui s'appuyait sur sa canne tordue. Les licornes, sujet d'un des cours précédents, la fascinaient, et monsieur Hagrid acceptait volontiers l'aide de son élève la plus douée pour les nourrir et les soigner.

Il était plein d'a priori négatif, l'an passé, notamment à cause de ce nom qui ne lui évoquait que des mauvais souvenirs, de ces ascendances, et tout simplement de sa maison. Mais Phyllis Goyle n'avait rien à voir avec les Serpentards de sa génération, et même rien à voir avec ceux qu'il avait connus depuis le début de sa carrière d'enseignant. L'étude des soins aux créatures magiques la passionnait. Elle venait souvent prêter main forte à l'ancien garde-chasse, elle dévorait tous les livres concernant les créatures magiques… c'était une vraie passionnée.
Elle était touchante, cette fille trop grande, trop forte, aux petits yeux enfoncés bordés de cils sombres. Elle avait l'air courageuse. Et gentille. Et simple.
Que faisait-elle chez les Serpentards ? C'était tout ce qu'Hagrid se demandait.
Il s'était pris d'affection pour elle. Pas comme il s'entichait de créatures dangereuses, non… Comme d'un enfant. Comme il s'était attaché à Harry, il y avait presque 30 ans. Parfois, il l'invitait à boire du thé, pour parler du nouvel avoine qu'il avait reçu pour les Sombrals – que Phyllis ne voyait pas, à son grand désespoir –, et lui conseiller quelques lectures supplémentaires pour qu'elle s'avance déjà pour ses BUSEs.

Il la regardait caresser le flanc d'une des licornes de ses grandes mains aux ongles peints. Puis se rappela de l'heure « Hm… Phyllis… il est tard. Pense au couvre-feu. »
Le couvre-feu… Avec ce temps, impossible de distinguer le jour de la nuit. Il fallait toujours surveiller l'heure.

Elle s'emmitoufla dans son manteau, les mains enfoncées dans les poches, la capuche voilant son regard. Mais pas son sourire. Ses lèvres violettes (le froid…) dévoilèrent de petites dents blanches bien rangées. Elle lança « Au revoir monsieur Hagrid, à demain ! »
Demain, comme tous les jours.
Et Hagrid regardait cette grande fille s'éloigner, avec tendresse, comme si c'était la sienne.

Phyllis courut vers le château, esquissant des petits pas de danse très maladroits. Travailler un peu plus avec les animaux faisait sa journée. La pluie commençait à tomber quand elle entra dans les bâtiments, et rejoignit la salle commune des Serpentard.
Elle jeta son manteau sur un des fauteuils verts, et s'affaissa dans un autre, sans aucune grâce. A quoi bon ?
Tout était silencieux, paisible. Phyllis profitait de ce moment de calme, de paix. De félicité.

Jusqu'à ce qu'il vienne tout gâcher. Une voix rauque, qui ressemblait à un grognement.
« Alors Phyphy, on est allée voir son petit copain encore ce soir ? »
Phelonius. Phelonius Goyle. Une sorte de gorille court sur pattes, avec le visage aplati, comme s'il s'était cogné contre un mur. Un peu idiot, les oreilles décollées. Un fin de race de la pire espèce, jugeait sa petite sœur, oubliant un instant qu'elle partageait une bonne part de son ADN.
L'ignorer. Oui, il fallait l'ignorer, et peut-être qu'il lâcherait l'affaire.
« Qu'est-ce que tu fais avec ce monstre ? Ce gros balourd, cet hybride répugnant… qu'est-ce que tu fais, hein ? » Il beuglait comme un bœuf.
Elle gardait les yeux baissés. Ne pas répondre à ses conneries, ne pas répondre à ses conneries…
« Ce n'est pas un monstre… ». Ça lui avait échappé. C'était plus fort qu'elle. Ça lui avait échappé.
« Quoi ? » rugit-il. « Quoi ? »
« Ce… ce n'est pas un monstre. ». Elle avait répété. Elle était fichue.
« Bien sûr que c'est un monstre ! » Il la saisit par les cheveux, la jeta sur le sol.
Elle restait silencieuse. Ne pas montrer le moindre signe de faiblesse. « Traîtresse à ton sang ! » Il la gifla. « Sympathiser avec ce… cet hybride… » il la roua de coups de pieds.
Quand enfin des larmes jaillirent des petits yeux enfoncés, il arrêta, satisfait.
« Fais pas la comédie, Phyphy, personne n'est là pour regarder. »

Et il repartait se coucher.
Les bons soirs, quelqu'un venait l'aider à se relever, et elle essuyait ses larmes de rage.
Elle se sentait humiliée.
Ce n'était pas la première fois. Peut-être pas la dernière.

Mais dans un an… oui, dans un an, elle serait libre.
Il allait quitter l'école.
Pitié, que son frère quitte l'école…