Voila le chapitre 5 ! Vous l'avez attendu non ?
Le corps et l'âme, le cœur et la raison.
Il se tenait en face d'elle. La dominant de tout son être. De toute sa force. Ses yeux qui d'habitude étaient rouges, avaient viré au noir à présent et son corps, secoué de spasmes violents était pourtant raide comme un poteau. Toute la maison vibrait de la magie qui se dégageait de lui et si Levy avait pu rétrécir, elle l'aurait fait avec plaisir. Toute rouge de surprise et recroquevillée sur elle-même, elle ne pouvait articuler un son. C'est à peine si elle osait regarder dans sa direction. Il se rapprocha soudain et elle se fit encore plus petite qu'elle ne l'était, reculant légèrement en gémissant doucement, se préparant à encaisser un coup. Cependant il saisit juste son manteau qu'elle avait ramené puis posé sur le lit et sortit à grands pas en claquant la porte tellement fort que les murs grincèrent. Puis le silence. Un silence tellement pesant que la pluie au dehors résonnait comme si chaque goutte était une bombe.
Levy n'osait même plus réfléchir de peur qu'on l'entende. Elle était toujours sur le lit et tremblait horriblement. Oui, là elle avait eu peur. Elle avait bien senti qu'il s'était retenu de la frapper, cependant son regard n'avait pas menti, il était dans une colère noire. Et comme pour illustrer ses propos, dehors, un craquement horrible se fit entendre suivi d'un mini-séisme et du bruit d'une maison qui s'écroule. Se rapprochant doucement de la fenêtre elle vit un nuage se dissiper pour laisser apparaitre les vestiges d'une habitation, complètement détruite maintenant. Elle était choquée aussi, un peu. Comment avait-elle pu affecter quelqu'un à ce point en l'embrassant seulement? Et pourquoi l'avait-elle embrassé d'ailleurs? Etait-elle tombée amoureuse de lui? Elle n'était encore jamais sortie avec un garçon mais vu la réaction de Gajil, c'était un râteau. Et même, elle ne comprenait pas pourquoi elle avait fait ça. Ca avait été instinctif, sur le coup, elle en avait eu envie.
Des coups sourds la firent tressaillir à nouveau, suivis d'un second craquement. Il n'allait tout de même pas détruire toutes les maisons, si? Elle se sentait coupable maintenant. Coupable de l'avoir énervé. Coupable de l'état dans lequel il se trouvait même si elle ne comprenait pas pourquoi il agissait comme ça. Une telle réaction la désarçonnait: elle était beaucoup trop violente, excessive. D'habitude, Gajil cachait ses sentiments mais là, c'était le contraire. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues, mais décidée, elle sortit pour aller le chercher. Lui parler. S'excuser. Si déjà il voulait bien de ses excuses.
Gajil n'avait tout d'abord pas saisi ce qu'il s'était passé. Puis lorsqu'il avait réalisé que Levy l'avait embrassé, une tempête sans précédent l'avait balayé. Il était sorti, sentant une rage et une culpabilité incontrôlable monter en lui, et il avait bien fait car à peine dehors, il s'était jeté sur la première chose qu'il avait vue pour faire sortir tous ces sentiments qui lui crevaient le cœur et la scène qui repassait en boucle dans sa tête et qui le rendait fou. Il s'était brisé les poings sur une maison qui avait cédé trop facilement à son gout puis s'était jeté tête la première sur une autre qui s'était écroulée tout aussi facilement. Il ne savait plus ou il était, qui il était, il voyait rouge et noir et ne pensait qu'à apaiser sa douleur mentale par une douleur physique. Alors il s'élança vers une troisième maison en hurlant, mais il était tellement faible à cause de sa blessure et du reste qu'il ne réussit même pas à ébranler celle là. Mais il s'en fichait, frapper était la seule chose dans ce bas monde qui pouvait encore espérer le calmer, il continuerai jusqu'à ce que sa fasse effet.
Jusqu'à ce qu'il ne puisse plus penser à rien.
Ne plus penser à ce qu'il s'était passé.
Ne plus penser à ce qu'il ressentait.
Ne plus penser à elle.
Ne plus penser à lui.
Ne plus penser à son passé.
Peu importe que ses poings et sa tête soient en sang. Peu importe si sa blessure s'était rouverte. Il s'était juré de ne plus jamais rien ressentir qui avoisinait l'amitié et encore moins l'amour, il avait vécu assez d'épreuves douloureuses. Il ne voulait plus être faible. Son passé et maintenant son présent, tout n'était que douleur. Rejeté par ceux qu'il aime, pouvait-il encore aimer alors qu'il avait tout donné, sans retour? Et puis, pourquoi avait-elle fait ça ? Après tout ce qu'il lui avait fait, comment pouvait-elle faire ça ? Il s'en voulait, il se haïssait.
Non, il ne serait pas blessé à nouveau. C'est ce qu'il s'était juré.
Pourtant, il ne sentait toujours aucune douleur, cela ne lui faisait plus ni chaud, ni froid, et le visage souriant de Levy revenait en boucle le faisant se maudire encore plus lorsqu'il repensait à ce qu'il lui avait fait, à ce qu'il était en train de lui faire. Si elle était tombée amoureuse de lui, c'était de sa faute, même s'il n'avait jamais envisagé que ça arrive. De quel droit se permettait-il de la crucifier à un arbre par simple désir de se battre contre Fairy Tail, puis de la séduire ainsi ? Comment pouvait-il lui faire ça après avoir failli la tuer ? Qu'espérait-il? Il l'avait blessée, pourquoi ne lui en voulait-elle pas ? Bien sûr, il regrettait ce qu'il avait fait, et il était heureux qu'elle lui ai pardonné même si lui s'en voulait toujours et que ça ne changerait pas. Toutes ces questions le rendaient fou. Pourtant il aurait adoré pouvoir lui rendre son amour, mais il n'était plus rien. Vidé de tout sentiment d'attachement, que pouvait-il offrir d'autre si ce n'est de la haine? Ou de la colère? Ou du mépris? Et qui en voudrait? Il n'avait jamais connu l'amour, mais en savait long sur la matière: la magie du sentiment dure un moment puis disparait. Et après? Tout n'est que rejet et douleur. Il ne voulait plus revivre ça.
Levy courait, la pluie se mêlant à ses larmes de culpabilité. Elle entendait Gajil hurler et cela lui poignardait le cœur. Si seulement elle n'avait pas dérapé, ils n'en seraient pas là! Elle tourna au coin d'une rue pour finalement le retrouver en train de se balancer de toutes ses forces contre un mur qui ne cédait pas. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, c'était terrifiant. Ouvert de partout, il faisait vraiment pitié à voir, il fallait le reconnaître. Alors qu'il allait s'élancer à nouveau, elle lui attrapa les bras et se plaça derrière lui pour l'arrêter même s'il réussit à la trainer sur plusieurs mètres, avant de tomber à genoux, complètement à bout de souffle, tremblant et ensanglanté.
– Gajil, s'il te plait arrête ça, calme toi, ça ne sert à rien ce que tu fais.
Levy lui parlait doucement, ne voulant pas de nouveau envenimer les choses.
– Si, ça sert. Lui répondit Gajil entre deux grognements, d'une voix rauque de fatigue et parce qu'il s'était écorché les cordes vocales en hurlant comme un fou.
– Tu sais… Je suis désolée, je me suis laissé emporter. Je comprendrais que tu m'en veuilles… Mais… S'il te plait… Ne te met pas dans un état pareil. Je te demande pardon Gajil. La tête contre son dos, Levy éclata en sanglots à son tour.
– Ce n'est pas à toi que j'en veux Levy. C'est à moi. Tu n'as pas à être désolée…
- Pourquoi tu t'en veux?
– je ne peux pas… je ne veux pas le dire. Je ne veux pas en parler.
- Tu te sentirais mieux après, tu sais… On est des être vivants, on ne peut pas tout garder pour soi pendant très longtemps, il faut ouvrir son cœur, apprendre à faire confiance à quelqu'un d'autre qu'à soi-même.
– Et à qui veux-tu que je fasse confiance? Je n'ai personne! Hurla soudain Gajil en serrant les poings, ses larmes redoublant d'intensité.
- Tu m'as moi. Levy sourit timidement, les joues encore criblées de larmes.
Le Dragon Slayer ne trouva rien à répondre à cela, il baissa la tête et gémit de plus belle.
– Allez, viens, on rentre… Avant que tes cheveux ne bouclent un peu plus, plaisanta la jeune fille en regardant la coupe de cheveux du mage d'acier qui, au lieu d'être constituée de pointes, l'était maintenant de petites bouclettes qui partaient dans tout les sens.
– Ah zut. Gémit-t-il, tandis que Levy passait un bras par-dessus sa taille pour l'aider à se lever.
Puis lentement mais sûrement ils se dirigèrent de nouveau vers la maison, bras dessus-bras dessous, si on pouvait appeler cela comme ça. Parce que Gajil était plus appuyé sur Levy qu'autre chose.
A suivre…
