Un hibou.
Encore une lettre de Phyllis, qu'elle jeta directement dans la cheminée.
Une lettre de Phelonius, qu'elle lut attentivement.
Quelques convocations par le Ministère pour venir témoigner à propos du drame de cet été.
La Gazette du sorcier. Draco en couverture, les traits fatigués, le regard sombre. Il a l'air détruit.
Pansy soupira. Il était toujours aussi beau.
Gregory entra dans le salon, elle jeta le journal dans le feu.

Il l'avait vue.
« C'est idiot, n'est-ce pas ? » fit-il en caressant son bouc, en passant une main grasse sur la taille de sa femme. Elle hocha la tête. Les yeux baissés.
« Enfin, il le mérite… »
Elle hocha encore une fois la tête. C'était faux, tellement faux… Comment osait-il ? Draco l'avait aidé à échapper au Feudeymon de Crabbe, il y avait bien vingt ans de cela. Comment avait-il pu oublier ? Comment pouvait-il manquer à ce point de compassion ?

« Le repas est prêt ?... Pansy ! J'ai faim ! »
« Oui oui. Oui oui oui… »
Avant les réformes pour la condition des créatures magiques, ils avaient eu un elfe de maison. Gregory Goyle avait refusé de le payer après sa libération. Il était parti travailler à Poudlard.
Personne ne savait ce qu'il était devenu, à part Phyllis : elle l'avait croisé, un jour où elle allait chercher en cuisine de quoi nourrir un Niffleur. Il était heureux de la revoir. Il était heureux là-bas.
Désormais, c'était Pansy qui cuisinait, qui nettoyait tout de fond en comble, qui repassait les robes de Gregory avant qu'il ne parte travailler – en fait, il ne faisait que revendre les maigres biens hérités de leurs deux familles.

Ils étaient pauvres. Les Malfoy étaient riches. Ils se haïssaient. Les Malfoy s'aimaient.
Pansy souffrait. Gregory était heureux de les voir souffrir.

Il bâfrait. S'empiffrait de ce que Pansy avait soigneusement préparé.
« Ch'est de plujenplu déguelache che que tu fais ! »
C'était un rustre. Draco était toujours élégant et soigné.

Pansy trouvait sa vie trop petite, étriquée. Elle avait tout perdu.
Parfois, elle se demandait pourquoi elle se contentait de cette vie.
Quand avait-elle renoncé au bonheur ?
Pire, quand avait-elle renoncé à une vie correcte, agréable, confortable ?
Pourquoi lui ?
Tout ce qu'ils partageaient, c'était leur haine des autres. Pas seulement des Moldus, ou des sang-de-bourbes, ou des grands vainqueurs : de tous. De tout le monde. Tous les autres.
Tous ces autres qui avaient une vie bien plus enviable que la leur. Ils s'en moquaient allègrement, ils les critiquaient de tout leur soûl… C'était ce qui les unissait. Pansy et Gregory Goyle.
Ils n'avaient que la haine en commun.

Repas débarrassé, par Pansy, toujours, ils montèrent dans la chambre à coucher. Petite, sombre.
Il l'embrassa, timidement. Oh non, pitié, pas encore… pensa-t-elle. Mais elle se déshabilla quand même.
Elle sentait ce gros corps hideux peser sur le sien. La sueur, les râles graves.
Tout ça la dégoutait.
Elle sentait les gros doigts boudinés de son mari glisser dans ses cheveux.

Elle ferma les yeux sur ce visage hésitant entre le gorille et le porc. Elle cherchait à retrouver ce qu'elle avait perdu. Elle revoyait des mèches blondes un peu folles, presque blanches, des yeux gris au regard intense et froid, des épaules larges et pourtant délicates, des os un peu trop saillants, une peau douce et délicate, un teint d'albâtre…
Tout n'était que lumière dans ses yeux fermés. Elle oubliait les va-et-vient mécaniques et violents. Elle oubliait les gémissements rauques.
Elle oubliait qu'elle n'était plus rien.
Des larmes de plaisir lui glissaient sur les joues…

« Salope ! »
Une claque. Inattendue. D'une violence inouïe. Elle faillit tomber du lit.
« Qu'est-ce que… ? »
« Tu penses à lui ! » rugit Gregory, l'air mauvais, son corps nu et imposant se dressant devant elle.
« Encore, après tout ce temps ? Tu penses à lui ! »
Elle était vexée comme un pou. Lui, ce benêt, cet être ridicule et méprisable, ce moins que rien, la frapper elle, Pansy Parkinson ? Jamais elle ne se ferait à ces humiliations, quoiqu'elles devinssent récurrentes.
« Toujours… A chaque fois. » siffla-t-elle, provocatrice.
La provocation de trop.
Il lava l'offense de la seule façon qu'il pouvait, qu'il savait.

Elle ne put plus sentir son corps sous les coups de poing.
Elle ne chercha même pas à se défendre.
Elle occulta la douleur et, comme dans chaque mauvais moment à passer, elle ferma les yeux, et rejoignit Draco.