C'était le premier Noël, depuis plus de dix ans, où la famille n'était pas au complet au Terrier.
Charlie était resté s'occuper d'une dragonne qui allait accoucher d'un moment à l'autre, mais on était habitué à ses absences.
Bill, Fleur, Dominique et Louis réveillonnaient au 12 Square Grimmaurd avec Victoire, Ted et Andromeda.
Ron, Hermione et Hugo avait promis que cette fois-ci ils réveillonneraient chez les Granger, mais avaient laissé une carte de vœux et des cadeaux.
James chez les Thomas et Albus et Lily à Poudlard, Harry avait choisi de prendre une garde le 24 décembre, Ginny étant donc la seule Potter présente, et elle aidait sa mère à tricoter de nouveaux pulls de Noël.
Angelina et Audrey mettaient la table, tout en regardant, attendries, Lucy jouer à la professeure d'enchantement – son jeu préféré – avec Molly, Fred et Roxanne. Les enfants s'amusaient comme des fous. Lucy, quoiqu'un peu insupportable, un peu imbue d'elle-même par moment… avait l'humour tant apprécié de son père.

Humour ? Percy Weasley ?
Oui, Percy était drôle. Il était devenu drôle. Par devoir.
Parce qu'il n'y avait plus de Gred et Forge. Et qu'il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était de sa faute.

C'était il y avait vingt ans, un soir de Noël, Ron déballait son cadeau. Un hideux béret de laine mélangée rose et turquoise, offert par Bill qui revenait de France. Fleur lui avait interdit d'acheter ce béret, lui avait interdit de l'offrir. « C'est affrrreux Bill, pauvrrre Ronald ! ».
Quand Ron avait déballé, il y eut un silence. George ne disait rien. Il aurait dû faire une blague, une remarque, un commentaire sarcastique. Mais il ne disait rien. Alors Percy s'était dévoué.
Une remarque même pas drôle, du genre « Mais Ron, ce sont tes couleurs ! Tu seras tellement mignonne ! ». Personne n'avait ri, sur le coup. C'était trop surprenant.
Mais après le repas, George était là et lui avait dit « Merci ».
Alors, Percy avait serré son petit frère dans ses bras, et plutôt que de sécher ses larmes, il y avait joint les siennes.

Et c'était ainsi que Percy s'était entraîné à l'humour. C'était lui qui était devenu l'oncle drôle et pince-sans-rire qui animait les réunions de famille. Il se devait d'être drôle pour trois : pour lui, pour Fred, et pour George.
Ça sonnait faux. Plutôt faux.
Ce n'était pas lui. Percy Weasley n'était pas drôle.
Percy Weasley n'aimait pas l'humour. Ou pas vraiment.
Mais c'était son devoir, son devoir de grand frère.

Il se sentait coupable, tellement coupable…
C'était de sa faute. Il avait si honte. Tout était de sa faute. Il aurait dû… se rebeller contre le ministre… il aurait dû… faire n'importe quoi. N'importe quoi ! Tout sauf Fred mort ! Tout sauf Fred et George, morts !
Il avait l'impression de les avoir tués. Tous les deux.
George était mort, lui aussi. Il ne riait plus. Ne faisait plus de blagues.

Sur les photos posées sur la cheminée, il ne souriait pas. Il semblait toujours regarder à côté de lui, comme s'il espérait que Fred apparaîtrait, pour faire une grimace avec lui.

La dernière photographie de leur anniversaire, de leurs vingt ans, était là, sur un mur.
Percy la regardait, pensif. Il voyait les montures de ses lunettes se refléter sur le verre protégeant la photographie. Le contour de ses verres faisait encerclait les deux têtes des jumeaux.
« Oh mon petit frère… »
C'était un murmure. À peine audible. Mais George était là, à côté de lui.
Il avait entendu.
« Je suis là… »

Leurs yeux bruns se rencontrèrent. Même tâches de rousseur, même calvitie précoce sur cheveux roux, même ride qui barre le front.
« Et merci d'être là, toi aussi. »

C'était la plus belle déclaration qu'on lui ait jamais faite.

Malgré la culpabilité dévorante, George était celui qui faisait sentir Percy à sa place, dans cette famille qu'il avait autrefois trahie.

Son petit frère…