10 h. Albus vent de se lever.
Près du sapin, dans la salle commune des Gryffondors, de beaux, gros paquets enrubannés d'or.
Lily trépignait. Rose lui avait enjoint d'attendre que les garçons se réveillent, elle qui était debout depuis plus de deux heures.

« Ah, tu es enfin là, espèce de marmotte ! On peut ouvrir les cadeaux maintenant ? »
« Non Lily » fit Rose « On doit encore attendre Scorpius. »

« Je suis là… ». Une petite voix mal réveillée, du haut de l'escalier.
Cheveux en bataille, pyjama de satin gris bien trop large – il avait tant maigri ! – et froissé, encore tout engourdi de sommeil.

A peine l'avait-t-elle vu que Lily courut lui faire un baiser.
« Joyeux Noël, Scorpius ! »
Et puis elle vit le sourire entendu de Albus, et dut cacher dans ses cheveux un visage tout aussi rouge.

Il y avait une grande théière pleine de chocolat chaud, et des tasses, sur l'une des tables basses. Le tout emprunté en cuisine par Lily, pour s'occuper : elle tenait vraiment de James.
Il lui avait suffit d'adresser un petit sourire aimable aux elfes de maison, qui s'étaient tous précipité pour préparer un chocolat divin, avec marshmallows et miel comme seule Molly savait en faire – non, pas leur petite cousine, mais Mommie.
Pour ça, elle tenait de sa mère. Tout obtenir avec un battement de cils, avec un sourire en coin, avec une main passée dans les cheveux…
Et elle se jurait, en regardant le sage garçon blond qui trempait sans appétit un cookie dans sa tasse, qu'elle obtiendrait vraiment tout ce qu'elle voulait.

Il y avait un balai pour Albus – le même que James et que leur père, un Eclair de Feu. Albus n'avait pas osé dire à son père que, même s'il se débrouillait bien sur un balai, il n'avait pas spécialement envie d'intégrer l'équipe de Gryffondor, contrairement à son grand frère. Il n'avait définitivement pas l'esprit de compétition. Ce très beau cadeau le mettait mal à l'aise : cela signifiait, en somme, qu'il allait devoir tenter les présélections l'an prochain…

Il y avait des livres pour Rose. Des tonnes et des tonnes de livres. D'excellents livres d'histoire de la magie, des bandes dessinées (son péché mignon, rare chose qu'elle partageait avec son père). Elle recevait toujours ce genre de choses. Elle n'osait pas dire que, parfois, elle aurait bien aimé un cadeau un peu moins sage. Plus de poupées quand elle était petite, peut-être un balai elle aussi. Oh, pas un puissant, juste un petit balai, pour qu'elle s'entraîne, plutôt que de garder son nez dans les bouquins.

Il y avait pour Lily des disques. C'est-à-dire ce qu'elle avait demandé… oui mais. Pas ceux qu'elle voulait. Elle en avait assez de chiper les disques des Bizarr' Sisters ou des MagicDeadalives à Albus, ou de se coller contre la porte de James quand il écoutait la RITM. Et là, quoi ? Céléstina Moldubec, Christiano Pamalloti… Et elle savait que si elle faisait remarquer à ses parents que ça ne lui plaisait pas, ils lui diraient « mais pourtant tu les adorais, quand tu étais petite… ». Oui, quand elle était petite. Comment leur faire comprendre qu'elle ne l'était plus, petite ?
Elle rougit en croisant le regard de Scorpius, cacha rapidement ses cadeaux. Pitié, qu'il n'ait pas vu, pitié, qu'il n'ait pas vu…

Des pulls qui grattent. Rose portait déjà un violet avec un grand R argenté, Albus un rouge avec un A d'or. Lily venait de déchirer le papier de soie pourpre pour dévoiler le sien : rose, avec un L jaune.
Scorpius les regardait, amusé.

« Il y en a un pour toi, Scorpius. »
Yeux gris écarquillés sur des cernes violets.
« Pour… moi ? »

Vert émeraude. Un S argent.

« Mommie t'aime bien, tu sais… »

Scorpius se regarde dans la glace, à côté d'Albus. S d'argent sur fond vert.
Il aurait aimé d'autres couleurs. Celles-ci l'excluaient un peu, non ?
Mais pourtant, mais pourtant… Cette laine qui gratte, ces sourires, cette attention…

Exclu pour toujours, et pourtant inclus dans cette famille qui lui ouvrait grand les bras, réconfortante, quand sa vraie famille n'était pas là.