Il n'avait pas pu le lui dire pendant les fêtes. Hermione et lui étaient chez les Granger. Il les avait croisés à King's Cross, pour saluer James avant qu'il ne parte, quand même, mais n'avait pas pu le lui dire non plus. Il était trop occupé avec les valises d'Hugo. Et puis… trop de monde.
Comment le lui dire ?
Harry appréhendait ce moment. Appréhendait sa réaction.
Comment le lui dire ?
Il entra sans frapper chez les Weasley. S'il y avait quelqu'un, la porte était toujours ouverte. Une petite habitude de son meilleur ami, n'en déplaise à la trop prudente Hermione, qui aimait recevoir des visites surprises. Ils fermaient uniquement le soir, et certains jours où il faisait trop mauvais. Mais aujourd'hui, les Détraqueurs semblaient s'être éloignés. Il y avait même un peu de soleil faisant mine de poindre.
« Ah, tu tombes bien Harry ! »
Il était là. Comme s'il l'attendait.
« Ron il faut… » commença-t-il, mais son meilleur ami continua.
« …que je te dise… »
« …quelque chose. »
Ah.
« Moi d'abord. »
« Non, moi. »
Ils se regardaient dans les yeux. Semblaient aussi gênés l'un que l'autre.
« Je vais m'occuper de l'affaire Malfoy. »
C'était lâché. D'une traite. Sans respirer.
Hermione, dans la cuisine, avait lâché une assiette.
Ron et Harry l'avaient dit en même temps. Même ton, mêmes intonations. Même air solennel.
Une minute.
Harry regarde le sofa vert des Weasley. Deux femmes. Oh ! il savait que Ginny venait voir son frère et son amie aujourd'hui. Ce qui l'intriguait, c'était cette jolie personne, extrêmement maigre, le visage à moitié caché par ses cheveux, à qui Ginny servait le thé.
« Oh. »
Oui, « oh. » C'était tout ce qu'Harry pouvait dire.
Il comprenait. Il avait compris. Très vite.
Il plaignait Hermione. Sa meilleure amie. Hermione… Oh, Ron ! que fais-tu ? Qu'est-ce qui te prend ?
Il était gêné. Ne voulait plus rester.
« Bon et bien… bien. Hm h… Je…. Excuse-moi Ron je… je voulais juste te dire ça, hein… hm… bien… hm… je venais aussi chercher Ginny et…. Hm… ne voulais pas vous déranger… »
« Je ne voulais pas gêner… excusez-moi, je m'en vais… » Astoria Malfoy s'était levée. Indésirable. Elle se sentait toujours indésirable. Ron lui demanda de rester. « Non non, merci, Ron, c'est gentil, à bientôt… Salue ta femme de ma part…. à bientôt. ». Elle était sortie. S'était éclipsée le plus rapidement possible.
Ginny se leva elle aussi. Hermione quitta la cuisine. Elles s'embrassèrent pour se dire au revoir.
Harry et Ron se serrèrent la main.
« Quel rustre tu fais Harry ! »
Les Weasley se regardaient, percevaient encore les bribes de conversation de leurs amis, qui les quittaient par la cheminée. Ils entendirent « J'ai quelque chose à te dire, Harry… ». Puis plus rien.
Ron allait préparer le dîner. Hermione l'arrêta. Elle n'osait pas le toucher.
« J'ai moi aussi à te parler, Ron. »
Il se retourna. Regarda sa femme. Elle semblait si fragile. Si fébrile.
« Ron. Je sais que tu m'en veux… Non, tais-toi, tais-toi, c'est difficile ! Je sais que tu m'en veux. Et… et… tu as raison, bien sûr. Tu as toutes les raisons de m'en vouloir. C'était idiot, c'était stupide. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Ca n'allait pas trop, et j'ai joué la midinette. J'avais bu, et, et… c'est arrivé ! »
« Je sais que c'est arrivé. » Il était si froid…
« Ron… Je t'en supplie. Tu peux m'en vouloir. Tout ce que tu veux. Et… je comprends que tu veuilles te venger… »
Il sembla tout à coup interloqué.
« Oh, je t'en prie ! Astoria ! Tu l'invites chez nous ! Tu vas aider son mari, tout ça pour passer pour le grand héros ! Tu vas régulièrement boire un verre, un café, avec elle. Hier tu l'as invitée au restaurant…. Ron, au restaurant ! Quand as-tu cessé de m'inviter au restaurant ? »
Depuis l'hiver dernier. Tout avait une raison. Il ne voulait pas répondre. Oh, il pourrait. Il pourrait la blesser. Mille remarques acides lui venaient à l'esprit, mais il ne dit rien. Il l'écoutait.
« Ce n'est pas bien… pas bien du tout. Je comprends que tu veuilles te venger, parce que tu m'en veux… Mais… pas elle. Elle souffre. Elle est seule. Elle est perdue. Et après, après… elle s'en voudra terriblement, comme je m'en veux ! Tu peux me faire souffrir. Je comprends, je te dis, je comprends Ron, mais sois gentil. La pauvre, je sais que c'est elle, l'idéale pour me faire enrager, mais elle est perdue… »
« Tu as fini ? » il l'avait coupée, avec une sécheresse inhabituelle.
« Je… »
« Tu as fini ? Maintenant écoute-moi. » Faire preuve de diplomatie. Se retenir de dire des trucs blessants. « Je sais qu'elle est perdue. Et je sais qu'elle va mal. Et je sais qu'elle est seule. Et c'est pour ça que je suis là. Elle n'a pas besoin d'un mec. Son mari est loin, mais elle l'aime, elle ne pense qu'à ça, tout le temps. Elle a besoin d'amis, et moi je suis là, je suis son ami.
Hermione… Astoria est gentille. Et drôle ! Quand elle oublie un peu ses soucis, elle est vraiment drôle ! Je suis sûr que vous vous entendriez à merveille, en plus… Elle a besoin d'amis, je suis son ami. Et tu pourrais être son amie, aussi. Ça lui ferait plaisir.
Pourquoi est-ce que tu me prêtes ce genre d'intentions ? »
Hermione devint toute rouge. Là, elle s'en voulait encore plus.
« Je… je… suis désolée. »
Les larmes lui montaient aux yeux. Des larmes de honte. Honte d'elle-même. Des larmes de fierté. Elle était fière de son mari. Des larmes de résignation. Elle allait le perdre. Elle l'avait perdu.
« Je n'ai pas faim, ce soir. Je vais me coucher. »
Un dernier regard vers lui, avant de monter dans sa chambre. Elle ne l'entendit pas lui murmurer « je te pardonne… »
Cette nuit, elle n'arrivait pas à dormir. Elle retenait ses larmes, mordait son oreiller. C'était idiot, idiot…. Quelle idiote elle était.
Et puis, dans l'obscurité, un poids, plus lourd, de l'autre côté du lit. Elle n'osait pas se retourner. Une main, une grande main, qui se pose sur son ventre. Elle n'osait pas se retourner. Et, après le silence, des ronflements sonores. Elle n'osait pas se retourner.
Seules les ténèbres perçurent son sourire.
Le lendemain, un hibou parvint à Astoria Malfoy.
Une lettre. Une écriture ronde, sobre, élégante.
Un seul mot.
« Merci. »
