« J'ai quelque chose à te dire, Harry… »
Sa voix s'était perdue dans la cendre et les flammes. Arrivés à la maison, Harry s'était tout de suite assis dans son fauteuil, regardant par la fenêtre le Terrier, espérant sûrement pouvoir faire un signe de la main à Molly ou Arthur. Assis dans son fauteuil, comme s'il n'avait pas entendu.
« Harry, je t'ai dit que… »
« … que tu avais quelque chose à me dire, oui. » Il semblait exaspéré. «Pourquoi faut-il que tu me harcèles à chaque fois ? Ça peut attendre, non ? »
Oui bien sûr que… « Non. »
Quoi ?
« Non, Harry, ça ne peut pas attendre. »
Ah. Voilà autre chose.
Harry s'enfonça un peu plus dans son fauteuil. Sa femme se tenait très droite.
Elle avait perdu confiance en elle, petit à petit, très petit par très petit, depuis quelques années. Mais là, elle semblait être une autre femme.
Ou plutôt, elle semblait être la Ginny qu'il avait aimé.
Elle se tenait droite, la tête haute, l'air frondeur, les mains sur les hanches, les pieds écartés.
Elle venait, tout à coup, de perdre vingt ans.
Un tremblement à peine perceptible de l'épaule, une hésitation d'une fraction de seconde.
« Je vais devenir Auror. »
Silence.
« Ron et toi, vous vous lancez dans le droit : grand bien vous fasse si vous voulez défendre Malfoy. Vous avez sûrement raison… Mais la menace plane toujours. Avant de régler les injustices, il faudrait peut-être régler le problème qui les a créées. »
Elle n'avait pas tort. Harry ne pouvait abandonner Draco. Il était déjà tellement anéanti, il ne tiendrait pas beaucoup plus longtemps.
Mais malgré tout, Ginny n'avait pas tort : il ne fallait pas oublier l'essentiel.
L'essentiel étant : comment anéantir les Détraqueurs, qui s'attaquaient toujours arbitrairement à tout sorcier se promenant un peu trop inconsciemment dans une rue déserte, et qui représentaient toujours une menace constante et pesante.
Ginny avait l'air décidée.
« Tu en as parlé à Kingsley ? »
« C'est lui qui m'a demandé de vous rejoindre. »
Cette fois, Harry eut une sorte de petit rictus. Vraiment ? Kingsley ? Il lui avait pourtant dit que…
Ginny réagit au quart de tour.
« Tu ne me crois pas, pas vrai ? Mais c'est vrai : il me l'a demandé ! Tout à fait ! Il veut mobiliser le plus de sorciers compétents, et je SUIS compétente ! J'ai lutté à la bataille de Poudlard, et j'ai encore de beaux restes ! Et puis… et puis… Oh, bien sûr, le grand Harry Potter ne peut pas s'en rendre compte, mais je suis une bonne sorcière. Une puissante sorcière, même ! »
Bien sûr qu'il savait qu'elle était une puissante sorcière. Comment aurait-il pu tomber amoureux d'elle si elle n'avait pas été une grande sorcière ?
Il avait peur pour elle. Il l'avait toujours protégée, préservée de ce genre de choses. Il avait interdit à Kingsley de mêler sa femme à ce genre d'affaires. Elle méritait d'être au calme.
Il voulait lui offrir une vie « parfaite », la plus confortable, la plus vide de tous coups si possible.
Et c'était Ginny qu'il avait rendue vide. Vide de vie, vide de joie.
Vide.
Mais la Ginny qui se trouvait devant lui n'était pas cette Ginny vide et sans joie, cette Ginny qui s'ennuie et qui donc ennuie.
C'était elle, la Ginny qu'il avait épousée.
Pas la parfaite femme au foyer. Pas celle qui posait à ses côtés pour journaux et magazines, en disant que oui, tout était parfait dans le meilleur des mondes parfaits. Pas celle qui tricotait des pulls « à la Molly Weasley » au coin du feu, attendant une lettre des enfants…
Non, la vraie Ginny, la Ginny qu'il aimait, c'était elle : la guerrière. La combattante.
« Ginny, je… »
« Je m'en fiche de ton avis Harry ! C'est ma vie et je… »
« … je suis content de te retrouver. »
