« Allez Hugo, dépêche-toi ! »
Lily était plus petite que son cousin, et un peu plus jeune. Elle courait, gambadait, gracieuse, et Hugo tentait de la suivre, manquant souvent de tomber. Ses grands pieds le gênaient sûrement un peu, et puis, il manquait d'équilibre.
Lily était une fillette drôle, intelligente, pleine d'esprit et, déjà, pleine de charme. Ses professeurs l'adoraient, les elfes des cuisines l'adoraient, en quelques mois elle était devenue la mascotte de la maison Gryffondor… Elle était intelligente, et douée, extrêmement douée… Un talent particulier pour les potions et les sortilèges, un talent général pour tout.
Lily était une fillette très jolie. La beauté de sa mère et de sa grand-mère paternelle (de ce qu'on lui avait dit, de ce qu'une vieille photo que conservait son père pouvait lui montrer), et un petit on-ne-sait-quoi, un air mutin, un sourire taquin, une légèreté que les autres filles avaient déjà quittée, parce qu'elles pensaient que se donner de grands airs graves les feraient grandir plus vite.
Lily était un rien garçon-manqué, un rien James-Potter-deuxième-du-nom-bis, dans sa témérité, dans son goût pour enfreindre les règles.
Lily était unE Weasley dans le sang, c'est-à-dire une femme, un tout petit bout de femme, de caractère, qui savait se faire obéir.
Et celui qui en pâtissait, c'était Hugo, le « petit » Hugo : même s'il était plutôt grand de taille, il avait la mine si enfantine et l'air si innocent qu'on gardait toujours cet épithète homérique. « Petit Hugo » suivait sa cousine, petite en taille, certes, en âge, certes aussi, mais la grande Lily tout de même, partout où elle l'entraînait.
Les chapardages dans les cuisines, quand ce n'était pas James, c'était eux deux.
Les lancements de batailles de boules de neige, quand ce n'était pas James et sa bande, c'était eux deux.
Les farces aux professeurs, quand ce n'était pas James, c'était eux deux.
La relève était assurée, assurément, et James regardait toujours sa petite sœur avec une grande fierté.
Albus était sage, trop sage, et trop gentil. Il était la voix de la raison comme la voix du cœur, et James l'aimait pour ça, mais s'en sentait donc fatalement moins proche.
Lily, elle, était la voix cristalline des rires d'enfants, de ceux innocents qui ne veulent jamais le mal, mais toujours leur bon plaisir. De ceux un peu malins, un peu moqueurs, mais jamais vraiment blessants.
Une enfant… qui se révélait presque plus douée que son maître pour élaborer des plans à partir du matériel emprunté dans le magasin d'oncle George.
Hugo, c'était l'ami digne de confiance, toujours fidèle à sa chère cousine.
Il avait suffi de quelques mois pour que ce petit couple, ces deux rouquins qui se tenaient fermement la main dans les couloirs, aient une notoriété folle à Poudlard, et surtout dans la maison de Gryffondor dont la salle commune sentait toujours bon le chocolat et les gâteaux, grâce à eux.
Même James n'osait pas des escapades aussi fréquentes, quoique souvent plus spectaculaires.
« Allleeeez ! Plus viiiiite ! »
Il se dépêchait, tant bien que mal, mais elle était si rapide…
Et puis, c'était lui qui portait les deux exemplaires de Forces obscures : comment s'en protéger : le sien, et celui de Lily. Il portait toujours ses livres, ses cahiers, ses encriers, ses plumes, ses chaudrons… D'autres petits garçons s'étaient déjà portés volontaires, mais elle n'avait confiance qu'en Hugo, et celui-ci ne songeait même pas à refuser de jouer le mulet.
Parfois il ronchonnait un peu, marmonnant « C'est pas une vie ça, c'est pas une vie… », comme son père faisait quand sa mère lui imposait de porter ses paquets, mais jamais, au grand jamais, il n'aurait refusé d'aider sa petite cousine.
Il tentait donc en vain de la rattraper, pour se rendre au cours de Défense contre les Forces du Mal, quand une voix retentit. « Miss Potter ? ».
Professeur McGonagall. Une robe sobre et austère, un large chapeau sur un chignon serré de cheveux poivre et sel, les lèvres pincées, des lunettes carrées.
« Voulez-vous bien venir dans mon bureau je vous prie ? »
La petite Lily hocha la tête, s'apprêta à suivre la directrice. Hugo voulut lui emboîter le pas mais, toujours de sa voix glaciale, McGonagall le lui interdit. « Pas vous Monsieur Weasley. Allez en cours, Mrs Stebbins va s'impatienter. ».
Lily suivit sa directrice dans les couloirs, laissant Hugo les bras ballants, sans sa cousine pour l'accompagner. Séparés pour la première fois de l'année, vacances exclues.
Lily elle-même perdait un peu de sa superbe sans son fidèle écuyer.
McGonagall la fit attendre dans son bureau, quelques minutes qui parurent une éternité.
Lily s'ennuyait déjà. Elle scrutait les tableaux accrochés au mur. L'un d'eux attira son attention : c'était un homme d'une quarantaine d'années, dont la robe large et noire ondulait comme sous l'effet du vent. Il semblait regarder ailleurs. Son nez peint était long et crochu, le teint blafard, ses cheveux aux épaules d'un noir de jais semblaient huileux, mais peut-être était-ce la peinture...
Lily aimait parler aux tableaux. « Vous n'êtes pas très beau, vous savez ? ».
Le vieillard du tableau voisin se mit à rire, derrière ses lunettes en demi-lune posées sur son nez aquilin qui semblait cassé, remuant sa barbe argentée.
L'homme du tableau que venait d'interpeller Lily sortit de ce qui semblait avoir été une rêverie. Il s'apprêtait sans doute à répondre quand il regarda la fillette. Son regard d'huile et de pigments sembla s'illuminer, lui qui semblait si creux et exempt de toute chaleur.
Lily lui sourit. Quand elle se retourna, pour voir le professeur McGonagall qui rentrait, tenant un elfe de maison par la main, un faible sourire apparut sur le portrait de Severus Rogue.
La professeure s'assit, et enjoignit au petit elfe de s'installer également dans un fauteuil.
« Prenez un biscuit, Potter. » Lily ne se fit pas prier deux fois.
« Et vous aussi, monsieur Spiffy. » L'elfe hésita, puis se servit.
Lily comprit tout de suite ce que le Professeur McGonagall lui voulait. Elle se sentait idiote d'être toujours venue aux cuisines seule, parce qu'elle se pensait plus convaincante seule, avec son sourire d'ange. Mais là, Hugo lui manquait. Elle allait être punie, c'était sûr… Mais seule. Elle jeta un coup d'œil sur le mur : le portrait la regardait.
« Miss Potter… trouvez-vous qu'à Poudlard nous ne vous nourrissons pas assez ? Que nos élèves sont sous-alimentés, peut-être ? »
Lily avait la bouche pleine de délicieux biscuits aux raisins. Elle ne pouvait décemment répondre autre chose que « Non, profecheur... glp… professeur McGonagall. »
« Peut-être pensez-vous que les élèves de la maison Gryffondor ont moins que les autres lors des repas ? »
« Non, Professeur McGonagall. »
« Après avoir remarqué d'étranges disparitions dans les réserves des cuisines, j'ai mené mon enquête, Miss Potter. Monsieur Spiffy ici présent m'a décrit une jeune fille rousse… »
« … avec un visage d'ange, Madame. » s'empressa d'ajouter Spiffy. Il sourit timidement à la demoiselle qui lui faisait face, et elle l'ignora superbement, faisant la moue. Il fallait lui signifier qu'elle lui en voulait de cette trahison.
« Étrangement, miss Potter, j'ai tout de suite pensé à vous… allez savoir pourquoi. »
Lily avait déjà une réputation de fauteuse de trouble, voilà pourquoi. Rose pouvait correspondre à la description – quoiqu'elle soit moins jolie, pensait Lily –, mais elle était bien trop sage.
« Vous êtes encore jeune et inconséquente, je ne vais pas sévèrement vous punir pour une faute de ce genre. Je me contenterais de retirer… »
Lily ouvrit la bouche, pour protester.
« … cinquante points à Gryffondor. Et ne me regardez pas avec ces yeux-là : je suis très clémente avec vous, et vous devriez m'être reconnaissante de ne pas vous donner de retenue, et de ne pas vous retirer de points supplémentaires. »
Lily ferma la bouche.
« Bien, c'est tout. Que je ne constate plus aucune perte, ou vous serez immédiatement tenue pour responsable, et cette fois vous reviendrez ici pour que nous discutions d'une punition exemplaire. Vous pouvez sortir, j'imagine que monsieur Weasley doit s'impatienter. »
En sortant, Lily croisa le regard du portrait. Il l'intriguait beaucoup, ce monsieur pas très beau. Elle lui adressa un clin d'œil et, si vite sortie du bureau de McGonagall, se dit qu'elle avait faim.
