Bureau des Aurors.

Ginny revenait d'une de ces séances d'expériences souvent vaines sur l'un des Détraqueurs capturés et mis à disposition du Ministère pour le Comité des Sortilèges Expérimentaux. Il s'agissait d'élaborer un sort suffisamment puissant pour les anéantir – plutôt que de les repousser – en grand nombre, et ce n'était pas une mince affaire.
Hermione, en tant qu'ancienne directrice du Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques, s'y était mollement opposée, car il s'agissait de maltraitance sur des créatures, mais la Commission d'Examen des Créatures Dangereuses avait donné son feu vert. De plus, les Détraqueurs étant jugés « sans âme », les « tortures » pouvaient être autorisées à leur encontre.

Mais encore une fois, Ginny avait échoué. Les sortilèges classiques ne fonctionnaient pas, ceux plus élaborés non plus puisqu'ils étaient destinés aux humains. Il fallait créer un Patronus « supérieur », plus puissant. Mais comment ?
Elle sentait sa mission lui échapper… Peut-être n'était-elle pas à la hauteur, finalement ?
Elle n'avait personne à qui parler de ses craintes : jamais elle n'avouerait sa défaite à Harry, et Ron et Hermione étaient bien trop proches de lui. Elle pouvait écrire à Luna, mais celle-ci avait d'autres soucis en ce moment, avec Rolf qui était tombé malade – une grippe asiatique assez grave, alors qu'ils étudiaient le Zarquilaïn mongol.

Ron et Harry travaillaient face à face, dans le même box, pour plus d'efficacité.
Le procès approchait de plus en plus, et… toujours rien qui puisse l'innocenter. Heureusement, rien ne prouvait sa culpabilité non plus, mais à moins que le Veritaserum fonctionne enfin, ce qui était fort peu probable, ou que Draco accepte la legilimancie, ce qui était encore moins probable, et qu'Harry voulait de toute façon éviter, il restait le coupable idéal.
Un Mangemort hors des murs d'Azkaban, y a-t'il plus parfait ? L'opinion public se déchaînait déjà, et bien peu croyaient en son innocence.

Les correspondances de Draco se faisaient par un hibou grand duc personnel, il était donc impossible de suivre ses échanges avec le service des Postes.
Il y avait des trous dans ses déplacements lors de la Coupe du Monde, des moments où il s'était éclipsé et où personne ne l'avait vu. Il était peut-être tout simplement allé aux toilettes, mais sans témoin ces disparitions pouvaient sembler suspectes.
Il ne travaillait pas, sortait peu, voire jamais, du Manoir Malfoy, ce qui signifiait qu'il avait eu tout le temps de fomenter une rébellion de Détraqueurs s'il l'avait voulu, et que personne ne pouvait témoigner pour lui, à part sa famille proche, qui pouvait d'ailleurs être accusée de complicité.

Ginny était énervée par son échec, et énervée de les voir ainsi.
« Plutôt que de l'innocenter, il vaudrait mieux trouver le vrai coupable. ÇA, ce serait utile… Pour nous tous comme pour lui, d'ailleurs… »

Il n'en fallait pas plus. Une petite remarque acerbe de sa sœur, et Ron avait compris. Il croisa le regard de Harry. Il pensait que son meilleur ami avait eu la même pensée que lui. Sans doute, il était si brillant… Harry Potter grand héros pensait à tout avant lui.
Non ?
Non. Harry avait juste souri à Ron. Un sourire complice du genre « les bonnes femmes, n'est-ce pas ? ». Pas un sourire qui disait « Je pense la même chose que toi, courons au Département des Jeux et Sports Magiques. »

Ron crut un instant que si Harry ne pensait pas comme lui, son idée devait être stupide.
Mais non. Non. Il devait se convaincre qu'il était tout aussi capable que son ami.

Il se leva, sous les yeux de Harry, qui ne comprenait pas. « Merci Ginny. »
Elle ne comprit pas non plus.
Il salua l'ensemble du Bureau, et le quitta.

Une idée idiote ? Il avait déjà détruit un Horcruxe avec une idée idiote.
Il aiderait sûrement son pire ennemi, et le mari d'une bonne amie, avec une idée idiote.