Bonjour, bonsoiir ! Me revoilà avec le sixième OS de cette série de crackship, dont le thème était drabbles sauf que comme je suis parfaitement incapable de faire tenir une histoire entière en cent mots, eh bien, chaque scène est donc un drabble. Ce qui me permet donc de raconter tout ce que je veux avec moins de contrainte o/ Concernant le ship, il s'agit d'un Shigaraki x Natsuo qui se déroule dans le même UA que les deux précédents OS, un UA âme-soeur où l'on recoit des fleurs à chaque fois que son ame soeur se blesse

Bonne lecture !


Quand pleurent les étoiles soupirent les oubliés. Parce que les dahlias sont noirs, vernis à l'encre de la nuit. Parce que les dahlias sont infinis, éternelle pluie dérisoire. Parce que les dahlias sont larmoyants, étouffant les suppliques.

Et Natsuo veut qu'ils cessent.

Et Natsuo veut qu'ils s'effacent.

Et Natsuo veut qu'ils disparaissent.

Car quand jaillissent les dahlias fleurit la douleur. Sourde et froide quand s'évanouit le désir. Lente et rampante dans les cris muets. Silencieuse et familière sur les bras abîmés.

Sans jamais s'arrêter ni se tarir.

Sans jamais remords ni pitié.

Sans jamais apaisement ni soulagement.

L'instant d'une éternité.

XxX

Les dahlias sont la marque d'un amour, de celui qui ne se tarira pas. Les dahlias sont la marque d'un manque, de celui qu'on ne peut parfois jamais véritablement combler. Les dahlias sont la marque d'un choc, de celui trop brutal pour assurer une guérison totale.

Les dahlias étaient, sont et seront. Ils sont comme l'angoisse. S'ils se dissipent, c'est pour mieux revenir. S'ils se calme, c'est pour mieux ressurgir. S'ils se subliment, c'est pour mieux blesser.

Les dahlias sont supposés rapprocher mais ils ne font que détruire.

Encore et toujours, comme un fauve ne peut que blessé et tué.

XxX

La première fois qu'ils se sont rencontrés, Shigaraki était allongé sur une table d'opération avec deux balles dans le ventre. Natsuo avait un pistolet braqué sur son front et son bistouri dans la main.

Il était étudiant en médecine. C'était sa première opération. Il a failli le perdre, deux fois.

Natsuo n'a posé aucune question. Il a serré les dents et ravalé le vomissement qui grimpait le long de sa trachée.

Fermer les yeux et respirer. Inspirer et expirer. Ouvrir les yeux et souffler. Puis se mettre au travail.

Et pendant toute l'opération, les dahlias ont plût de son ventre.

XxX

"Travaille pour moi.

-... Excusez moi ?

-Tu m'as très bien entendu. Shigaraki a besoin d'un médecin.

-Je ne suis pas médecin. Je ne- je ne sais rien !

-Tu apprendras en temps voulu.

-Et si je le tuais à cause d'une erreur ?

-Alors je ferais de toi mon prochain sujet de test et tu me supplieras de t'achever.

-... Et si je refuse ?

-Alors tu ne m'est plus d'aucune utilité. Et dans ce cas…

-Non, pitié ! Je vais le faire ! Je vais le faire !

-Bien. Tu es un garçon intelligent. Continue d'obéir et tu pourrais me servir longtemps.

-Je ne vous décevrai pas."

XxX

Shigaraki ne parle pas à Natsuo. Il le regarde effectuer ses soins en grognant. Il l'observe pendant sa piqûre d'antibiotique. Il le fixe quand il refait son bandage.

Si Natsuo ne l'avait pas entendu hurler pendant son opération, il ne connaîtrait pas le son de sa voix.

Natsuo ne sait rien de lui, outre ce que All for One lui a dit. Il ignore ses hobbies. Il ignore ses aspirations. Il ignore ses envies.

Mais il sait les anémones qui perlent de sa peau et tombent au sol.

Des anémones aussi rouges que les dahlias sont noirs.

Quelle intense combinaison.

XxX

"Tu connais ton âme sœur ?"

Shigaraki parle peu mais quand il le fait, il s'attend à obtenir des réponses. Alors Natsuo terminé l'injection de morphine et se redresse dans son siège. Même ainsi, Shigaraki est plus petit que lui.

"Oui."

Ce n'est pas un mensonge. La réciproque n'est simplement pas vraie.

"Et elle vous aime ?

-Non je ne crois pas."

Natsuo porte une main à sa poitrine, là où pend son dernier dahlia, glissé dans la poche de sa blouse.

Le regard de Shigaraki s'assombrit.

"Mais je suis sûr que la tienne t'aimera."

Et ça, ça n'a rien d'un mensonge.

XxX

Les anémones parsèment le sol de l'appartement dans lequel réside Shigaraki. Elles sont comme le sang que Natsuo répand dans ses draps, persistantes et immuables dans leur éclat.

Un jour où Natsuo piétine les anémones, il repense au foyer dans lequel il a grandi. Un appartement un peu trop petit pour toutes les personnes qui y vivaient et pourtant rempli de fleurs toutes tant chéries.

Son cœur se serre en voyant le sort réservé aux anémones pourpres.

Délicatement, il sauve celles qui peuvent l'être et les dépose dans un vase.

C'est là, assoupi dans un fond d'eau, qu'est leur place.

XxX

Quand soupire la lune pleurent les misérables.

Natsuo est pitoyable.

Il vit enfermé dans un appartement trop vide avec un homme qui ne ressent rien pour lui, pas le moindre filon de sentiment. Il passe ses journées plongé dans des manuels de médecines et d'anatomie. Monotone. Fade.

Il existe coupé du monde, une lame invisible sous la gorge.

Pourtant, les anémones et les dahlias s'harmonisent quand sont façonnés les bouquets. Ils valsent vainement dans les vases. Ils se lient sereinement, dans la quiétude apportée par les tourments.

Et Natsuo prétend, se leurre de toute son âme, qu'ils seront toujours ensemble.

XxX

Il y a une télévision dans le salon. Elle n'était pas là la veille.

Natsuo a appris à ne pas poser de question. Motus et bouche cousue.

Il prend la télécommande et met une chaîne d'information. Il a besoin de savoir ce qui se passe à l'extérieur.

Les nouvelles s'enchaînent. Un nouveau héros numéro un. Des attaques dans le centre ville. Un nouveau maire. L'aquarium récemment inauguré.

Et une alerte enlèvement. Sa photo sur l'écran. Sa mère en pleurs face aux journalistes. Inko qui ne lâche pas sa main.

Natsuo se fige, la télécommande tombe à terre.

Qu'a-t-il donc fait ?

XxX

"Tu es le fils d'Endeavor."

Ce n'est pas une question alors Natsuo ne répond pas.

"Pourquoi tu me l'as pas dit ?"

Ça, s'en est une.

"Tu ne me l'as pas demandé."

Shigaraki se renfrogne. Il n'aime pas ce genre de répartie. Natsuo le sait bien mais il n'est pas d'humeur pour autre chose.

"Tu auras dû me le dire.

-Oui, désolé."

Natsuo n'a pas de force pour une confrontation.

Shigaraki fronce un peu plus les sourcils.

"Tch."

Et il part.

Et Natsuo succombe aux larmes.

Pourquoi ? Comment ? À cause de qui ? Pour combien de temps encore ?

Tout ça, c'est trop.

XxX

Natsuo regarde les éclats de verre et les fleurs qui viennent souiller le tapis.

Shigaraki s'est énervé. Il a brisé le vase et piétiné les anémones et les dahlias.

Natsuo l'a regardé faire, impuissant. Parce que les anémones sont le seul présent qu'il peut offrir à Shigaraki. Parce que les anémones sont la marque d'un amour malsain. Parce que les anémones doivent aller de paire avec les dahlias.

Mais Shigaraki s'en fiche. Shigaraki a grandi dans l'indifférence face à l'affection et à la signification de ses anémones. Il ne sait pas. Il ne veut pas savoir.

Et Natsuo a mal.

XxX

L'appartement est vide. Il l'est de plus en plus souvent. Shigaraki est guéri alors il n'a plus besoin de repos. Il n'a plus besoin de Natsuo.

Peut-être que All for One le tuera maintenant qu'il ne lui est plus utile. Peut-être qu'il le gardera pour la prochaine fois où Shigaraki se blessera. L'un ou l'autre, c'est sans importance.

Natsuo ne compte pas être là quand il viendra, ou non, le chercher.

Il ne peut pas quitter l'appartement. Mais il peut ouvrir les fenêtres. Il peut monter sur le balcon et grimper sur la rambarde. Haute et branlante.

Le vide l'appel.

XxX

"Natsuo !"

Un bras jaillit et le tire en arrière, si violemment que sa tête heurte le sol en tombant.

Natsuo ne comprend pas ce qui s'est passé.

Shigaraki ne lui en laisse pas le temps. Il le surplombe et lui met une claque. Ses ongles rappent la peau de sa joue et laissent une traînée de sang perlé.

En miroir, deux anémones poussent sur la joue de Shigaraki.

"T'as cru que t'allais faire quoi ?! T'as pas le droit de mourir !"

Les anémones tombent sur le visage de Natsuo. Malgré lui, un sourire fleurit sur ses lèvres.

Shigaraki tient à lui.

XxX

Il y a tant de douceur dans les non dits et les mensonges, bien plus que dans tout autre chose. C'est dans les non dits et les mensonges que Shigaraki révèle ce qu'il est et ce à quoi il tient.

C'est dans son hypocrisie que Natsuo se sait aimé.

Parce que Shigaraki prend soin des dahlias qu'il sait chers à Natsuo. Parce que Shigaraki surveille qu'il se tient loin des fenêtres. Parce que Shigaraki le met au courant de tout.

Parce que Shigaraki lui a donné un téléphone.

Parce que Natsuo n'a plus que le corps en prison, non l'esprit.

XxX

Les anémones ont fleuri dans l'écrin qu'elles partagent avec les dahlias, comme autrefois les jacinthes ont rencontré les œillets. Leur étreinte est plus malsaine et douloureuse mais non moins tendre.

Parce que Shigaraki n'admettra jamais. Parce que Natsuo se taira toujours. Parce qu'ils seront toujours néanmoins certains.

Parce qu'une promesse muette vaut mieux que mille mots vains.

Parce que Shigaraki a empêché Natsuo de sauter. Parce que Natsuo a empêché Shigaraki de périr. Parce qu'ils tiendront ensemble.

Et alors que s'égrène le temps et avec lui les souvenirs demeurent cette unique certitude.

Les anémones et les dahlias pousseront toujours ensemble