Ni Florent, ni Mikele, ni aucune autre personne ne m'appartient. Je ne touche pas d'argent, je ne connais pas personnellement les personnes desquelles je parle.
Point de vue de Florent : 18 décembre 2009
Paris. On a enchaîné les concerts, les tournées et tout le reste depuis septembre. Ça me change vraiment de ma vie d'avant, au Canada. J'étais juste une « Rock-star » dans un groupe de métalleux qui faisaient de la musique à l'aide de percussions. Moi je chantais avec ma guitare.
Je n'avais plus, de mon ex petite amie pour qui j'avais tout lâché, pour laquelle j'étais parti à Toronto et qui m'y avait laissé, que ma guitare, et « notre » appartement dans lequel je vivais seul.
Et puis, Dove m'a repéré sur MySpace… Et c'est là que ma vie a été chamboulée.
Je ne pensais pas devenir célèbre, ni même être pris dans la troupe. Et encore moins tombé amoureux d'un homme. Surtout pas lui.
Il est tellement différent de moi…
« … Avec les voix de Mikelangelo Loconte, Florent Mothe, Claire Perrot, Mélissa Mars et Solal. Les enfants, ils sont tous venus pour vous encourager ce soir, je vous demande de faire un triomphe à la troupe de l'Opéra Rock Mozart qui nous interprète Tatoue-moi ! »
Le stress est à son comble. Tout le monde applaudit, j'arrive sur scène avec mes amis et ma guitare. On commence à chanter, Mikele est provocant à souhait. Et c'est là que tout dégénère.
Mélissa se jette littéralement dans ses bras, et sa main à lui descend le long de son dos pendant qu'il me jette un rapide regard. Elle approche son visage du sien, puis le lâche. Nous chantons toujours, et il sourit, toujours aussi adorable, quand Claire s'accroche à lui. Elle prend son menton entre son index et son pouce et l'approche d'elle, puis laisse sa main glisser sur son ventre.
Je manque un accord. La musique se termine. La présentatrice continue de poser ses questions idiotes auxquelles Claire répond avec joie, avec son habituelle bonne humeur. Moi, j'ai envie de l'envoyer sur les roses, de frapper Mikele, de tout envoyer en l'air.
Déchirer les partitions comme il vient de me déchirer le cœur. Non je ne suis pas jaloux, je rappelle simplement aux autres ce qui m'appartient. Je quitte la scène, et pars dans les coulisses.
Mikele me suit avec le reste de la troupe.
« Hey Flo, il y a un problème ? »
Je ne réponds pas. Je vais me poser sur le bord de la fenêtre avec ma guitare, en jouant The Show Must Go On, de Queen, et fumant une cigarette. Oui, le spectacle va continuer. Mais sans moi.
Je refuse de continuer à chanter. Du moins avec lui. J'ai l'impression que ces derniers mois n'étaient que du vent, que de l'amusement, pour lui… Alors que moi je l'aime vraiment. Lui qui se disait « gay à plein temps », voila qu'il se laisse tripoter par ses deux greluches qui ne font de lui, probablement, qu'un pari…
« Ah, je rage ! »
Je laisse échapper une larme. Solal rentre à ce moment-là :
« Flo, on rentre en scène.
Non. Je pars. Ma guitare et moi en avons assez vu. »
Je descends du bord de la fenêtre et m'apprête à passer la porte, mais Solal m'attrape par le bras
« Il t'arrive quoi ?
Mais rien ! Laisse moi, j'ai plus cinq ans, Solal ! »
Il ne me lâche pas et me jette dans les coulisses avec ma guitare, puis marmonne un truc dans le style
« Tu règleras tes affaires de gamin plus tard… »
Nous rentrons tous en même temps aux yeux du public. Encore une fois, nous avons droit à un tonnerre d'applaudissement. C'est ma chanson. L'Assassymphonie. J'ai vraiment besoin de me défouler.
Bam, les premiers accords, ma voix, mon énervement, tout passe par mon interprétation. Mikelangelo est mal à l'aise, il n'ose même pas me regarder. Mais moi si. Quoi que je fasse, je le regarde. Tous ceux qui s'aiment…
La présentatrice revient, pose des questions à l'autre traître, puis nous fait sortir.
« Flo, attend !
Qu'est ce que tu veux, Mélissa ?
C'est vrai que tu veux partir ?
Ouais. T'auras ton Mickey pour toi toute seule, comme ça ! »
Elle se tait. Elle ferme les yeux. Et elle me gifle.
« Espèce d'idiot… C'est toi qu'il aime. Si il devait te tromper avec quelqu'un, ça serait avec Merwan, ou Solal ! »
Je ne sais que répondre à cela. D'un côté, elle n'a pas tort. Je me sens ridicule. Mikele doit m'aimer. Et Mélissa a raison. Il est homosexuel. Donc il ne me trompera jamais avec une d'entre elles.
Maeva n'est pas là aujourd'hui. Elle a prétexté à Dove un rhume pour pouvoir aller au cinéma avec Merwan. Solal entre.
« C'est bon, Flo, t'as fini ta crise d'adolescence ?
…
J'ai laissé la porte ouverte, si tu veux partir. »
Claire entre à son tour.
« Ah bin finalement t'es pas parti… Solal, tu me dois 10 euros. »
Il sort un billet de sa poche et le jette à Claire.
« Contente ?
Ouais ! »
Et elle éclate de rire.
« Au fait, continue-t-elle, Elle est où, Vava ?
Qui ? demande-je
Bien, Maeva !
Ah… Elle est malade »
Mel me fait des gros yeux, un truc qui veut dire « pourquoi tu leur mens ? » La flemme de lui répondre.
Je retourne sur le rebord de la fenêtre, et entends Solal me casser du sucre sur le dos. Je cale une cigarette entre mes lèvres, l'allume, inspire… C'est si bon…
Je sors ma guitare de son étui et commence à jouer She Said, de Plan B. Je ne veux plus les entendre. J'aimerai qu'ils disparaissent l'espace d'une journée.
J'aimerai retomber dans l'anonymat, pouvoir sortir tranquillement, retourner dans ce parc que j'aimai tant, étant petit… ou simplement pouvoir montrer au monde l'homme que j'aime, leur montrer que même un « PD », comme ils disent, ou bien un bisexuel, dans mon cas, peut arriver là où je suis.
Maeva me manque. C'est la seule à laquelle je peux tout confier, à qui je peux parler sans qu'elle me juge…
Je tourne la tête, Solal et Claire ne sont plus là. Il n'y a plus que Mélissa, qui, affalée sur la banquette, feuillette un magasine de mode. Je m'assieds à ses côtés et lâche :
« J'aurais aimé que Maeva soit là… »
Et c'est ce moment que choisit Mikele pour rentrer dans la loge.
