Ni Florent, ni Mikele, ni aucune autre personne ne m'appartient. Je ne touche pas d'argent, je ne connais pas personnellement les personnes desquelles je parle.

Point de vue de Florent : 27 juin 2010

Paris. Mikele et moi sommes plus ensemble que nous n'avons jamais été… Les petits regards pendant nos interprétations en public, durant des émissions, les petits signes discrets, les sourires…
Nous voici à l'émission Chabada, sous les yeux de deux ou trois femmes, et d'un homme.

Un pianiste joue les premières notes de Mistral Gagnant, de Renaud, et Jean B. commence la chanson. La moitié du premier arrive, et c'est à mon tour. Je sens le regard brûlant de Mikele, je baisse la tête, et lève les yeux de temps à autre pour regarder mon aimé.

Au second couplet, c'est sa voix d'ange qui sort des haut-parleurs. Il me dévore des yeux, son regard intense ne me lâche pas. Je le regarde aussi, plus timidement. Il n'y a à nouveau plus que lui et moi. La voix de Jean s'ajoute à celle de Mikele, la gâchant presque. Je chante aussi, et nous n'avons plus d'yeux que l'un pour l'autre.

Ah, il ne peut pas se taire, l'autre ? Il ne se sent pas en trop ? La chanson est finie, on se regarde toujours… Habituels applaudissements. Je me rends compte que je panique un peu moins en chantant devant des gens quand ses yeux sont plongés dans les miens.

Nos regards se séparent, et nous remercions le public. La présentatrice nous demande de jouer Tatoue-Moi en acoustique, et demande si nous avons une guitare

« Haha Flo réfléchit avec la sienne ! »

Puis il m'adresse un petit sourire. Je prends ma guitare et joue les premiers accords

« SINGLE ! crie Mikele, Divine, candide, libertine, ce soir je viens… M'inviter dans ton lit ! »

Il me regarde encore en disant ça, et je ne peux réprimer un sourire. Jean le surprend, et je le faire disparaitre instantanément. Il me regarde avec l'air de celui qui a tout compris.

Je baisse les yeux sur ma guitare, sentant toujours le regard glacé de Jean et celui brûlant de Mikele. Un chaud-froid, quoi.

Fin de la musique. Je suis horriblement gêné. Jean a changé de cible. C'est à présent mon amant qu'il dévisage. Encore les applaudissements.

A nouveau, la présentatrice, euphorique, nous demande un morceau extrait de notre comédie musicale. Soyons fous, un morceau qui a eu tant de succès que je pourrais le jouer les yeux fermés.

« Cette nuit, intenable insomnie… »

Mon ami me demande du regard l'autorisation de chanter avec moi, puis commence, avec un large sourire aux lèvres. Le monde disparait autour de nous. Ses yeux couleur Nutella m'enveloppent comme dans une bulle dans laquelle nous ne serions plus que tout deux, dans laquelle il ne pourrait rien m'arriver.

Son regard se tourne vers Jean qui est réapparu dans notre monde, le provoquant presque. Une salve d'applaudissement retentit, j'ai fini le morceau sans même m'en rendre compte.

Mikele se penche sur la femme à côté de lui et pose ses lèvres sur ses joues, pour faire deux grosses bises bien sonores. Jean regarde son micro en souriant.

C'est la fin de l'émission, Mikele et moi quittons ensemble le plateau, rapidement suivis par Jean. Nous rentrons dans la loge pour récupérer nos affaires.

« Mon Flo… fait Mikele en me faisant un câlin, T'as l'air tout bizarre. Qu'est ce qu'il se passe ? »

Il se détache de moi en voyant la poignée de la porte se baisser et se jette sur la banquette en attrapant un magasine au vol, dans une rapidité surprenante. J'ai juste le temps de m'assoir sur la table avec ma guitare, et Jean fait irruption dans la pièce.

« Vous devriez être plus discrets.

Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. (C'est Mickey qui a pris la parole)

Alors apprend à parler français, tu comprendras mieux. »

Je me lève d'un bond.

« Calme-toi, Mothe. Tu compte faire quoi ? Me frapper ? »

J'attrape Mikele par le bras, le fait se lever, lui jette sa veste dans les bras, prends ma guitare et me plante devant Jean.

« Poussez-vous, s'il vous plait. »

Il rit. Mais il ne s'écarte pas. Mikele enfile sa veste, se craque le cou et les poings, et s'avance vers lui, l'air aussi menaçant qu'un chaton.

« Laisse-nous passer ! »

Jean éclate de rire pour de bon.

« Ouah, j'ai vraiment peur. T'es aussi effrayant qu'un tigre. Bababouh ne me frappe pas ! fait-il en faisant mine de se cacher derrière ses bras. »

J'en profite pour l'écarter de la porte. Nous sortons.

« LES GAYS ! ARRETEZ VOUS ! Z'AVEZ OUBLIER LE MAQUILLAGE DE LA FAUSSE BLOOOOONDE ! «

Mickey se retourne, vraiment en colère. Il prend la trousse de maquillage des mains du Belge et lui met un coup de tête. Jean tombe, le nez en sang.

« Le gay aussi effrayant qu'un tigre te souhaite le bonjour ! »

Et il me court après pour me rattraper en s'accrochant à mon bras en riant. Je lui tapote la tête affectueusement, puis il se détache de moi. Il se retourne, tire la langue à l'homme à terre. Puis nous franchissons la porte du studio.

« Je conduis !

Tu rêves, Mikele.

Mais aller! Je suis plus vieux que toi ! S'il te plait ! »

Je souris. Il est parfois si puéril que j'ai l'impression de vivre à nouveau avec mon petit frère. Je sors la clef de ma poche. Je ne peux pas lui résister quand il me supplie de la sorte, avec sa tête de chien battu… Ses yeux noisette une seconde avant brouillés de larmes redeviennent clairs comme à leur habitude.

Il m'arrache la clef des mains et monte, heureux comme un enfant qui a un nouveau jouet, à la place du conducteur, en riant. Je m'installe à la place du mort en secouant la tête, blasé, et attends qu'il démarre.

« Euh… Flo…

Hm ?

Comment on allume la radio ? »

Je reste silencieux, hésitant à rire ou pleurer.

« Tu veux pas me dire ?

Au pire on fait un duo, ça comblera le silence… »

Il me regarde, les yeux écarquillés. Je tends le bras vers le bouton et With or Without You sort à plein volume des haut-parleurs. Il démarre, sourit, et nous nous improvisons un duo dans la voiture.

C'est rigolo, quand il me regarde, j'ai l'impression d'être ce qu'il y a de mieux, dans son monde. D'un autre côté, lui est ma raison d'être, la chantilly sur ma crêpe au Nutella, la meilleure chose au monde…