Ni Florent, ni Mikele, ni aucune autre personne ne m'appartient. Je ne touche pas d'argent, je ne connais pas personnellement les personnes desquelles je parle.

Point de vue de Mikele : « Aie confiance, Amore mio ! »

Aujourd'hui, c'est jour de congé. Nous avons donc décidé – enfin, j'ai décidé - de ranger l'appart', ou en tout cas, de ramasser ce qui traîne… pendant que Flo est affalé sur le canapé.

Par hasard, au détour d'un placard, je tombe sur des photos de Flo enfant. Curieux, je commence à regarder. Mon chéri parle rarement de son enfance, non pas qu'elle ait été malheureuse (enfin, je ne crois pas), c'est juste qu'il a encore du mal à se livrer, même avec moi !

Et puis, je sais qu'il déteste se voir petit – ou même maintenant d'ailleurs -, ce que je ne parviens pas à comprendre d'ailleurs. Toujours est-il que j'ai face à moi une bouille de petit ange, aux grands yeux nutella.

Je m'installe sur le canapé à côté de mon homme, pour lui montrer ma découverte, ce qui étrangement ne semble pas vraiment l'enchanter.

Mais j'ai envie –besoin- de savoir ce qu'a été sa vie avant notre rencontre. J'ai l'impression parfois que nous nous connaissons depuis toujours. C'est comme si je l'avais aimé avant même que nos chemins se croisent , et je sais que je continuerai à l'aimer « là où rien n'est plus rien ».

J'ai cette sensation alors de vouloir rattraper le temps perdu, de connaître chaque détail qui faisait sa vie avant Mozart… c'est un besoin irrépressible – presque viscéral – de tout savoir de lui ! Alors même si j'ai bien conscience qu'il ne partage pas cet engouement pour satisfaire ma curiosité, je passe outre.

J'ai en ma possession quelques armes secrètes qui parviennent toujours à contrer ses réticences. Je lui offre mon plus beau regard de « Mikele battu » voilé de larmes… et ma voix la plus mielleuse possible ! J'ajoute bien entendu les petits surnoms affectueux, si avec ça, il ne craque pas, c'est que je ne sais plus y faire… Mais cela n'est encore jamais arrivé !

Florent est vraiment secret sur son passé, il esquive toujours les questions des journalistes à ce sujet. Je comprends qu'il ne veuille pas évoquer sa vie intime avec de parfaits étrangers, mais pourquoi affiche-t-il la même réserve à mon égard.

Je pensais que nous avions franchi cette étape depuis longtemps…

Il faut croire qu'il nous reste encore du chemin à faire avant de se faire totalement confiance. Et ce constat me blesse malgré moi !

Mais malgré mes cajoleries, Flo refuse de se laisser amadouer et c'est bien la première fois que je ne parviens pas à mes fins, que je n'arrive pas à le faire céder.

Il y a quelque chose qui semble le chagriner, et j'aimerai vraiment pouvoir l'aider. Je le prends dans mes bras, mais il finit pas me repousser… je ne comprends pas, Flo, explique-moi, je t'en prie, amore mio !

Je tombe sur une photo différente des autres et je crois comprendre ce qu'il se passe dans la tête de Florent… je crois savoir d'où vient le problème. C'est comme si j'avais découvert la vérité absolue qui me permettait d'atteindre un haut degré de compréhension quant au traumatisme de mon chéri par rapport à son obésité infantile. C'est à cause de ce genre de tournure de pensées que Solal, Yamin et Merwan me traitent d'extraterrestre italien… et bizarrement, après, j'ai toujours le droit à un lapsus quand à leur incompréhension sur le fait que nous ayons gagné l'avant-dernière coupe du monde ! – il paraît qu'on l'a volé aux français, ça reste à prouver -. Ou sur le fait que Rome ait réussi à conquérir une grande partie du Monde il y a des siècles de ça. Je ne vois pas bien le rapport d'ailleurs…

Enfin, là n'est pas la question de toute façon, pour l'instant, ce qui me préoccupe, c'est Florent.

Il avait quelques petits problèmes de poids lorsqu'il était enfant, ce qui explique peut-être son manque chronique de confiance en lui. Pourtant, tout ça devrait être derrière lui à, présent. Maintenant, il vit de sa passion, il a acquis une certaine notoriété – et même pas mal de popularité vis-à-vis de le gente féminine – et il m'a moi – qui l'aime comme un fou -.

Je perçois cependant que ce problème a laissé plus de séquelles que je ne pouvais le soupçonner. Jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse être si marqué par son enfance. Je voudrais qu'il comprenne que ça n'a plus d'importance, que c'est du passé, que je l'aime…

Différentes émotions passent sur son visage : de la colère, de la honte, de l'humiliation mais surtout ce qui prédomine, c'est une infinie souffrance. Parfois, je me demande réellement comment il fait pour être aussi impassible, froid et imposant sur scène, alors qu'en réalité, il reste un ange fragile et vulnérable à la sensibilité à fleur de peau. Il doit vraiment être un excellent comédien, mais pas avec moi… Avec moi, il ose montrer ses faiblesses, il laisse sa carapace se fissurer… et j'aimerai tant pouvoir lui venir en aide, trouver les mots qu'il faut, le réconforter.

Mais des années à souffrir, à se détester soi-même ne peuvent s'effacer d'un simple trait, j'en suis parfaitement conscient.

Amore mio, je te promets que je mettrais toute en œuvre pour effacer tes blessures. Rien ne me ferait plus plaisir que passer le reste de ma vie à te montrer à quel point, tu es exceptionnel à mes yeux…

J'espère aussi parvenir à ce qu'il se confie à moi. C'est cela la base d'un couple, non ? Une confiance permanente mais également un soutien permanent.

Je veux lui faire comprendre que rien ne pourra séparer, que je serais toujours quoi qu'il arrive, quoi qu'il en coûte…

Je regarde plus attentivement cette photo, ce petit garçon à l'écart des autres, seul et délaissé. Il est si loin du Florent que je connais actuellement, ce garçon qui déchaîne les foules dès qu'il apparaît.

Et contrairement à ce qu'il peut penser, ce n'est pas de la pitié que m'inspire ce cliché… non, c'est un amour encore plus immense. Il a réussi à survivre, il en est sorti plus fort. Et même s'il ne s'en rend compte, s'il n'avait pas connu de tels épreuves, il ne serait pas là où il en est aujourd'hui.

C'est peut-être moralisateur comme discours, mais je sais que ces nuits passées à dormir à la rue ont forgé mon caractère, m'ont permis de m'imposer et de pouvoir incarner l'un des grands génies musicaux de l'histoire.

Je cherche à faire comprendre à Flo que même à cette époque, j'aurais vu en lui ce qu'il représente pour moi. Avant même d'être l'Homme de ma vie, il est mon meilleur ami, celui qui me comprend mieux que personne, et c'est pour cette raison que j'ai posé en sa compagnie sur cette « maudite photographie ».

D'autres images se succèdent, un autre Florent, plus proche de mon Aimé. Le jeune rockeur commence à se dessiner derrière cette façade d'adolescent rebelle, passionné de musique et épris de libertés. Son premier groupe, les premiers prémices vers la réalisation de ses rêves, les premiers pas sur scène.

Je m'en souviens moi aussi, cette adrénaline, cette exaltation que l'on se ressent, la première fois qu'un public nous applaudit. Cet instant magique où l'engouement qu'on suscite nous donne des ailes et nous fait toucher le ciel.

Enfin, cet après-midi de rangement n'aura pas été totalement inutile – même si finalement on ne peut pas dire que le ménage ait beaucoup avancé… - cela m'aura tout de même permis d'en apprendre un peu plus sur le passé de mon chéri. Je sais qu'il garde encore des choses sous silence, mais j'ai confiance en l'avenir, il me parlera quand il se sentira prêt.

Flo sait que je suis là pour lui. Je laisse tomber les albums photos et me resserre. J'ai besoin de sa présence auprès de lui, c'est comme si j'avais peur qu'il disparaisse.

La comédie musicale se rapproche peu à peu de son terme, et j'ai conscience que la fin de Mozart changera un certain nombre de choses entre nous… Nous ne travaillerons plus ensemble tous les jours, même si nous avons décidé de collaborer pour nos albums solos respectifs. Mais j'ai ce pressentiment de plus en plus présent de le perdre.

Rien ne justifie cette peur pourtant, nous sommes chaque jour plus proches. Je redoute peut-être tout simplement l'avenir et les surprises qu'il nous réserve.

C'est assez paradoxal d'être certain de vouloir passer sa vie avec quelqu'un et en même temps, de redouter à chaque instant que cette personne ne s'éloigne. Mais je crois qu'au fond, c'est cela l'amour, une passion irrationnelle pour quelqu'un et cette peur constante qu'on ne vous arrache ce bonheur déjà trop éphémère…